Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mercredi 3 août 2016

Terrifying Girls' High School: Lynch Law Classroom - Kyōfu joshikōkō: bōkō rinchi kyōshitsu, Norifumi Suzuki (1973)

Terrifying Girls' High School: Lynch Law Classroom est une des nombreuses productions Toei s’emparant du phénomène sukeban, soit la délinquance féminine au Japon. Prolongement au féminin de la culture zoku (gangs juvénile japonais inspirés de la culture rock américaine 50’s, culte du cuir, de la moto et des coiffures gominées popularisé par La Fureur de Vivre (1955) ou Elvis Presley), le mouvement sukeban trouve son essor dans les années 60 et 70 à travers ses gimmicks vestimentaires (les jupes longues des uniformes des lycéennes rebelles montrant leur refus de se plier à la moindre séduction) et différents codes et rituels. La Toei flaire le potentiel commercial et lance la saga des Girl Boss mêlant habilement érotisme pinky, émois adolescent et vrai film d’action féministe souvent porté par le duo de starlette Miki Sugimoto (la teigneuse) et Reiko Ike (la bombe sexuelle plus séductrice) qui s’unissent où s’oppose au cours des sept films de la série. Les connaisseurs auront eu l’occasion de se familiariser avec le genre avec les excellents Delinquent Girl Boss : Wothless to confess (1971) ou Girl Boss Guerilla (1972), merveilles pop éditées en dvd aux Etats-Unis. 

La saga des Girl Boss achevée, la Toei en crée une nouvelle avec les Terrifying Girls’ High School dont ce Lynch Law Classroom est le second des quatre épisodes. Si Miki Sugimoto y reprend son personnage hargneux et féru de justice et que les retrouvailles avec Reiko Ike le temps d’une scène en font une suite/prolongement des deux sagas, inutile d’avoir tout vu pour se mettre dans le bain. A la mise en scène se trouve le génial Norifumi Suzuki qui confère une vraie identité au film. Contrairement aux Girl Boss alliant teen movie naïf et affrontement urbain, les Terrifying Girls High School s’avèrent sombre et tourmentés dans leurs descriptions des mœurs adolescente. Le scénario décalque ainsi dans un cadre lycéen le sadisme et la torture qu’on trouve dans les geôles de la série de La Femme Scorpion, mais aussi le fétichisme en uniforme et le récit de vengeance de l’excellent Le Couvent de la Bête sacrée (1974) justement signé Norifumi Suzuki. 

La terreur règne dans un lycée pour délinquantes où, pour améliorer ses statistiques et nourrir ses ambitions un sous-directeur fait d’un groupe d’étudiantes sadiques sa garde armée chargée de dresser et mettre au pas les autres élèves. Le film s’ouvre sur le meurtre d’une élève défenestrée par ses camarades. Trois nouvelles élèves plus dures à cuire que la moyenne vont pourtant venir mettre à mal cette situation. La caractérisation des trois joue des différents registres du film avec la rebelle Miki Sugimoto, son acolyte plus « garçon manqué » défiant les garçons au couteau en pleine rue ou encore la plus coquine devançant les avances d’un chauffeur routier entreprenant pour mieux le briser. 

Le film cède dans un premier temps aux clichés du « film de prison » dans la plus pure production d’exploitation avec nudité gratuite, promiscuité menant à des scènes saphique et quelques moments de tortures complaisant tout en restant surprenant – c’est le premier film illustrant une scène d’Omorashi soit l’excitation à voir une personne s’uriner dessus à travers la longue humiliation que va subir une élève. Les conventions cèdent pourtant peu à peu à un propos rageur sur la société japonaise et plus particulièrement la situation des femmes. Les plus intimidantes en apparence sont ainsi les jouets du sous-directeur (dont une glaçante Seiko Saburi en matrone des méchantes) tandis que toutes les autres en sont réduite à des objets sexuels, de leur plein gré ou de force comme le montrera une insoutenable scène de viol. 

Cette soumission est totalement inscrite dans leurs caractères comme le montrera une des dernières séquences où la fiancée du sous-directeur « s’offre » au recteur pour pardonner sa disgrâce. Miki Sugimoto et ses acolytes, rétives à l’autorité et réellement indépendantes font donc figures d’anomalie, ce qui occasionnera des affrontements aux proportions toujours plus sauvage. Aux intimidations et maltraitances ordinaires cèdent ainsi un sadisme recherché (la fameuse scène d’Omorashi donc) et une brutalité choquante. Hormis le personnage du maître-chanteur allié des héroïnes, tous les hommes apparaissent comme corrompus et libidineux, prêt à souiller les jeunes filles dont ils ont la responsabilité. 

Le style visuel pop et tapageur de Norifumi Suzuki se fait plus rare ici (la scène de départ du directeur et ses éclairage rouge accentuant l’humiliation, les cadrages alambiqués) pour une approche plus heurtée témoignant des émotions à vif du récit. Le tout culmine dans un final apocalyptique et exutoire où les filles châtient leurs oppresseurs et affronte la police dans une scène de guérilla chaotique au sein du lycée assiégé. Entre facilité et fulgurance formelle/thématique, une œuvre idéale pour s’initier au genre et au duo infernal Miki Sugimoto/Reiko Ike. 

Sorti en dvd zone 1 chez Panik House dans le coffret Pinky Violence réunissant quelques fleurons du genre 

Extrait de la scène d'ouverture

mercredi 17 novembre 2010

Le Couvent de la Bête Sacrée - Seiju gakuen, Norifumi Suzuki (1974)


La jeune et belle Mayumi (Yumi Takigawa) décide de rentrer dans les ordres et intègre un couvent catholique. Dans un climat de répression et de suspicion, Mayumi mène l'enquête sur la mort de sa mère qui fut une nonne du couvent. Peuplée de jeunes filles bravant les interdits, l'institution est dominée par une mère supérieure et un révérend père adeptes de supplices punitifs.

Le cinéma d'exploitation japonais fut sûrement un des plus inventifs au monde durant les années 70 et ce Couvent de la Bête Sacrée en apporte une nouvelle preuve éclatante. On rappelle les faits : au début des années 70 les grands studios japonais sont sur le déclin et au bord de la faillite concurrencés qu'ils sont par la télévision. Une seule solution, montrer au cinéma des choses que le petit écran ne peut se permettre en l'occurrence une note d'érotisme bien plus salée que le prude production d'alors. Le premier studio à lancer les hostilité est la Nikkatsu créant ainsi le genre Pinku Eiga (cinéma érotique japonais) avec notamment des films comme Fleur Secrète de Masaru Konuma qu'on a déjà évoqués sur ce blog.

Au sein de la prestigieuse Toei, la donne est légèrement différente. La firme détourne progressivement la spécialité de la maison, les films de yakusas en y intégrant tout d'abord des héros adolescents pour attirer le jeune public. Ces héros deviennent bientôt des héroïnes dans une vague de films connus sous le label Pinky Violence qui cède autant au penchants du film de gangsters avec une aura de féminisme où nos farouches délinquantes s'opposent à la tyrannie masculine qu'à du pur Pinku Eiga prétexte à des élans de sadisme et d'érotisme.

Le genre fera les beaux jours de la Toei durant toute la décennie occasionnant nombre de films remarquables comme la série de La Femme Scorpion (une des inspirations de Tarantino pour ses Kill Bill) avec Meiko Kaji, grande star de ce cinéma tout comme le duo Miki Sugimoto/Reiko Ike.

Le Couvent de La Bête Sacrée est donc un des fleurons du Pinku Eiga version Toei, ajouté au fait d'être un film de nonnes, cadre ayant occasionné de grands films prestigieux (Le Narcisse Noir de Powell/Presburger) que d'oeuvre plus discutable ou controversée tel Ne nous délivrez pas du mal de Joël Seria. Le scénario implique deux des figures typique du film d'exploitation, la vengeance (pour impliquer le spectateur) et l'érotisme (pour le titiller).

On suit donc ici l'arrivée d'une jeune femme dans les ordres sous couvert d'enquêter sur la mort de sa mère dans ses lieux des années plus tôt. La rigueur religieuse confinant au fanatisme est l'occasion de nombreux débordement de sadisme dans le châtiment corporel : auto flagellation au martinet pour pénitence, longues séances de fouets on se croirait revenu au temps de l'Inquisition. Les motifs de punitions sont nombreux puisque sous la vertu apparente notre couvent est bien plus débauché qu'il n'y paraît entre les nonnes lesbiennes, les frustrées qui profitent des punitions pour assouvir leurs fantasmes (il faut voir ces gros plan de regards concupiscent durant les scènes de punition).

L'aspect racoleur est certes là puisque c'est en partie la raison d'être de ce cinéma (nonne plus jolie les unes que les autres, scène de douche érotisante) mais pas que. Les techniciens les plus chevronnés et prestigieux, passé par un cinéma plus classique se sont rabattus sur le Pinku Eiga avec la nouvelle orientation du studio et il en résulte une beauté et une inventivité formelle inouïe. Les éclairages baroques des intérieurs du couvent évoquent la Hammer, le réalisateur Norifumi Suzuki (qui offrira quelques fleurons à cette période dans la Pinky Violence) multiplie les cadrages alambiqués et surprenants (dans un scope superbe) pour un pur ovni filmique au croisement du cinéma pop (les couleurs éclatantes, le splendide score de Masao Yugi) et gothique.

Quelques scènes sont sidérante d'invention tel ce moment où l'héroïne démasquée es ligotée avec des ronces puis fouettée avec des épines de roses. En montage alterné la caméra tourbillonne en vue subjective sur les visages des nonnes déchaîné tandis que les pétales de roses tombent au ralenti sur le corps de Mayumi qui se débat, magnifique.

L'autre élément crucial est la transgression sur la religion. Les débordements d'érotisme sont à relativiser puisque le Japon en pays sans culture chrétienne n'a pas les mêmes frein que les occidentaux là dessus, la fascination locale pour l'uniforme faisant le reste. Par contre l'hypocrisie criante entre une vertu de façade excessive et des moeurs plus discutables derrière l'alcôve est très bien vue, dénonçant un certain obscurantisme à travers un scénario dont les révélations finales dévoilent bien des secrets.

L'interprétation est remarquable, Yumi Takigawa (pour son premier rôle au cinéma) est particulièrement convaincante en nonne vengeresse au visage renfrogné, le reste du casting tout autant notamment un terrifiant Fumio Watanabe en Révérend père trop entreprenant. Visuellement somptueux, coquin comme il faut et pas dénué d'un humour certain, c'est probablement le meilleur film pour s'initier à ce type de cinéma.

Sorti en dvd zone 2 français chez Studio Canal, belle édition avec des interventions de Jean Pierre Dionnet etle témoignage de l'actrice Yumi Takigawa sur les conditions de tournages de l'époque.