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vendredi 22 août 2014

La Garce - Christine Pascal (1984)

Lucien Sabatier est inspecteur de police. Une nuit, alors qu'il effectue sa ronde, il récupère une jeune fille éjectée d'une voiture. Cette rencontre avec Aline, orpheline de 17 ans, va être déterminante pour le reste de sa vie. Alors que la jeune femme se montre de plus en plus provocante, leur relation tourne au drame : Lucien viole Aline. Dès le lendemain, elle le dénonce et le policier écope de 7 années de prison. A sa sortie, devenu détective privée, il recroise le chemin d'Aline, lors d'une enquête. Il va bientôt comprendre que cela n'a rien d'une coïncidence...

Deuxième film de la regrettée Christine Pascal, La Garce est une des tentatives les plus réussies de film noir à la française, reprenant les codes du genre sans singer le cinéma américain et en les réinscrivant avec brio dans un contexte français. Le côté sensuel et vénéneux s’exprime d’ailleurs sous un jour suggestif rétro et de façon plus explicite dans ce que le cinéma contemporain autorise désormais. Lucien Sabatier (Richard Berry), jeune inspecteur de police voit sa vie basculer le jour où il croisera la belle Aline (Isabelle Huppert). Seule et abandonnée sur une route pluvieuse, Aline est recueillie par Lucien qui fait sa ronde. Une tension érotique s’installe rapidement entre, Lucien ne contrôlant pas son violent désir et abusant d’Aline.

La pulsion de Lucien est montrée dans toute sa crudité tandis que l’on est surpris par l’attitude provocante d’Aline dans ce qui est pourtant un viol. Lucien ne tardera pas à payer pour son dérapage puisque Aline s’avère mineure et orpheline et que sa plainte va conduire notre policier en prison pour six ans. Reconverti en détective privé à sa sortie il est chargé d’espionner une femme soupçonnée d’espionnage industriel dans une boutique du Sentier et à sa grande surprise l’intéressée s’avère être Aline sous une nouvelle identité. Un mystère qui va remettre en cause les circonstances de leur fatidique première rencontre.

Christine Pascal signe un captivant et nébuleux scénario où l’argument policier est entièrement placé sous le signe du désir. C’est lui qui provoque le drame initial, c’est par ce même désir que Lucien plutôt que de dénoncer la duperie avérée d’Aline va retomber dans une folie obsessionnelle et la traquer. Cet aspect charnel révèlera une histoire d’amour étrange et complexe en forme de triangle amoureux entre Lucien, Aline et son âme damnée Max (Vittorio Mezzogiorno). Les retrouvailles inattendues entre Lucien et Aline ne doivent rien au hasard et relève d’un complot venant également d’un amour déçu. Christine Pascal instaure un climat urbain à la fois réaliste (le travail clandestin, l’antisémitisme ouvertement évoqué) et abstrait avec un usage brillant du quartier du Sentier et de ses us et coutumes mais la tournure de l’intrigue en fait un arrière-plan prétexte aux passions des protagonistes. Le manichéisme s’estompe d’ailleurs sous ce prisme intime où les liens se font et se défont par sincérité ou calcul personnel.

Isabelle Huppert symbolise à merveille cette dualité par son attitude séductrice et réservée à la fois où l’interlocuteur masculin ne saura jamais s’il doit y lire l’attirance et le rejet. Elle est un miroir opaque du désir qu’ont d’elle les hommes et sait constamment en jouer dans cette incarnation très surprenante de la femme fatale. Richard Berry incarne lui l’aspect le plus expressif de cette passion, l’étouffant constamment tant son expression s’avère brutale (le viol mais aussi une scène d’amour n’existant que par la volonté de soumission) et parvient à exprimer une réelle humanité par cette amour irrépressible. 

Une sorte de variation française du James Stewart de Vertigo où lui aussi poursuit le fantôme d’un passé douloureux. Vittorio Mezzogiorno amène une touche plus subtile, l’élégance et la prestance de son personnage ne lui faisant exprimer ses sentiments que par le matériel, que ce soit un bouquet de fleur, une boutique ou un faux passeport.

La résolution du dilemme amoureux ne pourra intervenir que lorsque la glaciale Aline daignera face à la perte possible oser révéler son émoi, sans que l’on y devine un intérêt ou une manipulation de plus. Ce n’est pas pour autant que ces amants maudits pourront s’épanouir. S’ouvrir signifie se montrer faible, on aura pu le constater pour chacun des personnages à divers degré. Le plus glacial d’entre eux démasqué, il préférera la fuite que l’abandon. Reste alors l’attente car dans La Garce, cette passion ne s’exprime jamais mieux que dans l’insatisfaction et la douleur.

Sorti en dvd zone 2 français chez Tamasa

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