Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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dimanche 5 mai 2019

Série Noire - Alain Corneau (1979)


Franck, représentant de commerce, traîne son existence minable dans la triste banlieue parisienne. Ce porte-à-porte laborieux fait bientôt la rencontre de Mona, une adolescente de 17 ans. Ils se découvrent alors un même but : fuir leur morne condition, quitte à employer les moyens les plus... expéditifs !

Passionné de polar tant dans la littérature policière que dans le film noir, Alain Corneau le temps de ses 5 premiers films (et plus particulièrement Police Python 357 (1976), La Menace (1977), Série Noire (1979) et Le Choix des Armes (1981) parvint à s’approprier et donner une nouvelle identité française au genre, loin de l’approche stylisée d’un Jean-Pierre Melville. Cela est particulièrement vrai avec Série Noire, une œuvre où il adapte le classique Une Femme d’enfer de Jim Thompson et le transpose dans un environnement français. Au départ Corneau envisage plutôt une adaptation de Pop. 1280, essaye même de collaborer au scénario avec Jim Thompson et vise un casting américain prestigieux (Ernest Borgnine, Sterling Hayden…) mais le projet s’enlise sans aboutir – Bertrand Tavernier en donnera une magistrale transposition quelques années plus tard avec Coup de torchon (1981). 

Réfléchissant à un autre ouvrage de l’auteur auquel s’attaquer, il voit la structure et les personnages d’Une femme d’enfer comme parfaitement déplaçables de leur cadre américain.
Parmi les grands atouts du film il y aura les choix de George Perec au scénario et celui de Patrick Dewaere dans le rôle principal. La présence de Perec peut surprendre sur un tel projet mais l’auteur est un passionné de polar et de Jim Thompson qui parviendra magnifiquement à inscrire son ton et ambiance dans le cadre français et notamment les dialogues de Patrick Dewaere. 

La narration du livre nous montrait un idiot poissard narrant le récit à la première personne, paradoxalement sûr de lui, mettant sur le des autres et du mauvais sort le vrai regard pitoyable que l’on avait sur lui. Patrick Dewaere joue donc Franck Pouplard comme les autres le voient plutôt que de la manière dont lui se voit dans le livre, un hurluberlu rendu imprévisible et excentrique par condition désespérément précaire. L’ambiance suintante typiquement américaine du roman s’orne ainsi d’une sinistrose crasse typique de l’imagerie la plus dépressive de la France des années 70.

La gamme de couleur grise, ocre et brune, la météo pluvieuse et le cadre banlieusard (terrain vague, appartement insalubre…) sordide contribue donc à une atmosphère oppressante en diable. Les éclaircies font figure d’anomalie rapidement souillées, on pense aux retrouvailles de Pouplard avec sa femme (Myriam Boyer) dont la nuisette rose jure avec dans l’appartement miteux et bien sûr la présence et le visage virginal de la jeune Mona (Marie Trintignant). Corneau atteint ainsi des sommets glauques telle cette scène où Mona offre gauchement son corps nu en pâture à Pouplard tandis qu’une radio-transistor crache le Rivers of Babylone de Boney M en fond sonore.

Corneau afin de nous plonger au plus près de cette fange délaisse ses méthodes habituelles et sur les conseils de son directeur photo Pierre-William Glenn, adopte un filmage caméra à l’épaule qui accompagne plutôt que dirige les comédiens dans un découpage classique. Si le scénario et les dialogues de Perec sont suivis à la lettre (les expressions déroutantes et autres néologisme improbables assurant la dimension spontanée), toute l’approche formelle de Corneau vise à saisir cet aspect naturaliste dans la liberté de mouvement des acteurs. 

Dans ce registre Patrick Dewaere est tout simplement stupéfiant d’implication, une boule de nerfs insaisissable pouvant craquer à tout moment dans des élans de folie aussi absurde que douloureux (lorsqu’il se tapera frénétiquement la tête sur un capot de voiture), où laisser éclater sa frustration dans une violence terrifiante. Le fatalisme du film noir n’a rien à voir ici avec ce perdant creusant sa propre tombe dès le départ. Sans parler de happy-end loin de là, la conclusion ne bascule pas dans le pur nihilisme du roman de Jim Thompson mais le filet de lumière entraperçu ne donne pourtant que peu d’espoir quant au futur des personnages. Succès d’estime à sa sortie, le film gagnera ses galons de classique avec le temps et sera considéré par Patrick Dewaere comme sa meilleure prestation. 

Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez StudioCanal

mardi 8 janvier 2019

Les Apprentis - Pierre Salvadori (1995)


Antoine est un écrivain raté et dépressif. Fred ne fait pas grand-chose de sa vie et semble s'en contenter. Tous deux partagent un appartement et vivent de petites combines foireuses. Les aventures et surtout mésaventures de ces deux copains un brin loosers, leur permettront de s'apercevoir que l'amitié est bien la plus grande des richesses.

Après avoir démontré une personnalité comique singulière avec l’inaugural Cible émouvante (1993), Pierre Salvadori décide d’inscrire plus directement son film suivant aux problématiques contemporaines. Le résultat sera donc Les Apprentis dont le script s’avère largement autobiographique avec sa vision mélancolique et amusée d’un contexte social difficile. Le fil dramatique du film ne repose pas sur une trame linéaire mais sur les aléas quotidiens de notre duo de pieds nickelés Antoine (François Cluzet) et Fred (Guillaume Depardieu. 

Les deux personnages se rejoignent dans leurs attentes incertaines de la vie, et qui les font piétiner. Au premier abord Antoine semble être un « déclassé » qui végète par rapport à ses aspirations intellectuelles non abouties d’écrivain. Seulement on comprendra que c’est le recul  et le sens de l’observation manque à l’anxieux Antoine. Il y voit un prestige apte à apaiser ses angoisses mais son vide s’avéra plus existentiel. Fred souffre de même maux mais fonctionne lui par la fuite plutôt qu’une ambition contrariée. Finalement le milieu supposé plus nanti d’Antoine en fait un être frustré face au dénuement (matériel comme professionnel) alors que les origines plus prolo de Fred le rende plus placide, nonchalant et résigné dans sa situation.

L’art de Pierre Salvadori est de tirer de la caractérisation de son duo et ses interactions une dynamique constamment à cheval entre le comique et le dramatique. Les personnages vivent donc une déchéance morale et social croissante qui s’avère pathétique dans les situations mais drôle par leur traitement décalé. Dès l’ouverture cela fonctionne avec Antoine laissé à la porte par sa compagne et celle-ci conseillée par le voisin pour enlever le fusible de la sonnerie longuement enfoncée par notre héros. Le curseur va plus vers la tristesse dans l’ellipse qui suit face à une porte où l’on voit le logis temporaire devenir permanent au fil des mois (et des ans) tandis que la voix-off d’Antoine récite des lettres jamais envoyés à sa fiancée.

Tout le film fonctionne ainsi, jamais totalement hilarant, jamais véritablement dépressif, mais toujours entre les deux. Une réplique ahurie de Fred viendra désamorcer une possible noirceur, une colère d’Antoine atténuera un rire potentiel, parfois dans la même scène ou à retardement (les conséquences d’une tordante scène de cambriolage). L’art de l’ellipse de Salvadori fait également merveille dans ce contexte (le visage tuméfié de Fred qu’on découvre à la pharmacie après la bêtise dites de trop) et le réalisateur sait tout aussi magnifiquement rallonger les humiliations avec une inventivité de tous les instants (la raclée de karaté, la scène d’échangisme). L’ancrage dans le réel de situations que chacun a pu connaître empêche de se moquer, le regard décalé évite de trop explicitement s’en désoler. Les deux acteurs jouent merveilleusement cette partition nuancée dans une complicité constante. C’est ainsi qu’un final amer s’avère illuminé par une apparition féminine (Marie Trintignant comme dans un rêve) et une partie de foot qui ramène à une joie infantile simple. 

Sorti en dvd zone 2 français chez TF1 Vidéo 

mercredi 24 octobre 2018

Cible émouvante - Pierre Salvadori (1993)


Victor est un tueur à gages vieillissant qui vit sous l'autorité d'une mère abusive. Il se prend d'affection pour Antoine et décide d'en faire son apprenti. Pour cela, ils doivent tuer Renée et tout ne se passe pas comme prévu.

L’univers tendre et fantaisiste de Pierre Salvadori se déploie déjà de manière charmante dès cet inaugural Cible émouvante. On trouve déjà là des personnages dont les failles se dévoilent à travers des attitudes figées et identifiables. Ce sera dans la raideur pour le tueur à gage vieillissant Victor Meynard (Jean Rochefort), la maladresse pour son apprenti juvénile Antoine (Guillaume Depardieu), tandis que le mal est plus mental pour Renée (Marie Trintignant), arnaqueuse à la petite semaine. Si la trame dessine un postulat éculé du polar (le tueur à gage qui tombe amoureux de sa cible) la désinvolture du récit ôte toute volonté de réalisme pour privilégier l’étude de caractère.

La solitude de Victor se construit ainsi dans le gimmick de ses cours d’anglais où en détournant la répétition de l’enregistrement, le personnage se présente ainsi que son métier criminel. Pourtant lorsque la bande émet une phrase présentant femme et enfant, Victor stoppe la bande. Ce seul geste ainsi que la mélancolie du regard de Jean Rochefort suffit à faire comprendre sa détresse et du coup. Ainsi le rebondissement qui le voit recruter Antoine comme apprenti est certes fantaisiste sur le papier mais parfaitement logique dans la caractérisation de notre héros dépressif qui s’ignore. Salvadori affirme aussi formellement cet isolement, notamment dans les motifs mettant en scène Victor en action. La scène d’ouverture joue sur le gag en montrant successivement Victor entrer dans une bâtisse, le corps de sa « cible » en tomber et lui en ressortir guilleret. Notre tueur est ainsi séparé du monde qui l’entoure par l’image, ce détachement visuel étant aussi émotionnel et lui permettant d’exécuter sa funeste tâche. Le second meurtre après avoir brièvement montré la cible en introduction l’élimine par le montage tandis que Victor le fait physique et que la caméra en reste sur sa seule figure en action. Le procédé sera cependant perturbé face à Renée, cible plus imprévisible. La fameuse séparation visuelle et émotionnelle s’amorce lorsque Victor tire sur les rideaux d’une cabine d’essayage où devrait se trouver Renée, mais celle-ci a s’est déjà éclipsée après avoir dérobé quelques vêtements.

 La nature transformiste de la voleuse Renée la rende à la fois insaisissable tout en forçant Victor dans sa filature à observer sa victime et d’une certaine manière de se raccrocher au monde. Cela s’exprime aussi en filigrane ans la présence encombrante de l’attachant disciple qu’est Antoine. Lorsqu’un concours de circonstances force les trois personnages à cohabiter, l’armure se fend pour faire de leurs failles une manière de se rapprocher. L’instinct caméléon (après avoir changé de tenue et de coiffure à de multiples reprise durant la première partie, son allure son stabilise ensuite) de Renée s’efface en la contraignant à une relative sédentarité et l’interlocuteur cesse également d’être un « pigeon » (l’équivalent u contrat pour le tueur Victor), d’autant que Victor est aux antipodes par sa vulnérabilité fuyante des mâles dominants qu’elle se plait à duper. Salvadori se montre complémentaire dans l’observation des maux qui frappent ses personnages. 

L’origine de l’esseulement de Victor vient de sa mère abusive ainsi que d’une existence programmée où il succède à son père en tant que tueur à gage. Cela reste flou pour Renée alors que chez Antoine, un dialogue faussement anodin (le mensonge où il raconte les liens qui l’unissent à la mère (Patachou) de Victor) laisse deviner le besoin de se constituer dans l’aventure (l’acceptation de la proposition de Victor semblant moins incongrue qu’il n’y parait du coup) la famille qui lui a certainement manqué. Le motif formel de séparation devient celui de la réunion lorsqu’un champ contre champ lors d’un dialogue entre Renée et Victor, l’image s’arrêtant sur son visage pour basculer par l’ellipse sur une scène où il masse les pieds de Renée. 

 La candeur enfantine de Jean Rochefort, le charme mutin et gouailleur de Marie Trintignant et la gaucherie de Guillaume Depardieu font ainsi passer merveilleusement tout l’aspect plus lâche de l’intrigue. Pierre Salvadori saupoudre d’ailleurs l’ensemble de gags tour à tour grossiers (le running gag de Serge Riaboukine qui en prend plein la figure) ou subtils (le perroquet dans la maison de retraite) mais qui font toujours mouche. Une belle entrée en matière pour une des personnalités les plus originales e la comédie française.

Sorti en dvd zone 2 français chez TF1 Vidéo