Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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lundi 6 juillet 2015

La Blonde framboise - The Strawberry Blonde, Raoul Walsh (1941)

Dans le New York des années 1890, au sein d'une atmosphère de musique barbershop et de Biergarten aux pistes de danse bondées, Biff Grimes (James Cagney ) tombe follement amoureux de Virginia Bush (Rita Hayworth, dans le rôle qui la confirma dans son nouveau statut de star). Mais son ami Hugo (Jack Carson ), plus entreprenant, le devance et parvient à séduire cette aristocrate aux cheveux blond vénitien. Par dépit, Biff finit par épouser Amy (Olivia de Havilland ), qui vit dans l’ombre de sa meilleure amie Virginia.

Même si ces œuvres les plus fameuses donnent dans un registre plutôt viril, Raoul Walsh su également faire montre d'une belle veine sentimentale à l'image de ce charmant The Strawberry Blonde. Le film est la seconde et plus célèbre adaptation de la pièce One Sunday Afternoon de James Hagan après celle de 1933 avec Gary Cooper et Fay Wray et avant la dernière à nouveau signé Raoul Walsh en 1948 et réunissant Dennis Morgan, Janis Paige et Dorothy Malone. Walsh se retrouve sur le projet à la demande de James Cagney avec lequel il s'était bien entendu sur Les Fantastiques années 20 (1939) mais doit composer avec la défection d'Anne Sheridan en conflit avec Jack Warner alors que le film était conçu autour d'elle. Walsh va alors se souvenir d'une starlette aperçue dans des séries B de la Columbia et surtout dans un fameux numéro de danse auquel il assista à l’Agua Calienta où elle officiait sous le nom de Cansinos mais qui se nomme désormais Rita Hayworth. Un atout charme qui contribuera au succès du film et lancera définitivement la carrière de la belle.

Modeste dentiste frustré par son quotidien, Biff Grimes (James Cagney) recroise par hasard la route de Hugo (Jack Carson) l'homme qui lui spolia sa situation et la femme qu'il aimait dix ans plus tôt. Tout en méditant sa vengeance, il se souvient des évènements et de sa vie insouciante d'alors. Walsh offre une charmante reconstitution de ce New York populaire de la fin du XIXe et bercée une imagerie bucolique et virile annonçant son Gentleman Jim (1942)  avec le personnage haut en couleur du père de Biff (Alan Hale) et les bagarres épique dont ce dernier doit le sortir. Les apparitions de la "strawberry blonde" Virginia Burns (Rita Hayworth) illuminent ainsi les ruelles du quartier, les regards languissants et les sifflets de satisfaction saluant ses passages pour le plus grand plaisir de la belle.

 Biff la désire plus que tous mais se voit constamment supplanté par son rival Hugo à qui tous réussi. Walsh illustre tous les atours du jeu de la séduction d'une fausseté à double tranchant. Elle se berce toujours d'un charme maladroit chez les figures les plus populaires quand ce ne sera qu'une coquille vide chez les nantis. Biff est ainsi très attachant dans ses rodomontades pour épater Virginia durant leur rendez-vous, tout comme la douce Amy (Olivia de Havilland) craquante lorsqu'elle joue les femmes indépendantes. Lorsque les masques tombent ce sera toujours pour témoigner d'une touchante vulnérabilité tandis que sous l'élégance, la beauté et les richesses Hugo et Virginia ne dégagent aucune personnalité.

Le film constitue ainsi le long cheminement de Biff qui après bien des déconvenues comprendra que sa situation est plus heureuse et que la femme à ces côtés n'est pas un choix par défaut mais la compagne idéale. James Cagney est épatant en homme enfant colérique et insatisfait (géniale scène de dîner où il ne se démonte pas en répondant vainement à la réussite matérielle d'Hugo), tempéré par une espiègle (un clin d'œil sacrément craquant !) et compréhensive Olivia de Havilland qui dégage toujours autant de bienveillance. L'illusion comme la compréhension du bonheur sont astucieusement amené par deux gimmick musicaux reflets des deux figures féminines, illuminant la séduction factice de Virginia comme l'amour complice d'Amy lors du beau final.

 Sorti en dvd zone 2 français chez Warner

jeudi 12 décembre 2013

L'amour n'est pas en jeu - In This Our Life, John Huston (1942)


La famille Timberlake n'a guère de quoi se réjouir. Le père a dû céder son entreprise à son riche beau-frère, William Fitroy; la mère est une malade chronique et à la veille d'épouser le bel avocat Craig Fleming (George Brent), Stanley Timberlake (Bette Davis), riche enfant gâtée par son oncle, s'enfuit avec son beau-frère, Peter (Dennis Morgan), brisant ainsi le mariage de sa sœur Roy (Olivia De Havilland)...

Révélé en 1941 par Le Faucon Maltais, John Huston signait dans la foulée ce second film plus méconnu. Mobilisé après l'engagement des Etats-Unis dans la Seconde Guerre Mondiale Huston ne terminera d'ailleurs pas le film, Raoul Walsh (non crédité) achevant le tournage et ayant au passage une relation exécrable avec Bette Davis pour cette courte collaboration. Le film est d'ailleurs plutôt véhicule et women pictures taillée pour la star où ne se ressent pas forcément la patte des deux réalisateurs (encore que Walsh ait pratiqué l'héroïne hystérique avec la Ida Lupino d'Une femme dangereuse (1940)). In This Our Life n'en est pas moins un superbe mélodrame, très audacieux de surcroît puisque bien que lissé il conserve une grande part des éléments scandaleux du livre éponyme (et récompensé du prix Pulitzer) de Ellen Glasgow brassant adultère, racisme et inceste.

Stanley (Bette Davis) et Roy (Olivia de Havilland) sont deux sœurs que tout oppose. La douce Roy tient plus du côté paisible et bienveillant de son père Asa Timberlake (Frank Craven) écrasé par le côté plus imposant de sa mère et plus particulièrement son oncle William Fitzroy (Charles Coburn). Le début du film voit Fitzroy mettre la mainmise sur l'affaire commune qu'il avait avec Timberlake et c'est précisément de ce caractère égoïste et étouffant que tient la nature profonde de Stanley (au passage curieux d'ailleurs ces prénoms masculins pour les deux héroïnes...).

Pourrie gâtée et ne se voyant refuser aucun caprice, Stanley a l'habitude de prendre et d'exiger ans se soucier des sentiments des autres. On n'en aura un exemple cinglant lorsque Stanley s'enfuira avec le Peter (Dennis Morgan) le mari de sa sœur et abandonnant son fiancé Craig (George Brent). Le récit tisse ainsi dans un premier temps les destins parallèles des deux sœurs après cette trahison initiale. Roy trouve la force de se remettre de ce drame et va progressivement se rapprocher de Craig dans leur détresse commune tandis que Stanley une fois savouré son outrage se lassera de la vie maritale et va tuer à petit feu un Peter trop faible de caractère.

Bette Davis délivre une performance outrancière dont elle a le secret, rattrapant son âge trop mûr pour le rôle par la sophistication qu'elle apporte au personnage, cette frivolité, égocentrisme et égoïsme s'exprimant par le look recherchée de Roy entre coiffure stylisée, robe courtes aux motifs tapageur destiné à la rendre constamment voyante et au centre de l'attention. En dépit de prestation toujours impeccable, certains de ces films à l'ode de Bette Davis sont parfois parasités par justement la mainmise de la star qui vampirise le récit (comme La Lettre (1940) où le contenu passionnant perd de sa force par son omniprésence).

Il n'en est rien ici grâce à une formidable Olivia de Havilland qui n'a aucun mal à exister face aux excès de Davis. Sobre mais jamais lisse, l'actrice est même plus impressionnante quand elle mêle le fond bienveillant de son personnage et la rancœur compréhensible qu'elle entretient pour sa sœur. On en aura une belle illustration lorsque Roy ira retrouver une Stanley esseulée et qui a tout perdu loin de la maison, la crispation et l'empathie se mêlant dans le réconfort qu'elle apporte à sa sœur aux emportements trop théâtraux pour être honnête.

Cette rivalité se mêlera à un contexte familial trouble et une dimension raciale surprenante. L'oncle bougon mais adorant Stanley semble ainsi avoir un amour tout sauf chaste pour sa nièce qui en joue et lui soutire tout ce qu'elle veut par cette séduction. Cela inclut un environnement plié à ses désirs dont les domestiques noirs pour lesquels elle n'a pas un regard. A l'inverse Roy prend son temps dans l'avancée de sa relation avec Craig, l'occasion de beaux moments romantiques telle la scène où ils s'avouent leur sentiment alors qu’ils observent un feu de forêt.

Cette même délicatesse s'exprimera dans ses relations au noirs dont elle encourage les velléités d'émancipation avec le jeune Parry Clay (Ernest Anderson, serveur sur le tournage et engagé par Huston sur les conseils de Bette Davis le trouvant idéal pour le rôle) souhaitant devenir avocat. Comme les faces contradictoires d'une même pièce, la pureté et bonté de l'une s’opposent à la vilénie de l'autre, aspect qui s'exprimera pleinement en y mêlant justement le destin de Parry accusé à tort pour un méfait de Stanley.

Cette question du racisme est abordé de manière étonnamment frontale (Parry étant arrêté sans soucis de preuves simplement car sa parole s'oppose à celle d’une femme blanche de l'élite), le film se voyant interdit de ressortie par la censure en 1943 après son exploitation initiale. Le final d'une grande intensité est un festival Bette Davis, totalement abjecte dans les écarts impardonnable de Stanley et avec en clou une poursuite automobile assez scotchante que l'on doit sans doute à Walsh. Une très belle réussite.

Sorti en dvd zone 2 anglais et doté de sous-titres anglais

mardi 23 octobre 2012

Double Énigme - The Dark Mirror, Robert Siodmak (1946)


Une jeune femme est accusée du meurtre d'un médecin : on l'a vue près du lieu du crime au moment où celui-ci a été commis, et pourtant elle a un alibi indiscutable. La police découvre, en se rendant chez elle, la présence de sœurs jumelles, aucune n'avouant ni ne dénonçant l'autre. L’enquête tourne court, la procédure avorte et les deux sœurs sont remises en liberté. Un lieutenant de police arrive à convaincre un psychiatre (passionné par ce cas et amoureux de l’une des deux jeunes femmes) de l’aider à déterminer, au péril de sa vie, qui est la meurtrière.

En cette année 1946 Robert Siodmak s'installe au sommet d'Hollywood en réalisant coup sur coup Les Tueurs et Double Enigme. Les deux films le pose en nouveau maître du film noir (Phantom Lady en 1944 avait déjà annoncé cette progression) où pour le premier il contribue à cet onirisme tortueux associé au genre,à cette fatalité dans sa narration en flashback tout en créant la femme fatale ultime (Ava Gardner) et pour le second il introduit (avec d'autres œuvres comme le Spellbound d'Hitchcock) cette dimension la psychanalyse qui inondera le film criminel dans les années à venir. Le scénario de Nunnaly Johnson adapte d'une histoire de l'écrivain français réfugié à Hollywood Vladimir Pozner, Johnson exploitant à son tour cette veine psychanalytique quelques années plus tard une fois passé à la réalisation sur Les Trois Visages d'Ève.

Dark Mirror est avec Sœurs de sang de Brian de Palma et Faux-semblants de David Cronenberg le film le plus abouti sur le thème de la gémellité. L'argument criminel et le suspense est bien sûr le meilleur moyen d'exploiter et de rendre excitant les problématiques et les troubles associés à cet état et Siodmak en joue à plein dès son introduction nocturne où l'on découvre ce cadavre poignardé en plein cœur, puis l'impasse de l'enquête jusqu'à la découverte des deux suspectes en la personne des jumelles Ruth et Terry Collins (Olivia De Havilland). Finalement hormis cette entrée en matière et la conclusion, Siodmak se déleste de tous les effets de mise en scène les plus marqués du film noir (photo ténébreuse, narration alambiquées, plan-séquences, ambiance urbaine oppressante soit tout ce qui fait le sel des Tueurs justement) pour une sobriété visuelle et narrative surprenante.

A l'image des deux imperturbables jumelles dissimulant une criminelle, la réalité du film doit sembler tout aussi normale et sobre, le dérèglement n'intervenant progressivement que par touches savamment dosées. L'urgence du film policier laisse donc place à une approche essentiellement psychologique où le psychiatre incarné par Lew Ayres apprivoise les deux sœurs le temps d'une série de test, les manipule plus ou moins volontairement en séduisant l'une et éveillant la jalousie de l'autre pour découvrir laquelle dissimule la folie meurtrière.

Olivia de Havilland libérée des rôles stéréotypées de la Warner de laquelle elle a pu s'échapper après un rude combat juridique laisse ici éclater tout son intensité dramatique et la versatilité de son jeu. Elle nous perd dans la complexité de la relation entre la douce Ruth et la manipulatrice Terry où la bienveillance qu'on associe à l'actrice (la gentille Mélanie d'Autant en emporte le vent la suivra toujours et elle apprend intelligemment à en jouer ici) perturbée par un malaise et une ambiguïté nouvelle.

Techniquement la prouesse reste stupéfiante avec les nombreuses scènes dédoublant Olivia de Havilland dans le cadre d'un même plan, Siodmak ayant fait appel à Eugen Schüfftan ancien magicien de la UFA installé à Hollywood et responsable des effets visuels les plus impressionnants des Nibelungen (924) et Metropolis (1927) qui ne sera pourtant pas crédité au générique. Le procédé de collage grossier sur un film en couleur est indiscernable avec l'usage du noir et blanc et l'illusion est encore intacte aujourd'hui.

Siodmak use de ces artifices de manières alternativement spectaculaire mais toujours à bon escient (les deux sœurs se réconfortant et s'enlaçant avec le visage dédoublé de Olivia de Havilland) ou de manière plus subtile en les confondants par leur gestuelle, silhouette dans des plans d'ensemble les montrant de profil, impossible à distinguer. Le bien et le mal arborent un même visage que seule la psychanalyse saura différencier avec un scénario convoquant des méthodes encore peu connues du grand public à l'époque comme le test de Rorschach. Lorsque les dissensions naissent alors entre les jumelles, Siodmak convoque progressivement divers symboles pour nous perdre et nous guider à la fois.

L'omniprésence des miroirs dont les reflets isolent ou confondent les jumelles crée un malaise constant, tout comme les conversations entre elles dont les éclairages tout d'abord sobre nous perde sur qui est qui avant de baigner la plus malfaisante dans les ténèbres. Autre grand tour de force de Siodmak, réussir à maintenir la tension jusqu'au bout alors que la nature de la coupable ne fait plus aucun doute dans les derniers instant. Même le happy-end sans fioriture laisse le doute avec un sourire final encore trop chaleureux pour être honnête d'Olivia de Havilland alors que l'intrigue est résolue. Beau tour de force de Siodmak qui aura suffisamment manipulé le spectateur pour le laisser sans repères.

Sorti en dvd zone 2 français chez Wild Side

Extrait

mercredi 29 août 2012

L'Aventure de minuit - It's Love I'm After, Archie Mayo (1937)


Un acteur vaniteux, Basil Underwood (Leslie Howard), est l'éternel fiancé de sa partenaire Joyce Harden (Bette Davis) à qui il promet toujours le mariage. Une spectatrice emballée, Marcia (Olivia de Havilland), vient faire une déclaration d'amour à l'artiste. Basil est sollicité par Henry Grant (Patric Knowles) fiancé de la jeune femme et fils d'un vieil ami afin de se rendre détestable auprès d'elle et stopper cette passion. Souhaitant se laver de ses fautes passé avant son mariage, Basil accepte et s'invite dans la famille pour le weekend...

Une merveille de screwball comedy digne des grands classiques du genre et assez inexplicablement méconnue, sans doute à cause de son casting qui aura peu eu l'occasion de déployer ses talents comique avec ce trio Leslie Howard (qui confirmera l'année suivante dans l'irrésistible Pygmalion d'Anthony Asquith), Bette Davis et Olivia de Havilland. L'histoire nous plonge dans le quotidien orageux du couple d'acteur shakespearien formé par Basil Underwood (Leslie Howard) et Joyce Harden (Bette Davis). Ces deux-là ne fonctionnent que dans le conflit permanent, l'égo surdimensionné de Basil n'ayant d'égal que le tempérament volcanique et la jalousie (justifiée) de Joyce.

La mémorable scène d'ouverture les voyant interpréter sur scène le dernier acte de Roméo et Juliette donne le ton avec notre couple échangeant phrases assassines en douce et se déstabilisant mutuellement afin d'être l'attraction principale. Pourtant dans le public, une spectatrice vit le moment intensément tant elle est folle d'amour pour Basil, c'est la jeune Marcia (Olivia de Havilland) qui ira même lui déclarer sa flamme en coulisse. Tout cela au grand désarroi de son fiancé Henry qui va solliciter Basil afin qu'il dégoute Marcia de ses charmes. Ne reculant jamais devant la performance et souhaitant s'absoudre de ses infidélités passée avant une énième demande en mariage à Joyce, Basil accepte le défi et s'invite pour le weekend dans la richissime famille de Marcia.

Le potentiel de ce pitch prometteur sera génialement exploité grâce à l'abattage des acteurs du scénario à rebondissement de Casey Robinson et du rythme effréné qu'instaure Archie Mayo. Leslie Howard jusque-là cantonné aux rôles de dandy romantique et d'intellectuel délivre là une prestation comique de haut vol. Il incarne là l'acteur narcissique dans toute sa splendeur, soliloquant du Shakespeare à toute occasion et en recherche constante de l'attention générale. On peut d'ailleurs y voir un second degré réjouissant sur lui-même puisqu'il jouait l'année précédente dans une adaptation de Roméo et Juliette signée George Cukor au côté de Norma Shearer.

Le voir ainsi tirer vers l'exagération ridicule les poses de héros romantique torturé est donc d'autant plus savoureux. Il retrouve ici Bette Davis avec laquelle il tourna L'Emprise (1934) et La Forêt pétrifiée (1936). Réticente au départ et n'ayant accepter que sur l'insistance du producteur Hal B. Wallis, cette dernière rayonne en actrice versatile,féroce puis radieuse, capricieuse puis jalouse et offre un répondant intense à Howard toutes leurs scènes communes étant chargée d'électricité. Enfin Olivia de Havilland en ingénue se pâmant d'amour est parfaite, maniant la niaiserie de son personnage juste ce qu'il faut pour le rendre drôle sans le ridiculiser. Tous trois sont au diapason en poussant loin la caricature mais réussissant à rester attachant (notamment la faiblesse toute masculine d'Howard sous l'arrogance) et maintenir l'intérêt pour les enjeux.

Rien ne se passe ainsi comme prévu, Howard malgré ses bonnes intentions n'étant pas insensible au charme d'une Olivia de Havilland (les deux se retrouveront bien sûr en Ashley et Mélanie dans Autant en emporte le vent) à croquer de charme sous l'œil courroucé du fiancé (Patric Knowles un peu transparent au sein de la folie ambiante). On rit franchement plus d'une fois devant les attitudes odieuses de goujateries d'Howard en roue libre (l'arrivée nocturne bruyante dans la maison, le petit déjeuner épique) et une De Havilland énamourée qui lui pardonne tout à son plus grand désespoir.

Le meilleur moment reste lorsqu'il s'introduit dans la chambre de la jeune femme et qu'il se montre très entreprenant afin de l'effrayer et qu'au contraire elle s'avère encore plus pressante que lui. Mayo s'avère particulièrement inventif pour tirer ses situations loufoques dans leurs derniers retranchement notamment grâce au majordome déjanté de Basil génialement joué par Eric Blore tel cette scène où il imite sans succès tous les champs d'oiseaux possible pour prévenir son maître en fâcheuse posture (pas de chance une voilière se trouve juste à côté) de l'arrivée de Bette Davis.

Porte qui claquent, quiproquos en pagaille et gags s'enchaînent donc joyeusement jusqu'à un final où la morale bien malmenée jusque-là (De Havilland attendant Howard dans sa chambre d'hôtel) sera finalement sauve. Basil jamais aussi charmant que face à une partenaire le malmenant peut retrouver Joyce tandis que Marcia semble enfin avoir ouvert les yeux sur la mentalité des "acteurs". Et cette réplique de nous achever définitivement, Marcia s'avérant guérie de son amour pour Basile et lui un peu moins de son amour pour lui-même.

Marsha : '' I was in love with Clark Gable last year. If I can get over him, I can certainly get over you !''
Basil : ''Who's Clark Gable?


Tordant !

Sorti en dvd zone 1 chez Warner dans la collection Warner Archives et donc sans sous-titres.


samedi 28 juillet 2012

À chacun son destin - To Each His Own, Mitchell Leisen (1946)


Pendant la seconde guerre mondiale à Londres, Joséphine Norris, quadragénaire, pense retrouver en la personne d'un jeune officier américain le fils qu'elle a abandonné en 1917.

To Each His Own est le film de l'émancipation pour Olivia de Havilland qui, sortie vainqueur du conflit qui l'opposait à la Warner libère les acteurs des contrats contraignant qui les liaient aux studios et désormais dispose d'un choix plus autonome de ses rôles. Grand mélodrame et beau Women Picture, À chacun son destin doit donc grandement à la détermination de Olivia de Havilland qui ira chercher celui qui sur tirer d'elle sa plus belle performance dans Par la porte d'or (1940), Mitchell Leisen. Peu emballé au départ par ce script excessivement mélodramatique de Charles Brackett selon lui, il le remaniera grandement afin d'obtenir le résultat souhaité (l'identité de Olivia de Havilland se révèle à son fils de manière plus simple et belle que la longue série d'explications du script originel) et finira par réellement s'enthousiasmer pour ce qui est un de ses plus beaux films.

Le film s'ouvre dans un Londres plongé en plein blackout où déambule une quadragénaire qui ne s'en laisse pas compter, Joséphine Norris (Olivia de Havilland). En charge avec un autres citoyen (Roland Culver) de surveiller le ciel d'éventuels attaques aérienne en cette soirée du jour de l'an, on découvrira qu'elle n'a guère d'autres occupation que ce devoir qu'elle assume volontiers. Si on devine une blessure secrète sous ce caractère solitaire, on ne verra son regard réellement s'illuminer que lorsqu'on lui signalera l'arrivée d'un train très attendue à la gare. Qui est le mystérieux passager qui semble dérider ainsi cette femme en apparence si dure ? La narration en flashback va nous le révéler.

Plus de vingt ans plus tôt, encore jeune fille aux Etats-Unis, Joséphine tomba folle amoureuse du séduisant pilote de l'armée Bart Cosgrove (John Lund dans le double rôle de l'amant et du fils) de passage dans sa petite ville. Leisen filme avec une grâce infinie ce qui sera l'instant le plus romantique de la vie de cette femme.

Toute la beauté de ce moment idéalisé est entièrement soumise au regard et au souvenir émerveillé de Joséphine, les éléments plus grinçants (l'attitude cavalière du pilote qu'on imagine bien séduire une jeune femme dans chaque ville où il défile mais qui semble de plus en plus sincère) s'estompant sous la force des moments sentimentaux avec cette déclaration d'amour dans les airs et ce baiser dans la nuit noire à l'atterrissage.

De cette brève romance, Joséphine va pourtant garder plus qu'un souvenir, elle est tombée enceinte. Dans cette Amérique provinciale et moralisatrice, rien de plus mal vu qu'une fille-mère sans mari et Joséphine va tenter de garder son enfant tout en échappant à la vindicte populaire en usant d'un stratagème lui permettant d'adopter son propre fils. Malheureusement un concours de circonstance fait tomber le nourrisson dans la famille d'une femme l'ayant toujours considéré comme une rivale. Dès lors, condamnée à aimer son fils à distance elle lui consacrera tous ses efforts, fera tous les sacrifices pour lui sans qu'il soupçonne même son existence.

Olivia de Havilland délivre une performance magnifique, autant dans la jeunesse de cette maternité entravée que dans l'âge mûr (son vieillissement est une vraie réussite au maquillage) et ses tentatives désespérée de rattraper le temps perdu. Toute la détermination du personnage, son ascension sociale et ses réussites ne sont là que pour renouer avec cette jeunesse qu'elle n'a pas vécue, cette brève romance qu'elle a à peine vécue et ce rôle de mère dont elle a été privé.

Le scénario, de cruelles désillusions (les brèves retrouvailles où le garçonnet ne la connaissant pas la repousse) en séparations douloureuses (le terrible renoncement de départ) ne ménage pas notre héroïne dont le sens du sacrifice et la dévotion maternelle infinie n'en sera que décuplée par la grâce de la mise en scène de Leisen et la prestation poignante de Olivia de Havilland (qui y gagnera son premier Oscar). On pardonnera l'épilogue qui tire un peu en longueur, puisque la récompense tant attendue y est enfin au bout du chemin. I think this is our dance, Mother.

Sorti en dvd zone 2 anglais et sans sous-titres.

mercredi 20 juin 2012

Ma cousine Rachel - My cousin Rachel, Henry Koster (1952)

Lorsque son riche cousin Ambrose meurt dans des circonstances mystérieuses, Philip Ashley soupçonne sa nouvelle épouse, Rachel, de l'avoir empoisonné pour toucher sa fortune. Or le mobile du meurtre ne semble pas valable puisque c'est Philip qui hérite de son cousin. Philip, soupçonneux, cherche quand même à la démasquer mais lors de leur première rencontre il tombe immédiatement sous le charme de la veuve...

Henry Koster signe avec My Cousin Rachel l'adaptation d'un des plus fameux roman de la grande Daphné Du Maurier. On peut aisément situer le livre dans la tendance gothique et psychologique d'autres de ses ouvrages célèbres comme Rebecca ou encore L'Auberge de la Jamaïque. My cousin Rachel se démarque pourtant quelque peu malgré des atmosphères très proches. Dans Rebecca comme dans L'Auberge de la Jamaïque, Du Maurier optait pour des points de vue féminin dans ces récits, et plus précisément des jeunes femmes innocentes dont l'arrivée dans un monde inconnu et peuplés de noirs secrets sous-entendait également une découverte de leur sexualité.

Ma Cousine Rachel s'avérait fascinant par la capacité de Daphné Du Maurier à revisiter ses éléments par une narration à la première personne d'un héros masculin tout autant victime d'un éveil des sens nouveau. Le danger ne viendrait plus des mystères enfouit dans un lieu, mais chez l'autre à savoir la figure fascinante de cette cousine Rachel si ambigüe et insaisissable. La tonalité gothique et l'influence du cadre laissait donc place à une pure tension psychologique teintée d'amours contrariés, de calcul et de paranoïa. Autant d'élément à côté desquels passent en grande partie cette adaptation pourtant quasi littérale du livre.

Un des éléments fondamentaux du livre, c'est la méconnaissance totale des femmes de Philip (Richard Burton) élevé dans un univers masculin par son cousin Ambrose et totalement à la merci d'une séduction féminine sournoise. Dans le film, Richard Burton tente de rendre cela par son jeu nerveux et ses moues qui l’associent à un petit garçon capricieux face à l'expérience de Rachel (Olivia De Havilland). Malheureusement le script ne souligne pas assez cet aspect et si l’on n’a pas lu le livre on pense surtout à un coup de foudre plus commun. Olivia De Havilland par sa mine bienveillante ne révélant son ambition que subrepticement au détour d'un regard est formidable de dualité et forme un couple captivant avec Burton, le feu et la glace. Malheureusement la mise en scène d'une rare platitude de Koster atténue progressivement l'intérêt.

Comme déjà dit, appuyer sur l'atmosphère gothique n'était pas primordial mais pourquoi pas (le Jane Eyre de Stevenson qui renforçait cette touche y gagnait grandement) sauf que là hormis quelques joli cadrages et idées visuelle intéressantes (le fondu enchaîné de Rachel et Philip malade et cloué au lit avec la mer illustrant son emprise sur lui) la comparaison avec l'autrement plus immersif Rebecca d'Hitchcock est cruelle. La psychologie est tout aussi décevante puisque la relative linéarité du récit était transcendée par le doute et la paranoïa constante amenée par le dialogue intérieur de Philip rongé par ses émotions contradictoires dans le livre.

Il y a bien une voix-off très présente ici mais il est impossible de reproduire tel quel les sensations du livre. Du coup il aurait sans doute mieux valu malmener un peu plus la structure du livre (à la Hitchcock toujours qui dynamitait l'intrigue de L'Auberge de la Jamaïque plus palpitante à l'écran que sur papier pour le coup) pour dynamiser la narration alors que là la fidélité à la virgule rend le tout attendu et prévisible sans les apports que l'écrit pouvait ajouter.

Plusieurs scènes tombent totalement à plat, que ce soit par un surlignage inutile (le portrait d'Ambrose derrière Philip lors de la première entrevue avec Rachel), la dimension sexuelle totalement ratée (aucun sentiment de montée en puissance du désir pendant tout ce qui précédera le premier baiser qui tombe comme un cheveux sur la soupe) et les grands élans dramatiques sont plombés par le manque de talent de Koster en particulier le final si marquant sur papier et quelconque ici. Seule l'introduction est plutôt réussie avec ce long mystère planant autour de Rachel avant sa première apparition où Olivia de Havilland est assez fascinante tout de noir vêtue. Avis un peu sévère, ça se laisse néanmoins regarder mais on ne peut qu'être déçu du résultat avec pareil matière. Une nouvelle adaptation serait la bienvenue.

Sorti en dvd zone 1 chez Fox dans leur collection Twilight Time et dénué de sous-titres anglais comme français.

Extrait

mardi 12 juin 2012

L'Héritière - The Heiress, William Wyler (1949)


À la fin du XIXe siècle, Catherine Sloper vit dans une riche demeure de Washington Square, le « beau quartier » de New York, en compagnie de son père, Austin Sloper, veuf, richissime et tyrannique. La jeune fille, timide et sans grands attraits, fait la rencontre du séduisant Morris Townsend au cours d’un bal. Le jeune homme lui fait aussitôt une cour empressée. Devenant un habitué de la maison des Sloper, il demande la main de Catherine à son père. Mais, celui-ci, ne tarde pas à l’accuser d’être un coureur de dot et refuse.

Avec L'Héritière, Olivia de Havilland poursuivait l'ascension en cours depuis le milieu des années 40 et le conflit qui l'opposa à la Warner. Refusant les rôles stéréotypés de jeune fille en détresse qui lui étaient assignés par le studio depuis les triomphe des films d'aventures où elle formait un couple avec Errol Flynn, l'actrice entama une procédure face au studio dont elle triompha et gagna (ainsi que les autres acteurs qui la respectèrent pour son courage) une plus grande autonomie dans le choix de ses films. Dès lors les prestations marquantes allaient s'enchaîner tel que À chacun son destin de Mitchell Leisen (1946) qui lui vaudra son premier Oscar , La Double Enigme de Robert Siodmak où elle incarne des sœurs jumelles ou encore La Fosse aux serpents où elle jouera une malade mentale.

Forte de ce nouveau pouvoir, c'est elle qui sollicite William Wyler pour L'Héritière après avoir vu une adaptation théâtrale du roman Washington Square d'Henry James. Ayant déjà donné dans les portraits de femme marquant dans des films comme Jezebel ou La Lettre, Wyler trouve également dans l'histoire des préoccupations sociales (la différence de classe, le pouvoir de l'argent) qu'il traitera de nouveau dans le futur et meilleur encore Un Amour désespéré (1952).

L'Héritière nous dépeint ainsi la cruelle prise de conscience de Catherine Slopper qui va découvrir que son seul attrait pour les hommes repose sur sa dot richissime. Cette désillusion prend la forme de deux trahisons. Celle de son père tout d'abord vivant dans le souvenir de son épouse décédée et ne cesse de rappeler à Catherine comme elle manque des qualités de sa mère. Olivia de Havilland, dont la beauté est altérée par un maquillage disgracieux ajoute à ses artifices une fragilité, une gaucherie et une innocence qui en font une proie facile pour les prédateurs les lus sournois de cette société. Ils prendront la forme de Morris Townsend (Montgomery Clift fraichement révélé par La Rivière Rouge de Howard Hawks) séduisant jeune homme poursuivant Catherine de ses assiduités.

Le récit dessine ainsi la déchéance de Catherine sous deux approches opposées et complémentaires. Le dédain et le mépris du père (formidable Ralph Richardson) pour cette fille sans attrait d'un côté lors de scènes familiales glaciales (le salut distant lors de l'ouverture, l'inévitable comparaison avec sa mère lorsque Catherine se présente sous de beaux atours avant le bal et surtout la terrible séquence où il lui révèle la faible opinion qu'il a d'elle) et l'autre la cour trop belle pour être vraie de Morris.

Wyler pensait reformer le couple Errol Flynn/Olivia de Havilland pour le film mais le désistement du premier l’amena à opter pour le jeune Montgomery Clift. On y gagne grandement au change puisque le stupre et le vice trop évident dégagé par Flynn est ici remplacée par la remarquable ambiguïté de Clift. Beauté juvénile angélique, port élégant et flamme passionnée de tous les instants en fond une figure mièvre idéalisée qui ne peut que dissimuler d'autres desseins et apte à duper l'inexpérimentée Catherine.

Wyler capture idéalement ces deux approches, tout en retenu avant de faire tomber les masques lors de deux grand pics dramatiques formant une boucle. Le premier arrive lorsque Catherine sera cruellement abandonnée par son prétendant voyant l'héritage s'éloigner avec une Olivia de Havilland totalement bouleversante de désespoir. La seconde arrive lors du final où le cœur sec et amer de son expérience passée elle prend une terrible revanche sur celui qui l'a blessée.

Wyler filme les deux séquences de la même manière avec une Catherine grimpant les escaliers dans l'immense et oppressante demeure new-yorkaise, seule au monde, d'abord brisée puis inhumaine et indifférente au monde. Olivia de Havilland glanera son second Oscar pour cette prestation marquante tandis que Wyler signe un de ses tout meilleurs films.

Sorti en dvd zone 2 français chez Carlotta

Extrait

vendredi 10 février 2012

Par la porte d'or - Hold Back the Dawn, Mitchell Leisen (1941)


Un gigolo roumain, George Iscovescu, bloqué à Tijuana au Mexique par les services d'immigration américains n’a qu’un rêve, franchir « la Porte d’or » qui mène aux Etats-Unis. Il doit être naturalisé et pour cela il est prêt à tout. La providence vient en la personne d’Emmy Brown une naïve institutrice bloquée dans la petite ville mexicaine par une panne de voiture. George décide de la séduire. Très vite il l’épouse avec l'intention de divorcer une fois la frontière franchie en tant qu’américain. Ses ennuis vont commencer quand il va réaliser qu'il est réellement amoureux d'elle.

Mitchell Leisen signe là un bien beau film où il bénéficiera pour la dernière fois des talents du fameux duo de scénaristes formé par Billy Wilder et Charles Brackett. Le film reste en effet célèbre pour avoir vu le torchon brûler entre Mitchell Leisen et un Billy Wilder las de voir ses scripts (qui en avait signé deux pour Leisen, La Baronne de Minuit et Arise my love) constamment remaniés à leur convenances par les acteurs, producteurs et réalisateurs impliqués. Ici une des sources du conflit sera le refus de Charles Boyer de suivre l'idée initiale qui était de le voir narrer son histoire en flashback à un cafard (remplacée par une intro façon mise en abyme à Hollywood avec Leisen dans son propre rôle en confident de Boyer) .

Wilder et Brackett se vengeront en donnant les meilleurs dialogues à Olivia de Havilland (à vrai dire la prestation de Boyer n'en souffre guère) tandis que Leisen interdira Wilder de plateau durant le tournage. Le film ne souffre pas de cette gestation houleuse (si ce n'est quelques petits problème de rythme) et chacun suivra son chemin avec succès tel Billy Wilder qui passe à la réalisation dès l'année suivante avec Uniformes et Jupons Courts.

Le script est un d'un équilibre idéal où le cynisme cède progressivement au romantisme le plus sensible. Le pitch est plutôt original. Après avoir écumé les palaces d'Europe, l'escroc/gigolo roumain George Iscovescu (Charles Boyer) cherche à rejoindre les Etats-Unis où s'est réfugiée toute la haute société à cause de la guerre. Problème, il ne peut bénéficier d'un visa et ronge son frein en compagnie d'autres émigrants dans une petite frontalière mexicaine dans l'attente d'une solution. Celle-ci arrive en la personne d’Emmy Brown, institutrice célibataire qu'il se met en tête de séduire et épouser pour pénétrer le territoire américain.

Charles Boyer sournois et calculateur est absolument parfait de froideur séductrice tandis qu'une Olivia de Havilland américaine provinciale quelque peu godiche cède à ses tirades hypocrites. L'émotion naît alors plutôt de la description de cette communauté étrangère cloitrée à l'hôtel en attente d'un visa et on devine l'implication d'un Wilder qui a connu pareil situation à son arrivée aux Etats-Unis.

Mitchell Leisen dissipe peu à peu cette froideur initiale par le rapprochement réel de son couple. Olivia De Havilland est très touchante dans son éveil à l'amour et au désir. Leisen l'illumine progressivement, tout d'abord en captant ses regard aimant et surpris par la séduction de cette homme puis en la dévoilant dans toute sa beauté et féminité lors de ce moment où elle se détache les cheveux et s'allonge prête à s'offrir à Boyer. Un moment bref mais d'une étincelante sensualité poursuivit lorsque Boyer l'observe dans le rétroviseur. Le long périple au Mexique distille plusieurs jolis moments romantiques où on voit Charles Boyer tomber amoureux et s'abandonner malgré lui.

Tout le passage à l'église pour bénir le mariage ou l'ambiance festive avec les autres mariés locaux sont vraiment magnifiques. Ce qui aurait pu paraître cliché et risible dans la première partie atteint des sommets romantiques lors de l'apparition de mariachis durant une scène de baiser même dans sa supposée distance, la voix off de Boyer trahi son trouble grandissant lors qu'il affirme désirer garder ses distances avec Emmy, sous-entendu ne pas coucher avec elle. Le texte va dans le sens ne pas mélanger plaisir et affaire alors que le phrasé altéré de Boyer dit juste l'inverse, il ne peut pas user d'elle car il l'aime. Du grand art !

Au final même le personnage le plus manipulateur agit par amour grâce à la belle prestation de Paulette Godard qui réussit brillamment à ne pas rendre détestable cette viveuse d’Anita. Leisen comme il sait si bien le faire cède à un sentimentalisme à fleur de peau et très poétique dans les derniers instants (on repense à son splendide Remember the night) à l'hôpital où on mesure le chemin parcouru par les héros. Dialogues coupés ou pas, Charles Boyer excelle dans cette manière de fendre l'armure qui culmine dans ce passage (où l'autre plus discret où il abandonne sa simulation de douleur à l'épaule pour enlacer Olivia de Havilland enfin sincère). On reprochera peut-être uniquement une conclusion un peu expédiée dans sa résolution et qui ne laisse pas savourer totalement les retrouvailles en coupant abruptement.

Sorti en dvd zone 2 français chez Universal

Extrait