Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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dimanche 8 décembre 2019

Femme ou Maîtresse - Daisy Kenyon, Otto Preminger (1947)

Daisy Kenyon, illustratrice de mode, est la maîtresse de Dan O'Mara, célèbre avocat, marié et père de deux enfants. N'ayant plus aucun espoir de l'épouser, Daisy considère leur amour comme révolu. Dan refuse de l'admettre. Elle rencontre, alors, Peter, un soldat dont la femme est morte cinq ans auparavant dans un accident. Lorsque ce dernier lui propose le mariage, Daisy accepte et perçoit, à travers cette décision, l'opportunité d'abréger sa relation avec Dan. Mais, l'avocat ne l'entend guère de cette oreille…

Femme ou maîtresse est un opus plus méconnu dans la fructueuse période des années 40 d'Otto Preminger à la Fox. On y retrouve cependant son talent pour les portraits féminins et l'observation des failles masculines, ce dernier point étant souvent incarné par Dana Andrews comme dans Laura (1944), Crime passionnel (1945) ou encore Mark Dixon, détective (1950). Contrairement à ces derniers, Femme ou maîtresse n'est pas un film noir mais une étude de mœurs autour d'un triangle amoureux. Daisy Kenyon (Joan Crawford) est une jeune femme déchirée entre deux hommes que tout oppose.

D'un côté il y a Dan (Dana Andrews) riche avocat déjà marié et père de famille, qui malgré son amour pour Daisy ne voit en elle qu'une étape de plus dans son planning lourdement chargé. Daisy ne fait que courir après les miettes de temps que peut lui accorder lui accorder cet homme arrogant et sûr de son attrait. De l'autre côté nous trouvons Peter (Henry Fonda) vétéran de guerre meurtri à la fois par son expérience du front et la perte de sa femme. A l'inverse c'est un homme vulnérable poursuivant désespérément Daisy de son amour, persuadé qu'elle saura combler ses maux.

Le personnage de Daisy est lui-même fort indécis face à ses désirs, à la fois femme libre et indépendante mais également amoureuse éperdue soumise à ses sentiments et aux diktats d'une société machiste (les questions tendancieuse lors de la scène de procès seront d'ailleurs cruellement inquisitrices comme pour la punir et juger de cette liberté). Cette idées de faillite masculine intervient tout d'abord dans les archétypes d'un côté supposés héroïque et bienveillant pour Henry Fonda et de l'autre celui du self made man impitoyable pour Dana Andrews. Preminger les déconstruits en tant qu'amants et époux. La toute-puissance masculine que déploie Dan suffit à calmer les doutes de Daisy par son pouvoir séducteur, mais démontre un certain égoïsme et lâcheté dans son vrai foyer puis une vraie brutalité quand les choses lui échapperont.

C'est l'inverse avec Peter réclamant tant d'attention mais incapable de se faire violence quand il faudra à son tour réellement se battre pour garder sa dulcinée. Le traitement formel de Preminger s'avère étonnamment dans la continuité de ces films noirs avec de Leon Shamroy tout en clair-obscur pour saisir les hésitations des personnages, et surtout les effets agressifs illustrant leur détresse psychologique (le téléphone qui ne cesse de sonner et tourmenter Daisy lors du final). Un traitement assez captivant où le happy-end ne semble là que pour là que pour la convention tant la nature torturée des personnages semble sans issue. Le trio de star est formidable, en particulier Joan Crawford en plein dans sa période de "transition" entre la jeune fille qu'elle ne peut plus jouer et la femme mûre en plein doute, dans la lignée du Roman de Mildred Pierce (1945)

Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez ESC 

lundi 30 octobre 2017

Mark Dixon, détective - Where the Sidewalk Ends, Otto Preminger (1950)


Mark Dixon est détective à New York. Réputé pour sa brutalité envers les criminels, il mène une enquête sur le meurtre d'un riche Texan poignardé après avoir gagné 19 000 $ aux jeux. Au cours de son investigation, Dixon interroge le suspect principal, Ken Payne. Le truand l'agresse et, pendant la bagarre, reçoit un coup de poing meurtrier. Désemparé devant cette situation, Dixon décide de faire disparaître le corps. Un chauffeur de taxi est alors soupçonné, mais Dixon tombe amoureux de sa fille, Morgan Taylor.

Mark Dixon, détective est le dernier film noir d’Otto Preminger à la Fox (après Laura (1944), Le Mystérieux Docteur Korvo (1949) et Crime Passionnel (1945)) mais aussi son dernier film studio avant de se lance en indépendant – même s’il reviendra dans le giron de la Fox pour Rivière sans retour (1954). Le film constitue aussi pour un temps un des derniers films noir à tendance « psychologique » de la Fox avec le virage vers des sujets plus réalistes et un ancrage social plus prononcés. On suit donc ici les tourments de Mark Dixon, un policier aux méthodes brutales régulièrement rappelé à l’ordre par sa hiérarchie. On comprendra peu à peu que cette violence est en partie un moyen de surmonter le passé criminel de son père, une tâche qu’il tente d’effacer dans sa haine des gangsters. Une affaire le confronte pourtant à ses contradictions lorsqu’il tue accidentellement un suspect récalcitrant dans une affaire de jeu et de meurtre.

La situation le renvoie à cette souillure familiale mais paradoxalement pour y échapper Dixon maquille son méfait avec la roublardise d’un vrai criminel. Cette schizophrénie s’avère plus marquée encore quand il va tomber amoureux de la fille de l’innocent suspect (et épouse de la victime) incarnée par Gene Tierney ce qui est l’occasion de reconstituer le couple mythique de Laura. Le scénario de Ben Hecht déploie donc une intrigue criminelle sans réel crime à élucider (ou du moins celui initial est assez limpide et sans vrai mystère), le gangster joué par Gary Merill étant finalement un élément secondaire. Ce qui intéresse Preminger, c’est le visage pétri d’émotion contradictoire de Dana Andrews, cherchant à échapper à ce passif auquel on le renvoie sans cesse mais également en quête de rédemption auprès de Gene Tierney. Le personnage subit un déterminisme social et moral complexe que la seule résolution de l’enquête ne saura apaiser. Dixon cède donc progressivement à une fuite en avant tout d’abord égoïstement œdipienne puis sacrificielle quand il mettra sa vie en jeu pour innocenter le père de Gene Tierney.

L’agressivité de Dixon tend donc vers une logique masochiste et presque suicidaire à travers les écarts de violence sévère qu’il traverse. Pour être en paix avec lui-même, Dixon ne devra pourtant pas être happé par cette violence mais au contraire survivre et assumer les conséquences. Le sceau criminel de ses origines ne semble pas l’autoriser à vivre, mais l’amour saura lui donner la force de s’accrocher. Le final refuse ainsi l’échappatoire heureuse attendue pour une vraie volonté de franche rédemption. Dana Andrews est formidable de vulnérabilité contenue sous ses allures de dure à cuire et l’alchimie avec Gene Tierney est toujours aussi forte. Otto Preminger mène l’ensemble avec un brio et une intensité dramatique de tous les instants.

Sorti en dvd zone 2 français chez Carlotta 

lundi 2 mai 2016

Crime Passionnel - Fallen Angel, Otto Preminger (1945)

Sans un sou Eric Stanton ne peut continuer son voyage, il descend d’un bus et échoue à Walton, une petite ville de la côte californienne. Il se retrouve dans un petit café sur la plage et fait connaissance de Pop, le propriétaire, de Mark Judd, un ancien policier new-yorkais, et de Dave Atkins. Tout ce petit monde gravite autour de la belle serveuse du bar, Stella. Stanton, attiré, courtise en vain Stella qui, lasse des aventures sans lendemain, n’aspire qu’à se marier. Mais la serveuse repousse toujours ses avances, Stanton lui propose alors de patienter en promettant de se procurer l’argent nécessaire pour la sortir de sa condition. Il a en effet le projet de séduire la riche June Mills pour extorquer sa fortune.

Un an après le classique du film noir Laura, Otto Preminger reconstitue une partie de l'équipe gagnante (Dana Andrews, le compositeur David Raksin : Joseph LaShelle à la photo) pour ce tout aussi réussi mais très différent Fallen Angels. Désireux de ne pas se répéter, Preminger va ici à l'encontre de tous les éléments qui firent la réussite de Laura. Toute la dimension onirique, le mélange de mystère et d'obsession amoureuse impossible est ramené à un aspect plus terre à terre. Les codes classiques du film noir sont pourtant bien là, l'étranger sans le sou (Dana Andrews) et proie idéale d'une femme fatale brune (Linda Darnell tout en élégance vulgaire et magnifiée en technicolor par Preminger l'année suivante dans Ambre) représentant l'ombre entre laquelle il hésite avec la blonde pure et lumineuse synonyme de rédemption (Alice Faye n délaissant son registre des comédies musicales).

Cependant la construction linéaire, le cadre provincial et la caractérisation des personnages ramène l'ensemble à une tonalité plus réaliste que sophistiquée. La femme fatale n'a pas de réclamation plus élevée qu'un mariage et une maison pour son amant, ce dernier dominé par son désir n'apparaît pas complètement comme la victime parfaite. L'enjeu de Laura reposait sur la quête d'une disparue, celui de Fallen Angels tient plutôt à la quête de lui-même par Dana Andrews. Ni gogo idéal ni manipulateur sournois, c'est un monsieur tout le monde qui n'ose aller au bout de ses desseins criminels tout comme il ne s'abandonne pas complètement à la fascination de Linda Darnell.

La première partie le voit ainsi jouer d'un cynisme de façade et joue des atmosphères du film noir durant les rencontres vénéneuses avec Linda Darnell tout en en renouvelant l'imagerie dans cette cité portuaire. A l'inverse la séduction courtoise avec Alice Faye offre le versant apaisé de ce cadre provincial. Là aussi le cliché n'est pas poussé jusqu'au bout avec une Linda Darnell peu pressante et n'attendant que le prétendant suffisamment nanti pour l'épouser et Alice Faye offre une prestation suffisamment impliquée pour incarner l'amoureuse sans être une oie blanche.

En ramenant les canons du genre à une échelle plus quelconque et réaliste, Preminger renforce l'approche humaine du récit. L'argument criminel ne doit pas être un piège écrasant et implacable pour le héros mais un révélateur. Cela tiendra à une belle scène de confession avec Alice Faye puis une conclusion où il va au-devant des ennuis plutôt que de les fuir et errer. La résolution ne tient d'ailleurs pas à un indice quelconque mais à la simple observation d'un sentiment très simple qui aura dérapé, et même ainsi Preminger arrive à créer la surprise et le suspense dans son final. Une belle réussite en forme de retour sur terre où Preminger redonne du sens à ces êtres écorchés et perdus qui donnent au film son titre original.

Sorti en dvd zone 2 français chez Carlotta 

Bande annonce qui joue de tous les clichés (voix-off désabusée, ambiance trouble) dont se déleste le film, amusant...

mercredi 13 janvier 2016

Rivière sans retour - River of No Return, Otto Preminger (1954)

1875, quelque part dans les Rocheuses de l’Ouest américain. Matt Calder est un ancien détenu récemment libéré de prison qui aspire à la paix de la vie de fermier en compagnie de son fils Mark, neuf ans, qui ne le connaît pas. L’enfant a récemment perdu sa mère et vivote dans la jungle humaine d’un camp de chercheurs d’or transformé en cité champignon constituée de baraquements de fortune et de toiles de tentes. La chanteuse du ‘‘saloon’’ local, Kay, l’a plus ou moins recueilli. Kay et son amant Harry Weston, un joueur, rêvent tous deux d’une autre vie.

Rivière sans retour est une œuvre singulière qui marque la rencontre d’un couple de cinéma mythique avec Marilyn Monroe et Robert Mitchum. Unique western d’Otto Preminger, le film constitue pour le réalisateur une commande après laquelle il gagnera son indépendance en créant sa propre société de production. Darryl Zanuck impose le projet à celui qui est le réalisateur le plus prestigieux de la Fox à l’époque car l’enjeu est de taille. Il s’agit d’asseoir le statut de star fraîchement acquis de Marilyn Monroe (Niagara d’Henry Hathaway, Les hommes préfèrent les blondes d’Howard Hawks et Comment épouser un millionnaire ont remporté un fulgurant succès l’année précédente) dans une production à grand spectacle. Le prestige est d’autant plus renforcé avec l’engagement de Robert Mitchum qui retrouve Preminger après l’excellent film noir Un si doux visage (1952).

Le spectaculaire et l’ampleur du film repose plus sur son splendide environnement naturel que par ses péripéties. Le scénario de Frank Fenton reprend la construction et le ton d’autres de ses westerns comme Le Jardin du diable (1954) de Henry Hathaway ou Vaquero (1953) de John Farrow où l’aventure est un prétexte au cheminement plus intimiste des personnages et à leurs amours complexes. Ici il s’agira de la construction d’une famille improvisée à travers un Matt Calder (Robert Mitchum), son jeune fils Mark (Tommy Rettig) qu’il connaît à peine et Kay (Marilyn Monroe), fille de saloon amante de l’escroc Weston (Rory Calhoun). Le trio est au trousses de Weston qui les as laissé sans défense en volant le fusil et le cheval de Calder dans un territoire sauvage arpenté par les indiens, afin de valider au plus vite une concession d’or. 

Seul moyen d’échapper à ce danger, en affronter un autre tout aussi grand en traversant une rivière sauvage en radeau pour rattraper le voleur. L’ensemble des protagonistes poursuit un rêve (symbolisé par ce camp de chercheurs d’or foisonnant) plus ou moins superficiel et qui va être mis à mal durant l’odyssée. Calder aspire à être un modèle pour ce fils dont il a été longtemps éloigné, mais la découverte du motif de cette longue séparation va jeter le trouble sur l’image émerveillée que se fait Mark de ce père. Kay quant à elle aspire à quitter les saloons miteux de l’Ouest où elle chante pour mener la grande vie, raison pour laquelle elle défend et se raccroche au pourtant peu recommandable Weston. Les rapports initiaux des protagonistes sont ainsi guidés par leurs aspirations. Matt souillé par un passé criminel et en quête de vertu méprise la « traînée » qu’il voit en Kay, cette dernière semblant prête à toute les séductions pour protéger son amant de la fureur de Matt.

L’enfant sera l’élément qui va les lier et les faire changer d’opinion l’un sur l’autre à travers les attentions maternelles de Kay et la bienveillance virile de Matt. Robert Mitchum est remarquable pour exprimer la dualité entre l’animalité et la brutalité passée du personnage et cet amour paternel qui doit les réfréner. Sa réaction lorsque son fils apprendra par accident son passé est remarquablement subtil et poignante, voyant son regard passer de l’admiration enfantine à l’incompréhension.

Marilyn Monroe trouve là un de ses plus beaux rôles bien que les relations avec Otto Preminger (agacé par les nombreuses prises nécessaires à sa star) aient été orageuses. C’est le rôle (avec Les Désaxés (1961) de John Huston) où elle apparait comme la plus naturelle, le cadre sauvage autant à sa beauté toute sophistication pour une présence charnelle plus libre. Si elle retrouve en partie par instants son emploi de femme enfant inconséquente, Marilyn arbore également un registre plus mature à travers le sentiment protecteur et maternel qu’elle noue avec le petit garçon. 

La séduction n’est plus feinte (la femme fatale qu’elle joue dans Niagara), décalée (ses rôles d’attachante délurée dans Sept ans de réflexion (1955) et Certains l’aiment chaud (1959) de Billy Wilder) ou subie (les assauts où regards masculins concupiscents présents dans tous ses rôles) mais semble plus authentique et sincère. Les registres précités sont tous abordés à un moment ou un autre dans le film avant de s’estomper à travers la romance naissante des personnages et la merveilleuse alchimie dégagée par le couple qu’elle forme avec Mitchum.

Preminger peut alors laisser s’exprimer un érotisme trouble à travers les sentiments changeants, exprimés avec une douceur anodine (Marilyn engourdie frictionnée par Robert Mitchum fixé par un regard énamouré) ou un désir plus violent où Calder doit maîtriser ses bas-instincts. La magnifique prestation de Marilyn est rehaussée par ses prestations vocales, chaque chanson étant un prolongement des facettes de Kay : ambitieuse sur One silver dollar, séductrice sur I’m gonna file my claim, maternelle avec Down in the meadow ou et mélancolique sur la sublime interprétation finale de River of no return.

Les péripéties sont anodines et semblent presque là pour agrémenter le récit d’action tant bien que mal (les indiens, la rencontre avec les deux prospecteurs) si ce n’est les tumultueuses scènes en radeau. Preminger déploie un scope majestueux qui met superbement en valeur le décor naturel (tournage dans parcs nationaux de Banff et de Jasper au Canada) dans un somptueux panorama où cette rivière agitée offre une vue aussi imprenable que dangereuse sur la nature environnante. 

Hormis les plans rapprochés des scènes de radeau filmées en studio (et plutôt bien intégrés aux extérieur par un montage habile), Preminger accompagne la descente de cette rivière de façon spectaculaire, à coup de travelling latéral lointain mettant en valeur toute la dangerosité du parcours. Le morceau de bravoure réside bien là, confondant le défi physique et mental des protagonistes remontant le courant de leurs aspirations factices pour découvrir leurs vraies attentes au bout du chemin. C’est le sentiment qui nous anime au terme d’une ultime séquence génialement machiste en façade mais l’expression d’une tendresse rompue aux rudesses de l’Ouest. Superbe ! 

 Sorti en dvd zone 2 français chez Fox

vendredi 7 septembre 2012

Stalag 17 - Billy Wilder (1953)


Durant la Deuxième Guerre mondiale dans le Stalag 17, deux prisonniers tentent de s'évader mais sont abattus. De plus, les Allemands découvrent l'existence du tunnel où tout les prisonniers devaient s'évader. Il y a donc un traître parmi les détenus, Sefton, un officier magouilleur et adepte du marché noir, est soupçonné.



Stalag 17 est un film de transition dans la filmographie de Billy Wilder, situé entre les œuvres sombres de la fin des 40’s et début 50’s (Assurance sur la mort (1944), Le Gouffre aux chimères (1951), Sunset Boulevard (1950)) et la grande série de comédie à venir (Sept ans de réflexion (1955), Certains l’aiment chaud (1957), La Garçonnière (1960)). L’ouverture est d’ailleurs représentative de cet entre-deux où se situe le film avec une mise en scène explorant les lieux clés du camp de prisonnier américain où va se dérouler l’intrigue. La caméra survole les miradors aux gardes armés jusqu’aux dents, leur collègues au sol arpentant le camp entouré de barbelés avec leur chien sur fond de musique martiale.

Le sentiment d’étouffement et de danger est déjà ainsi palpable pour ce récit en huis-clos mais paradoxalement en approchant des baraquements de prisonnier la voix-off ironique du soldat Cookie regrettant que les films de guerre ne parle jamais des prisonniers et se propose donc de nous raconter ce qui s’est passé dans son stalag. Cette ouverture évoque en mode mineur celle de Sunset Boulevard par son côté décalé et annonce les singulières ruptures de tons qui auront cours, la franche rigolade succédant à la tension la plus exacerbée et inversement. La genèse de Stalag 17 est particulièrement houleuse pour Wilder déjà en délicatesse avec la Paramount suite à l’échec du Gouffre aux chimères. Le responsable de la Paramount George Weltner lui demandera en effet afin de ne pas froisser le public allemand pour la sortie internationale de modifier la nationalité de l’espion nazi infiltré parmi les prisonniers américains pour en faire un polonais que les allemands auraient acheté. 

Je lui répondis que les nazis avaient tués à Auschwitz ma mère, ma grand-mère, mon beau-père et que je n’étais pas disposé à trahir mon film pour quelques misérables dollars.

Stalag 17 est en effet un des rares films où se dévoile cette souffrance intime pour Wilder (avec La Scandaleuse de Berlin filmé dans un Berlin en ruine et à l’origine destiné à être un documentaire, certaines images d’archives survivant au montage) et il rompra après la sortie sa collaboration à la Paramount, maison-mère où il débuta à Hollywood en tant que scénariste. Fort de cette volonté, Wilder instaure un climat sombre et claustrophobe où une chape de plomb semble s’être abattue sur le camp.

On aperçoit que rarement le ciel, des visions en plongée accentuent cette sensation oppressante parfois gratuitement et d’autres pour un suspense au cordeau tel celle nous laissant deviner la cachette d’un prisonnier évadé dans un bassin. Nous ne sommes bien sûr par dans un camp de concentration mais l’on sait d’où vient ce besoin du réalisateur de donner la vision la plus noire possible en dépit de quelques scènes légères au début pour introduire les personnages.

Cette sensation va se traduire par une paranoïa de tous les instants se jouant dans les relations entre prisonniers. Ce doute repose sur plusieurs évasions avortées où les geôliers semblaient presque attendre et deviner les mouvements des prisonniers lors de leurs tentatives. La cause est vite entendue, il y a un traître au sein des prisonniers. Le coupable tout désigné semble être Sefton (William Holden) dont les affaires sont florissantes à travers les divers trafics qu’ils mènent avec les allemands, s’enrichissant et améliorant son confort. Profondément individualiste et cynique, il ne ressent aucun états d’âmes à son statut et va ainsi susciter la suspicion plus par l’envie et la rancœur accumulée de ses camarades que par de réelle preuve de sa culpabilité.

On peut ainsi voir dans le script une certaine forme de critique du Maccarthysme et du climat qui régnait alors aux Etats-Unis même si un personnage aussi détaché que Sefton (William Holden parfait comme toujours) atténue la métaphore. Son tort est de se distinguer dans un ensemble où Wilder présente ces prisonniers comme quelque peu stupides et primaires (ce qui n’enlève rien à leur sympathie) par son pragmatisme et son cynisme froid.

C’est ce qui causera le conflit lorsque ses camarades ne voyant pas plus loin que le bout de leur nez se retournerons vers lui par évidence et volonté de vengeance. Ironiquement, le traitre s’avéra être le personnage le plus recommandable au physique de jeune premier évoquant le héros américain idéalisé et parfaitement assimilé parmi les prisonniers. Dans ce jeu sur les apparences, Sefton est le plus perspicace finalement par son individualisme. Le plus marginal (Sefton) sera ainsi le seul à même de démasquer le plus populaire.

Wilder oscille ainsi entre le volontairement caricatural (Otto Preminger en officie vicieux, juif allemand exilé au parcours proche de Wilder le réalisateur se délecte d’autant plus d’un tel rôle) et subtilité pour dépeindre les nazis, l’aspect fourbe et manipulateur étant bien sûr souligné par l’espion infiltré. Sous couvert de patriotisme irréfléchi et de pensée unique les autres prisonniers sont dans le faux. A l’inverse c’est bien Sefton jusqu’ici plus préoccupé par sa personne qui sera le seul capable d’héroïsme au final, non sans avoir renvoyé de manière cinglante ses persécuteurs à leurs contradictions avec cette éloquente réplique où il leur dit de ne pas le saluer s’ils étaient amenés à se revoir dans d’autres circonstances. Ce jeu sur les faux semblant est bien sûr une constante chez Wilder, de Assurance sur la mort à Certains l'aiment chaud en passant par Embrasse-moi idiot et bien d'autres. Une œuvre tout à fait étonnante, aux antipodes des films de guerre sans nuances des années quarante et annonçant les héros plus décomplexé et moins uniforme de la décennie suivante dans ce type de récit.

Sorti en dvd zone 2 français chez Paramount

vendredi 28 janvier 2011

Bunny Lake a disparu - Bunny Lake is Missing, Otto Preminger (1965)

Une jeune américaine, Ann Lake, vient d'emménager à Londres avec sa fille Felicia Lake, surnommée Bunny Lake. Son frère, Stephen Lake qui habite déjà sur place, l'aide à s'installer. Lorsqu'elle vient chercher sa fille à l'école, Ann Lake ne retrouve pas Bunny. Stephen arrive pour résoudre le problème et à eux deux ils cherchent dans les tous les recoins de l'école, en vain. La police est rapidement contactée, avec à leur tête le Lieutenant Newhouse. Ce dernier, voyant les recherches ne pas aboutir, remet en cause l'existence même de Bunny Lake.

Après une série de productions prestigieuses à grands sujets et casting haut de gamme (Exodus, Tempête à Washington, Le Cardinal, Première Victoire...) Preminger exilé en Angleterre pour l'occasion revenait au thriller psychologique pur et dur avec cet brillant Bunny Lake is missing.

Le postulat est simple, Ann Lake (Carol Linley) fraîchement installée à Londres dépose sa petite fille pour son premier jour d'école le jour de son emménagement mais, revenu la chercher quelques heures plus tard elle s'avère introuvable. Le récit part ainsi dans une direction mystérieuse tant la disparition semble inexplicable puisque personne ne semble avoir vu la fillette et qu'aucun accès possible à l'extérieur n'aurait été possible sans que sa présence s'avère manifeste. Preminger déplace le cadre du roman de Evelyn Piper de New York à Londres où il use largement de lieux existants pour fixer l'ancrage urbain de l'histoire. Dans une escalade cauchemardesque nous emmenant de la pleine journée à la nuit la plus inquiétante, la ville passe donc des coins pavillonnaire ensoleillée aux arcanes les plus sombres. Ce basculement se fait avec celui de la tonalité du film elle même puisque soudain les faits troublants remettent en cause l'existence même de Bunny et la santé mentale de Ann.

Ce changement se sera fait progressivement par la rencontre de figure de plus en plus étranges. Une maîtresse d'école retraitée isolée et guettée par la folie, un voisin au ton doucereux mais à la perversité réelle tandis que les lieux traversés donnent dans le gothique baroque le plus prononcé comme ce magasin de poupée, cet hôpital au corridor tortueux et au sous sol menaçant. Le générique avec ses découpages enfantins aura donné le ton de ce qui s'avère une plongée dans les terreurs de l'enfance, faîtes de rencontres étranges et de lieux oppressants. Carol Linley (qui aura tourné précédemment Le Cardinal avec Preminger) offre une stupéfiante interprétation parfaitement sur la corde raide entre lucidité et schizophrénie.

Laurence Olivier, seul personnage réellement la tête sur les épaules apporte un soupçon de lumière face à cet univers qui annonce les pires cauchemars orchestré par un Polanski, tout en bénéficiant dans ses audaces du travail de Hitchcock dans Psychose. Keir Dullea futur héros de 2001 est entouré de la même aura trouble sous des airs proprets. Preminger nous balade au fil de la santé mentale vacillante de Ann en plein doute, les gros plans saisissants de visages, les basculement d'échelles en plongée ou contre plongée laissant figurer un refuge dans l'enfance.

N'ayant jamais craint d'aborder des sujets sulfureux, Preminger fait fort ici en faisant planer les spectres de l'inceste, l'infanticide et la pédophilie. La dernière partie est un sacré tour de force où un rebondissement inattendu nous emmènent vers un suspense diabolique où les peurs enfantines, la tonalité de conte offrent des situations dérangeantes et déstabilisante.

Le ridicule n'est pas loin tant l'audace de Preminger est grande mais c'est la fascination qui domine grâce à sa mise en scène inspirée où il retrouve les accents les plus onirique de ses films noirs (la photo noir et blanc tout en ombres lourdes de menaces et de présence innommable, le tour de balançoire final assez incroyable) et l'interprétation fabuleuse. Etonnant que le film soit si oublié aujourd'hui, le suspense est au moins aussi anxiogène que Psychose et alors le méchant n'a pas grand chose à envier à un Norman Bates dans l'esprit dérangé. A noter pour les amateur de pop anglaise 60's une apparitions des Zombies (carrément crédités au générique) dont les paroles font directement échos à l'intrigue à divers moments.


Sorti en dvd zone 1 doté de sous titres français et pour les anglophones le zone 2 anglais est bien moins cher et doté de sous titres anglais.