Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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samedi 5 décembre 2015

The Raging Moon - Bryan Forbes (1971)

Bruce Pritchard (Malcolm McDowell) est un jeune homme issu des classes populaires, passionné par le foot, qu’il pratique assidument en amateur. Mais, le jour du mariage de son frère, il s’effondre. Il est atteint d’une maladie incurable qui le condamne à rester en chaise roulante jusqu’à la fin de ses jours. Décidé à ne pas retourner vivre chez ses parents, il obtient une place dans une maison d’accueil pour handicapés. Il a du mal à s’adapter à sa nouvelle vie, jusqu’à ce qu’il tombe amoureux d’une autre pensionnaire, Jill (Nanette Newman).

Bryan Forbes signe un superbe mélo au sujet très original en plus d'offrir un de ses rôles les plus sensible à Malcolm McDowell avec The Raging Moon. Le film adapte le roman éponyme de Peter Marshall paru en 1964. Frappé par la polio à l'âge de 18 ans et paralysé depuis, il exprima les difficultés de cet handicap dans la société d'alors avec son autobiographie Two Lives paru en 1962 et pour laquelle il reçut de nombreux prix, puis dans la fiction avec le roman The Raging Moon tout aussi personnel. Le sujet tenait particulièrement à cœur à Bryan Forbes qui se mit dans une situation compliquée pour tourner le film. Alors directeur de la production au sein d'EMI, Forbes fit produire le film par le studio tout en renonçant à son salaire de réalisateur mais ne put empêcher les mauvaises langues de l'accuser d'avoir joué de sa position.

Malcolm McDowell incarne une sort de double de Peter Marshall avec ce Bill Pritchard aspirant écrivain mais qui ne sait que faire de sa vie, vivant encore chez ses parents alors que son frère s'apprête quitter le foyer familial pour se marier. On devine ce mal-être sous son air jovial et qui va se concrétiser brutalement lorsqu'une maladie va lui faire perdre l'usage de ses jambes et le coincer en chaise roulante. Le récit dépeint une réalité cruelle pour les handicapés, nulle part à leur place. Notre héros s'isole donc dans un centre spécialisé pour s'isoler d'une société où il est de trop mais la rencontre avec Jill (Nanette Newman) va progressivement lui redonner gout à la vie.

Les deux personnages offrent un reflet du rejet d'un monde réel où ils sont un fardeau encombrant pour leur entourage ou alors objet d'attention exacerbées qui les infantilisent. Pire que tout, leur handicap semble les destituer de leur statut d'être humain. Jill est ainsi fiancée depuis de longues années avec un homme connu avant d'être en chaise roulante, sauf que ce dernier a désormais une attitude chaste envers elle comme si elle n'était plus une femme en attente d'affection physique plutôt que de pitié. C'est ainsi que va se nouer le lien entre Bill et Jill qui se rapprocheront et s'aimeront sans jamais être gênés par leur handicap si ce n'est pour en rire. Plus que leur chaise roulante, c'est le regard des autres qui va constituer la plus terrible des prisons.

On a ainsi une approche forte audacieuse fustigeant la compassion chrétienne. Tant qu'ils vaquent au diverses activités proposés par le centre, celui-ci constituera un havre de paix où ils pourront se reconstruire. Dès lors qu'ils chercheront à y vivre une histoire d'amour, on leur niera ce besoin vital du fait de leur handicap. Ils leurs refusent tout autant ce statut d'humain, les réduisant à de simples objets sur lesquels s'apitoyer dans ce cadre religieux (l'esprit sarcastique de Bill offrant une scène hilarante et pathétique face aux "bienfaiteur) et voyant comme une monstruosité le fait qu'ils puissent s'aimer et se désirer. Ces entraves physiques et morales offrent ainsi un beau frisson au moindre moment de rapprochement comme ce premier baiser à l'intensité magique.

Malcolm McDowell incarne vraiment un de ses rôles les plus touchants et vulnérables, formant un couple idéal avec une Nanette Newman (épouse et actrice fétiche de Bryan Forbes) alliant espièglerie et mélancolie à merveille. La mise en scène contemplative et intimiste de Bryan Forbes sert à merveille le sujet, la magnifique bande originale de Stanley Myers (lorgnant sur le meilleur de John Barry) faisant superbement décoller l'émotion des images par son entêtant thème principal. Preuve que le sujet était encore dérangeant, les exécutifs d’EMI tenteront d'empêcher la sortie du film qui sera uniquement sauvé par ses projections-tests enthousiastes. Même s'il ne rencontrera pas un grand succès à sa sortie, The Raging Moon s'avère une des œuvres les plus justes sur ce thème et une magnifique histoire d'amour.

Sortie en dvd zone  2 anglais et bluray et doté de sous-titres anglais

lundi 12 septembre 2011

Le Rideau de brume - Seance on a Wet Afternoon, Bryan Forbes (1964)


Myra, une Londonienne soi-disant médium, échafaude un stratagème pour gagner la célébrité. Elle convainc Billy, son mari veule, de kidnapper la fille de parents aisés. Ils demanderont une rançon ; après quoi, elle se rendra chez les parents en prétendant recevoir des messages extra-sensoriels qui permettront à la police de retrouver la victime et la rançon.

Seance on a Wet Afternoon est le troisième film d'un Bryan Forbes qui enchaînait les réussites dans le cadre de son association avec Richard Attenborough au sein de leur société de production commune Beaver Films. Après les drame Whistle down the wind et The L-Shaped Room, Forbes se frotte cette fois au thriller atmosphérique sacrément déroutant. Le pitch très audacieux et tordu annonce la couleur de l'étrange spectacle à venir. Myra (Kim Stanley), médium en quête de reconnaissance convainc son époux Bill (Richard Attenborough) d'enlever une fillette qu'elle se chargera de retrouver prétendument grâce à ces dons.

Avant de lancer son intrigue, Forbes prend le temps de nous introduire dans l'intimité du couple criminel. Un rapport dominant/dominé malsain régit les liens des deux époux où un extraordinaire Kim Stanley alterne douceur et humiliation pour plier la volonté d'un Richard Attenborough plus lucide mais faible de caractère.

L'atmosphère est à la fois pesante et neutre (ce que saisit parfaitement John Barry avec son excellent score) avec un Forbes jouant autant sur une neutralité glaciale que sur le malaise prononcé, la mise en scène brise constamment une relative sobriété pour faire surgir la folie des personnages notamment lors des séances de spiritismes. Celle qui ouvre le film joue d'ailleurs sur la virtuosité avec ses mouvements de caméra troublant, son montage saccadés et ses visages dissimulés dans l'ombre alors que la toute dernière révélatrice d'une terrible folie s'attarde longuement sur les réactions et le troubles des participants face à la stupéfiante crise de Kim Stanley.

Forbes manie avec une grande sobriété un sujet potentiellement sulfureux. Les séquences où la fillette est malmenée sont suffisamment sophistiquées et sobre pour lever l'ambiguïté, la scène d'enlèvement sans paroles le temps d'un folle cavalcade en voiture joue ainsi plus sur l'anxiété de Attenborough qu'une quelconque perversion tout comme lorsqu'il endort sa victime et que la scène s'interrompt avec l'acte en se situant à l'extérieur.

Hormis un morceau de bravoure virtuose avec une haletante course poursuite urbaine, Seance on a Wet Afternoon est un pur film d'ambiance où se révèlent progressivement les raisons du trouble de ses "héros". Ainsi l'argument pécuniaire ou de notoriété perd étonnamment de son intérêt quand on comprend que le but de Myra est ailleurs. Les éléments du puzzle auront été savamment mis en place et l'origine de la pseudo ubiquité de Myra et de ses velléités criminelle ont la même source et recèle une poignante thématique d'un deuil qui n'a jamais été fait.

Kim Stanley totalement possédée est stupéfiante, son calme glacial dissimulant une pure démence s'effrite peu à peu avec en point d'orgue un final fabuleux où plus que les esprits de l'au delà c'est ses propres démons qu'elle convoque enfin. On révise également le jugement sur le personnage d'Attenborough qui plutôt que lâche est surtout un mari bienveillant qui ira jusqu'au bout malgré lui pour apaiser son épouse. C'est sur un regard échangé entre eux que ce conclu le film, ayant enfin fait face à leur malheur mais à quel prix... Immense succès public et critique (et une performance de Kim Stanley unanimement saluée), le film connaîtra bien plus tard un remake japonais avec le Seance de Kyoshi Kurosawa et une transposition en opéra à Broadway.


Sorti en dvd zone 2 anglais mais dépourvu de sous-titres

lundi 11 avril 2011

Un mort en pleine forme - The Wrong Box, Bryan Forbes (1966)

Deux frères vivent dans des maisons mitoyennes sans s'adresser la parole depuis des années. Ils sont les derniers membres d'une famille, qui rapportera au dernier d'entre eux la somme de 100 000 livres. A la suite d'un accident, on croit l'un des frères mort.

The Wrong Box est l'occasion de la réunion d'un des plus fameux casting anglais des 60's où on retrouve rien de moins que Ralph Richardson, John Mills, Michael Caine et le duo comique Pete'n'Dude avec Peter Cook et Dudley Moore. Il fallait bien cela pour une adaptation de Un mort encombrant, un des romans les plus drôle de Robert Louis Stevenson, merveille d'humour noir et distancié. Très fidèle au roman la trame nous dépeint donc une entière famille soumise dès le plus jeune âge à la perspective de remporter une tontine, sorte de loterie dont la somme gonfle au fil des années et que le dernier survivant pourra empocher. Le générique fait défiler avec un humour les morts les plus délirantes et macabres des différents participants à la tontine qui au départ du récit se réduit aux deux frères joué par Ralph Richardson et John Mills.

Les deux survivants sont antinomiques aux possibles, dans leur caractères comme leur entourage. Ralph Richardson est ainsi un intellectuel verbeux et rasoir avide d'étaler ses connaissances au premier quidam venu dans une logorrhée insupportable. L'intérêt pour la tontine vient donc plutôt de ses deux neveux (Pete'n'Dude) rapaces faisant tout pour le maintenir en vie jusqu'au jour où ils pourront remporter la somme. A l'inverse John Mills ruiné est lui très concerné et n'hésiterait pas à trucider son propre frère pour assurer l'héritage à son petit fils lunaire joué par Michael Caine. Une erreur sur la mort présumée de Richardson (et l'occasion d'unextravagant accident de train) entraîne une série de réactions en chaîne où quiproquos et trahisons en tout genre vont causer leur lot de dégâts par appâts du gain.

La réalisation paresseuse et sans idées (ou alors très mauvaises comme ses inserts écrits façon cinéma muet surlignant inutilement l'action) de Bryan Forbes n'est clairement pas à la hauteur du piquant du roman malgré le respect de la trame et le rythme laborieux peine à en retranscrire la drôlerie. Heureusement le casting haut de gamme rend la chose plutôt agréable à suivre sans être inoubliable. Les vieux briscards John Mills et Ralph Richardson incarnent en quelque sorte le feu et la glace, le premier tout en nervosité cabotine irrésistible et le second poussant la caricature du flegme british très loin pour notre plus grand plaisir.

Peter Cook et Dudley Moore sont vraiment sous exploités (mieux vaut revoir le Fantasmes de Donen pour savourer leur potentiel comique) mais offre néanmoins de savoureux moments avec toujours Cook en cerveau imbu de lui même et Dudley Moore en imbécile heureux chercher à l'impressionner. C'est finalement le couple niaiseux entre Michael Caine et Nanette Newman (épouse de Bryan Forbes à la ville) qui provoque les plus grands éclats de rire, leur pudibonderie les amenant à s'émoustiller pour un rien notamment une scène d'amour décalée assez hilarante.

Parmi les seconds rôle Wilfrid Lawson en valet dépassé et sénile est excellent et Peter Sellers le temps d'une courte apparition invente un personnage farfelu dont il a le secret avec ce médecin à moitié fou à la demeure envahie par les chats. Dans l'ensemble le film offre donc quelques éclairs comiques plus par ses acteurs que son metteur en scène peu à l'aise dans ce registre comique. Au final pas désagréable mais anecdotique, une nouvelle adaptation plus enlevée serait la bienvenue.

Sorti en dvd zone 2 anglais chez Columbia et doté de sous-titres anglais


Générique sur le beau thème de John Barry et la délirante scène d'ouverture