Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com et suivre le blog sur twitter à http://twitter.com/#!/JustinKwedi

Pages

Affichage des articles dont le libellé est Nigel Green. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Nigel Green. Afficher tous les articles

mardi 29 juillet 2014

La Lettre du Kremlin - The Kremlin Letter, John Huston (1969)

 En pleine guerre froide, un groupe d’espions américains est envoyé à Moscou afin d’infiltrer les services secrets soviétiques. Leur objectif est de récupérer une lettre contenant des renseignements sur l’arsenal nucléaire chinois. Ce document, extrêmement compromettant pour les Etats-Unis, met en péril la paix mondiale. Le Capitaine Charles Rone (Patrick O’Neal) est en charge de mener cette opération…

En cette fin des années 60, deux tendances se dégageaient dans le film d'espionnage. Dépeindre le méandre du milieu dans toute sa méticuleuse froideur à la manière de L'Espion qui venait du froid (1965) de Martin Ritt ou en donner la vision séduisante, décomplexée et divertissante de la série des James Bond (et de ses suiveurs) qui triomphe à la même période. John Huston ne choisit aucune de ses deux voies dans La Lettre du Kremlin ou du moins y pioche juste ce qui l'intéresse, son film s'avérant étonnamment ludique et pas forcément aussi réaliste qu'on pourrait s'y attendre et surtout particulièrement tortueux dans sa trame. C'est surtout un pur film de Huston, anachronique aux tendances du moment donc mais aussi décalée en regard de celles à venir. Le cinéma américain des 70's placera la paranoïa et le doute du pouvoir en place au cœur de ses films d'espionnages (renforcé par les scandales d'alors comme le Watergate) alors que Huston nous dépeint un pur récit de Guerre Froide désormais un peu désuète.

Le thème récurrent de l'échec du réalisateur est au cœur du film mais si dans d'autres œuvres si échec il y a la quête a pu être belle et les aventures vibrantes, il n'en est rien ici avec un milieu de l'espionnage qu'il méprise. Un propos affirmé de manière cinglante dès l'ouverture où un amiral de la marine (joué par Huston lui-même) congédie avec mépris un de ses officiers, Charles Rone (Patrick O'Neal), convoqué par les services secrets pour y travailler. Cela signale aussi l'opposition entre une autorité noble et à l'autorité identifiable avec les agences gouvernementales nébuleuses (CIA, CIC or whatever comme l'assène Huston). Les aptitudes physiques et intellectuelles exceptionnelles de Rone vont en effet s'avérer nécessaire pour une mission à Moscou où il faudra récupérer une lettre compromettante pour le gouvernement américain et détenue par les renseignements russes.

La lettre va progressivement s'avérer être une sorte de McGuffin insaisissable et prétexte à un joyeux jeu de massacre où l'absence d'humanité et de morale de ce métier va se révéler. Les capacités hors-normes des agents vont tout d'abord être tournée en ridicule en montrant combien elles révèlent des êtres égocentrique et imbus d'eux même (Charles Rone), virtuose dans leur art mais perdu face à la réalité (la cambrioleuse jouée par Barbara Parkins) et dénué de morale (Nigel Green). 

Des "qualités" parfaites sur le terrain pour des personnages déjà double avant d'être mis en action (tous affublé de surnom) et dont la duplicité s'avère idéale pour endosser les personnalités qui les feront pénétrer le cœur de l'état-major russe, notamment en faisant sans vergogne commerce de leur corps ou de celui des autres. Le terrain de l'ennemi est également à double-fond puisque derrière le redoutable Kosnov (Max Von Sydow), son supérieur Bresnavitch (Orson Welles) le court-circuite pour servir ses propres intérêts. 

La partie d'échec est passionnante et comme l'affirmera la promotion du film une minute d'inattention et tout le sens de ce qui va suivre deviendra incompréhensible tant les coups de théâtre sont légions. On nous dépeint des monstres soumis à leurs objectifs mais le jeu de piste est diablement présent et Huston n'oublie jamais de faire surgir une pointe d'humanité sous la perversion et la froideur. C'est les regards de Rone dépité de laisser l'innocente BA se perdre, la perverse Erika (Bibi Andersson) réellement amoureuse de son gigolo, le dépit amoureux toujours de l'impitoyable Kosnov. 

Malgré tout c'est bien l'ombre omnisciente de Sturdevant, agent disparu et figure du mal absolu qui plane sur le film pour se révéler dans un final marquant. Tous ne semblent avoir été que des marionnettes destinés à servir ses objectifs, la résolution étant d'une rare noirceur où plane l'ironie du fameux L'Affaire Cicéron (1955) de Mankiewicz mais en plus désespéré.

Sorti en dvd zone 2 français chez Opening

mercredi 29 mai 2013

Enfants de salauds - Play Dirty, André de Toth (1968)


En Libye, en 1942, un commando doit faire sauter des dépôts d’essence allemands. Près d’El-Alamein, Cyril Leech, mercenaire, revient de mission avec la dépouille de l'officier anglais chargé de la mission précédente...

Play Dirty est un des nombreux films de commando produit dans la foulée du succès des Douze Salopards (1967) de Robert Aldrich. Le film en évoque d’ailleurs une sorte de variante dans le désert et en prolonge les thématiques à savoir une unité composée des pires raclures (la scène de présentation de chacun et de ses méfaits est délectable) envoyé en mission suicide, les tâches les plus « sales » devant être réalisée par des sales types comme se plaît à le souligner le titre. Grande différence cependant, Aldrich soufflait le chaud et le froid en soulignant les déviances de ses soldats tout en leur conférant une réelle dimension héroïque et créant une nouvelle race d’anti héros au cinéma.

Le commando ne sera finalement peu caractérisé (même si leurs instinct barbare resurgissent quand une infirmière allemande est faite prisonnière) l'intrigue se concentrant sur l'opposition entre Michael Caine (un rôle voisin de celui qu'il tenait dans Zoulou) soldat sans expérience du front et parachuté là à cause de ses connaissances en hydrocarbure et Leech (Nigel Davenport) vieux baroudeur corrompu peu préoccupé du drapeau. 

L'inexpérience de l'un et son apprentissage du terrain opposé à la rudesse de l'autre constitue le ciment de l'intrigue où l'ennemi allemand pointe finalement peu son nez malgré la menace latente. Tous les aspects de la guerre dans le désert sont rigoureusement abordés avec la difficulté du terrain, le climat et également les possibilités inédites qui y sont offertes comme une attaque surprise en pleine tempête de sable. Le cynisme est de mise avec l'image de l'armée en prenant un sacré coup avec officiers carriéristes, supérieurs s'attribuant sans vergogne les idées des autres, n'hésitant pas à sacrifier leurs propre homme sur un changement de stratégie. La lâcheté ordinaire de Caine et le pragmatisme intéressé de Davenport se rejoignent ainsi dans un même élan, les deux représentant le revers d'une même pièce constituant cette armée corrompue.

Le résultat, efficace et cinglant ne laisse pas à deviner les aléas d’un tournage mouvementé. Richard Harris tenait à l’origine le rôle finalement repris par Nigel Davenport mais devant les changements de scénario quitta le tournage au bout de quelques jours. Un départ qui entraîna aussi celui du réalisateur initial René Clément remplacé donc par André de Toth à l’origine producteur.  De Toth mène le tout avec son savoir faire habituel et signe un des meilleurs film de guerre des 60’s dont le cinglant final marque durablement.

Sorti en dvd zone 1 chez MGM avec VF et sous-titres anglais

vendredi 2 septembre 2011

Ipcress Danger immédiat - The Ipcress File, Sidney J. Furie (1965)


Dans une gare de Londres, un prestigieux scientifique se fait enlever sous les yeux de l’agent des services secrets qui le surveillait et que l’on retrouve assassiné sur le quai. Pour le remplacer, le Colonel Ross (Guy Doleman) des services secrets militaires britanniques, décide de redonner sa chance à son agent Harry Palmer (Michael Cain) et de l’affecter au service de contre espionnage du Major Dalby (Nigel Green). Harry Palmer était jusque là affecté à des planques minables suite à son insubordination.

Adapté d’une série de roman de Len Deighton, la trilogie consacrée au personnage de Harry Palmer a marqué l’imagerie du film d’espionnage des sixties. Tout à la fois à contre courant et classique du genre, cette série de films symbolise ses mutations à venir tout en obéissant à ses motifs les plus identifiables. Pour Michael Caine, ce sera le rôle qui établira définitivement son aura de star, tout en maintenant la personnalité véhiculée dans d’autres films, pour ce qui est indéniablement l’autre espion anglais des sixties.

En 1965, Harry Saltzman décide de s’émanciper de la lourde logistique de la série des James Bond qu’il coproduit avec Albert Broccoli (à qui il laissera les commandes lorsqu’il revendra les droits en 1975 après L’Homme au pistolet d’or). Il emmène dans son sillage pour ce projet parallèle quelques-uns des grands acteurs de la réussite des premiers James Bond : le compositeur John Barry, le décorateur Ken Adam ou encore le monteur Peter Hunt (futur réalisateur d’un des plus fameux Bond, Au service secret de sa Majesté). Pourtant ce qui leur sera demandé sera volontairement aux antipodes d’un James Bond.

Par cette volonté de tous les instants de s’éloigner du tombeur amateur de vodka martini, Ipcress est un pur ovni, même en comparaison des films d’espionnage plus conventionnels. La nature de Harry Palmer s’avère atypique en tout point, que ce soit son background peu glorieux ou son look austère, le tout affirmé dès sa première apparition peu glamour où on le voit préparant son petit déjeuner. Même les caractéristiques qui rendraient un Bond charismatique sont abordées de manière décalée, telle cette bagarre en pleine rue où il se bat comme le premier voyou venu, sans parler de sa manière de reluquer les femmes comme un gros rustre, loin de la séduction animale d'un Bond.

Le cadre londonien grisâtre, les services secrets anglais dépeints comme bureaucratiques et austères et l'enquête volontairement laborieuse concourent à un manque de panache et d’exotisme. Loin d’ennuyer, ce parti pris contribue à une pesante ambiance paranoïaque aux rebondissements surprenants jusqu’à la dernière seconde. Les velléités de réalisme qu’on a cru percevoir tournent court quand arrive l’inattendue résolution finale d’une trame proche d'Un crime dans la tête de Frankenheimer, autre grand film d’espionnage de l’époque. Sidney J. Furie (qui malheureusement pour lui, semble plus passer à la postérité pour sa médiocre saga des Aigle de Fer) délivre une réalisation incroyablement moderne et expérimentale, multipliant les cadrages et plans alambiqués porté par un mémorable score de John Barry.

Le travail sur l'image est constamment déstabilisant comme lorsqu'il prend le point de vue de la vision floue de Palmer sans lunettes lors de la conférence. Ni trop réaliste avec son intrigue fantaisiste, ni réellement « pop » et léger par sa froideur et sa retenue, Ipcress fit école dans le cinéma d’espionnage (notamment Le secret du Rapport Quiller qu'on a évoqué sur le blog) et installa définitivement Michael Caine au sommet. Harry Palmer connaîtra deux autres aventures durant la décennie, un plus conventionnel Nos Funérailles à Berlin (1966) réalisé par Guy Hamilton et le totalement fou Un cerveau d’un milliard de dollars réalisé par ce grand malade de Ken Russell. On reviendra dessus très prochainement.

Sorti en dvd zone 2 chez PVB mais l'éditeur ayant disparu l'édition est plutôt ardue à trouver désormais et plutôt chère. Mieux vaut se pencher vers le collector zone 2 anglais bien plus abordable et gorgé de bonus mais apparemment dépourvu de sous-titres...


mercredi 3 août 2011

Plus féroces que les mâles - Deadlier than the Male, Ralph Thomas (1967)


Henry Keller est un magnat du pétrole. Alors qu’il voyage à bord de son Boeing personnel, un cigare piégé l’envoie ad patres, la faute à l’hôtesse qui n’en est pas vraiment une, mais plutôt une tueuse redoutable, Irma Eckman (Elke Sommer), travaillant pour une organisation secrète. Après avoir mis en route le détonateur d’une bombe, elle saute en parachute, près des côtes où l’attend un hors-bord piloté par sa complice Penelope (Sylva Koscina).A la suite de l’explosion de l’avion, le détective privé Hugh « Bulldog » Drummond (Richard Johnson) est engagé par une compagnie d’assurances afin de déterminer ce qui a pu provoquer l’accident.

Au milieu des années 60, la plaque tournante de la culture populaire est incontestablement le Swinging London. Mode vestimentaire, musique pop initiée par les groupes de la British Invasion comme les Beatles, les Who ou les Rolling Stones, toutes les révolutions et idées ayant vu le jour au cours de cette décennie magique imprègnent encore le paysage culturel contemporain.

Au cinéma, le symbole de la domination anglaise sur le monde du divertissement est sans conteste la série des James Bond. Alors que le cinéma américain s’enfonce dans des superproductions boursouflées et que le Nouvel Hollywood des Coppola et Lucas n’a pas encore éclos, l’agent secret de sa majesté représente à lui seul le cinéma d’entertainment, divertissant et dépaysant. La série vit son âge d’or avec les mythiques premiers épisodes de Sean Connery et en cette année 1967 sort l’un de ses plus flamboyants volets, On ne vit que deux fois.

Un tel succès ne pouvait que susciter des clones moins inspirés. Aux USA, la réplique viendra de la série des Flint avec James Coburn et des Matt Helm joué par Dean Martin. On ne compte plus les copies venues d’Europe comme les Coplan ou l’ovni Opération frère cadet (avec Neil Connery, propre frère de Sean !) et même la télévision paiera son tribut à Bond avec la série Des agents très spéciaux. Si certaines de ses œuvres peuvent s’avérer vaguement amusante, dans l’ensemble, elles ne sont que des décalques sans idées des James Bond. Parmi la rangée de suiveurs, Plus féroces que les mâles se détache pourtant incontestablement.

Le film adapte les aventures de Bulldog Drummond, personnage de roman créé par H. C. Mc Neil dans les années 20. Très populaires à l'époque, les pérégrinations du héros furent même poursuivies de longues années après la mort de l'écrivain par d'autres auteurs. Des adaptations virent le jour dès le temps du muet et le héros fut incarné par quatre acteurs (Jack Buchanan, Ronald Colman, John Howard, Walter Pidgeon ) avant le film de Ralph Thomas. Le succès énorme des James Bond initie donc le grand retour de Bulldog Drummond sur les écrans. En dépit d’un relifting destiné à le rendre conforme à l'époque, le personnage n’est pas dénaturé. Richard Johnson évoque physiquement Sean Connery, sans le côté menaçant, le charisme et la présence animale de ce dernier, mais fait preuve d'une classe et d'une élégance folles tout en étant très convaincant dans les scènes d'action (dont un combat durant lequel il corrige deux adversaires dans un parking). Il incarne donc un Bulldog Drummond parfait, distinguant bien ce qui le détache d’un Bond, les talents d’enquêteurs et la place plus importante accordée à la réflexion.

Bien que s'inscrivant dans la vague de tous les films d'espionnage mi-sérieux, mi-légers sortis dans le sillage des James Bond cités plus haut, Plus féroce que les mâles ne tombe jamais dans la parodie absurde à la Flint. L'intrigue se suit avec intérêt de bout en bout, tout en maintenant le côté pop et délirant bien prononcé de l'ensemble. Scénariste de quelques-uns des plus fameux films de la Hammer, Jimmy Sangster offre un récit parfaitement équilibré entre tension et dérision tandis que derrière la caméra, le vétéran du cinéma britannique Ralph Thomas assure le spectacle avec efficacité.

Un des grands atouts du film est évidemment son redoutable duo de tueuses, aguicheur et menaçant, que les amateurs de série B italiennes connaissent bien. La blonde et allemande Elke Sommer qu'on a pu voir entre autres chez Bava (Baron Vampire, Lisa et le Diable) est la redoutable Irma, tueuse froide et méthodique. La brune Sylva Koscina (femme d'Hercule dans les deux premiers volets de Pietro Francisi Les Travaux d'Hercule et Hercule et la Reine de Lydie) est quant à elle Pénélope, séductrice, kleptomane et adepte de la torture raffinée.

Diablement sexy et complémentaires, elles illuminent l'écran à chaque apparition. La plus mémorable reste une des premières séquences : une cible est brutalement abattue à coup de harpon et ce, avec le sourire. Le grand méchant à la Blofed est quant à lui remarquablement incarné par Nigel Green dans un rôle voisin (mais en plus fou et excessif évidemment) de celui qu'il jouait dans Ipcress, danger Immédiat, grand classique de l’espionnage des années 60 avec Michael Caine.

Trépidant et élégant (le générique est chanté par les Walker Brothers), le film s’offre quelques réjouissants moments d'excès. Les pièges meurtriers des deux tueuses débordent d'inventions (comme le fameux cigare tueur) et la découverte du harem multi ethnique du méchant dans un manoir gothique offre un décalage étonnant, entre l’épouvante de la Hammer et le conte des Mille et une nuits. Le tout culmine lors d’une incroyable scène de partie d'échecs grandeur nature avec un décor fabuleux, digne des constructions les plus folles de Ken Adam sur les Bond.

Le film connaîtra un grand succès amplement mérité, une suite étant même produite deux ans plus tard avec la même équipe (sans les deux tueuses et le personnage du neveu) intitulée Some Girls Do. Moins réussie car cédant à tous les clichés « Bondien » (Drummond s’y transformant en séducteur macho) que le premier film avait sut habilement esquiver, elle signa le glas du personnage au cinéma, pour un temps du moins. Néanmoins, Plus féroce que les mâles demeurent un des avatars les plus réussis des James Bond, témoin d’une période plus légère et insouciante et ne mérite en aucun cas l’oubli relatif dans lequel il est tombé.

Sorti uniquement en dvd zone 2 anglais dans un coffret contenant le film et sa suite dont on reparle très vite sur le blog...