Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com et suivre le blog sur twitter à http://twitter.com/#!/JustinKwedi

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samedi 30 juillet 2011

The Box - Richard Kelly (2009)

Norma et son époux mènent une vie paisible dans une petite ville des Etats-Unis jusqu'au jour où une mystérieuse boîte est déposée devant leur domicile. Quelques jours plus tard, se présente l'énigmatique Arlington Steward qui leur révèle qu'en appuyant sur le bouton rouge de la boîte, ils recevraient 1 000 000 $, mais cela entraînerait la mort d'un inconnu...

On avait cru perdre définitivement Richard Kelly. Le jeune réalisateur fut consacré « petit génie » en 2001, grâce à Donnie Darko, fascinant et étrange croisement de David Lynch et John Hughes, qui révéla également le talent de Jake Gyllenhal en adolescent perturbé. Depuis, on avait un peu perdu sa trace, englué qu’il était dans son film « monstre » Southland Tales. Froidement accueilli à Cannes en 2006, Southland Tales était demeuré invisible depuis, soumis à de multiples remontages par un Richard Kelly au perfectionnisme maladif. Lorsque le film fut enfin visible (directement en dvd vu l'échec annoncé de la chose), le résultat fit bien des déçus. Imparfait certainement mais, pour peu qu’on fasse l’effort de s’y immerger, Southland Tales s’avère un déconcertant et envoûtant gloubiboulga apocalyptique et mystique imprégné des peurs de l’ère Bush mais qui eut le tort de sortir tardivement alors que celle-ci s'achevait.

Après ce naufrage, The Box, thriller fantastique plus conventionnel en apparence, était donc une manière pour Kelly de montrer « patte blanche » aux financiers avec un projet calibré et première collaboration avec un studio. Le film est adapté d’une courte nouvelle de Richard Matheson, donnant au récit la rigueur qui manquait au nébuleux Southland Tales. Le texte de Matheson était très court et s’articulait en forme de piège implacable dans sa conclusion. C’est d’ailleurs cette voie qui fut suivie dans une première adaptation dans les 80’s pour la série La Quatrième Dimension. Kelly ne délaisse pas totalement cet aspect avec une ambiance oscillant effectivement entre La Quatrième Dimension et le cinéma américain paranoïaque des 70's. La touche fantastique fait d’ailleurs beaucoup écho à Invasion of the bodysnatchers version Philip Kaufman, notamment la dernière partie, où le danger peut survenir de n’importe quel quidam contrôlé par Frank Langella. La tonalité froide, la photo diaphane et la dominante de blanc renforcent également cet aspect.

La mécanique huilée de Richard Matheson aurait déjà pu offrir un thriller rondement mené et roublard, Kelly lui donne une aura unique en y apportant étrangeté et vraie émotion. Le couple formé par James Marsden et Cameron Diaz (qui trouve là son seul bon rôle de ces dernières années) existe vraiment à l’écran, le piège dans lequel se retrouve plongé la famille en devenant d’autant plus palpitant. Le long questionnement avant d'appuyer sur le bouton, les aléas du quotidien qui mènent à céder à la tentation et surtout le terrible choix final, tout cela est transmis avec une réelle empathie. On reconnaît bien là la patte du réalisateur de Donnie Darko. Même le méchant omniscient et manipulateur incarné par Frank Langella s’avère presque touchant de mélancolie dans la mission qu’il s’est fixée, étonnant. Kelly élève incroyablement la portée de son récit qui du suspense de départ élève s'élève à des questionnements métaphysiques inattendus. Que dissimule la menace constituée par Frank Langella ? Une invasion extraterrestre ? Un châtiment divin (un rebondissement clé fait écho a une métaphore sur Adam et Eve) ? Kelly nous laisse dans un flou fascinant où pure SF, spiritualité et fable philosophique se disputent...

Les séquences bizarres et en apesanteur typiques du réalisateur achèvent de faire de The Box un des grands films fantastiques récent. Ainsi, la scène où James Marsden, traquant les indices, se retrouve transporté « de l’autre côté » est assez inoubliable. Pour finir, ajoutons un score magnifique, entre Bernard Hermann et Angelo Badalamenti, composé par des figures de la pop parmi les plus inventives de ces dernières années. Win Butler et Régine Chassagne (du groupe canadien Arcade Fire) épaulés par Owen Pallett (orchestrateur des cordes sur le disque de The Last Shadow Puppets) se sont ainsi fendus avec brio à leur première musique de film pour un résultat bluffant. Après pareille réussite on attend avec impatience le retour de Richard Kelly.

Sorti en dvd zone 2 français chez Wild Side

vendredi 29 juillet 2011

Ce n'est pas un péché - Belle of the Nineties, Leo McCarey (1934)

En 1892, la chanteuse Ruby Carter quitte Saint-Louis a la suite d'une déception sentimentale pour aller chanter à La Nouvelle-Orleans.

Belle of the nineties est un des quelques films qui trouvait grâce au yeux de McCarey en ce début de carrière où simple exécutant il se mettait au service de talents comiques établis comme Les Marx Brothers, Harold Lloyd ou encore W.C Fields. Il réalise ici un pur véhicule à la personnalité exubérante de Mae West qui, appelée par la Paramount en mal de stars rentable y exporta avec brio toute l'extravagance et la provocation qui avait fait sa renommée à la scène. Après les succès de Lady Lou et I'm No Angel elle est désormais toute puissante au sein du studio où elle a désormais le choix de ses partenaires et réalisateurs. Elle a d'ailleurs écrit le script de Ce n'est pas un péché (détails amusant le titre français reprend celui d'origine en anglais It Ain't No Sin refusé par la censure en pleine montée du Code Hays qui entre en application cette même année) et peut être considérée bien plus que McCarey (dont la personnalité ne transparait guère) comme l'auteure du film.

Tour à tour comédie musicale, comédie romantique, portrait de femme, film de gangsters, le film ne se place au sommet d'aucun des genres qu'il survole, dévoré par la présence de son héroïne. Pas de vraie raison de s'émouvoir de l'histoire d'amour tant Roger Pryor (et tout les personnages masculins avec) s'avère transparent en jouet de Mae West. Cette dernière ne relève pas non plus les séquences musicales avec sa chorégraphie disons minimaliste et son chant agréable mais pas inoubliable. Mae West représente donc la plus grande limite du film mais aussi son meilleur atout car tout les griefs précédemment cités s'estompent face à sa présence extraordinaire.

Mensurations insensées corsetée dans des robes flamboyantes et changeantes à chaque scène, déhanché ravageur et gouaille irrésistible truffée de dialogues à double sens constituent les atouts de l'actrice parfaite de dédain et de vulgarité assumée. On n'a réellement d'yeux que pour elle, son assurance et sa sensualité insolente et le reste n'a finalement que peu d'importance. McCarey rend le tout visuellement fort attrayant avec cette reconstitution pittoresque des salles de spectacles et de jeu d'époque grâce à la belle photo de Karl Struss et la direction artistique impeccable.

A signaler une superbe séquence musicale où les tourments sociaux de travailleurs noirs se mêlent à ceux sentimentaux de Mae West, le montage alterné entre les deux s'estompant progressivement pour les mélanger dans la bande sonore et en fondu enchaîné. Les amateurs de jazz apprécieront également la présence Duke Ellington et son orchestre (une des grandes satisfactions de McCarey sur ce film) durant les passages sur scène dont un My old flamme où on les distingue tous. Bref une grosse sucrerie un peu creuse certes, mais succulente !

Sorti en dvd zone 2 français chez Bac Films

Extrait

jeudi 28 juillet 2011

Mariti in Citta - Luigi Comencini (1957)


Les épouses parties en vacances, plusieurs maris décident de profiter pleinement de ce célibat provisoire...

Mariti in Citta est une variation italienne du Sept ans de réflexion de Billy Wilder, qui y rajoute la petite touche truculente latine mais restant tout aussi sage dans le fond (aucun réel adultère à signaler au final). Le film s'inscrit dans la comédie italienne populaire des années 50 pas encore transgressive qui sera balayée par Le Pigeon. Par rapport au film de Wilder, Comencini multiplie les maris ici au nombre de quatre, variant ainsi les situations et les formes de tentations.

C'est très inégal même si toutes sont bien amorcées. La plus intéressante étant l'histoire du jeune marié Renato Salvatori avec une jeune peintre étrangère, le charme de Giorgia Moll dans le rôle y étant pour beaucoup. Il est dommage que le scénario dirige cette intrigue dans le vaudeville assez basique car c'est vraiment la colonne vertébrale du film, la seule histoire qui se suit avec un réel intérêt dramatique contrairement aux autres versant plus dans la grosse farce. On peut citer l'histoire du professeur hypnotisé par sa jeune voisine aux formes généreuses ou encore l'homme profitant de l'absence de sa épouse pour adopter brièvement un chien, ce qu'elle lui a toujours refusé : amusant mais anecdotique.

Le faux séducteur mais vrai amoureux cachant sa fiancée chez lui sans l'épouser est assez intéressant également, tout comme ce mari brocanteur jaloux maladif, mais comme les autres sous-intrigues c'est traité de manière trop relâchée pour maintenir l'intérêt. Cependant Comencini filme divinement bien le charme et la langueur de cette Rome estivale (ça donne définitivement envie d'y aller) et cette relative légèreté du traitement est finalement autant un défaut qu'un atout. Ces supposées infidélités ne sont pas très sérieuse et personne ne doute que tout rentrera dans l'ordre. Comencini propose donc un vrai bon moment volontairement inoffensif. On est aux antipodes de la chaleur d'un Pain, amour et fantaisie ou de la férocité de L'Argent de la vieille avec ce petit Comencin qui se révèle donc néanmoins plaisant.

Sorti en dvd zone 2 français chez SNC/M6 Vidéo

Extrait de la sympathique ritournelle de Domenico Modugno qu'on entend tout au long du film.

mercredi 27 juillet 2011

Fureur Apache - Ulzana's Raid, Robert Aldrich (1972)


Ulzana est un apache qui s'échappe d'une réserve indienne pour se livrer à la violence. Une escouade est lancée à sa poursuite, dirigée par un jeune lieutenant, un vieux guide et son éclaireur apache.

Avec son second film Bronco Apache (1954), Robert Aldrich avait réalisé un des premiers westerns pro indien où sans manichéisme il montrait le conflit entre un guerrier massai rebelle (et joué par Burt Lancaster) et l'homme blanc raciste. Cependant la fin radicale qu'il envisageait lui fut refusée par le studio, ce à quoi le réalisateur novice qu'il était ne pu s'opposer. 18 ans plus tard, l'occasion lui était donnée de délivrer sa vision sans concession du sujet avec ce Fureur Apache (le titre français entretien encore plus fortement le lien avec le film de 1954) où il retrouvait justement Burt Lancaster.

Bronco Apache humanisait (notamment par la romance avec Jean Peters) mais montrait aussi l'attitude extrême de son héros indien, cette dernière justifiée par le mépris et la haine des blancs qui dans l'ensemble étaient nettement moins caractérisés. Aldrich prend ici le parti pris inverse pour exprimer une même idée, nous suivrons donc le parcours d'une escouade de l'armée lancée à la poursuites d'apaches évadés qui mené par un leader sanguinaire font un carnage sur leur passage. La vision du film est particulièrement pessimiste et à l'heure des westerns bien pensant de l'époque Aldrich démontre avec crudité une paix impossible entre les deux peuples. Pour l'obtenir, il faut en passer par le sang et les armes et faire plier l'autre. Sortant du cliché voyant les indiens faisant (pour simplifier) office de chair à canon indistincte ou de caution comique légère, Aldrich montre ses apaches comme des guerriers impitoyables sur le sentier de la guerre et ne reculant devant aucune exactions.

Cette vision lui sera reprochée et il se verra injustement accusé de racisme alors que c'est la nature de cette guerre en elle-même qui engendre ces comportements. Cette barbarie se propage d'ailleurs à l'homme blanc lors de cette séquence où les soldats mutilent le corps du fils de celui qu'ils pourchassent, preuve que cette violence s'inscrit dans la nature humaine et n'a pas de frontières.

Ce constat se fait à travers le regard d'un jeune lieutenant inexpérimenté et idéaliste dont les convictions vont être sérieusement ébranlées. Bruce Davison exprime parfaitement cette innocence brisée par son agitation qui se complète parfaitement avec la force tranquille du pragmatique vieux guide superbement joué par Burt Lancaster. L'apprentissage et le sens des responsabilité sera durement acquis par le jeune officier tout au long d'un récit chargé en tueries parfois insoutenables, Aldrich menant son film sur un rythme soutenu et fort bien documenté dans sa description du pistage (l'épisode du crottin de cheval...). Les morceaux de bravoures sont rares et quand ils surviennent volontairement secs et sans éclats (le carnage final) tandis que la tension et le malaise sont eux constant.

Le personnage le plus héroïque sera donc aussi le plus détaché avec l'éclaireur apache Ke-Ni-Tay, qui comprenant où est son intérêt use de sa culture pour traquer les siens. Seule figure lucide du film (avec Lancaster) il ne se laisse pas guider par ses émotions et applique simplement les directives du plus puissant, tout en respectant ceux qui sont désormais ses ennemis avec un superbe face à face final. Un des très grands et plus audacieux western des années 70 et un des meilleurs Aldrich.

Sorti en dvd zone 2 français chez Universal

mardi 26 juillet 2011

Duel dans le Pacifique - Hell in the Pacific, John Boorman (1968)

En 1944, un officier de marine japonais et un pilote de l'armée de l'air américaine échouent dans une petite île inhabitée du Pacifique sud. Seuls, ils doivent alors coopérer pour survivre...

L’Homme en phase ou contre la nature, son questionnement sur sa place dans l’univers, ses penchants guerriers… Des grands thèmes qu’on retrouve tout au long des meilleurs films de John Boorman comme Zardoz, Excalibur, Délivrance ou encore La Forêt d’émeraude. Pourtant, ces œuvres ne sont finalement que des extensions dans d’autres univers de tout ce qui se trouvait à l’état brut dans Hell in the Pacific, magistral troisième film du réalisateur et qui lancera définitivement sa carrière internationale. Avec un pitch minimaliste, Boorman réalise une des œuvres les plus puissantes sur les clivages culturels et raciaux entre les hommes.

Duel dans le Pacifique partage l’auguste honneur, avec Le Limier de Mankiewicz, d’être un des rares films à n’avoir que deux protagonistes tout au long de son récit. Bien que finalement délesté de certains de ses partis pris les plus extrêmes (le film devait être au départ entièrement muet, finalement seule la première moitié ira dans ce sens), l’exercice s’avère hautement périlleux. Boorman ose en effet narrer une histoire reposant sur l’hostilité et la haine que se vouent deux hommes sans pratiquement montrer de réels affrontements physiques entre eux. La seule scène donnant dans cette veine guerrière est une scène d’hallucination, chacun s’imagine tué par l’autre alors qu’ils se font face sur la plage. Séquence unique mais qui sera bien évidemment utilisée en masse lors de la promotion du film pour renforcer son aspect belliqueux alors que Boorman usera d’outils bien plus subtils.

Boorman fonctionne sur plusieurs niveaux pour illustrer l’affrontement entre le japonais Toshiro Mifune et l’américain Lee Marvin (qui retrouvait Boorman pour la seconde fois après Le Point de non retour). Physique tout d’abord en faisant de la nature hostile de l’île la source de toutes les oppositions des héros. La possession de l’eau, denrée rare, détermine ainsi la puissance et la domination alternée de l’un sur l’autre. Le goût de Boorman pour les forêts, foisonnante et impénétrable s’exprime pour la première fois ici et fera école dans d’autres grands films des années à venir.

Le jeu de cache-cache, le duel à distance et certaines séquences reprise telles quelles (Lee Marvin couvert de boue pour se camoufler, la fuite en radeau) annoncent ainsi le Seul au Monde de Robert Zemeckis et surtout la dernière partie du fameux Predator de John McTiernan. Le ton naturaliste n’empêche d’ailleurs pas Boorman de s’adonner aux fameux effets psychédéliques dont il a le secret, à coups de panoramiques déstabilisants ou de vision subjective saccadée.

L’autre point remarquable est la manière dont Boorman délivre quelques saillies politiques à travers la caractérisation de ses personnages. Toshiro Mifune, exprime une haine aveugle et farouche envers Lee Marvin dès son arrivée sur l’île, avant même que celui-ci suscite la moindre menace. Cette animosité viscérale se fait ainsi le reflet du régime impérial japonais qui éveillait ainsi les bas instincts de ses soldats envers l’ennemi américain, appuyé par les yankees, hurlé par Mifune lorsqu’il traque son ennemi. Du côté de Lee Marvin, le sous-texte est plus sournois encore. En situation de faiblesse face au japonais déjà installé sur l’île, il se montre conciliant afin de pouvoir lui soutirer de l’eau.

Cependant, dès que la situation le permettra, il n’hésitera pas à l’humilier ouvertement (ce moment où il lui urine dessus du haut d’un arbre) et tentera d’investir son espace. L’allusion au comportement des colons américains envers les Indiens, certes pas évidente est pourtant bien réelle, Lee Marvin adoptant exactement le même comportement pour occuper la place. Visuellement, Boorman traduit le fossé séparant ses protagonistes par des idées simples mais efficaces, en exploitant au maximum la topographie de l'île (bien aidé par la photo splendide de Conrad Hall). L’illustration la plus frappante est la coupure opérée dans le plan par le jeu sur les focales et la profondeur de champ qui sépare distinctement les personnages à l’image, à des distances plus ou moins éloignées. Cette figure est utilisée surtout en début de film lorsque l’affrontement bat son plein et réapparaît judicieusement dans la cruciale dernière scène.

La première partie aura porté le combat à son summum, les deux héros se dominant et se rabaissant l’un l’autre à tour de rôle. Pourtant, Boorman semble laisser l’espoir hypothétique d’une entente dans le fait qu’aucun ne franchisse le pas qui consiste à tuer l’autre. L’occasion se présentera plusieurs fois mais par peur de la solitude ou par une forme de respect pour l’autre, l’acte ne sera finalement pas perpétré. La faune de l’île, en isolant les héros les rapproche également. Les conflits idéologiques s’estompent pour faire front commun et s’enfuir de cet enfer tropical. Affronter l’autre coûte des efforts, et surtout oblige à l’entretenir si on ne se décide pas à le tuer. De cette facette purement pragmatique vont surgir peu à peu les scènes de franche camaraderie sous les différences culturelles.

Des différences qui, si elles provoquent des désaccords certains (tout le passage où les deux proposent des méthodes opposées pour construire un radeau), servent au final l’entreprise par leur complémentarité. Le tournage s’étant en grande partie reposé sur l’improvisation, ces moments-là sont confondants de naturel. Boorman laisse longuement la caméra tourner, et ses personnages échanger, se disputer, se réconcilier dans une mise en scène naturaliste dépourvue des effets agressifs du début du film. Les deux acteurs sont au sommet de leur art avec un Lee Marvin faisant preuve de sa décontraction et de son air goguenard habituel. Toshiru Mifune tout en tension, exprime à merveille le relâchement progressif de son personnage peu à peu en confiance en compagnie de ce « yankee ».

La traversée difficile de l’Océan pacifique en radeau scellera leur amitié nouvelle mais les clivages les rattraperont bientôt. Jean-Jacques Rousseau n’est pas loin dans le message final du film. C’est en effet lorsqu’ils retrouvent un semblant de civilisation en investissant une base américaine abandonnée que les hostilités reprennent. Ce sont des éléments typiques du monde moderne qui font ressurgir la tension dans les attitudes (l’alcool réanimant l’agressivité) et la méfiance envers l’étranger (les photos de japonais torturés du magazine Times vues par Mifune). Deux hommes ayant appris à se traiter d’égal à égal et à s’apprécier, sortis d’une nature dangereuse mais rédemptrice, reprennent soudain leurs réflexes de méfiance.

C’est l’Homme et ses lois qui pervertissent et créent les différences (et donc les conflits) parmi ses semblables, la nature les mettant tous au même niveau. On ne peut que regretter que Boorman ait dû céder à une conclusion plus spectaculaire mais un peu hors sujet, alors qu’on retrouve en bonus sur le dvd la scène de fin originale bien plus cinglante et sans espoir. Fort heureusement, cela n’entache pas la force du propos et la puissance évocatrice du film.

Sorti en dvd zone 2 français mais l'édition est à fuir car cumulant recadrage, image digne d'une vhs et absence de VO une castastrophe ! Se tourner plutôt vers le zone 1 sorti chez MGM et disposant de sous-titres français.

Extrait

lundi 25 juillet 2011

L'Homme au complet gris - The Man in the Gray Flannel Suit, Nunnaly Johnson (1956)


Arrivant difficilement à joindre les deux bouts, Tom Rath, un employé new yorkais, postule à un poste plus lucratif mais à plus hautes responsabilités dans les relations publiques. Cependant, ce nouveau travail risque de l'éloigner de sa famille et de briser son couple, déjà fragilisé, comme ce fut le cas pour son nouveau patron, Ralph Hopkins, d'autant qu'il apprend l'existence d'un enfant illégitime qu'il a eu durant la guerre...

Un film très intéressant sur le contexte social des Etats-Unis des années 50 mais aussi sur l'évolution et le rôle de la figure masculine à l'aune des mutations de la décennies à venir. Certaines réflexions anticipent même beaucoup (sans l'égaler) le Strangers When We Meet de Richard Quine où on peut faire un parallèle des crises personnelles que traversent Kirk Douglas et Gregory Peck dans les deux oeuvres, même si chez Quine les problématiques regardent plus vers le futur que L'Homme au complet gris où elle sont très ancrées dans un contexte socio-économique d'après guerre. Nunnaly Johnson scénariste chevronné signe bien évidemment le script de ce qui est une de ses rares réalisation. Celui-ci est adapté du roman éponyme de Sloan Wilson , en grande partie autobiographique autant dans sa description du monde de l'entreprise (notamment son expérience en tant qu'assistant du directeur de la US National Citizen Commission for Public Schools) que dans son passé de soldat durant la Deuxième Guerre Mondiale.

On suit donc le destin de Tom Rath (Gregory Peck) modeste employé de bureau et père de famille qui se trouve à la croisée des chemins. Son épouse (Jennifer Jones) lui reproche sa passivité et son manque d'ambition qui force la famille a une existence précaire. Un échange très dur en début de film amorce une introspection de notre héros où l'on découvrira progressivement à quel point l'expérience de la guerre à changé l'homme qu'il était. Au détour de plusieurs flashback où ressurgissent les souvenirs enfouis on découvre ainsi certains des pires moment de l'existence de Rath (mise à mort cruelle pour survivre, pertes parfois terribles des compagnons d'armes) mais aussi des plus beaux comme un belle romance avec une italienne qui saura apaiser ses angoisses morbides.

L'occasion de changer de statut se présente enfin avec un important poste en relations publiques. Le récit met alors en parallèle l'ascension annoncée de Gregory Peck et le dur réveil de son patron Fredric March, self made man qui a tout sacrifié pour réussir mais qui avec l'âge comprend comme il a délaissé sa famille désormais disloquée. On a une vision assez glaciale de la course à la réussite en cours à l'époque, que ce soit au niveau domestique avec les attentes d'une Jennifer Jones aux ambitions pressantes ou dans l'entreprise où la franchise n'a plus cours au profit des obséquiosités et hypocrisie diverses pour se faire bien voir. Gregory Peck est comme souvent parfait en type normal poussé malgré lui à un destin qu'il ne convoite pas et le reflet de son futur renvoyé par Fredrich March est là pour le confirmer. Ce dernier en vieil homme perdant pied est formidable, dégageant autorité et fragilité à la fois avec ce personnage inspiré de Roy Larsen, patron de Sloan Wilson à Time Inc. Jennifer Jones apporte un vraie humanité et sensibilité à un personnage qui aurait facilement pu paraître détestable et hormis un de ses légendaires accès de furie le temps d'une scène (celle de la découverte de l'enfant illégitime et de l'infidélité de son époux) elle offre une interprétation nuancée et sobre pour ses retrouvailles avec Peck après le mythique Duel au soleil.

Le film est donc plutôt visionnaire dans son illustration des nouveaux maux affectant la cellule familiale (dont la tout puissante télévision hypnotisant les enfants qui n'échangent plus avec leur parents) et les efforts consentis par les acteurs déshumanisés de ce capitalisme qui empiète sur leur vie. L'interprétation et la toile de fond sont passionnants, la forme un peu moins.

Les flashback sont très réussis (notamment ceux plus guerriers, Johnson est le futur scénariste des Douze Salopards ou du Renard du désert auparavant) mais ce sont vraiment les acteurs (et aussi le très bon score de Bernard Herrman) et le script qui distinguent les moment intenses plutôt que la mise en scène transparente de Johnson. Cette retenue fonctionne formidablement par instants néanmoins comme lorsque Peck vaque sans un mot à ses occupation après avoir été verbalement rabaissé par son épouse. On se serait passé aussi de la sous-intrigue poussive sur l'héritage qui rallonge un film démesurément long (2h30 quand même) mais réellement digne d'intérêt. Une sorte d'ancêtre de la série Mad Men.

Sorti en dvd zone 2 français chez Fox

samedi 23 juillet 2011

Dead Man's Shoes - Shane Meadows (2004)

Richard revient à Midlands, un petit village, son village natal, à la fin de son service militaire. Il n'a plus qu'une chose à l'esprit : prendre une revanche. Il veut rendre la monnaie de sa pièce aux brutes locales qui ont maltraité son frère.

Les quelques films de Shane Meadows diffusés en France comme l'excellent This is England (l'escalade criminelle d'une petite frappe skinhead paumée) le désignait comme un digne successeur des grands réalisateurs sociaux anglais comme Ken Loach ou Mike Leigh. Pourtant sous cette facette engagée on pouvait entrevoir chez lui un certain attrait pour le cinéma de genre, ce que confirme ce Dead Man Shoes film de vengeance des plus déroutant.

Le postulat est simple. Richard (Paddy Considine), militaire désaffecté revient dans son village natal en compagnie de son jeune frère attardé qui durant son absence a subit les maltraitances multiples des malfrats locaux. On croit voir venir la suite vengeresse implacable mais le scénario tout en suivant cette ligne attendue désamorce constamment toute la teneur potentiellement "exaltante" de la chose. Si les adversaires s'avèrent être des ordures répugnantes et indéfendables (ce que souligne les éprouvants flashback où on voit les mauvais traitements subits par le frère du héros) ce sont aussi des minables dont ont devine rapidement qu'il ne feront pas le poids face à un Richard adepte des méthodes guérilla brisant psychologiquement l'ennemi avant de l'attaquer.

Paddy Considine tout en rage contenue et le regard dément de celui qui n'a plus rien à perdre est absolument terrifiant. En deux lignes de dialogues lourdes de menace son invulnérabilité ne fait plus aucun doute et ses cibles perdent de leur assurance pour ne plus être que des proies apeurées. Meadows évite tout emphase aux exactions de son héros, l'atmosphère rurale est absolument glaciale, les éclairs de violence fulgurants et cliniques. Richard a dépassé les monstres qu'il a voulu éliminer et n'a plus rien d'humain.

L'émotion qu'on attendait plus finit par surgir de manière bouleversante quand survient une saisissante révélation qui fait lorgner le film vers le fantastique et c'est carrément au Eastwood de L'Homme des Hautes Plaines qu'on pense. Meadows partage ce même goût du mystère et du non dit et la direction inattendue qu'il choisit ne nous apparaît que sur la toute fin. Plus qu'aux agresseurs de son frère, c'est sans doute à lui-même que Richard en veut le plus d'être parti et de l'avoir laissé à leur merci, comme le souligne un final implacable et parfaitement logique. Une sacrée claque que voilà et qui hante longtemps.

Sorti en dvd zone 2 français chez Europa Corp

vendredi 22 juillet 2011

Le Soleil se lève aussi - The Sun Also Rises, Henry King (1957)


Paris, 1922. Jake Barnes vit à Paris depuis sa démobilisation de la guerre 14/18 et il est journaliste au « New York Herald ». Un soir, il se rend à un bal musette où il retrouve des amis dont le romancier Robert Cohn. Arrive Lady Brett Ashley qui n’est pas une inconnue pour Jake. Elle fut son infirmière à l’hôpital pendant la guerre où ils tombèrent amoureux mais suite à sa blessure contractée sur le champ de bataille, Jake est devenu impuissant. Depuis, ils entretiennent une amitié amoureuse. Pour tenter d’oublier cette déconvenue Brett multiplie les aventures.

The Sun also rises est la seconde adaptation d'Heminghway que signe Henry King après la semi réussite des Neiges du Kilimandjaro (1952) visuellement superbe mais narrativement boiteux et porté par un Gregory Peck peu convaincant en simili double de l'écrivain. Cette seconde tentative bien plus maîtrisée et portée par une distribution exceptionnelle va donner un mélodrame superbe.

Jugée très fidèle au premier roman d'Heminghway, le film dépeint un groupe de personnages associés à la "Génération Perdue", soit cette communauté d'écrivains et d'artistes américain égarés dans l'Europe de l'entre-deux-guerres dont Heminghway lui-même ou encore F. Scott Fitzgerald furent les chefs de file. Le terme n'a pas forcément une teneur négative mais sert surtout à dénommer ce courant, cependant devant la caméra de King il revêt dès la scène d'ouverture une facette dramatique et nostalgique. Un panoramique et un fondu fait ainsi passer un plan d'ensemble du Paris contemporain à celui de 1922 où va se nouer le drame.

Le dépit de cette génération perdue va s'incarner à travers le couple maudit formé par Brett Ashley (Ava Gardner déjà dans Les Neiges du Kilimandjaro et d'une autre fameuse version filmée d'Heminghway avec Les Tueurs) et Jake Barnes (Tyrone Power acteur fétiche de Henry King). Ils s'aiment d'un amour passionné depuis qu'elle fut son infirmière en temps de guerre mais sont condamnés à être séparés à cause d'une blessure l'ayant rendu impuissant. Depuis elle se console sans jamais avoir pu l'oublier dans l'alcool et les multiples conquêtes masculines tandis que lui assiste à la lente déchéance de sa bien-aimée sans pouvoir l'empêcher.

Que ce soit le Paris festif et dansant des Années Folles ou le Pampelune surchauffé par la Saint Fermin, King crée une sorte de dichotomie entre le mental en lambeau de ses personnages et l'imagerie idyllique de cette Europe sources de plaisirs multiples. Car le drame de Jake et Brett est la source de bien d'autres avec les prétendants malheureux de celle-ci. Parmi eux un Errol Flynn bien loin du fringant héros des films d'aventures Warner dont la déchéance physique sied parfaitement à son personnage noyant son dépit dans les excès alcoolisés divers. Mel Ferrer est tout aussi bon en amoureux éconduit obsessionnel et faible de caractère, on en dira pas tant d'un Robert Evans passé à l'auto bronzant et peu crédible en jeune toréador. Il fut imposé à un Henry King pas convaincu par Darryl Zanuck qui eu alors la célèbre phrase "The kid stay in the pictures" pour couper court à toute discussion. Une phrase demeurée célèbre lorsqu'elle deviendra le titre de l'autobiographie (et du documentaire) de celui qui serait bien plus tard le patron de la Paramount et produirait entre autres Le Parrain.

Spectaculaire et intimiste à la fois, la réalisation de King envoute de bout en bout. Le scope et le technicolor étincelant forment un sommet de flamboyance Hollywoodienne mais sous les visions grandioses (les longue et impressionnantes séquences de corrida, la Feria survoltée) le malaise n'est jamais loin tel ce flashback magnifiquement amené sur le passé radieux et tragique de notre couple qui se trouve et se perd dans le même temps après la terrible révélation.

Tyrone Power si bon dans les personnages imposant et charismatique offre un contre-emploi magnifique avec ce héros contraint au rôle d'observateur et devant souffrir en silence. C'est pourtant bien Ava Gardner qui bouleverse totalement avec cette femme perdue, le regard en détresse et se raccrochant à un amour qui ne peut (du moins physiquement) lui être rendu.

Elle irradie vraiment l'écran par sa beauté et sa fragilité la maintient à une échelle plus humaine qu'un Pandora, le film de King contribuant avec ce dernier et aussi La Comtesse aux Pieds Nus à l'association mythique Ava Gardner/Espagne. On signalera aussi une apparition remarquée d'une séduisante Juliette Greco (dont s'était entiché Zanuck) en début de film en jeune séductrice intéressée. La belle conclusion apaisée mais qui ne résout rien nous laisse définitivement dans ce sentiment mélancolique et résigné qui aura imprégné tout ce splendide film.


Sorti en dvd zone 2 français chez Sidonis


jeudi 21 juillet 2011

La Comtesse - The Countess, Julie Delpy (2010)


A la mort de son mari, la comtesse Elizabeth Bathory se trouve à la tête d’un vaste domaine etd’une immense fortune. Aidée de sa confidente, la sorcière Anna Darvulia, Elizabeth étendprogressivement son influence, suscitant chez chacun crainte, admiration et haine, pourdevenir la femme la plus puissante de la Hongrie du 17ème siècle – dictant ses conditions jusqu’au roi lui-même.Elle rencontre alors un séduisant jeune homme dont elle tombe éperdument amoureuse mais celui-ci l’abandonne.

Le succès international de son second film Two Days in Paris fut l’occasion pour Julie Delpy de monter enfin un projet qui l’obsédait de longue date avec ce portrait de la Comtesse Bathory. Two Days in Paris, drôle, enlevé et doux amer malgré un romantisme moins voire pas appuyé pouvait néanmoins être rapproché de Before Sunset, second volet du diptyque sentimental de Richard Linklater dont elle coécrivit le scénario qui lui valut une nomination à l’Oscar. Froid, ténébreux et hiératique, La Comtesse est un film fort différent et qui offre une vision inattendue de Bathory.
Pour rappel, la Comtesse Bathory est une noble hongroise ayant vécu au croisement du XVIe et du XVIIe siècle et passée à la postérité pour sa pratique consistant à se baigner dans le sang de jeunes vierges pour préserver sa jeunesse. Le mythe a rapidement dépassé la réalité et Bathory est depuis toujours associée aux fantasmes gothiques les plus extravagants et sanguinolents. Ce n’est pas cette vision là, trop simple, qui intéresse Julie Delpy. Si la légende est néanmoins respectée, elle s’inscrit en parallèle d’une intrigue s’intéressant plus à la femme Bathory et les raisons qui vont l’amener à devenir la meurtrière Bathory.

L'introduction parfaite narrant l'enfance de l’héroïne et l'origine de son caractère glacial pose immédiatement le cadre et les enjeux. Femme de pouvoir intraitable, Elisabeth Bathory a été élevé durement dans le but de se montrer digne de son rang et du pouvoir qu’elle sera amenée à exercer. Dans un contexte historique où cela est presque une hérésie pour une femme, elle s’avère le personnage le plus puissant du royaume, objets de rancœur et de convoitise. Elizabeth Bathory se voit pourtant assaillie sur le seul terrain où elle est vulnérable (comme le souligne un brillant dialogue prononcé par elle de en début film) sa féminité. Une passion avec un homme plus jeune (Daniel Bruhl tout en innocence juvénile, qui faisait déjà une petite apparition dans Two days in Paris) signera donc sa perte, réveillant la femme en elle à travers la vanité et la peur de la vieillesse face à cet amant en âge d'être son fils. Ses nombreux ennemis n’ont plus qu’à s’enfoncer dans la brèche et en profiter tandis qu’elle-même sombre dans la folie et commet l’irréparable.

Le récit offre ainsi d’un côté cette facette historique replaçant la Comtesse dans ce cadre archaïque noué d’intrigues, de l’autre une histoire sentimentale presque idéalisée pour mieux être broyée lorsque le dépit amoureux et la peur de la mort amènera l’héroïne à ses exactions sanglantes. Julie Delpy dépasse le récit horrifique attendu pour offrir une passionnante réflexion sur la guerre des sexes et la féminité, ce point de départ plus ancré dans la réalité n'en rendant les débordements que plus éprouvant et inattendus. Le fantastique est en retrait, l'atmosphère épurée et lumineuse à contre-courant de l’imagerie gothique (pas totalement absente mais sobre) et le caractère essentiellement psychologique du rajeunissement souligne cette approche « réaliste ».

Julie Delpy entretien néanmoins un doute et un malaise diffus en nous plongeant dans l’esprit dérangé de Bathory avec un montage entretenant la confusion entre le reflet idéalisée que se donne Bathory lorsqu'elle s'observe et l'image que le spectateur (mais aussi son amant Daniel Bruhl qui prend en main la narration en voix off) a d'elle. C'est tantôt trop appuyé pour être dupe parfois plus subtil et loin d’être un simple drame en costume, La Comtesse distille des atmosphères à la lisière du genre grâce de sublime séquence (les loups arpentant les bois pour dévorer les cadavres des jeunes filles, l’utilisation de la cage).

Malgré la modestie du budget, le film a une belle facture visuelle et le début s’avère particulièrement soigné (la scène de bal) tandis que que la tournure du récit justifie le côté plus dépouillé et austère lorsque Bathory s'isole du monde, physiquement comme mentalement. Julie Delpy est époustouflante dans le rôle-titre, parvenant à exprimer toute la froideur arrogante et la vraie cruauté hautaine du personnage tout en parvenant à émouvoir et faire comprendre (à défaut de justifier) les méfaits de cette femme. En vraie femme orchestre elle signe en plus du reste l’obsédante et très réussie musique du film. La réalisatrice élargissait là son univers avec cet œuvre brillante qui nous promet là une filmographie future pleine de surprise.

Sortie dn dvd zone 2 français chez Bac Film

mercredi 20 juillet 2011

Easy Money - Bernard Knowles (1948)


Easy Money est un très plaisant et amusant film à sketch satirique autour de la tradition anglaise du "football pool", soit les paris sur les matchs du championnat. Le film marquait la prise de pouvoir du producteur Sidney Box aux studios Gainsborough, auréolé du succès extraordinaire du Septième Voile un des films les plus populaire du cinéma anglais qu'il écrivit (avec sa femme Muriel Box) et produisit. Jusque là spécialisé dans le mélodrame en costume, le studio Gainsboruough change de direction sous l'influence d'un Sidney Box souhaitant amener une touche plus contemporaine et réaliste au films du studios. Easy Money par son mélange des genres, son humour caustique et surtout son sujet très terre à terre parlant à un public subissant encore les privations de l'immédiat après guerre est donc assez emblématique de ce nouvel élan.

Après une introduction ironique nous présentons le goût des anglais pour les jeux d'argent et plus particulièrement pour le "football pool", le film se divise en quatre sketch nous présentant avec humour les réactions diverses et variées de diverse tranche de la population face à des gains inattendus.

Le premier sketch nous présente une famille anglaise de classe moyenne heureuse et aimante mais qui a tout de même du mal à joindre les deux (le fils et la fille aîné adultes ainsi que la grand mère vivant toujours avec la famille souligne de manière sous-jacente cet aspect économique difficile). Tout change lorsque le père (Jack Warner) découvre avec stupeur que son traditionnel pari est gagnant. L'argent n'est pas même arrivé que la famille se déchire déjà, entre les affaires douteuse du fils, le désaccord entre mari et femme pour déménager au bord de la mère et la grand-mère scandalisée d'avoir des parieurs sous son toit.

Gros problème cependant, la fille cadette (jouée par une toute jeune Petula Clark, oui celle de Downtown !)a oubliée de poster le billet gagnant à la loterie nationale... Simple et efficace, le sketch montre assez habilement comment l'argent devient pomme de discorde et réveille les vieilles rancoeurs à l'opposé de la modeste condition de départ qui amenait tout le monde a se serrer les coudes. Les protagonistes très attachants évite au sketch de tourner à la rhétorique démonstrative et l'ensemble se suit avec plaisir.

Le second sketch est plus ouvertement caustique et distancié, mais aussi plus tragique. Atkins, un modeste employé (Mervyn Johns) découvre qu'il est vainqueur de son dernier pari sportif. La nouvelle a de quoi alarmer cet homme faible et effacé qui ne sait comment gérer la situation sans mettre à mal sa discrétion naturelle. Mervyn Johns est épatant en esprit faible pris entre sa femme qui l'incite à démissionner de son emploi ingrat et son patron qu'il n'ose pas même regarder dans les yeux (et une belle idée de ne signaler sa présence qu'en voix off et vue subjective qui le rend plus imposant encore pour le malheureux héros). La chute est assez cruelle avec un stratagème farfelu qui tourne bien mal.

Le troisième sketch est le plus luxueux avec son univers du music-hall et lorgne sur le film noir. C'est d'ailleurs à Gilda qu'on pense avec une Greta Gynt se la jouant Rita Hayworth en chanteuse au sex-appeal ravageur et affolante en robe longue fendue. Une vraie femme fatale qui va causer la perte de son amant Joe (Dennis Price futur héros de Noblesse Oblige), employé de loterie qui va truquer la billetterie afin d'avoir les moyens de l'entretenir. Une bonne petite intrigue policière habilement mené et à la chute bien cynique dominée par la prestation de Greta Gynt aussi vénale que sensuelle.

Le dernier sketch est aussi le plus léger et drôle de l'ensemble. Edward "Teddy" Ball (Edward Rigby) est un vieux contrebassiste méprisé par son chef d'orchestre qui ne lui accorde qu'un espace minimale d'expression (son jeu est génialement limité) et ne cesse de le railler. Lorsqu'à son tour il devient riche grâce au "football pool" l'occasion lui sera donné de prendre une éclatante revanche. Le vétéran Edward Rigby est génial en vieux musicien bougon et le sketch est le seul à montrer son héros réellement jouir de sa nouvelle condition. Le second degré est omniprésent avec la bande son envahi par la seule note de contrebasse que Rigby peut (sait ?) jouer nous guidant vers une chute éclatante de drôlerie.

Très bon et homogène (c'est rare) film à sketch donc, une belle réussite dans le genre.

Sorti en dvd zone 2 anglais mais dépourvu de sous-titres français ni anglais.