Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!
Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com et suivre le blog sur twitter à http://twitter.com/#!/JustinKwedi
Deux femmes se livrent à un jeu de manipulation pervers au sein d'une
multinationale. Isabelle est fascinée par sa supérieure, Christine.
Cette dernière profite de son ascendant sur Isabelle pour l'entraîner
dans un jeu de séduction et de manipulation, de domination et de
servitude.
On attendait beaucoup du grand retour de Brian de Palma : malheureusement, ce Passion confirme le lent déclin du réalisateur depuis bientôt dix ans. En 2001, de Palma avait voulu, avec Femme fatale, effectuer un retour aux sources des thrillers virtuoses et hitchcockiens qui établirent son génie à ses débuts : Obsession(1977), variation sur Vertigo (1958) ; Pulsions (1980) revisitant, lui, Psychose (1960) ; Blow Out (1981), entre Antonioni et Hitchcock ; et Body Double
(1984), qui exposait ses influences dans la folie pure. De Palma
s’était judicieusement échappé de ce registre après ce dernier pour
déployer sa maestria dans des genres plus divers avec les grandes réussites que furent entre autres Les Incorruptibles(1987), Outrages (1989) ou Mission impossible (1996).
Bien qu’imparfait, Femme fatale avait néanmoins enchanté les aficionados
du réalisateur de par ses audaces visuelles et narratives et sa
vulgarité assumée. On y trouvait pourtant déjà les maux qui minent le
cinéma de de Palma depuis : une tendance à la conscience trop prononcée
de son style, l’autocitation et donc l’autosatisfaction. Cela sera
confirmé avec la pantalonnade de l’adaptation du Dahlia Noir (2006), tirant vers un grotesque malvenu l’intrigue de James Ellroy. Faussement inventif, Redacted (2008) remakait lourdement Outrages en Irak à la sauce YouTube et fut encensé plus pour ses intentions que pour son résultat. Passion reprend la démarche de Femme fatale, rejouant la carte du thriller retors extravagant, l’inspiration définitivement à bout de souffle.
Le film remake le déjà peu réussi Crime d’amour
(2010) d’Alain Corneau (dernier film du réalisateur français), dont
l’intrigue est reprise à la virgule près. Les ajouts de de Palma
apporteront uniquement matière aux grilles de lecture des chantres de la
politique des auteurs mais certainement pas à ceux venus voir
un bon film. À l’époque des grands films précités, de Palma prenait tous
les risques dans sa mise en scène, n’hésitait pas à friser le ridicule
dans ses effets mais sa maîtrise, toujours au service du récit, le
faisait toujours retomber sur ses pattes.
Ici, de Palma ne sert que
lui-même et l’ensemble tourne à vide. Tout est là - le questionnement
sur le regard et la notion de point de vue, la manipulation et la
schizophrénie - mais pourtant rien ne fonctionne. Les reproches, souvent
faits à tort, à de Palma, sont ici pertinents : virtuosité vaine où
plans-séquences, split screen et mouvements alambiqués sont
totalement gratuits (on pense notamment à celui entre le meurtre et le
ballet).
L’esthétique est dans l’ensemble hideuse et ringarde, en plus
de faire dans la lourdeur explicative - la photo se faisant bleu sombre
et les intérieurs tamisés dès que les relations se tendent entre les
deux rivales. Si Noomi Rapace n’a aucun mal à faire oublier la mauvaise
Ludivine Sagnier de l’original, Rachel McAdams, trop immédiatement
sournoise dans son jeu, ne dégage pas l’ambiguïté, entre froideur et
vulnérabilité, de Kristin Scott Thomas.
Malgré un pitch intriguant, Crime d’amour n’était guère palpitant. Pour rehausser l'intrigue, de Palma n’a comme atout qu’une suite de gimmick vains, à l’image d’un final reproduisant ceux de Carrie (1976), Pulsions ou même Femme fatale (sans même parler du compositeur Pino Donaggio qui recycle ses synthés de Body Double).
De Palma aurait-il déjà tout dit ? Pour le savoir, et afin que
s’estompe ce sentiment de redite, il faudra - comme autrefois - qu'il
daigne s’aventurer sur des terrains moins familiers.