Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com et suivre le blog sur twitter à http://twitter.com/#!/JustinKwedi

Pages

Affichage des articles dont le libellé est Pasquale Festa Campanile. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Pasquale Festa Campanile. Afficher tous les articles

mercredi 23 mai 2018

La Proie de l'autostop - Autostop Rosso Sangue, Pasquale Festa Campanile (1977)


Un couple d'italiens Walter et Eve Mancini, un journaliste ivrogne et sa très sensuelle épouse, voyage au sud de la Californie en caravane. Ils prennent en stop un malfaiteur en cavale, Adam Konitz, qui s'avèrera être également un peu psychopathe...

Pasquale Festa Campanile est une figure injustement oubliée du cinéma italien qui sut amener une touche singulière et subversive dans une filmographie s’attachant dans l’ensemble à des genres populaires/commerciaux du cinéma italien. Cette sensibilité vient d’un parcours avant tout intellectuel qui le verra s’imposer en tant qu’écrivain reconnu avant de signer des scénarios pour des réalisateur aussi prestigieux que Mauro Bolognini pour (entre autres) La Viaccia (1961), Elio Petri sur L’Assassin (1961) ou encore Dino Risi avec Pauvres mais beau (1957). 

Lorsqu’il passera à son tour à la réalisation Campanile s’attache dans ses meilleurs films à des questionnements progressistes sur l’identité sexuelle avec Le Sexe des anges (1964) traitant des castrats ou plus tard  la notion transgenre et l’homosexualité dans Personne... n'est parfait ! (1981) ou Più bello di così si muore (1982). C’est dans la comédie sexy que le réalisateur donnera son meilleur avec les excellents L’Amour à cheval (1968) et Ma femme est un violon (1971). Campanile y traite des relations homme/femme, la notion de domination/soumission au sein du couple et la manière dont une sexualité différente peut le détruire et/ou le raviver. Le fantasme y est interrogé dans sa facette pouvant être ludique ou oppressante selon qu’il est partagé ou forcé.

 La Proie de l’autostop semble au premier abord détoner dans cet ensemble puisqu’il s’agit d’un pur thriller, s’inscrivant de plus dans le sous-genre controversé du rape and revenge. Dès l’introduction où en pleine partie de chasse la lunette du fusil de Walter (Franco Nero) hésite entre un cerf et son épouse Eve (Corinne Clery) comme proie, le ton est donné. Marié à la fille de son patron, Walter est un macho blessé dans sa virilité et noie son dépit dans l’alcool ou en rudoyant sa femme. L’agressivité est autant verbale que physique avec une sexualité brutale du couple ou la notion est mince entre élans fiévreux et viol conjugal. Eve le soulignera d’ailleurs par un dialogue cinglant quand elle verra de jeunes amoureux coucher ensemble dans leur camping : « Eux ils couchent ensemble, nous on baise ». Cette tension va s’accentuer lorsque le couple (roulant sur les routes californiennes) va prendre en stop Adam Konitz (David Hess) malfrat en cavale et inquiétant déséquilibré. La cohabitation forcée va façonner un triangle « amoureux » des plus destructeurs.

Adam est un monstre imprévisible exacerbe les maux du couple, son machisme n’étant qu’un avatar dément de celui de Walter et dont Eve est à la fois la victime et la complice pour se venger de son époux. Campanile montre la graduation de ce schéma, d’abord dans la conversation durant le trajet où Adam manipule les époux et les place face à leurs contradictions dont il s’amuse. Le trio s’allie et s’oppose au fil d’un récit reposant sur la pure tension psychologique mais aussi des mécanismes de thriller sous influence. La présence de David Hess ravive ainsi le souvenir douloureux de La Dernière maison sur la gauche de Wes Craven (1972) dont il était l’inoubliable méchant, l’angoisse latente sur fond de grands espaces naturels et routiers rappelle le Duel (1971) de Steven Spielberg, le tout étant zébré d’élans sanglant typiques du cinéma de genre italien. 

Campanile ajoute à l’ensemble une ironie cinglante dans l’hyper masculinité caricaturale des deux protagonistes masculin, la monstruosité d’Adam donnant un mimétisme progressif à l’attitude de Walter. Le réalisateur brise même les barrières morales dans la scène où Adam abuse d’Eve, le choc étant démultiplié de façon inattendue : la souffrance de la jeune femme se confond ainsi à une vengeance plus ou moins conscience envers son mari dont la sacrosainte virilité est brisée en assistant impuissant à l’acte.

Cette ironie se traduit aussi dans la distance que crée le scénario quand Adam demande à Walter (qui est journaliste) d’écrire sa biographie (amorçant leur étrange complicité) en y réclamant du « sang et beaucoup de sexe ». Dès lors tous les rebondissements violents du film semblent obéir à ce cahier des charges que le geôlier souligne dans les dialogues avant chaque nouvelle exaction. L’excellent bande-original d’Ennio Morricone alternant le registre du pur suspense avec la valse psychédélique gorgée de chœurs féminins participe également à cette distance qui fait de l’ensemble du film une fable grotesque et inquiétante sur les rapports de couple. La citation finale d’Heinrich Böll est sans appel : 

« Il n’y a pas de problème de couple : il y a le problème d’un homme et le problème d’une femme. Et il n’y a qu’une solution : la mort. »

Sorti en dvd zone 2 français chez Artus 


lundi 17 décembre 2012

L'Amour à cheval - La Matriarca, Pasquale Festa Campanile (1968)


Mimi est une jeune veuve qui n’arrive pas à pleurer sur son sort. À peine son mari est-il enterré qu’elle lui découvre une garçonnière et un certain goût du libertinage, et prend connaissance malgré elle de la multiplicité des façons d’en envisager l’exercice.

L'Amour à cheval se pose en précurseur de ce sous-genre de la comédie italienne qu'est la comédie sexy qui sera surtout en vogue dans les années 70 et donnera dans l'ensemble des films certes amusant mais guère mémorables. Les films de Pasquale Festa Campanile constituent donc des exceptions du genre le parcours intellectuel de celui-ci lui permettant d'allier brillamment le quota coquin attendu et un vrai propos social vindicatif comme dans son classique Ma femme est un violon. La Matriarca constitue donc une de ses premières vraies incursion dans le genre même s'il avait fait apprécier son gout de la provocation dans des œuvres antécédentes comme Le Sexe des anges traitant des castrats bien avant Farinelli.

Mimi (Catherine Spaak) est une jeune femme plutôt distante et blasée qui peine à s'émouvoir pour quoi que ce soit, même l'enterrement de son mari qui ouvre le film et qu'elle suit distraitement. Une drôle de surprise l'attends sur les mœurs de son mari défunt lorsqu'elle découvrira que ce dernier dissimulait une garçonnière où accessoires et matériel de pointe à la clé il assouvissait les fantasmes les plus fous. Trop timorée et engoncée dans son rôle d'épouse, jamais elle ne fut au courant des penchants libertins de son mari. Qu'à cela ne tienne, piquée au vif elle va à son tour explorer tout le spectre du sexe déviant.

Le pitch coquin en diable ne décevra pas mais l'intelligence du propos donnera une portée bien plus grande à l'intrigue. La beauté glaciale et sophistiquée de Catherine Spaak se prête idéalement à ce personnage explorant plus scientifiquement que charnellement les pratiques sexuelles les plus folles et surtout rarement explorée jusque-là dans un film grand public.

Le contexte de libération sexuelle fait donc découvrir quelques fantasmes inscrit au quotidien de personnages ordinaires comme la pornographie vidéo domestique (avec les homes movie du défunt assez gratinés bien qu'en partie censurés), le sado masochisme, l'échangisme... Pasquale Festa Campanile filme ces passages avec une recherche visuelle constante avec une esthétique pop exploitant grandement les décors (la garçonnière truffée de gadget et de miroirs) et tenues classieuse et sexy d'une Catherine Spaak tout en moue boudeuse et regard dédaigneux, électrisante et élégante. Le réalisateur truffe également l'ensemble de séquences oniriques témoignant des rêveries délurées de Mimi avec quelques séquences extravagantes.

Pourtant toute cette invention formelle et narrative (tout étant méticuleusement raconté par Mimi à travers les ouvrages psychanalytique qu'elle étudie) émoustille plus qu'elle n'excite réellement, créant l'empathie avec Catherine Spaak. Dans son approche scientifique de la libido, Mimi s'amuse plus qu'elle ne s'abandonne, observatrice plus qu'actrice aux divers jeux sexuel qu'elle expérimente. Chaque écart la voit plus provoquer la situation que l'inverse que ce soit sa drague agressive de son professeur de tennis qu'elle rejoint sous la douche, un heureux automobiliste alpagué pour une étreinte dans un parking désert et même cet homme d'affaire aux manières rustres dont elle cédera à la brutalité.

Le message du film est double, féministe en louant la libération sexuelle de Mimi (et par extension des femmes désormais maîtresses de leur désir) tout en dénonçant une société où les hommes ne sont pas capable d'y répondre. Chaque figure masculine voit ainsi dans notre héroïne un objet de possession et d'assouvissement mais jamais une femme avec des sentiments, fantasme et amour ne pouvant pas être liés (et donc les épouses apparaissant fade face aux maîtresses plus débridées).

Les personnages masculins en prennent pour leur grade, tous plus lâche les uns que les autres tel l'avocat s'excusant hypocritement après possédé Mimi, l'automobiliste lui offrant carrément un billet et le professeur de tennis apeuré face à un séduction féminine pressante qu'il ne contrôle pas.

Pour réellement apprécier ses "expériences", Mimi doit donc les ressentir plus que les décortiquer et par extension avoir des sentiments pour son partenaire de jeu. Plus que tous les dérapages qui ont précédés, la séquence la plus érotique du film naît d'un simple examen médical où un Jean-Louis Trintignant en médecin timoré travaille bien plus Catherine Spaak que les machos agressifs vu jusque-là puisqu'elle est en train de tomber amoureuse.

Plutôt que l'exécution mécaniques des précédents fantasmes, la place est enfin ici laissée à la frustration la séduction à travers une Catherine Spaak obligé de jouer d'autres choses que ces charmes pour attirer l'attention d'un Trintignant génial en intellectuel lunaire. Comble d'audace, Mimi sera la plus gênée des deux lorsqu'elle tentera d'embarrasser Trintignant en lui dévoilant son visage sulfureux lors d'une délirante scène en station-service où elle est à moitié nue face aux pompistes et clients de passage.

Dans son progressisme le script jette néanmoins un garde-fou pour les partenaires, jamais aussi satisfaits que quant s'ils s'aiment. Sa plus grande aventure, Mimi ne l'a pas encore vécue malgré ses audaces puisque comme le souligne une réplique de Trintignant L’acte le plus haut en couleurs est encore de rencontrer l’amour. Une idée magnifiquement symbolisée par le très enfantin et seul vrai fantasme de Mimi qui donne son titre français (bien meilleur pour le coup) au film dans une dernière scène sensuelle et amusée en diable.



Sorti en dvd zone 2 français chez SNC/M6 Vidéo 

Extrait

mardi 18 septembre 2012

Ma femme est un violon - Il merlo maschio, Pasquale Festa Campanile (1971)


Niccolò Vivaldi, un violoncelliste frustré et las d'une existence confinée dans un anonymat étouffant, découvre que l'admiration suscitée par la beauté de sa femme, Costanza, rejaillit sur lui. Dès lors, il décide de l'exhiber en public afin d'en tirer une gloire personnelle.

Il merlo maschio est un des fleurons de la comédie sexy à l'italienne et le rôle qui établira Laura Antonelli comme le sexe symbol italien de l'époque. Avec pareil titre et affiche outrancière, on pourrait craindre le pire dans le traitement de l'argument largement machiste mais le film évite avec brio tous ces écueils sans négliger les nombreux effeuillages attendu dans une œuvre de ce type. Le film est une adaptation du roman de Luciano Bianciardi Il complesso di Loth (Le complexe de Loth).

Pasquale Festa Campanile s'avère le candidat idéal pour manier la satire féroce du livre puisque bien qu'établi comme spécialiste de la comédie sexy, il aura su y poser un regard singulier par son intérêt pour les thèmes provocateur et une finesse issu d'un parcours plutôt intellectuel puisqu'avant de passer à la mise en scène il fut journaliste, romancier puis scénariste à succès pour Dino Risi ou encore La Viaccia de Bolognini. On ne s'étonnera ainsi pas du cocktail explosif de racolage sensuel et de satire social féroce.

Niccolo Vivaldi (Lando Buzzanca acteur fétiche de Campanile) est un homme miné. Violoncelliste rêvant de succès et de reconnaissance, le regard des autres ne lui renvoie de lui-même qu'une image médiocre et insignifiante. Ignoré ou malmenés par ses collègues et son chef d'orchestre qui ignorent encore son nom après dix ans dans la même compagnie, Niccolo est au plus bas de sa confiance en soi et sombre dans la dépression.

Campanile nous fait littéralement entrer dans les idées noires de son héros avec une ouverture à la narration brillante où la voix off sans entrain, la mine de chien battu de Buzzanca et les situations amplifiées par son mal-être (un bus qui emporte son violoncelle, son concierge qui ne le reconnaît pas, son épouse qui oublie son nom au moment de signer des papiers) font cohabiter consternation et franche hilarité.

La seule personne qui semble respecter et admirer Niccolo, c'est sa douce épouse Costanza (Laura Antonelli) mais il ne pose plus les yeux depuis longtemps sur sa compagne au caractère simple et popote lui cuisinant sa polenta les jours impairs de la semaine. Oui c'est bien de Laura Antonelli que l'on parle, cette dernière n'étant jamais meilleure pour dévoiler son sex-appeal ravageur que lorsqu''elle l'habille d'une fausse candeur et innocence (Mon dieu comment suis-je tombé si bas? de Comencini en est un exemple parfait). C'est ainsi que Niccolo aura la révélation alors qu'il accompagne sa femme en cure pour ses problèmes de dos. Alors qu'elle se déshabille lors des examens, il redécouvre l'attrait que provoquent les formes généreuses de Costanza à travers le regard concupiscent des médecins et des infirmiers. Lui le minable, le moins que rien, c'est bien à lui qu'on envie cette sculpturale épouse qui dissimule ses charmes sous ses tenues de femmes d'intérieur quelconque.

Il a enfin trouvé un sens à sa vie, quelque chose dont il puisse être fier et le valoriser auprès des autres hommes. Dès lors c'est l'escalade fantasmatique, Niccolo cherchant à exposer fièrement les atouts de Costanza à la face du monde. Le film expose en fait tout simplement un cas de candaulisme, cette pratique sexuelle consistant pour l'homme à trouver l'excitation en exposant (voire plus) sa compagne aux yeux d'autres hommes. L'intelligence du film, c'est de ne jamais poser de réel jugement moral sur la chose. On s'amuse ainsi des inventions toujours plus folles de Niccolo pour titiller sa libido notamment les photos de Costanza où Campanile déploie des trésors d'inventivité avec des postures toujours plus provocantes et sexy d'une Laura Antonelli qui affole la caméra. La prestation de l'actrice donne une consistance étonnante à ce qui aurait pu se résumer à un rôle de femme objet.

Tour à tour apeurée et choquée par les fantasmes de son époux, elle y cède par amour mais il est largement ressenti que cette vigueur nouvelle n'est pas pour lui déplaire comparé au quotidien terne aperçu au début du film. On a ainsi un passionnant aperçu de la libération sexuelle au cœur des années 70 avec les possibilités de donner du piquant à sa libido par les nouveaux outils à disposition, ici avec l'arrivée du polaroid permettant d'immortaliser instantanément les situations les plus scabreuses de l'intimité. Tout n'est finalement qu'affaire de mesure et de nuances, ce que ne saura prendre en compte Niccolo emporté dans sa névrose. Son insatisfaction personnelle va ainsi prendre forme à travers le symbolique remplacement de son instrument de musique par Costanza dont la cambrure dessine le contour du violoncelle dans ses rêves jusqu'à le remplacer complètement.

Le film tout en demeurant très amusant prend ainsi un tour plus tragique où Laura Antonelli soumise nous apparaît de plus en plus victime face au demande extrême de Niccolo l'exposant dans des mises en scène toujours plus folles à leur entourage (l'épisode du train mémorable). Lando Buzzanca est tout à fait étonnant tant il évite de rendre ce mari détestable malgré ses demandes déplacées, l'exaltation puis le désespoir né de chaque nouvelle excès ne satisfaisant bien sûr jamais cet homme nous apparaissant plus perdu et pitoyable qu'autre chose.

C'est finalement d'une histoire d'amour impossible dont il est question, au-delà de la morale le simple bon sens ne permettant pas d'aller plus loin que ce qui a été accompli. Après une ultime et flamboyante exposition où Laura Antonelli tombe la toge romaine devant 20 000 personnes, l'épilogue s'avère aussi grinçant que triste et pathétique. Grand numéro d'équilibriste pour une superbe comédie.

Sorti en dvd zone 2 français chez SNC/M6 Vidéo

Extrait