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jeudi 12 juin 2014

Hostel - Eli Roth (2006)


Deux étudiants américains, Paxton et Josh, ont décidé de découvrir l'Europe avec un maximum d'aventures et de sensations fortes. Avec Oli, un Islandais qu'ils ont rencontré en chemin, ils se retrouvent dans une petite ville de Slovaquie dans ce qu'on leur a décrit comme le nirvana des vacances de débauche : une propriété très spéciale, pleine de filles aussi belles que faciles... Natalya et Svetlana sont effectivement très cools... un peu trop, même. Paxton et Josh vont vite se rendre compte qu'ils sont tombés dans un piège. Ce voyage-là va les conduire au bout de l'horreur...

Au début des années 2000 le cinéma d'horreur se trouve dans une certaine impasse, étant arrivé au bout sans jamais l'égaler de la tonalité distanciée et référentielle du Scream (1996) de Wes Craven. Le genre se radicalise donc de nouveau pour verser dans une horreur graphique et extrême qu'on qualifiera du terme de torture porn. Le poisseux et très réussi remake de Massacre à la tronçonneuse (2003) signé Marcus Nispel amorcera cette tendance d'où sortira finalement bien peu de bons films (Saw qui pour un premier volet efficace débouchera sur des suites de plus en plus extrêmes et ridicules, le prétentieux Martyrs (2008) de Pascal Laugier). Le plus intéressant reste en fait le film qui lancera le mouvement avec ce Hostel. C'est le deuxième film d'Eli Roth après un Cabin Fever raté mais où l'on décelait déjà un certain talent à distiller le malaise.

Le scénario prend un prétexte des plus retors pour insérer ses dérapages de violences. En Europe de l'est, un mystérieux club piège des touristes de passages qu'ils livrent à des nantis avides de sensations fortes qui vont se faire un plaisir de les torturer jusqu'à ce que mort s'ensuive. Le film promut sur cette idée forte déçu à sa sortie certains férus d'horreur s'attendant à une débauche de sexe et d'hémoglobine, même si avec le recul sa violence est plutôt difficile à encaisser.

 Cela ne s'exprime pas forcément et uniquement d'un point de vue graphique (Hostel 2 (2007) sera beaucoup plus flamboyant sur la question) mais par la thématique du film où on peut supposer l'influence du producteur Quentin Tarantino avec des dérapages rigolard dont le malaise progressif finissent par questionner (notamment son versant récent avec Boulevard de la Mort (2007) et Inglorious Basterds (2009)). Le film démarre donc comme un teen movie paillard façon Eurotrip (2004) où un trio de copains composé des deux américain Paxton (Jay Hernandez) et Josh (Derek Richardson) accompagné de l'islandais Oli (Eythor Gudjonsson) parcoure l'Europe dans un grand éclat de rire. Leur but se résume à coucher avec un maximum de filles et l'Histoire et la culture du vieux continent se résumera à la visite du Musée du chanvre à Amsterdam.

Tous ne sont pas caractérisés dans cette même attitude déplacée puisque Josh s'avère plus sensible et introverti que ses compères mais finalement tous voient en l'Europe un terrain d'amusement où les filles sont plus faciles, la drogue moins chère et où ils peuvent tout se permettre. Des sortes de clichés d'américains arrogants arrivant partout en terrain conquis, ce que Roth ne manque pas de souligner par diverses situation anodines mais trouveront leur logique par la suite : tardive et bruyante arrivée à leur hôtel dont l'ouverture leur est due, Paxton qui regardera avec mépris la télévision diffusant Pulp Fiction en slovaque et sans sous-titres, la condescendance de Josh envers ses filles européennes qui fument... Puisque l'Europe ne représente pas plus pour eux, on va leur en offrir un cliché extrême lorsqu'ils seront conviés à une auberge de jeunesse de Bratislava où les filles sont magnifiques et folles des touristes, des américains qui plus est. L'arrivée ressemble en tout point à ce fantasme avec deux charmantes créatures peu farouches qui vont les séduire. Le piège peut alors se refermer.

Cette lente montée en puissance offre une magnifique transition du rêve (grotesque et beauf) vers le cauchemar, comme si American Pie virait à Delivrance. Roth use d'ailleurs d'une construction proche des films d’horreurs ruraux pour décrire la nature progressivement inhospitalière de ce pays étranger. Le film fut de façon compréhensible accusé de racisme par une population indignée de se voir ainsi dépeinte (l'intrigue se passe en Slovaquie mais le film fut tourné en République Tchèque) mais Eli Roth ne cherchait pas le réalisme.

Après le cliché de l'Europe dépravée que recherchent nos touristes, c'est celui d'un vieux continent arriéré et barbare qui doit lui répondre, typique de l'idée que s'en font des américains presque jamais sortis de leur pays. C'est l'envers du miroir que va découvrir Paxton livré à lui-même après la disparition de ses amis avec ses bandes de très jeunes enfants menaçant, une police corrompue et des jeunes filles au physique étrangement plus ternes après une première nuit où elles ont piégées leur victimes. La tension s'installe tandis que l'on traverse les ruelles désertes et inquiétantes de Bratislava, avant que Paxton soit à son tour livré en pâture aux tortionnaires.

Même s'il se garde bien d'affirmer tout propos politique, le contexte du film est particulier avec un gouvernement américain détesté depuis le lancement de la guerre en Irak contre l'opinion du monde entier. Le mépris d'autrui et de son opinion peut être ainsi symbolisé par la désinvolture de nos héros tandis que l'hostilité du monde envers eux s'illustrera par la cruelle révélation des tarifs de vente de la chair à torture, les américains étant les plus chers. Tout peut se vendre et s'acheter (par nécessité ou pou le plaisir), le scénario ne s'arrêtant pas au seul étranger dans cette idée puisque les richissimes clients sont soit des symboles du capitalisme avec l'odieux homme d'affaire hollandais (Jan Vlasák) au sadisme raffiné puis un américain pu jus dont l'excitation à tourmenter l'autre est tout simplement répugnante. Une fois ce contexte posé et le malaise à son comble, Roth peut enfin se laisser aller aux débordements sanglants.

Le savant équilibre en hors champs glaçant et écart gore insoutenable (pauvre touriste japonaise qui va finir défigurée) se fait dans une imagerie glauque jouant aussi du cliché avec une Slovaquie uniquement composée de terrain vague désaffectés et de souterrains sombre et humides, le réalisme cru alternant avec des élans gothiques inattendus (l'ouverture froide où un tortionnaire nettoie ses instrument). Cette ambiance oppressante n'empêche pas Roth de faire preuve d'un surprenant humour noir comme la mort stupide de ce tortionnaire glissant sur des doigts coupés pour s'empaler sur sa tronçonneuse en marche.

Roth renvoie finalement chacun dos à dos avec un final vengeur et ambigu où la rage se mêle au plaisir dans la revanche du survivant qui a dans cette expérience douloureuse pris le gout du sang et n'hésitera pas à se faire brutalement justice plutôt que d'avertir les autorités. Un des meilleurs films d'horreur des années 2000, plus malin qu'il n'en a l'air et qui évite avec brio le piège de la surenchère tout en mettant le spectateur dans une position désagréable. Hostel 2 (2007) plutôt réussi perdra cependant l'effet de surprise et la retenue habile du premier volet pour un résultat plus excessif mais moins intéressant (pas vu Hostel 3 (2011)que ne signe pas Roth et qui n'a pas très bonne réputation).

Sorti en dvd zone 2 chez Sony
 

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