Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com et suivre le blog sur twitter à http://twitter.com/#!/JustinKwedi

Pages

Affichage des articles dont le libellé est Paulette Goddard. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Paulette Goddard. Afficher tous les articles

jeudi 14 novembre 2019

Un mari idéal - An Ideal husband, Alexander Korda (1947)

A Londres en 1895. Sir Robert Chiltern, personnalité politique très en vue et très honorable, fait la connaissance lors d'une soirée mondaine d'une belle aventurière, Mrs Cheveley. Cette dernière tente de le persuader de favoriser une vaste escroquerie en lui révélant qu'elle détient des informations compromettantes concernant sa carrière.

Alexander Korda signe son ultime réalisation (même s'il poursuivra longuement son activité de producteur durant les années suivantes) avec Un mari idéal, adaptation de la célèbre pièce d'Oscar Wilde. Au fil de ses réalisations et productions, Korda aura su poser un regard déférent, patriotique et aussi ironique sur sa terre d'accueil anglaise. Fin observateur de la société anglaise où il est à la fois intégré et extérieur, Korda a donc un statut pas si éloigné de celui d'Oscar Wilde, idole et bientôt paria de par ses mœurs au moment où il écrira la pièce en 1895. Le récit est ainsi à la fois un regard critique sur les relations homme/femme par le prisme des spécificités de la haute société anglais.

Robert Chiltern (Hugh Williams) est un homme politique en vue et vu comme un modèle de probité par ses pairs. Il est littéralement idolâtré par son épouse Gertrude (Diana Wynyard) qui voit en lui l'incarnation de la perfection. Cependant avant d'atteindre cette réussite Chiltern comme tout homme ambitieux est passé par des chemins de traverse parfois peu scrupuleux qui viennent se rappeler à lui en la personne de l'aventurière Mrs Cheveley (Paulette Goddard) qui va exercer un odieux chantage sur lui. L'enjeu est une escroquerie (où Wilde s'inspirait d'un réel délit d'initié ayant eu lieu en France lors de la construction du Cana de Suez) dont Chiltern doit soutenir le projet à la chambre des députés. Pour Chiltern la perspective d'une déchéance politique et publique semble pourtant moins douloureuse que celle de tomber du piédestal sur lequel l'a élevé sa femme. On observe ainsi pour les hommes l'attente d'une perfection difficile à assumer alors qu'à l'inverse l'inconséquence des femmes est un charmant trait de caractère que l'on peut tolérer (dans une logique machiste et infantilisante).

Le dandy oisif Goring (Michael Wilding) est conspué par son ombrageux père (C. Aubrey Smith habitué de ce registre de vieux bougon aristocrate anglais) alors que la jeune Mabel (Glynis Johns) est montré sous un jour adorable dans ses attitudes de femme-enfant. L'opprobre vous frappe pour ne plus jamais vous quitter dans cette société inquisitrice comme le montre la soirée mondaine d'ouverture où le passé de Mrs Cheveley la précède. Elle l'assume pourtant ce qui lui donne un ascendant sur ses interlocuteurs figés par les entraves du paraître, et Korda le traduit par l'extravagance des couleurs et lignes de ses tenues qui la démarquent autant que son attitude espiègle. Paulette Godard dans ce registre extraverti et décomplexé se régale évidemment. Korda en fustigeant l'intolérance des autres la rendrait presque attachante malgré ses manigances douteuse et toutes les joutes verbales avec Michael Wilding (autre paria assumé même si plus positif) donne lui à des moments savoureux.

Formellement c'est d'un faste constant avec ces teintes pastel si particulière au Technicolor anglais avec la photo de Georges Périnal, la mise en scène (par les cadrages, les jeux d'ombres dans l'alcôve des lieux intimes) de Korda faisant des environnements luxueux une prison symbolique. Les jugements hâtifs et saillies intolérantes y frappent de plein fouet, notamment dans les captivantes scènes entre Chiltern et Gertrude où le premier essuie indirectement puis frontalement le mépris de la seconde pour ceux qui ont daignés commettre une erreur. Ecrin chatoyant, bons mots et message passionnant, une belle réussite donc !

Sorti en dvd zone 2 français chez Elephant Films 

mercredi 9 mai 2012

Femmes - The Women, George Cukor (1939)


Mary Haines est l’épouse exemplaire d’un homme d’affaires Stephen Haines et mère d’une petite fille. Elle est entourée d’amies plutôt cancanières, spécialement Sylvia Fowler qui sait quelque chose que Mary ignore. Stephen a une liaison avec Crystal Allen, une vendeuse arriviste. Grâce « aux bons soins » de Sylvia, Mary découvre la vérité. Après une forte confrontation avec Crystal, et poussée par Sylvia, Mary part à Reno pour y obtenir rapidement le divorce.

Souvent qualifié de cinéaste de "la femme" par sa capacité à capturer la psychologie féminine, George Cukor prenait l'adage au pied de la lettre en 1939 en s'attaquant à The Women. A l'origine on trouve une pièce de Clare Boothe Luce, triomphe sur les scènes de Broadway à son lancement en 1936 et qui totalisera pas moins de 666 représentation. Dépeignant les mœurs de la haute société de Manhattan à travers ses femmes, la pièce avait pour originalité sa distribution exclusivement féminine mais également des dialogues très crus pour les échanges acerbes entre les protagonistes. Dès 1937, les droits du film sont achetés en vue d'en faire un véhicule pour Claudette Colbert qui serait dirigé par Gregory LaCava (qui se rattrapera sur le merveilleux Pension d'artiste en projet au féminin) mais le projet n'aboutira pas.

Il faudra attendre 1938 pour que le projet avance, la MGM l'envisageant désormais pour Norma Shearer et Carole Lombard. Seule la première sera finalement de la production tandis que s'ajoute le réalisateur idéal pour un tel matériau avec un George Cukor fraîchement disponible après avoir été congédié du plateau d'Autant en emporte le vent par David O'Selznick.

Le principe du casting totalement féminin est conservé (au contraire du remake de 1956 The Opposite Sex trahissant le concept en incluant des acteurs) va donner une des distributions les plus extraordinaires de l'époque : Norma Shearer donc, mais aussi Joan Crawford, Rosalind Russell, Joan Fontaine, Paulette Goddard, Phyllis Povah (seule rescapée des acteurs de la pièce et reprenant le rôle qu'elle y tenait) pour un total de 130 rôles plus ou moins conséquent.

Dès l'ouverture, on saisit bien que The Women est un film "sur les femmes" et non pas féministe avec un générique où nous sont présentés les héroïnes, chacune étant associées à un animal reflet de leur personnalité allant du peu flatteur au réellement moqueur. La métaphore sur la jungle que constitue la communauté féminine est posée mais c'est plutôt à un poulailler qu'on songera durant la première séquence. Nous sommes dans un salon de soin où Cukor fait virevolter sa caméra du bain de boue à la manucure, de la salle de massage à la coiffure tandis que partout résonne une sorte de piaillement infernal, magma indistincts de médisances, commérages et méchancetés.

L'un d'entre eux se distingue bientôt de l'ensemble lorsqu'on apprend que l'épouse modèle Mary Haines est trompée par son mari avec une vendeuse de parfum. Cukor croque avec un mordant jubilatoire la sournoiserie de ce groupe de femme qui loin de plaindre leur "amie" répandent la rumeur et multiplie face à elle les allusions désobligeante. La plus odieuse et hypocrite est incarnée par une Rosalind Russell survoltée qui rend sa Sylvia Fowler aussi détestable qu'hilarante.

On n'en dira pas autant de Joan Crawford dans le rôle de la maîtresse croqueuse de diamants Crystal Allen, vénale et sans scrupule. Joan Crawford vampirise totalement son image de jeune fille pauvre et ambitieuse et anticipe les futurs emplois de la Warner avec cette séductrice carnassière bien évidemment associée à un fauve lors du générique.

La rivalité avec Norma Shearer au sein du film en dissimulait d'ailleurs une autre bien réelle dans les coulisses de la MGM. Norma Shearer était en effet mariée à Irving Thalberg, producteur et bras droit de Louis B. Mayer président du studio. Ce statut amena Joan Crawford à l'accuser d'en jouer pour obtenir les plus beaux rôles du studio. Les scènes les opposant ne s'en trouvent que plus chargée d'électricité tel ce face à face dans le salle d'essayage où la "biche" Norma Shearer se fait dévorer toute crue par l'impitoyable panthère Joan Crawford.

L'intrigue un peu lâche tourne ainsi autour de ses différentes intrigues amoureuse où on va croiser d'autres extravagant personnages tel la chorus girl à croquer Miriam Aarons (Paulette Goddard), une comtesse échaudée mais toujours prête pour une nouvelle passion (Mary L'amour l'amour Boland) et la plus timide et introvertie Peggy (Joan Fontaine) toutes sur la route du divorce à la ville de Reno.

Tous ses différents personnages sont des miroirs possibles de l'attitude à adopter pour une Norma Shearer toujours amoureuse mais ne pouvant surmonter l'humiliation de la tromperie. Sous les excès, le script est d'une grande finesse pour mettre à jour les questionnements soulevés par la situation de l'héroïne.

Doit-elle comme le lui conseille sa mère fermer les yeux comme si de rien n'était car "les hommes sont ainsi", affirmer sa liberté de femme moderne et punir l'infamie par le divorce ? La réponse est entre les deux et lui sera donné le temps d'un brillant dialogue avec Paulette Goddard, suivre son cœur et se battre pour son homme si elle tient toujours à lui.

Ni misogyne, ni féministe mais simplement humain obéissant à leur sentiments profonds : voilà la vision de la femme pour Cukor et le cheminement que suivra Norma Shearer. Au diable les mauvais conseils et la fierté lors de la géniale conclusion où l'oie blanche Mary Haines se transforme en harpie digne de ses adversaires et se joue enfin d'elles.

Cukor mène tambour battant un film long de 2h15 sans vrais rebondissements, sans vraies grandes trame directrice. Il parvient à ne jamais ennuyer dans ce qui se résume à de longues conversation entre femmes par un sens du rythme (les répliques assassines même édulcorées pleuvent sans férir, Mrs Prowler !), de la trivialité vulgaire assumée (la bagarre assez chaotique à la ferme de Reno) et une élégance visuelle époustouflante tel cette irruption inattendue du technicolor le temps d'une présentation de mode classieuse. Et bien évidemment des stars au seconds rôles en passant par la moindre figurante la femme, drôle, séduisante, ridicule ou fragile est magnifiquement mise en valeur.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner

vendredi 10 février 2012

Par la porte d'or - Hold Back the Dawn, Mitchell Leisen (1941)


Un gigolo roumain, George Iscovescu, bloqué à Tijuana au Mexique par les services d'immigration américains n’a qu’un rêve, franchir « la Porte d’or » qui mène aux Etats-Unis. Il doit être naturalisé et pour cela il est prêt à tout. La providence vient en la personne d’Emmy Brown une naïve institutrice bloquée dans la petite ville mexicaine par une panne de voiture. George décide de la séduire. Très vite il l’épouse avec l'intention de divorcer une fois la frontière franchie en tant qu’américain. Ses ennuis vont commencer quand il va réaliser qu'il est réellement amoureux d'elle.

Mitchell Leisen signe là un bien beau film où il bénéficiera pour la dernière fois des talents du fameux duo de scénaristes formé par Billy Wilder et Charles Brackett. Le film reste en effet célèbre pour avoir vu le torchon brûler entre Mitchell Leisen et un Billy Wilder las de voir ses scripts (qui en avait signé deux pour Leisen, La Baronne de Minuit et Arise my love) constamment remaniés à leur convenances par les acteurs, producteurs et réalisateurs impliqués. Ici une des sources du conflit sera le refus de Charles Boyer de suivre l'idée initiale qui était de le voir narrer son histoire en flashback à un cafard (remplacée par une intro façon mise en abyme à Hollywood avec Leisen dans son propre rôle en confident de Boyer) .

Wilder et Brackett se vengeront en donnant les meilleurs dialogues à Olivia de Havilland (à vrai dire la prestation de Boyer n'en souffre guère) tandis que Leisen interdira Wilder de plateau durant le tournage. Le film ne souffre pas de cette gestation houleuse (si ce n'est quelques petits problème de rythme) et chacun suivra son chemin avec succès tel Billy Wilder qui passe à la réalisation dès l'année suivante avec Uniformes et Jupons Courts.

Le script est un d'un équilibre idéal où le cynisme cède progressivement au romantisme le plus sensible. Le pitch est plutôt original. Après avoir écumé les palaces d'Europe, l'escroc/gigolo roumain George Iscovescu (Charles Boyer) cherche à rejoindre les Etats-Unis où s'est réfugiée toute la haute société à cause de la guerre. Problème, il ne peut bénéficier d'un visa et ronge son frein en compagnie d'autres émigrants dans une petite frontalière mexicaine dans l'attente d'une solution. Celle-ci arrive en la personne d’Emmy Brown, institutrice célibataire qu'il se met en tête de séduire et épouser pour pénétrer le territoire américain.

Charles Boyer sournois et calculateur est absolument parfait de froideur séductrice tandis qu'une Olivia de Havilland américaine provinciale quelque peu godiche cède à ses tirades hypocrites. L'émotion naît alors plutôt de la description de cette communauté étrangère cloitrée à l'hôtel en attente d'un visa et on devine l'implication d'un Wilder qui a connu pareil situation à son arrivée aux Etats-Unis.

Mitchell Leisen dissipe peu à peu cette froideur initiale par le rapprochement réel de son couple. Olivia De Havilland est très touchante dans son éveil à l'amour et au désir. Leisen l'illumine progressivement, tout d'abord en captant ses regard aimant et surpris par la séduction de cette homme puis en la dévoilant dans toute sa beauté et féminité lors de ce moment où elle se détache les cheveux et s'allonge prête à s'offrir à Boyer. Un moment bref mais d'une étincelante sensualité poursuivit lorsque Boyer l'observe dans le rétroviseur. Le long périple au Mexique distille plusieurs jolis moments romantiques où on voit Charles Boyer tomber amoureux et s'abandonner malgré lui.

Tout le passage à l'église pour bénir le mariage ou l'ambiance festive avec les autres mariés locaux sont vraiment magnifiques. Ce qui aurait pu paraître cliché et risible dans la première partie atteint des sommets romantiques lors de l'apparition de mariachis durant une scène de baiser même dans sa supposée distance, la voix off de Boyer trahi son trouble grandissant lors qu'il affirme désirer garder ses distances avec Emmy, sous-entendu ne pas coucher avec elle. Le texte va dans le sens ne pas mélanger plaisir et affaire alors que le phrasé altéré de Boyer dit juste l'inverse, il ne peut pas user d'elle car il l'aime. Du grand art !

Au final même le personnage le plus manipulateur agit par amour grâce à la belle prestation de Paulette Godard qui réussit brillamment à ne pas rendre détestable cette viveuse d’Anita. Leisen comme il sait si bien le faire cède à un sentimentalisme à fleur de peau et très poétique dans les derniers instants (on repense à son splendide Remember the night) à l'hôpital où on mesure le chemin parcouru par les héros. Dialogues coupés ou pas, Charles Boyer excelle dans cette manière de fendre l'armure qui culmine dans ce passage (où l'autre plus discret où il abandonne sa simulation de douleur à l'épaule pour enlacer Olivia de Havilland enfin sincère). On reprochera peut-être uniquement une conclusion un peu expédiée dans sa résolution et qui ne laisse pas savourer totalement les retrouvailles en coupant abruptement.

Sorti en dvd zone 2 français chez Universal

Extrait

mercredi 16 février 2011

La Duchesse des bas-fonds - Kitty, Mitchell Leisen (1945)


Au XVIIIe siècle, à Londres, l'ascension sociale d'une jeune femme de basse extraction, remarquée d'abord par le peintre Gainsborough puis courtisée par un riche dandy.

Une superbe fresque historique et romanesque parfaitement conduite par Leisen et illuminée par la beauté et le charme de Paulette Goddard. L'aspect historique se manifeste par la figure du peintre Gainsborough qui va faire basculer le destin de Kitty (Paulette Goddard), jeune fille des rues dont il repère la grâce sous les haillons et les manières rude spour en faire le portrait. Dès lors les nobles subjugués par le tableau ne manqueront pas de chercher à connaître le charmant modèle ce dont va profiter le noble en disgrâce et un peu escroc Hugh Darcy (Ray Milland) qui va la recueillir afin d'en faire une Lady et la livrer au plus offrant. La facette romanesque apparaît donc dans cette relation un peu sordide puisque Kitty va accepter tous ces tourments afin de gagner le coeur de Darcy dont elle est tombée amoureuse.

Sur une trame voisine, ce Kitty ose bien plus de chose que le Ambre de Preminger sorti à la même période. L'ouverture dans les bas-fonds londoniens crasseux est saisissant avec une Paulette Goddard qui s'en donne à coeur joie en jeune souillon écervelée à l'accent gouailleur. Sa transformation progressive et laborieuse en dame du monde est superbement amenée et offre de joyeux moments comique par la maladresse de l'héroïne (Paulette Goddard ayant pris un phrasé criard et aigüe hilarant pour signifier sa basse extraction) dont le destin n'est guère riant malgré le ton enjoué du film. Ray Milland incarne un tel goujat tout au long du récit que le final dans la grande tradition romanesque où le couple se retrouve finalement n'arrive pas à être totalement satisfaisant.

Le scénario (adapté d'un roman de Rosamond Marshall) interroge ainsi autant sur la condition de classe que sur la position des femmes à cette période. Kitty s'avère ainsi être le jouet des hommes, celui qu'elle aime la jetant dans les bras d'autres dans le but d'élever sa position tout en ne changeant jamais son regard sur elle du fait de sa condition modeste. Il faudra à Kitty devenir une vraie Lady et voir la déférence des autres hommes sur sa prestance de Duchesse une fois au sommet pour que Milland comprenne son erreur.

Toute les scènes d'apprentissage du monde (avec une excellente Constance Collier en noble quelque peu dépenaillée et alcoolique) soulignent d'ailleurs d'allieurs ce conditionnement machiste puisque toute l'éducation des femmes se fait sur la dissimulation des sentiments et la séduction au détriment du développement d'un vrai esprit d'initiative à l'image de Milland railleur lorsqu'on tente d'apprendre à écrire à Kitty. Les femmes sont des beaux objets qu'on possède où qu'on délivre aux plus offrant. Le film est donc passionnant en montrant l'ascension de cette fille des rues sans d'ailleurs éluder les aspect peu ragoûtant même s'ils ne sont pas appuyés (mariage avec un gros rustres, puis avec un vieux croulant grossesse non désirée... étonnant quant on voit tout ce qui a été éludé de l'adaptation de Ambre) où on la voit acquérir une réelle noblesse d'esprit et d'allure dans sa découverte du monde. Malgré les moments distillés pour signifier la repentance et la prise de conscience de Milland on ne peut être complètement satisfait de la voir finir dans ses bras, toute l'ambiguïté du romanesque en somme.

Leisen délivre un objet splendide visuellement où le noir et blanc n'altère pas du tout la vision de ce type de récit qu'on a plus l'habitude de savourer en flamboyant technicolor. Au départ d'une facture modeste, le film s'embellit au fil de l'assurance et de l'élévation toujours plus haute de son héroïne pour une dernière partie enchaînant les moments, décors et costumes fastueux tel une scène de bal magnifique et des superbes vues des appartements de la Duchesse. Paulette Goddard est épatante de bout en bout, autant pauvresse ballotée qu'en Duchesse au port parfait et impose une drôlerie, un charme et une espièglerie contagieuse. C'est d'ailleurs l'occasion d'imaginer quelle superbe Scarlett elle aurait fait puisque le rôle lui échappa d'un souffle au profit de Vivien Leigh. Ray Milland très bon également mais échoue peut être à dévoiler la petite facette d'humanité qui pourrait mieux faire passer son attitude et accepter la conclusion, on est loin d'un Clark Gable dans Gone with the wind en comparaison pour ce type de rôle. Belle fresque néanmoins pour les amateurs de ce type de récit !

Hélas le film est encore inédit en dvd zone 1 comme zone 2 mais est assez souvent diffusé sur TCM dans le cadre de cycle Mitchell Leisen soyez vigilants pour un enregistrement ! 

Extrait