Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mercredi 31 décembre 2014

E.T. l’extra-terrestre - E.T. the Extra-Terrestrial, Steven Spielberg (1982)

Une soucoupe volante atterrit en pleine nuit près de Los Angeles. Quelques extraterrestres, envoyés sur Terre en mission d'exploration botanique, sortent de l'engin, mais un des leurs s'aventure au-delà de la clairière où se trouve la navette. Celui-ci se dirige alors vers la ville. C'est sa première découverte de la civilisation humaine. Bientôt traquée par des militaires et abandonnée par les siens, cette petite créature apeurée se nommant E.T. se réfugie dans une résidence de banlieue. Elliot, un garçon de dix ans, le découvre et lui construit un abri dans son armoire. Rapprochés par un échange télépathique, les deux êtres ne tardent pas à devenir amis. Aidé par sa sœur Gertie et son frère aîné Michael, Elliot va alors tenter de garder la présence d'E.T. secrète.

En ce début des années 80, Steven Spielberg se trouve au sommet de l’industrie Hollywoodienne dans une carrière déjà passée par toutes les étapes possibles. Les Dents de la mer (1975), son succès fulgurant et la terreur maritime qu’il provoque en Amérique en font le golden boy auquel on ne refusera plus rien. La rêverie de Rencontre du troisième type (1977) sera également un succès compensant les dépassements de budget importants, ce qui n’arrivera pas avec l’onéreuse blague potache 1941 (1980) qui commence à faire circuler de lui l’image d’un réalisateur dépensier et incontrôlable. Spielberg se remettra donc en question et saura se souvenir de ses débuts télévisés à l’économie pour Les Aventuriers de l’Arche Perdue (1981), remise à jour du film d’aventures où le serrage de vis budgétaire de la Paramount n’empêchera pas le film d’être aussi épique que spectaculaire.

Passé par tous ces sentiments et voyant son statut  renforcé, Spielberg décide de s’atteler à une œuvre plus personnelle. E.T. naît de deux projets différents au départ. A la fin de Rencontre du troisième type, le personnage de Richard Dreyfuss s’envolait dans le vaisseau extraterrestre sous la tutelle bienveillante d’aliens qu’on entrapercevrait avant qu’ils ne disparaissent à leur tour. Le réalisateur s’était toujours demandé ce qu’il adviendrait si  l’un d’eux n’était pas reparti et avait préféré rester pour étudier la Terre. Parallèlement, Spielberg souhaitait faire un film intimiste et personnel faisant écho au grand traumatisme de son adolescence, le divorce de ses parents. 

L’idée était donc de traiter des conséquences du divorce en adoptant le point de vue d’enfant et de personnage inspirés de sa famille et de son entourage. Adolescent chétif et solitaire, le drame n’avait fait qu’accentuer son mal-être et il avait souvent imaginé à l’époque l’intervention d’un ami qui viendrait résoudre ses problèmes. Et si cet ami était un extraterrestre bienveillant ? C’est cette question qui fera le lien entre les deux projets, Spielberg ayant rapidement la trame complète en tête et il confiera à la scénariste Melissa Mathison la lourde tâche de mettre ses idées en forme.

E.T. doit beaucoup au classique SF Le Météore de la nuit (1953) de Jack Arnold. Ce dernier se démarquait par ses extraterrestres pacifistes traqués dans les Etats-Unis en proie à la terreur communiste. La rencontre tournerait court avec des humains encore trop violents. Arnold usait cependant d’une atmosphère angoissante ne révélant que tardivement l’absence de menace des aliens et jouant finalement sur l’imagerie des films de science-fiction plus belliqueux pour mieux surprendre. Spielberg procède de manière différente où sans dévoiler entièrement son aspect, il amène l’empathie pour E.T. en adoptant en vision subjective son regard bienveillant pour la faune et la flore terrienne. Cette douceur causera sa perte quand ses congénères quitteront la planète sans lui car pressés par des hommes menaçants. L’extraterrestre paisible, son rapport doux à notre environnement mais également la malveillance humaine s’exprime donc dès cette magnifique scène d’ouverture. Ne manque plus qu’une rencontre entre l’extraterrestre et un humain qui saura donner un autre visage de notre race.

Cela se fera à travers le jeune Elliott (Henry Thomas), cadet solitaire d’une famille monoparentale venant de vivre une séparation. Spielberg montre par fragment le physique d’E.T., d’abord une silhouette clairement extraterrestre, un doigt humanoïde, une sonorité étrange. Ce sont presque des codes de cinéma d’horreur qui suscitent la crainte et le mystère pour notre jeune héros intrigué mais l’on devine que cette peur est partagée jusqu’à ce que le visage d’E.T. se dévoile. La créature créée par Carlo Rambaldi évite toute facilité « anthropomorphique », c’est un être qui n’a rien d’humain mais dont l’allure frêle, la démarche incertaine et surtout ce visage aux grands yeux si expressifs  (inspiré de  Carl Sandburg, Albert Einstein et du chat de Carlo Rambaldi) véhiculent une douceur qui ne peut abriter un être néfaste. L’apprivoisement est donc mutuel, tissant de manière hésitante l’amitié et le lien télépathique qui unira E.T. et Elliott. Le fantastique s’invite dans le quotidien avec subtilité et délicatesse, renforcé par le rapport des autres membres de la fratrie à E.T. notamment une toute jeune Drew Barrymore à la bouille charmante.

E.T. exprime la présence de l’ami idéal qu’il aurait souhaité à ses côté durant son enfance malheureuse. L’esthétique du film dessine également un cadre idéalisé de la banlieue pavillonnaire où grandit Spielberg. On navigue entre un visuel à la Norman Rockwell (les vues majestueuse dans une lumière douce du panorama de cette ville pavillonnaire) mais également Walt Disney lors des séquences élégiaques en forêt qui évoquent Bambi (1942) avec ces clairières de contes, ces arbres à perte de vue aux hauteurs insoupçonnées et même l’apparition explicite d’une biche en clin d’œil discret. Spielberg s’inspire de ces maîtres sans les copier pour autant. 

Au naturalisme et à la dimension nostalgique de Rockwell se substitue la photo diaphane de Allen Daviau qui donne cet aspect immaculé de rêve éveillé et invente littéralement l’esthétique 80’s Amblin (société de production de Spielberg) maintes fois reproduite par la suite (Gremlins (1984) et Explorers (1985) de Joe Dante, Les Goonies (1985) de Richard Donner ou plus récemment Super 8 (2010) de JJ Abrams). Spielberg fait également renaître l’esprit candide, enfantin et féérique de Disney dans un cadre ordinaire et ce à une époque le studio est au creux de la vague et décrié. L’interprétation sincère et à fleur de peau, le visage angélique et le caractère bien trempé d’Henry Thomas joue pour beaucoup dans cet émerveillement. Tout comme dans Les Dents de la mer, Spielberg fait également de l’animatronique restreinte de la créature un atout, ses mouvements limités accentuant sa fragilité.

Le Météore de la nuit avait associé sa thématique à la peur communiste. Spielberg la mêle au cinéma paranoïaque des 70’s. Les fameux « men in black » gouvernementaux sont des ombres qui distillent une menace latente dans la première partie puis concrète et oppressante dans la seconde. Le réalisateur étend ce parti pris à tous les adultes où les plus mal intentionnés, des agents gouvernementaux aux scientifiques en passant par le professeur de biologie restent sans visage. Seuls ceux capables de compassion sont dignes d’être montrés dans cette œuvre à hauteur d’enfant, l’attachante mère jouée par Dee Wallace ou le savant incarné par Peter Coyote. Ce sera le premier adulte (hormis la mère) dont nous découvrirons le visage, ému par Elliott et pour s’adresser à lui il se baissera, se mettant à sa hauteur mais finalement aussi à celle d’E.T.

La dernière partie transcende par son tourbillon de sentiments les éléments superbement esquissés jusque-là. La relation fusionnelle E.T./ Eliott est magnifiée dans la perte et les retrouvailles tandis que les « créatures de l’ombre » abattent leur menace sur eux. Spielberg verse également dans l’analogie religieuse où E.T. arbore une allure de messie fragile dont les disciples en culottes courtes vont accompagner l’ascension et assister émerveillés à ses miracles. L’envol face au barrage policier sur les notes célestes de John Williams est un grand frisson (et réponse à la scène mythique où le vélo en vol voyait son ombre se dessiner dans la pleine lune) visuel et émotionnel bientôt dépassé par une déchirante scène d’adieu. 

Le passage de cet être sensible et fragile venu des étoiles aura ressemblé et fait oublier ses soucis à une famille qui ne sera plus jamais la même et dans le cœur de laquelle il demeurera à jamais. La tristesse et la fascination nous étreint lorsque le film s’achève sur le regard d’Elliott rivé vers les étoiles. Spielberg aura atteint là une grâce qu’il ne tutoiera plus que sur A.I. (même s’il signera d’autre grands films) preuve de son investissement dans cette œuvre personnelle mais finalement si universelle. Le triomphe du supposé « petit film » deviendra le symbole de ce qu’il peut produire de meilleur. 

 Sorti en dvd zone 2 français et bluray chez Universal

lundi 20 octobre 2014

The Legend of Billie Jean - Matthew Robbins (1985)

Billie Jean Davy est victime d'un succès envahissant auprès des garçons de son coin. Un jour, pour s'amuser, ils cassent le scooter de son frère. Le père du garçon refuse de payer...

The Legend of Billie Jean est un teen movie aussi audacieux que naïf revisitant le mythe de Jeanne d'Arc dans l'Amérique des 80's. Le récit nous plonge dans son versant white trash, machiste et décérébré où les plus faibles n'ont pas leur mot à dire comme va le constater notre héroïne Billie Jean (Helen Slater). Son physique avenant lui attire les attitudes désobligeantes de tous les jeunes coqs du coin qui se plaisent également à malmener son petit frère malingre Binx (Christian Slater).

 Un jour ce sera le dérapage de trop lorsque le meneur des brutes Hubies (Barry Tubb) vole et casse le scooter de Binx puis lui met une raclée quand il essaiera de le récupérer. Billie Jean va tenter de s'adresser à la police mais le détective Ringwald (Peter Coyote) prendra sa détresse à la légère sans intervenir. Elle décide donc d'aller récupérer le montant des réparations directement auprès du père d'Hubie (Richard Bradford) mais ce dernier s'avère être également une brute libidineuse qui va tenter d'abuser d'elle. La situation va violemment déraper, forçant Billie Jean, Binx et leur deux amis Putter (Yeardley Smith) et Ophelia (Martha Gehman) à se mettre en cavale.

Le film reprend cette idée adolescente et naïve qu'on retrouve dans des teen movie plus réaliste comme Breakfast Club, à savoir un monde des adultes oppressant et inapte à comprendre les aspirations des plus jeunes. Cela est amené ici dans un mélange de candeur et de réalisme parfois dur où entre désinvolture (le policier) et réelle malveillance (le père violeur) des adultes, un groupe d'adolescent va se trouver hors-la-loi. La demande assez simple de Billie Jean (les 600 dollars de réparations du scooter) est prise à la légère par ses interlocuteurs qui n'y voient qu'une lubie infantile quand elle ne demande qu'à être réellement prise en compte et respectée. Ce sera le manquement de trop pour la jeune fille qui après avoir vu Jean Seberg en Jeanne d'Arc à la télévision va se couper les cheveux, adresser une missive rageuse aux médias et devenir à son tour l'étendard des plus jeunes et des faibles.

Le film évite le piège de faire de Billie Jean une super héroïne adepte de l'auto justice, la force du personnage étant sa détermination et son charisme. C'est cela qui va toucher toute la communauté juvénile du pays qui va s'identifier à elle et l'aider dans l'aventure (tout comme la vraie Jeanne D'Arc sans être une guerrière galvanisait les troupes par sa seule présence). Le récit reste ainsi à une échelle intimiste adolescente où Billie Jean berne certes les autorités mais ne réalisera aucun exploit outrancier.

Elle sera l'élément déclencheur de jeunes gens se plaçant derrière elle pour trouver le courage de s'en sortir. On retrouve cette idée dans la très belle scène où des enfants font appel à elle pour aider un de leur camarade battu par son père. Billie Jean s'introduira donc dans la maison, fera face au père violent qui désarçonné par son aplomb et l'armée d'enfant l'accompagnant va la laisser emmener le garçon.

Tout l'équilibre du film tient dans cet instant, l'union de la cause commune adolescente se montrant capable de répondre à une réalité sordide. Les adultes (hormis le policier qu'incarne Peter Coyote) revêtent en retour toutes les tares quelles que soit leurs couches sociales. Richard Braddford incarne ainsi un infâme personnage macho pour qui il est inconcevable d'avoir un répondant de la part d'une femme, détruisant chaque occasion de rétablir la situation par pure fierté. Le chef de la police (Dean Stockwell) est quant à lui un ambitieux qui n'hésitera pas à amplifier la "menace" que constitue Billie Jean par pure dérive sécuritaire et au détour des rencontres on retrouve cette Amérique cupide et à la gâchette facile pour nos héros dont la tête est mise à prix.

Helen Slater trouve presque le rôle de sa vie avec cette icône fragile et imposante à la fois, la force de son regard et sa détermination faisant toujours vaciller les supposé plus fort qu'elle. Matthew Robbins se plaît à lui conférer une aura de plus en plus héroïque dans sa mise en scène (la première apparition avec les cheveux courts est un grand moment) et le score synthétique de Craig Safan prend des proportions grandiloquentes au fil de la progression du récit, porté par le tube FM rageur (et qui ne vous sort plus de la tête) de Pat Benatar Invincible. Cette mise en valeur est d'ailleurs à double tranchant, puisque les actions finalement assez modestes de Billie Jean vont être montées en épingle par des médias s'étant trouvé un nouveau pôle d'attraction auquel ils vont attribuer tous les maux ou bienfaits pour vendre du papier et faire de l'audimat.

Tout en incitant à la prise en main, le scénario parvient même au final à égratigner aussi les adolescents suiviste, copiant le look et les attitudes de Billie Jean comme ils le feraient d'une rock star avec tout un merchandising instantané surgissant pour faire fructifier la manne de l'icône. Entre l'universel et l'intime, la grandiloquence et la modestie on arrive à un résultat au premier abord assez simpliste mais dont la conviction et la sincérité finissent par marquer durablement. La Jeanne d'Arc des ados a même droit à son bûcher au final, brûlant l'icône pour laisser place à la jeune fille mais non sans avoir pris une ultime revanche rageuse. Un vrai film culte dont il est étonnant que personne n'ai songé à faire de remake, cela pourrait être très intéressant à revisiter dans la société actuelle.

Sorti en dvd zone 1 et en bluray all régions chez Milk Creek mais sans sous-titres