The Furious est la nouvelle sensation annoncée du film martial, suscitant une attente fébrile des amateurs comme l’on n’en avait plus vécue depuis The Raid – même si entretemps des réussites comme City of Darkness (2024) ont largement données satisfaction. L’excitation vient notamment de la réunion des forces en présence pour un véritable ensemble panasiatique. Il s’agit d’une production hongkongaise tournée en Thaïlande, réalisée par un duo de réalisateurs/chorégraphes japonais, et mettant en vedette des stars chinoises et indonésiennes (Joe Taslim justement déjà vu dans The Raid).
Le film tente évidemment d’obtenir le meilleur de l’ensemble des cultures martiales et cinématographiques des participants, et y parvient souvent. L’intrigue est aussi minimale qu’efficace, avec un duo composé d’un père de famille muet (Xie Miao) et un journaliste (Joe Taslim) sur les traces d’un réseau criminel ayant enlevé leurs fille et fiancée respective. S’il propose quelques moments de pur cinéma d’action reposant sur la cascade physique (cette éreintante poursuite d’un camion, l’évasion périlleuse de la geôle d’enfants), The Furious privilégie avant tout la pure joute martiale. La mise en scène penche vers une nervosité toute moderne entre caméra à l’épaule, cadrage dynamique et travelling virtuose, tout en choisissant le temps long du film martial « à l’ancienne » dont les compositions de plans mettent en valeur des chorégraphies lisibles faisant apprécier la dextérité des combattants. Kenji Tanigaki a notamment fait ses armes chez Donnie Yen en contribuant aux chorégraphies de SPL (2005) ou encore Flash Point (2007), mais s’est surtout rendu célèbre par la furie des combats au sein des quatre opus de l’adaptation du manga Kenshin (2012, 2014, 2018). Malgré un indéniable sens de l’emphase, il s’éloigne du style comic book outré de City of Darkness sur lequel il a également travaillé, pour une approche plus « réaliste », du moins durant la première partie du film. Le mystérieux et silencieux Wang Wei (Xie Miao) laisse deviner un passé militaire trouble par son style aussi minimaliste que redoutable, la mise en scène soulignant de manière égale ses coups dévastateurs et la réflexion et stratégie qui en découle, notamment lors d’un mémorable affrontement sur un ring en cage face à de multiples assaillants. Navin (Joe Taslim) est davantage un quidam ayant certaines compétences martiales et pour lui la réalisation adopte une approche plus chaotique et laborieuse, par laquelle la hargne et la détermination font passer les difficultés qu’il rencontre au combat – ce qui sera fort payant lors du climax final. Ces deux partis-pris culminent lorsque les deux personnages joignent enfin leurs forces au premier tiers du récit, notamment pour venir à bout de l’imposant homme de main du méchant, véritable animal dont on aurait lâché la laisse. La construction narrative est clairement segmentée en blocs où l’intrigue ainsi que les décors sont totalement construits en perspective des combats. Cela tire d’ailleurs le film en longueur sur la fin assez prévisible dans le commissariat qui tout en restant impressionnante, donne un sentiment de trop-plein avec une péripétie s’ajoutant au forceps, un trop-plein de combattants surpuissants et un affrontement qui s’étire. Le climax émotionnel a été atteint lors du rebondissement précédent quand nos héros s’infiltrent dans la base où les méchants séquestrent les enfants. La satisfaction du « payoff » face à la police corrompue est jubilatoire, le sentiment de danger est palpable et l’éveil à une forme de solidarité d’un des enfants est fort touchante. La corrélation entre la rage du combat et l’accomplissement intime sont bien menés alors que l’ultime climax ne semble là que pour rallonger encore la sauce. On ne boudera néanmoins pas notre plaisir face à un spectacle aussi rondement mené, d’autant plus sur un écran de cinéma alors que les plateformes avaient la mainmise récemment sur ce créneau.En salle





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