Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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samedi 11 mai 2019

La Fleur de mon secret - La Flor de mi secreto, Pedro Almodóvar (1995)


Leo Macías est une femme autrice de romans à l’eau de rose qui écrit sous le nom d'Amanda Gris. Mais Leo n'arrive plus à décrire les bons sentiments et ses ouvrages sont de plus en plus noirs. Pourquoi ? Parce que Paco, son mari, est parti en mission militaire en Bosnie, et qu'elle voit son couple peu à peu se désagréger. Sa vie va alors prendre un nouveau tournant.

La Fleur de mon secret est une œuvre où Almodovar mêle hommage au female pictures hollywoodien (soit ces grands mélodrames psychologique au féminin portés par l’interprétation d’une Bette Davis, Joan Crawford et autres Barbara Stanwyck dans les années 40) et des thématiques plus personnelles. Almodovar cherche ici à capturer une forme de solitude et détresse féminine à travers le postulat de ces grands mélodrames, mais revisités à l’aune d’un contexte social contemporain. On pense notamment beaucoup à la sous-intrigue concernant Joan Fontaine dans le Femmes de George Cukor (1940) avec le personnage de Leo (Marisa Paredes), écrivain angoissé par un époux absent et qui s’avérera être adultère. La détresse de Joan Fontaine dans Femmes tenait à la fois de l’amour encore vivace pour le mari volage, mais aussi d’une dimension sociale où divorcer et devenir indépendante représentait alors un grand saut dans l’inconnu pour une femme encore souvent réduite à la ménagère du foyer. D’ailleurs malgré les audaces du scénario la conclusion voyait Joan Fontaine reconquérir son homme et retourner au domicile conjugal. 

Almodovar écarte tout cet aspect désormais désuet, et fait reposer tous les maux de Leo sur sa seule fragilité psychologique. Sans Paco (Imanol Arias), Leo est incomplète, vulnérable et sans identité propre ce qui se répercute dans son statut d’écrivain incertain. Tout comme elle ne se résout pas à quitter cet homme qui la fuit, elle n’assume pas son alter-ego star de la littérature à l’eau de rose Amanda Gris. Almodovar dédouble ainsi les alias ou le sort de ses manuscrits, parfois pour un exercice d’autoflagellation pour l’héroïne (lorsqu’elle signe de pamphlet contre son alias dans une revue littéraire) ou pour faire malgré elle le bien comme on le découvrira dans la conclusion. 

Cette solitude de la femme moderne, le réalisateur la rend universelle à travers un film qui se veut un hommage à sa mère. Almodovar élevé avec ses sœurs par une mère veuve pris conscience qu’à l’âge adulte du profond esseulement qu’elle put alors ressentir, le manque de confident à qui se livrer. Ce sentiment se manifesta d’une manière plus marquée dans sa vieillesse (car le cap d’élever sa famille passé, la béquille psychologique à cette solitude a disparue) et Almodovar l’illustre magnifiquement avec le personnage aussi attachant qu’à fleur de peau de la mère de Leo (Chus Lampreave) et son agitation presque enfantine.

Dès lors Almodovar s’appuie moins sur la densité scénaristique, la provocation et l’esthétique agressive pour tisser un écrin intimiste et réaliste à Marisa Paredes qui porte le film de bout en bout. Capricieuse, inconséquente et imprévisible, elle est avant tout poignante dans ses failles. Ce parti pris déleste cependant le film du dynamisme narratif habituel d’Almodovar, suivre une dépressive étant moins palpitant que les trames romanesques improbables habituelles. Malgré ses longueurs et petites redondances, reste donc un opus très touchant et cher à son réalisateur. 

Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez TF1 Vidéo

mercredi 3 avril 2019

Tout sur ma mère - Todo sobre mi madre, Pedro Almodovar (1999)


Manuela, infirmière, vit seule avec son fils Esteban, passionné de littérature. Pour l'anniversaire de Manuela, Esteban l'invite au théâtre ou ils vont voir "Un tramway nommé désir". A la sortie, Manuela raconte à son fils qu'elle a interprété cette pièce face à son père dans le rôle de Kowalsky. C'est la première fois qu'Esteban, bouleversé, entend parler de son père. C'est alors qu'il est renversé par une voiture. Folle de douleur, Manuela part à la recherche de l'homme qu'elle a aimé, le père de son fils.

Après les tapageuses et provocantes œuvres qui le révélèrent dans les années 80, Pedro Almodovar avait amorcé une passionnante mue avec Talons aiguilles (1992) où son univers bariolé se teintait plus explicitement de mélodrame à travers une tumultueuse relation mère-fille. Tout sur ma mère poursuit cette tendance (qui aboutira à certaines de ses œuvres les plus profondes et matures dans les années 2000) et s’avère un de ses films les plus touchants.

Comme toujours avec Almodovar, un point de départ « simple » aboutit à une intrigue très dense et aux réflexions inattendues. Le sous-texte théâtral est le fil rouge qui servira de révélateur au protagoniste. Le titre Tout sur ma mère/Todo sobre mi madre est ainsi une référence au All about Eve de Joseph L. Mankiewicz que le personnage de Manuela (Cecilia Roth) regarde avec son fils Esteban (Eloy Azorín) au début du film. La mort tragique d’Esteban tue dans l’œuf le point de départ d’Eve (l’admirateur mourant en essayant d’approcher son idole) tout en en offrant en partie un remake lorsque Manuela va s’immiscer dans l’entourage de l’actrice Huma Rojo (Marisa Paredes). Manuela réalise ainsi le rêve avorté de son fils tout en satisfaisant une un rêve passé lorsqu’elle remplacera de façon inopinée une actrice de la pièce. Almodovar prend le squelette de la trame d’Eve où, plutôt qu’une ambition qui séparait et opposait les femmes entres elles, il laisse s’exprimer leur solidarité à travers leurs quêtes personnelles. 

La fiction dans la fiction sert ainsi de révélateur pour les héroïnes, actrices figurées ou explicites de leur destin à différents moments du récit. Manuela « joue » dès le début dans ses colloques sur la transplantation et endossera ensuite, sur scène et dans la vie divers « rôles » avant de se trouver. La religieuse Maria (Penelope Cruz) fuit une famille bourgeoise sinistre pour la religion, mais le contact avec les marginaux divers révèle encore un autre pan de sa personnalité. La romance tumultueuse entre Huma et sa partenaire junkie Nina (Candela Peña) offre elle un miroir déformant de la pièce Un Tramway nommé désir qu’elles jouent chaque soir, Almodovar exprimant la dimension torturée et destructrice d’un amour impossible. Les loges de théâtre synonyme de flatterie, duperies et conflit dans Eve deviennent pour Almodovar une alcôve de proximité, complicité et confidence qui se prolonge progressivement dans le monde extérieur où cette solidarité féminine est indispensable – la très triviale scène entre Huma, Agrado, et Maria dans l’appartement de Manuela.

Les relations amoureuses et familiales s’effondrent (parfois dans le simple oubli avec l’Alzheimer du père de Maria Rosa) et c’est cette amitié féminine qui constituera le véritable socle affectif du film. La quête, la cause du malheur et l’espoir peuvent se confondre en un seul prénom, « Esteban », une manière pour Almodovar d’explorer les jeux de la destinée et la complexité humaine. Cela se ressent dans sa façon toujours vivace et nuancée d’observer les figures marginales. 

Lola (Toni Cantó) sous le travestissement ne s’est pas délesté d’une certaine lâcheté masculine tandis qu’Agrado (Antonia San Juanen) surface le personnage le plus artificiel s’avère le plus authentique, le seul à ne pas se perdre dans des identités sexuelles, morales… La magnifique et hilarante scène d’improvisation au théâtre face à un public hilare fait ainsi office de profession de foi. Les dédales du récit n’ont ainsi qu’un unique but, l’ode à la femme et à ses divers rôles au cœur de la vie et de la fiction. Grand film. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Pathé