Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!
Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com et suivre le blog sur twitter à http://twitter.com/#!/JustinKwedi
Charles Rane est un vétéran de l'armée.
Considéré comme un héros de guerre par sa ville, tout le monde lui
offre beaucoup de cadeaux. Une bande de voleurs y voit l'occasion de
s'enrichir. Ils attaquent la maison de Charles Rane.
Rolling Thunder prolonge un an après Taxi Driver
(1977) les préoccupations de Paul Schrader de nouveau au script avec ce
même penchant pour les personnages violent et autodestructeur ainsi que
le traumatisme du Vietnam en source de ce mal-être. Rolling Thunder
n'atteint pas la puissance du film de Scorsese (dont il est une variante
plus rurale) mais sous ses dehors de série B musclée est digne
d'intérêt grâce au brio de John Flynn.
Le film s'ouvre sur le
retour au pays triomphal de Charles Rane (William Devane), vétéran du
Vietnam ayant passé sept ans dans un camp de prisonnier. Uniforme
fièrement arboré, pose de vainqueur et discours rassurant, Rane semble
sorti grandi de l'expérience et répondre idéalement aux honneurs qui lui
sont accordés.
On comprendra vite qu'il n'en est rien et que ce n'est
pas son foyer où il est désormais un étranger qui lui fera retrouver
l'équilibre. Tous les repères s'effondrent avec ce fils qu'il n'a pas vu
grandir et sa femme ayant connu des aventures et amoureuse d'un autre
homme. Assaillie par les visions des tortures subies au Vietnam, Rane en
a conservé la discipline d'hygiène de vie, celle qui lui a permis de ne
pas craquer et reste donc un être sous tension.
William Devane, masque
de froideur cachant son bouillonnement derrière ses épaisse lunettes de
soleil est formidable de bout en bout. Le scénario de Schrader est
malin en faisant du motif de la vengeance un quasi prétexte pour libérer
les pulsions de Rane. Celui-ci va subir une terrible agression au terme
de laquelle il va perdre sa main et où surtout sa femme et son fils
seront brutalement assassinés. John Flynn aura intelligemment amené cela
avec ces courts inserts noir et blanc où les douloureux souvenirs des
geôles vietnamiennes viennent pénétrer le quotidien, Rane mimant ces
mêmes tortures le temps d'une scène et adoptant par réflexe une
résistance suicidaire lors de son agression qui conduira au terrible
drame.
Les agresseurs s'intervertissent donc thématiquement et
par le montage aux Viêt-Cong dans l'esprit de Rane. Après avoir revécu
les maltraitances des camps face à eux, il va trouver par la vengeance
la possibilité de sortir enfin vainqueur. Fantomatique dans la première
partie du film, Rane s'éveille enfin dans la méticulosité qu'il apporte à
la préparation de ses armes, à l'aiguisement du crochet qui lui sert
désormais de main. On pourrait en dire de même pour son ancien compagnon
d'arme tout aussi égaré joué par Tommy Lee Jones, totalement éteint
jusqu'au gunfight final. Le film a une réputation sulfureuse et de
grande violence mais s'avère finalement très posé et introspectif,
rendant d'autant plus forte les élans de brutalité trop longtemps
contenus.
Le rythme s'avère tout de même un peu lent et Flynn ne
parvient pas tout à fait à donner ce sentiment d'enfer sur terre que
dégageait Taxi Driver. Flynn
désamorce l'ambiguïté du script de Schrader par la nature grotesque des
antagonistes, simple prétexte au catharsis du héros et bien exprimé par
l'outrance de la libératrice scène finale qui fait parler la poudre et
les débordements sanglants. Cet apaisement final ne semble en effet que
bien provisoire, on ne doute pas que pour se défaire de ses démons Rane
doive à nouveau s'abandonner à la barbarie.
Sorti en dvd zone 2 anglais et Bluray anglais sans sous-titres
Après la mort de leurs parents la jeune Irena Gallier retrouve son frère aîné, Paul, qui vit près de la Nouvelle Orléans. Peu de temps après, Paul disparaît sans laisser de traces dans une maison close où une prostituée a été attaquée par une panthère. On réussit à capturer l'animal qu'on enferme dans un zoo où, le lendemain, Irena accourt. Elle se lie d'amitié avec un des zoologistes, Oliver Yates.
Aujourd’hui argument pécuniaire pour des relectures vaines et sans idées, le concept de remake a pourtant entre de bonnes mains donner cours à des œuvres fascinantes. Le début des années 80 s’avère assez propice à des remakes ambitieux et bousculant les certitudes des originaux. Plusieurs furent produit au sein de la Universal comme le terrifiant et organique The Thing de John Carpenter (1982), l’outrancier et fascinant Scarface de Brian De Palma (1983) tous deux revisitant les classiques d’Howard Hawks et donc Cat People de Paul Schrader réinventant lui le chef d’œuvre de Jacques Tourneur.
Paul Schrader reste dans la lignée de Tourneur sur le point de départ. Une jeune femme (Simone Simon dans l’original et Nastassja Kinski ici) effrayée par l’accomplissement de sa sexualité réveille une malédiction familiale qui lorsqu’elle est en proie au désir la transforme en panthère. Tous les éléments du film de Jacques Tourneur, dans l’histoire comme le contexte de production dévoilent une œuvre reposant sur la frustration.
Le rigoureux Code Hays rendait l’argument de départ très sous-jacent (on sait seulement que le mariage n’est pas consommé) et les contraintes de budget contribuaient à la géniale invention de la peur par le hors champ typique des productions Val Newton pour instaurer un mystère dont la fascination et l’effroi demeure inégalé en suggérant l’innommable.
Au premier abord et en se focalisant sur l’original Paul Schrader a donc tout faux. Esthétique tape à l’œil typées 80’s (dans la lignée de l’esthétique MTV qu’il contribua à inventer et populariser avec son American Gigolo (1980)), récit démonstratif qui explique et montre tout ce qui était éludé dans le film de 1942. Ces différences ne sont cependant pas là pour de simples velléités spectaculaires mais nourrissent le fond antinomique des deux films.
Si les deux héroïnes sont intimidées par le sexe, Simone Simon fait réellement figure de créature apeurée dont la peur de commettre l’acte réveille les démons surnaturels. Nastassja Kinski est bercée des mêmes frayeurs mais n’en est pas moins attirée par le stupre. Tout dans la posture, le physique et les attitudes de Simone Simon trahit une peur panique du sexe pour une colère, une culpabilité et une frustration qui la transformeront en panthère.
Nastassja Kinski est autrement plus ambigüe, rongée par le désir (la première rencontre avec John Heard où son attitude réservée est contredite par des regards brûlant et des dialogues pleins de sous-entendus) mais refusant de s’y abandonner pour des raisons qu’elle ignore encore. Tourneur avait réalisé un film sur la frigidité féminine quant au contraire Schrader scrute l’éveil de ce désir féminin. Le film n’est ainsi qu’une lente montée en puissance, une longue attente dont l’issue ne peut-être qu’un coït fiévreux.
En réveillant la Bête qui est en elle, Irena devient une femme complète, ce que viennent surligner les symboles de menstruations plus (les coulées sanglantes lors du meurtre dans le zoo, Irena qui observe son sang après sa première fois à la fin) ou moins (la couleur rouge ocre du monde des rêves) appuyés dans l’imagerie du film.Toujours partagé entre culpabilité et débauche du fait de son éducation calviniste (dualité qui nourrit tous ces films), Schrader place cette libération sexuelle sous l’aune d’un terrible tabou incestueux. Sous peine de coucher entre frères et sœur liés par le même mal, les « Cat People » condamne leurs amants d’un soir à une mort violente lorsque le plaisir assouvi ils se transforment alors en panthère noire.
Les scènes troubles et équivoques entre Malcolm McDowell et Nastassja Kinski créent donc un certain malaise tandis que le cadre de la Nouvelle Orléans (ville cosmopolite dont les habitants ont rapportés et conservés les rites de leurs origines) offre un pendant parfait aux hypnotiques séquences païennes en Afrique où on découvre la tradition ancestrale et transgressive des « Cat People ». Les images sont absolument fascinantes et renforcée dans leur étrangeté par le score magnétique de Giorgio Moroder qui délivre sa bande-originale la plus brillante.
Avec pareil parti pris, la conclusion diffère donc totalement de Jacques Tourneur où l’héroïne incapable de résoudre son conflit périssait tragiquement. Nastassja Kinski sait parfaitement ce qu’elle veut et plutôt qu’une vie humaine forcément chaste choisira de céder totalement à la Bête qui ne sommeille plus mais est une part dominante de sa personne.
L’éclat de la beauté et de la sensualité de l’actrice n’a jamais autant brillé, magnifié par un Schrader qui fut son amant durant le tournage et qui explique sans doute la puissance charnelle dégagée par Kinski filmée sous tous les angles. Les dernières minutes sont plus envoutantes et rattrapes largement les quelques petites fautes de gout qui traverse le film (effet spéciaux grossiers parfois, une reprise inutile et ratée de la scène de la piscine de l’original). Erotique, original et stylisé, un des meilleurs films de Paul Schrader.
Trois ouvriers des usines automobiles Checker a Detroit tentent de s'opposer a l'immobilisme et a la corruption du syndicat.
En cette fin des années 70, Paul Schrader est avec Robert Towne (Chinatown) le scénariste le plus en vue d’Hollywood. Si Towne ne convaincra jamais derrière la caméra, Schrader a lui d’autres ambitions, renforcées par la consécration du Festival de Cannes 1976 où Taxi Driver et Obsession (respectivement écrits pour Scorsese et De Palma) sont en compétition, le premier remportant même la Palme d’or. Rongeant son frein après que (selon lui) sa participation au scénario de Rencontre du troisième type ait été passée sous silence par Spielberg, les portes de la mise en scène lui sont enfin ouvertes par les studios. Blue Collar constitue une première œuvre brillante mais également surprenante puisque dénuée des thèmes personnels de Schrader développés dès le film suivant Hardcore et du style visuel très léché de La Féline.
Comme la plupart de ses œuvres les plus inspirées conçues entre les années 70 et le milieu des années 80, le scénario de Blue Collar est co écrit par Paul Schrader et son frère Leonard. Trop peu souvent cité dans les réussites de Paul à cette époque, sa contribution est pourtant essentielle. Ayant longuement vécu au Japon et fortement imprégné de cette culture, c’est lui qui apporte l’idée de leur premier scénario à succès Yakuza (réalisé par Sidney Pollack en 1975), un des plus beaux et respectueux exemples d’hybridation entre cinéma américain et nippon. De la même façon, il dirigera Paul vers le biopic de l’écrivain controversé Yukio Mishima dont ils écriront le scénario (retranscrit en japonais par sa propre femme, Chieko Schrader). C’est à nouveau lui qui trouvera l’idée lorsque Paul Schrader sera en recherche d’un sujet pour son premier film. Tombé par hasard sur une grève d’ouvriers de l’automobile, il a la surprise après renseignement de constater que ceux-ci ne protestent pas contre leurs patrons, mais contre les syndicats qu’ils estiment encore plus véreux et inaptes à les défendre. Le potentiel d’une telle base s’avère explosif, d’autant plus que Paul et lui ont grandi dans le Michigan, état phare de la construction automobile aux Etats-Unis.
Paul Schrader avait jusqu’ici brillamment réussi à insérer ses thèmes de prédilection dans les scénarios écrits pour d’autres. Son penchant pour les personnages déséquilibrés avait notamment donné des œuvres âpres à souhait avec Taxi Driver et Légitime Violence (réalisé en 1977 par John Flynn), toutes deux mettant en scène une violence urbaine orchestrée par des vétérans du Viêtnam. On est là bien éloigné des revendications d’ouvriers automobiles, et c’est donc paradoxalement ici que Schrader va faire acte d’un réel travail de scénariste planchant sur un sujet imposé, se documentant et s’adaptant à celui-ci. Blue Collar ne sera d’ailleurs pas le film dont il retire le plus de fierté dans sa filmographie, les mauvaises langues affirmant que c’est parce que Leonard (avec lequel il s’est brouillé après Mishima) en est le véritable auteur.
Du propre aveu de Leonard Schrader, la structure du récit de Blue Collar est au départ pensée comme une démarcation de celle de leur grand succès Yakuza. Dans les deux, on retrouve des hommes d'origines et milieux différents (Robert Mitchum et Ken Takakura dans Yakuza, Yaphet Kotto, Richard Pryor et Harvey Keitel dans Blue Collar) en lutte contre une organisation (la mafia yakusa dans l’un, les syndicats de travailleurs chez l’autre). Sous la houlette de Schrader, Blue Collar se déleste de l’aspect "film de genre" et de la recherche esthétique de Pollack (ce dernier ayant voulu reproduire l’imagerie des films de yakusa japonais) pour un ton plus « réaliste » (on a rarement vu le travail en usine filmé avec autant de vérité) et une mise en scène plus sobre, centrée sur ses personnages.
L’intrigue s’immisce progressivement dans le quotidien de ses trois héros : Harvey Keitel, père de famille ayant du mal à joindre les deux bouts, Richard Pryor grande gueule endettée à la marmaille fort nombreuse et Yaphet Kotto pourvoyeur de plaisirs divers (drogues et femmes) allégeant l'existence de ses camarades. Schrader procède par petites touches au grés de désagréments anodins (un cadenas de casier jamais réparé, un distributeur de boissons toujours en panne) mais cumulés et jamais résolus par un patron et des syndicats méprisants (avec une scène parlante où le patron simule au téléphone une colère devant Richard Pryor, laissant croire qu'il prend les choses en main). Une des réussites du film est de ne pas se perdre dans un message de gauche trop prononcé, aux antipodes de la réalité de ses ouvriers. Dans un premier temps, lorsqu’un activiste les sollicite pour dénoncer les incohérences de l’entreprise, ils le rejettent violemment (la culture de loyauté à son entreprise fonctionne encore), la prise de conscience n’intervenant qu’après une longue suite de frustrations.
En dépit de quelques rebondissements lorgnant sur le cinéma parano en vogue de cette décennie, le propos se fait également provocateur pour montrer les méthodes de l’entreprise pour se débarrasser des trois gêneurs. L’électron libre sans attache Yaphet Kotto sera tué sous couvert d’accident professionnel, Harvey Keitel et ses proches menacés physiquement tandis que Richard Pryor sera tout bonnement promu superviseur et délégué syndical, hausse de salaire à la clé. Meurtre des plus vindicatifs, intimidation de ceux qui ont le plus à perdre et corruption de ceux étant le plus en attente de reconnaissance (et le fait qu’il soit noir ne doit rien au hasard), la manipulation psychologique en grande entreprise a rarement été aussi bien vue.
L’alchimie incroyable régnant entre les trois acteurs est évidemment l’élément clé apportant véracité au soin de l’écriture. Schrader eut fort à faire pour un premier film avec ces tempéraments explosifs (chacun souhaitait tirer la couverture à lui, ce qui provoqua une atmosphère détestable sur le tournage) mais le résultat est là. Si le talent de Kotto et Keitel n’est plus à démontrer, Richard Pryor pour son premier rôle au cinéma (après avoir fait les beaux jours du Saturday Night Live) délivre la meilleure performance de sa carrière.
Sans se départir de sa gouaille extraordinaire (les répliques hautes en couleurs fusent, surtout au début du film), il compose un personnage attachant et ambigu, dont on ne cautionne pas les actes mais qu’on arrive néanmoins à comprendre. Avec ce film, Schrader laisse sa sensibilité d’auteur de côté pour se mettre humblement au service de son histoire et la raconter du mieux possible, la conclusion sèche et explosive (comme seul le cinéma américain des années 70 pouvait en offrir) entérinant ce fait. Œuvre atypique de Schrader, Blue Collar est pourtant souvent considéré (par ses détracteurs essentiellement) comme son meilleur film. Paradoxal non?
Assez inexplicablement toujours inédit en dvd zone 2 français donc la meilleure édition disponible est le zone 2 anglais doté de sous-titres anglais et trouvable pour pas grand chose sur amazon notamment.
Ce film évoque la vie de l'acteur Bob Crane qui, dans les années 1960, était animateur vedette d'une émission de radio à succès. Il est également père de famille et époux comblé. Mais lorsqu'on lui propose le rôle vedette d'une série humoristique, c'est le début de la gloire destructrice. Sa rencontre avec le technicien vidéo John Carpenter, qui le pousse à développer son obsession de l'image mais aussi des femmes. Au fil des années, dans une quête de plaisir et de sexe, Bob Crane va peu à peu perdre sa famille, sa carrière et lui-même...
Pour Paul Schrader, l’art délicat du biopic est tout sauf une récréation. Avec Mishima, il réalisa une œuvre unique en son genre, parvenant à marier la poésie des écrits et la personnalité trouble de l’auteur japonais, grâce à des fulgurances picturales de tous les instants. Auto Focus est au départ un projet moins personnel (le scénario n’est pas de lui mais proposé par le studio) mais Paul Schrader va y trouver des thèmes irriguant son œuvre. Tout comme Mishima, Auto Focus dépeint le destin d’une personnalité controversée, Bob Crane, star sulfureuse des années 60 morte dans des circonstances sordides. Le film adapte plus précisément The Murder of Bob Crane, livre de Robert Graysmith (auteur de Zodiac, adapté plus tard par David Fincher) qui s’attardait en détails sur les circonstances ayant conduit le héros de la série Papa Schultz (Hogan’s heroes en VO) au point de non-retour.
Hormis Blue Collar un peu à part, toute l’œuvre de Paul Schrader, réalisateur comme scénariste, semble se partager entre une attirance pour le stupre et le vice qui s’oppose à une obsession pour la dimension chrétienne du péché et de la rédemption. Ce sont ces facettes qui lui permettront de si bien collaborer avec Scorsese (pour lequel il écrivit Taxi Driver, Raging Bull, La Dernière Tentation du Christ ou encore A tombeau ouvert) pétri des mêmes questionnements. Tout comme Scorsese mais de manière plus prononcée encore, cette dichotomie vient de l’éducation même de Schrader. Il est élevé dans une famille calviniste à l’éducation stricte lui interdisant même de voir des films, sa passion pour le cinéma naissant sur le tard à la fac.
Tout d’abord critique (et auteur d’une thèse Le style transcendantal au cinéma : Ozu, Bresson, Dreyer faisant référence), il devient par la suite un des scénaristes vedettes du cinéma américain des seventies. Cet Hollywood de tous les excès (narrés dans le détail dans le livre Peter Biskind, Le Nouvel Hollywood) Schrader y plongera de plein pied comme pour se débarrasser des derniers oripeaux de son éducation religieuse. L’inévitable culpabilité qui en naîtra nourrira la dualité et la schizophrénie de ses meilleurs films et scénarios. Le héros d'American Gigolo voyant son mode de vie se retourner contre lui, la description sordide du milieu porno naissant dans Hardcore ou encore sa relecture toute personnelle de L’Exorciste dans Dominion sont là pour témoigner de la piété qui l’habite encore.
Au contraire, sa relecture de La Féline de Tourneur (où une métaphore sur la frigidité féminine devient une ode à l’éveil du désir) et Patty Hearst où une kidnappée se range du côté de ses ravisseurs, démontrent son attrait pour l’interdit. Quant à Mishima, Affliction et Taxi Driver, ils illustrent le type de personnages qu’affectionne Schrader : pétris de bonnes intentions mais rongés par leurs démons, les poussant à commettre des actes néfastes et auto destructeurs. Auto Focus, s’avère donc être un condensé idéal de toutes les problématiques du réalisateur, et à travers le parcours de Bob Crane, c’est sans doute un certain reflet du sien que Schrader entraperçoit.
Personnalité du monde du showbiz des années 60, Bob Crane se fait tout d’abord connaître par ses émissions de radio, faisant preuve d’une provocation novatrice. Il accède ensuite à la célébrité grâce à la série télé Papa Schultz dont il est le héros. C’est l’arrivée des tentations diverses notamment avec la rencontre du très louche mentor John Carpenter (joué par Willem Dafoe) qui va le faire sombrer dans une existence vouée au sexe et à la dépravation.
Auto Focus se fait donc le récit d’une lente descente aux enfers, montrant un Bob Crane prêt à tout sacrifier au profit de son train de vie dissolu. L’esthétique du film renvoie l'image d'un conte de fée inversé. Le début véhicule une belle imagerie « americana », avec la banlieue pavillonnaire proprette où vit Crane, les intérieurs tellement artificiels que l’on pense davantage à une maison témoin qu’à un vrai foyer. Les couleurs criardes et pop des vêtements, les physiques WASP de la famille de Crane constituent une sorte de cliché idéal coincé entre les années 50 et 60, dimanches à l’église inclus. Schrader force le trait pour mieux tout faire voler en éclat lorsque l’existence de Crane se disloque. La photo se fait de plus en plus sombre et désaturée, la mise en scène très « ligne claire » publicitaire laisse place à une caméra aux mouvements incertains témoignant de la confusion intérieure d'un Crane qui a dépassé les limites. Greg Kinnear, avec son allure de gendre idéal reflète parfaitement la fausse image que pouvait véhiculer Bob Crane et délivre une belle prestation en obsédé sexuel pervers. Schrader l'embellit subtilement par la magie du numérique et de rajouts capillaires avant de faire disparaître ces artifices dans la seconde partie pour renforcer sa déchéance physique. Schrader dont la filmographie est souvent partagée entre esthétique tape-à-l’œil (La Féline, Mishima) et imagerie austère (Affliction) ne pouvait trouver meilleur écrin que le destin tragique de Bob Crane.
Le film se fait également l'écho d'une société américaine changeante, à travers la libération sexuelle mais aussi la démocratisation de la pornographie (ici domestique) avec des outils vidéo (encore réservés aux nantis) permettant désormais d'immortaliser les parties fines et autres orgies dantesques. Le basculement visuel se fait donc également par le passage des sixties aux seventies. Basculement vestimentaire évidemment (les blazers sobres cèdent la place aux pattes d’éph’, rouflaquettes et autres chemises à jabots) mais surtout comportemental avec un Bob Crane jusque-là discret sur ses frasques, affichant désormais ses perversions au grand jour (il montrait notamment les photos de ses ébats à ses partenaires sur les plateaux et fut un temps interdit de garde après avoir monté des pornos devant ses enfants). L’adage "Une journée sans sexe est une journée de perdue" attribué à Crane s’avère donc particulièrement parlant et montre le point de non-retour franchi par celui-ci.
Le point le plus fascinant reste cependant la relation amour/haine, dominant/dominé entre Bob Crane et John Carpenter (aucun lien avec le réalisateur d'Halloween). Schrader évite l’écueil faisant de Hollywood la grande Babylone pervertissant un innocent Bob Crane, ce dernier étant déjà un amateur de revues pornos. La célébrité ne sert donc que d’élément déclencheur pour attiser une libido déjà bien bouillonnante, et qui trouvera sa pleine expression avec la rencontre de John Carpenter. Schrader capte avec une acuité rare l’étonnante promiscuité et la quasi-relation de couple de deux hommes hétérosexuels. Modeste technicien chez Sony, Carpenter désinhibe Crane en lui faisant découvrir un monde de plaisir et de perversion tandis que celui-ci par sa notoriété lui donne accès aux filles faciles.
Sans tomber dans l’imagerie érotique outrancière, l’escalade des expérimentations sexuelles des deux hommes est largement évoquée. C’est pourtant une courte séquence où il se masturbent côte à côte devant un film en discutant nonchalamment de la pluie et du beau temps (ou presque, puisqu’ils débattent des meilleures villes des Etats-Unis en matière d'orgies…) qui démontre le lien malsain qui unissait les deux hommes. Willem Dafoe, si bon quand il joue des personnages dominateurs et imposants (comme le Bouffon vert de Spider-Man) est impressionnant ici, tout en retenue fragile avec cette détresse de l’amant blessé qui se lit constamment dans son regard... John Carpenter fut d’ailleurs longtemps le suspect numéro 1 des enquêteurs suite au meurtre de Bob Crane (il fut jugé deux fois au moment des faits et une dizaine d’années plus tard mais innocenté faute de preuve), ce que suggère largement Schrader dans sa conclusion sans l’affirmer ouvertement.
Il va sans dire que l’on voit d’un autre œil une rediffusion de Papa Schultz après la découverte de l’envers du décor, pour ce qui demeure sans aucun doute un des meilleurs films de Paul Schrader.
Un détective à la retraite, Harry Kilmer (Robert Mitchum), est rappelé par un ancien ami, George Tanner (Brian Keith). En effet, la fille de ce dernier a été enlevée par un chef yakuza, Tono Toshiro, qui veut forcer Tanner à lui livrer les armes promises. Pour libérer sa fille, Tanner veut faire appel aux anciennes connaissances de Harry Kilmer, qui connaît le Japon et tous les rouages du syndicat japonais du crime...
Yakuza est un des grands polars des 70's précurseur des hybridation à venir entre cinéma occidental et asiatique. Le film est le premier scénario à succès de Paul Schrader qui, épaulé par son frère Léonard Schrader fin connaisseur de culture nippone (il lui écrira plus tard le scénario du biopic Mishima consacré au controversé auteur japonais) apporte la touche d'authenticité souhaitée. Robert Towne, sommité de l'écriture hollywoodienne durant cette période (notamment pour son script oscarisé de Chinatown pour Polanski) apporte lui au script l'équilibre et le rythme souhaitée pour le grand public, le film dévoilant tout un pan d'un univers encore peu accessible au spectateur occidental sorti des cercles cinéphiles.
L'équilibre s'avère donc parfait entre la tradition du film de yakuza japonais et l'efficacité américaine, les rudiments de ce cadre nous étant subtilement dévoilés au travers des dialogues (parfois un peu démonstratif pour le public d'aujourd'hui habitué au genre) et des péripéties. S'il innove au niveau de la documentation, le principe du film (polar avec un américain perdu en terre japonaise) n'est pas totalement nouveau puisque déjà exploité dans l'excellent La Maison de Bambou de Samuel Fuller et sera repris (avec nettement moins de réussite) dans le Black Rain de Ridley Scott.
Dans Yakuza cette union se traduit essentiellement au niveau des personnages par la profonde relation qui unit Takakura Ken (stoïque, charismatique parfait) et Robert Mitchum (parfait en héros vieillissant à qui on ne la fait pas) conduite par le code de l'honneur et qui se mû progressivement en poignante amitié comme le montre la belle scène finale où Mitchum s'excuse selon les rites yakuza.
La réalisation de Pollack est au diapason avec un scope superbe et des idées directement issues des classiques japonais du genre comme ses plans en plongée de Takakura Ken armé de son sabre et encerclé d'adversaire lors du final (on pense très fort à la fin de La Vie d'un tatoué de Suzuki entre autres, mais aussi pour la facette plus gangster aux film de Kinji Fukasaku comme Combat sans code d'honneur dont on reparlera bientôt) ou ce tranchage de bras bien graphique lors du sauvetage de la fille de Tanner. La fusion est idéale entre imagerie pop, respect du genre et occidentalisation. Le sommet de ce principe est atteint lors d'un final anthologique ou Mitchum armé d'un fusil et Takakura Ken de son sabre déciment à eux deux le clan Tono, grand moments d'action où le western et le polar croise le chambarra le plus survolté.
On appréciera aussi la retenue typique des 70's, avec ce ton posé qui prend son temps pour présenter la situation et les personnages, et la manière de doser juste ce qu'il faut l'émotion sans appuyer outre mesure notamment toutes les belles séquences de conclusion. Une belle réussite qui ouvrit la voie à bien des réalisateurs et spectateurs et dont l'influence peut sans conteste remonter à d'autres hybride moderne comme la saga des Matrix.
Certainement un des films les plus étranges de la filmographie de Paul Schrader où son attrait pour la perversion et l'interdit s'exprime le mieux. Une première moitié de film montrant un couple Rupert Everett/Natasha Richardson en vacances à Venise où la beauté de la ville ne semble pas atténuer le manque de communication et l'éloignement progressif entre les deux. On a rarement vue Venise filmée comme cela, Schrader privilégie les ruelles vides, les coins bizarres où déambule notre couple en crise. Les monuments et zones touristiques ne sont aperçus que dans des ambiances très particulières, au petit matin où à la nuit tombante ce qui leur confère une étrangeté certaine et inédites.
Tout bascule avec la rencontre du mystérieux et impénétrable personnage de Christopher Walken qui lui prête son élégance et son excentricité. Les séquences se font de plus en plus onirique et vaporeuse (fascinant moment où la caméra déambule dans un bar tandis que Walken raconte un horrible traumatisme d'enfance) tandis que l'ambiance se fait sulfureuse et décadente lorsque le couple accepte de se rendre dans la demeure vénitienne d'époque de Walken. Le couple si froid jusque là se voit gagner par le démon du sexe, tandis que Walken et sa femme Helen Mirren les observe avec une délectation manipulatrice.
Schrader se lâche enfin et orne les demeures vénitiennes de ses fameux éclairages tape à l'oeil (plus discrets que dans La Féline ou un American Gigolo quand même) vert ou rose pastels. L'inspiration picturale de la Renaissance offre de véritables tableaux où se fondent nos protagonistes, les passions humaines se mêlant aux vestiges dans un tout bien tortueux. La photo de Dante Spinotti est somptueuse et le score de Badalamenti appuie encore l'aspect vénéneux du récit.
Malheureusement la magie s'estompe progressivement tant le propos se fait hermétique et l'intrigue avance peu pour une chute surprenante en forme de piège implacable. Sans doute le roman original réputé bien pervers (adapté ici par Harold Pinter tiut de même) est plus explicite mais au final je n'ai pas vraiment compris où Schrader a voulu en venir.
Disponible en dvd zone 1 et sone 2 chez MGM pour pas grand chose.