Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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vendredi 26 octobre 2018

The Night Digger - Alastair Reid (1971)

La vie de célibataire d'âge mûre de Maura Prince prend une tournure inattendue lorsqu'elle rencontre le bricoleur Billy Jarvis, un homme étrange et émotionnellement instable. Pendant ce temps, un tueur en série est pris de folie dans la campagne, il viole et tue des femmes avant d'enterrer leur cadavre au bord de la route...

The Night Digger est une œuvre oppressante à souhait mais dont les prémisses relèvent pourtant des meilleures intentions. Demeurée célèbre pour son rôle dans Le Rebelle de King Vidor (1949), Patricia Neal poursuit par la suite une solide carrière hollywoodienne qui connaîtra un nouveau pic avec un Oscar de la meilleure actrice pour Le Plus sauvage d'entre tous de Martin Ritt (1963). C'est peu après que le destin la frappe lorsqu'elle subit une rupture d'anévrisme en 1965 alors qu'elle est enceinte de son cinquième enfant. Après trois semaines de coma elle en ressort vivante mais grandement handicapée, boitant et incapable d'apprendre un texte ce qui assombrit son avenir d'actrice. C'est sans compter la détermination de son époux d'alors, l'écrivain anglais Roald Dahl qui la soumet à un régime d'exercice sévère qui lui permet de retrouver peu à peu ses facultés. Le point d'orgue de cette volonté de Roald Dahl sera l'écriture du scénario qui signera le retour à l'écran de Patricia Neal. Il adapte donc le roman Nest in a Fallen Tree de Joy Cowley dont il refaçonne l'intrigue et les personnages afin d'en faire un écrin sur mesure pour son épouse.

Maura Prince (Patricia Neal) est une vieille fille vivant avec une mère abusive (Pamela Brown pourtant seulement 11 ans d'écart avec Patricial Neal) et aveugle dont elle est obligée de s'occuper dans leur demeure délabrée au cœur d'une campagne sinistre. Une rupture d'anévrisme passée aura façonnée la prison de Maura puisque c'est suite à cet incident qu'elle est revenue vivre auprès de sa mère qui l'a soignée, et désormais les rôles s'inversent sans qu'elle puisse mener sa propre vie. La rupture d'anévrisme est ainsi le prétexte à une relation abusive métaphore de la soumission et dépendance dans laquelle nous place la maladie. Le récit s'éclaircit pourtant légèrement lorsque Maura embauche le jeune Billy (Nicholas Clay le futur Lancelot d'Excalibur) comme homme à tout faire au sein de la maison. La candeur et la bonne volonté du jeune homme égaient la vie de Maura et laisse croire à une possible romance malgré leur différence d'âge. Seulement Billy dissimule lui aussi un terrible secret.

Le personnage de Billy constitue l'autre versant du handicap, cette fois mental, qu'on ne pourra jamais surmonter. L'existence morne de Maura s'illustre dans une ambiance mortifère et statique, la photo d'Alex Thomson faisant de la demeure un mausolée grisâtre tandis que les extérieurs font dans le filtre terne et l'atmosphère pluvieuse pour prolonger la sinistrose - pas sans rappeler The Offence (1972) ou La Panthère Noire (1977) autres fleurons du polar britannique glauque. Le malaise qui se dégage avec Billy s'exprime autrement, d'abord quand il conserve son mystère avec des contre-plongées, des gros plans saisissant où sa bonhomie juvénile s'estompe pour laisser place à une expression inquiétante. Nicholas Clay excelle à exprimer cette dualité ange-démon qui ne rend que plus inquiétants ses élans criminels.

La mise en scène d'Alastair évite tout effet choc pour jouer sur la longueur dans sa manière de faire basculer Billy, notamment la scène où il s'introduit dans la chambre d'une jeune femme. La grammaire filmique change avec l'attitude de Billy, les cadrages, compositions de plan et jeux sur la profondeur de champ s'amorçant tandis qu'il observe sa victime puis se rapproche d'elle en se déshabillant. Une fois les pulsions du personnage ainsi illustrées, toutes les autres manifestations de sa nature passent par l'ellipse sèche et un "après" glacial (dans le filmage neutre comme le jeu détaché de Clay) sur les conséquences.

Aucun jugement cependant, le scénario faisant se rejoindre les deux handicaps (reposant sur un abus et un manque d'amour) possiblement guérissable à travers la romance entre Maura et Billy. On y croit jusqu'à un épilogue ravivant les vieux démons et un ultime face à face déchirant. Les vrais monstres restent cependant les vieux bigots hypocrites pour lesquels on n'a aucune compassion et qui servent l'ironie mordante de Roald Dahl (qui sorti de ses livres pour enfants était capable d'une vraie noirceur notamment dans ses nouvelles). Si l'on est pas certain que le film aura réussi à ressouder le couple Patricia Neal/Roald Dahl (qui divorceront en 1983), il aura au moins permis l'existence de ce thriller assez unique.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner 

mardi 9 décembre 2014

Un homme dans la foule - A Face in the Crowd, Elia Kazan (1957)

Pour alimenter une chronique radiophonique locale intitulée "Un homme dans la foule", la jeune Marcia Jeffries s'en va recueillir la parole de prisonniers incarcérés dans la geôle du shérif. L'un d'eux, Larry Rhodes, accepte de s'exprimer contre une remise de peine. Le personnage s'avère d'une éloquence et d'une finesse surprenante. Il se voit aussitôt proposer une émission quotidienne qui fait un tabac. Son talent charismatique l'emmène jusqu'à véritablement crouler sous les propositions d'embauches.

A Face in a crowd est une œuvre visionnaire où Elia Kazan scrute avec crudité le pouvoir des médias et la mégalomanie de ceux à leur tête, grisés par la puissance prodigué par cet opium du peuple. Le film offre une sorte de pendant négatif aux classiques de Frank Capra comme L’Homme de la rue (1941) et L’Extravagant Mr Deeds (1936). Comme dans ses deux films, Kazan dépeint l’ascension d’un homme du peuple dont le message naïf va trouver l’attention de l’opinion qui y sera sensible avant de se retourner contre lui. Si Gary Cooper/John Doe/Mr Deeds conservera sa pureté d’âme au risque d’être écrasé par la vindicte populaire, il en ira tout autrement de Lonesome Rhodes (Andy Griffiths) vagabond parvenu au sommet et rendu monstrueux par l’adulation. 

Les époques diffèrent entre les films et si la foule est toujours aussi aisée à manipuler, l’homme ordinaire et vertueux est désormais condamné à se brûler les ailes, gargarisé par la toute-puissance qu’il semble détenir. La différence tient en un mot : télévision. Les films de Capra appartiennent à l’ère de la radio, où la notoriété ne se ressent qu’au sortir du studio et des réactions enflammées des auditeurs. La télévision, par sa plus grande portée, par la force accrue de l’image et du miroir satisfait nourrissant le narcissisme de ses vedettes va créer d’autres formes de monstres.

Le film adapte – par l’auteur lui-même - la nouvelle Your Arkansas traveller de Budd Schulberg mais s’inspire également de figures réelles telles la star de radio déchue des années 40/50 Arthur Godfrey, le cowboy vedette Will Rogers (nommément cité dans le film) mais aussi pour le final de la mésaventure/légende urbaine de l’animateur de l’émission pour enfants qui se pensant hors antenne salua ses auditeurs juvéniles d’un This is Uncle Don, saying good night. We're off. Good, that will hold those little bastards. Tout cela est condensé dans le personnage plus grand que nature de Lonesome Rhodes. Sans-abri placé par hasard à portée d’un micro dans le cadre d’une émission radiophonique locale alors qu’il croupit dans la prison du shérif, il va se montrer d’une éloquence telle qu’il obtiendra vite du temps d’antenne. Le personnage nous apparait d’abord éminemment sympathique par son bagout et son insolence.

Flattant le peuple ordinaire qui se reconnaît en lui, ridiculisant les figures d’autorités par des défis loufoque, Lonesome Rhodes a l’insouciance et le culot de ceux qui n’ont rien à perdre, prêt à reprendre la route à la première anicroche. Prenant conscience de son pouvoir sur les foules, il en est d’abord effrayé quand son mentor Marcia (Patricia Neal) le lui fait comprendre. Si l’on devine son cynisme sous cette désinvolture au détour de quelques dialogues, c’est réellement l’accession à la télévision qui le fera basculer.

Notre héros y trouve vite ses marques et désormais ses bravades ne servent plus qu’à servir son égo comme lorsqu’il dénigrera les produits de l’annonceur qui le rémunère. Cette action lui attire l’adulation des foules et fait paradoxalement gonfler les ventes du produit moqué (péripétie justement inspirée d’Arthur Godfrey) ce qui lui donnera ce sentiment de toute-puissance, de gourou manipulant les foules et s’attirant l’allégeance des puissants.

Andy Griffiths pour son premier rôle au cinéma est tout simplement extraordinaire. Le surjeu parfois outrancier qui peut agacer dans la direction d’acteur de Kazan est ici parfaitement approprié pour cet ogre. Les éléments lui donnant une présence joviale (son rire tonitruant, son accent sudiste outré, sa voix de stentor) se font de plus en plus factice et calculés, Kazan l’isolant de plus en plus par des gros plans outranciers rendant sa présence monstrueuse et grotesque. Désormais il n’a plus de compte à rendre à personne, s’appropriant ce qui est à son gout (à l’image de la pom pom girl énamourée jouée par la débutante Lee Remick) et trahissant les rares personnes attachée à lui. Lonesome Rhodes impose une présence hypnotique et repoussante à la fois, une attraction pour les foules naïve et un séducteur irrésistible.

L’addiction des téléspectateurs se confond avec celle, amoureuse de Marcia et une Patricia Neal de plus en plus dominée par celui qu’elle a pourtant sorti du fossé. C’est par elle que la supercherie pourra enfin pourra enfin se révéler, la frayeur face à ce qu’elle a façonné lui faisant révéler son vrai visage au monde. Le final vire au cauchemar halluciné où l’égo désormais sans reflet de Lonesome Rhodes tourne désormais à vide sur fond de rires enregistrés. 

On repensera une nouvelle fois à un envers torturé de Capra avec cette fin répondant à celle de L’Homme de la rue. Chez Capra, John Doe dépité par l’incompréhension de son message était prêt à se jeter d’un building par dépit. Dans la même situation, Lonesome Rhodes ne franchira jamais le pas malgré ses avertissements. Il s’aime bien trop pour cela et garde l’espoir illusoire de retrouver le haut de l’affiche. 

Sorti en dvd zone 2  français chez BAC Films


mardi 11 novembre 2014

Diamants sur canapé - Breakfast at Tiffany's, Blake Edwards (1961)

Holly Golightly, une pétillante jeune femme, rêve d'amour et d'argent. De New York, où elle vit, elle ne connaît surtout que les vitrines du grand joaillier Tiffany's, qu'elle contemple platoniquement, la prison de Sing Sing, où elle rend visite à un truand, et les restaurants où de vieux messieurs chic l'emmènent dîner. Paul Varjak, son voisin, un écrivain en panne d'inspiration, qui vit des grâces généreuses de sa protectrice, Edith Parenson, est rapidement séduit par le charme mutin de Holly.

Breakfast at Tiffany's est la première manifestation de la veine plus délicate et sensible de Blake Edwards après des débuts placés sous le signe de la comédie potache. Le film adapte la nouvelle éponyme de Truman Capote parue en 1958 et dont la transposition à l’écran fut de longue haleine. Le fond scabreux demande une illustration moins directe notamment mais le souci principal sera de trouver l’interprète pour incarner Holly Golightly. La candidate idéale est Marilyn Monroe, Truman Capote pensant à elle quand il écrivait la nouvelle et l’on imagine parfaitement l’icône incarner le mélange de charme ingénu et de sensualité provocante du personnage. Capote cédera les droits de sa nouvelle dans l’idée de voir Marilyn jouer son personnage, initialement dirigée par John Frankenheimer. 

La star déclinera pourtant la proposition car en pleine influence actor’s studio et sous la coupe de Lee Strasberg qui lui conseillera de refuser ce rôle de prostituée associé à l’image sexy qu’elle souhaite atténuer (son choix se portera à la place sur Les Désaxés (1961) de John Huston). Après un nouveau refus de la part de Kim Novak (qui quand on pense au Embrasse-moi idiot (1964) de Billy Wilder aurait été un merveilleux choix aussi) les producteurs firent un choix étonnant en engageant Audrey Hepburn, au grand désarroi de Truman Capote. La sage, mutine et introvertie Audrey Hepburn pour incarner un personnage aussi extravagant était un vrai risque qui allait déterminer le ton très différent du film désormais dirigé par Blake Edwards (Frankenheimer ayant été écarté à la demande d’Hepburn qui n’avait jamais entendu parler de lui).

 
L’histoire dépeint la rencontre de deux solitudes qui par leur sexe, origines sociales et caractères opposés n’ont pas la mêmes moyens d’échapper à leur destin. Paul Varjak (George Peppard) est un jeune écrivain en panne d’inspiration luxueusement entretenu par une riche et séduisante protectrice (Patricia Neal). Il va rencontrer en emménageant sa charmante voisine Holly Golightly (Audrey Hepburn), jeune femme volage subsistant en se prostituant auprès d’amants nantis mais qui rêve de jours meilleurs symbolisé par ces arrêts au petit matin devant les vitrines du joaillier Tiffany’s. Le récit marque progressivement les similitudes et différences entre Paul et Holly. Plus introverti et réfléchi, Paul pêche par oisiveté en s’engonçant dans le confort accordé par sa riche bienfaitrice et retardant ainsi son retour à l’écriture. 

Holly n’a pas cette planche de salut artistique et s’accroche à des rêves aussi incertains que ses nombreux amants, le scénario résumant les « passes » à un paiement de 50 dollars pour aller aux toilettes pour dames. Avec Audrey Hepburn, la vulnérabilité et la fragilité d’Holly l’emporte sur son côté sexy même si la seule issue vénale de réussite est savoureusement croquée lorsqu’entre deux nouveaux arrivant masculins elle se dirigera vers celle étant la « 9e fortune de moins de cinquante ans » au physique pourtant fort disgracieux.

Cette seule motivation pécuniaire lui évite de tisser des liens trop étroit avec quiconque (que ce soit son appartement pas meublé ou son chat sans nom) mais ne lui attirera finalement que les plus odieux et libidineux des prétendants. Le passé douloureux (mariage précoce, enfance rurale misérable, petits larcins) se devine en filigrane au fil du récit et la fuite en avant permanente de Holly devient compréhensible, elle qui n’a jamais représenté qu’un bel objet même pour ceux l’aimant sincèrement à l’image de du vieux vétérinaire texan et éphémère époux revenu la chercher à New York.

Dépeint ainsi on pourrait croire le film réellement lugubre mais il n’en est rien. La relation amicale entre Paul/ Fred et Holly amène une éclaircie et une légèreté bienvenue à cet arrière-plan tragique, chaque scène commune faisant étalage de leur complicité dans un grand éclat de rire. On pense à cette séquence de fête où Blake Edwards répète The Party (1968) avec ces convives hétéroclites et alcoolisés, son festival de gags délirants. 

L’excursion où le couple tente de nouvelles expériences loufoques est une pure merveille de drôlerie également dans un New York de conte de fée. C’est pourtant bien quand l’environnement s’estompe, que les personnages sont laissés seuls à leur mélancolie et échangent des regards aimant que la magie fonctionne pleinement. C’est le cas lors de ce baiser au retour de la fameuse ballade mais surtout quand Holly entonne la merveilleuse Moon River, alertant à l’étage du dessus un Paul subjugué. Blake Edwards à travers le regard de Paul nous place à ces deux moments en plongée face à une Audrey Hepburn mise à nu et délestée de sa superficialité de façade pour redevenir ce petit être fragile qu’il faut protéger. 

Il faudra pourtant qu’elle apprenne à se sauver elle-même en acceptant que le vrai salut extérieur ne peut venir que de l’amour et pas d’une fortune conséquente, un long chemin qui passera par d’autres péripéties malheureuse. On passera sur les rares fautes de gouts (Mickey Rooney en japonais caricatural, l’intrigue policière des bulletins météo amenée de manière assez poussive) pour ne se souvenir que de ce merveilleux final sous la pluie new yorkaise où, enfin, le couple s’avoue désirer la même chose au même moment dans un tendre baiser final. Le conclusion plus amère de Truman Capote se voit supplanté par cette issue plus lumineuse dans une bijou de comédie romantique.

Sorti en dvd zone 2 et bluray chez Paramount


Et la merveilleuse Moon River par Audrey Hepburn

jeudi 26 août 2010

Le Rebelle - The Fountainhead, King Vidor (1949)


Howard Roark (Gary Cooper) est un architecte talentueux et audacieux, trop même pour ses contemporains. Refusant tout compromis aux modes et aux désirs de ses commanditaires, il doit bientôt abandonner l’architecture faute de contrats et devient simple ouvrier de chantier dans une carrière appartenant à Gail Wynand, un riche et puissant magnat de la presse. Dominique Françon (Patricia Neal), chroniqueuse qui travaille pour le journal populiste le Banner, est la seule au Banner à s’opposer au tout puissant Ellsworth Toohey, éditorialiste qui a monté une cabale contre Howard Roark.


The Fountainhead est sans aucun doute l'un des plus ambitieux et complexe film américain jamais réalisé. Pas pour son budget ou ses stars, mais pour l'idée et le discours puissant qu'il défend, l'individu contre le collectif. Adapté du best-seller de Ayn Rand, le projet fut la grande affaire des studios dès le début des années 40. Barbara Stanwick persuada Jack Warner d'en acheter les droits dans l'espoir d'interpréter Dominique Francon, mais King Vidor engagé à la réalisation la trouva trop vieille quand le projet fut lancé quelques années plus tard. D'autres noms prestigieux se disputèrent le rôle comme Jennifer Jones, Lauren Baccall et surtout Joan Crawford qui aura même convié Ayn Rand (qui elle imaginait Greta Garbo pour son personnage) à un dîner où elle portait une robe similaire au personnage. Gary Cooper après un premier refus (craignant la facette intellectuelle du héros et du récit aille à l'encontre de son public habituel) endossa le rôle de Roark convoité notamment par Clark Gable sur les conseil de sa femme qui avait lu le livre.

Le Rebelle se pose en vibrant plaidoyer à l'individualité et à l'intégrité de l'artiste avec ce personnage d'architecte farouchement attaché à ses principe quitte à mettre sa carrière en danger, sûr que le temps parlera pour lui. Le trio de héros fascinants constitue autant des personnages de chair et de sang à l'esprit torturé que la matérialisation de concepts philosophique forts. Gary Cooper incarne donc la droiture (le générique le montrant sous forme de silhouette essuyer refus et quolibets accentue cet idée de concept incarné) inflexible et sans compromis, véritable incarnation de ce que Ayn Rand définit comme Virtue of Selfishness.

Patricia O'Neal est la figure la plus névrosée dans son rapport à l'art car résignée à accepter la médiocrité de son temps consciente que le talent et l'originalité sont constamment destiné à être sacrifié sur l'échelle du conformisme. Enfin le magnat de la presse joué par Raymond Massey est un être blasé pensant manipuler les vues de l'opinion alors qu'il ne fait que la suivre. Il se rendra compte trop tard qu'il est manipulé par le critique d'art Robert Douglas, vrai mauvais génie prêt à briser toute forme d'individualité et de talent, préférant une médiocrité dont il tire les ficelles plutôt que l'expression d'un génie qu'il ne peut contrôler.

King Vidor parvient à donner un tour cinématographique et dramatique à ces concepts finalement très abstraits de manière puissante. L'histoire d'amour entre Roark et Dominique s'avère impossible à cause du renoncement de l'une s'opposant à l'obstination idéaliste de l'autre, persuadé que le temps parlera pour lui. Face au roc indéboulonnable qu'est Cooper, Patricia O'Neal est un être en plein doute, passionné et timoré à la fois car rongé de désir tout en le fuyant (il faut voir cette incroyable analogie où elle se remémore Cooper usant de son marteau piqueur !). Une intense séquence de coup de foudre tout en jeu de regard intense et brûlant puis une incroyable scène d'amour à la violence proche du viol la place face à ses contradictions.

L'idée forte du film (et se rapprochant des thématiques de Vidor dans d'autres films comme La Foule ou Une Romance Américaine) est qu'une oeuvre est l'extension de la volonté et de l'expression de l'artiste, conçue dans un but et une fonction précise. S'inspirer, imiter et faire des compromis sur la nature de cette idée par ambition et se fondre dans le conformisme, c'est un renoncement laissés au faibles qui ne laisseront aucune trace dans l'Histoire. Cet esprit libre s'illustre dans les incroyables créations architecturales de Roark, pour lesquelles Vidor s'inspire des idées du chantre de l'architecture moderne Frank Lloyd Wright dont il adopte les design de maisons individuelles aux buildings imposant conçus par Cooper dans le film.

Cette limpidité dans l'expression des idées trouve son aboutissement dans la conclusion du film. Les faibles comme l'ami architecte de Roark sont anéantis tandis que les prétendus "forts" révèlent leur failles, tel Raymond Massey (prestation impressionnante) tellement habitué au consensus qu'il ne saura tenir la défense de son ami jusqu'au bout. Ayn Rand qui a elle même adaptée son livre avait, à l'image de son héros mis un point d'honneur à ce que la tirade finale de Cooper soit conservée dans son intégralité (elle se plaignit même à Jack Warner quand Vidor souhaita la raccourcir), on comprend pourquoi.

Dans ce qui est un des plus longs monologue de l'Histoire du cinéma Cooper déclame l'essence même de l'idéologie de Rand, un esprit libre et un individualisme qui a guidé les grands hommes et les artistes depuis la nuit des temps et les amenant à mieux servir leur pairs. L'artiste travaille pour lui et c'est cette liberté qui le distingue en faisant évoluer son audience, pas en lui donnant ce qu'elle attend. Un grand moment de cinéma avec un Gary Cooper fabuleux pouvant s'appliquer à toutes forme d'art mais aussi à la politique (certain y virent du fascisme) Ayn Rand d'origine russe ayant nourri une profonde défiance pour les régimes collectivistes durant son enfance en Russie communiste. La mise en scène de Vidor ainsi que le montage, passant du visage de Cooper à ceux de son audience, puis à sa silhouette seule face à son ensemble figure de manière implicite cette idée où son discours sur un principe personnel sera profitable à la collectivité.

Un film à l'influence considérable qui en plus d'offrir la vision de Vidor de son Amérique idéale, définit un type de personnage (le critique culinaire du dessin animé Pixar Ratatouille s'inspire clairement de celui de Robert Douglas) et de mise en scène (le discours final de Kevin Costner dans JFK reprend les idées de Vidor) à la modernité qui ne s'est jamais démentie.


Sorti en dvd zone 2 français chez Warner