Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!
Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com et suivre le blog sur twitter à http://twitter.com/#!/JustinKwedi
Charles Bonnet possède une
impressionnante collection d'art, dont il vend parfois quelques pièces à
d'autres amateurs. Seul problème, les œuvres sont en fait d'ingénieuses
imitations. Par défi et orgueil, il accepte de prêter une somptueuse
statuette à un musée : la Vénus de Cellini. Ce qu'il ignore, c'est que
la fameuse statuette va faire l'objet d'une expertise. Sa fille,
inquiète, décide de régler l'affaire à l'aide d'un séduisant inconnu,
qu'elle prend pour un voleur...
How to Steal a Million est la troisième collaboration entre William Wyler et Audrey Hepburn et si elle n'atteint pas les hauteurs de la romance Vacances Romaines (1953) ou l'audace du drame La Rumeur
(1961), cela reste un excellent divertissement. Le film croise comédie
romantique et film de casse avec un charme de tous les instants et sans
que les deux genres se parasitent. Le motif du vol est en effet avant
tout sentimental, mené par des personnages honnêtes tout au étant au
fait des monde criminel.
Nous aurons d'abord Nicole Bonnet (Audrey
Hepburn), fille de faussaire bientôt victime de l'arnaque de trop alors
qu'une fausse statuette prêtée à un musée s'apprête à être expertisée et
le démasquer. Seul planche de salut, faire appel au cambrioleur Simon
Dermott (Peter O'Toole) que quelques indices semblent pourtant bien
placer du bon côté de la loi. Mais lorsque l'amour s'en mêle les deux
vont se laisser griser, Nicole tout en cherchant à sauver son père (Hugh
Griffith) n'est pas mécontente d'avoir recours à ce séduisant voleur et
Simon ira jusqu'au bout du jeu pour les beaux yeux de cette française.
Audrey
Hepburn qui approchait la quarantaine (et ne s'aventurera dans le rôle
de la maturité que l'année suivante avec l'excellent Voyage à deux
de Stanley Donen) déborde à nouveau de candeur et de charme pour
fissurer l'honnêteté de Peter O'Toole. L'acteur excelle dans un jeu
décalé et subtil dont l'outrance dissimule autant qu'il dévoile les
aptitudes criminelles du personnage. Forçant le trait dans le côté faux
dur à coup d'intonations parodiques et de postures bravache, son brio
s'exprime dans l'action sans se départir de cette fantaisie lors de la
longue et excellente scène de casse. La sécurité est forcée par une
psychologie de l'absurde brillamment amenée, rendant la séquence aussi
drôle que haletante.
Les meilleurs moments sont donc ceux où Audrey
Hepburn vulnérable et démunie fait céder Peter O'Toole qui nous font
fondre, on pense à l'ultime entrevue avant le casse où ses larmes lui
font changer d'avis, toutes les perches tendues pour la dissuader ou la
délicieuse promiscuité dans un placard balai. William Wyler emballe
l'ensemble avec élégance dans un Paris glamour et touristique à souhait,
secondé par les superbes décors façonnés par Alexandre Trauner (le
musée oula demeure des Bonnet) et une Audrey Hepburn plus chic que
jamais, arborant une nouvelle tenue Givenchy (avec un dialogue qui se
moque gentiment du lien de l'actrice au couturier) à chaque scène. Une
manière de célébrer le charme français tout en se moquant gentiment des
américains à travers le personnage d'Eli Wallach, collectionneur
"possesseur" plus qu'homme de goût. Un Wyler mineur mais débordant de
charme.
Dans les derniers jours de la Seconde
Guerre mondiale, le Mount Kyle, un cargo britannique est torpillé par un
U-Boot dans le delta de l'Orénoque, un fleuve du Venezuela, et
l'équipage est massacré. Murphy, simple cuistot irlandais, est l'un des
deux seuls survivants avec un pilote aviateur, le lieutenant Ellis qui
est grièvement blessé. Ils trouvent refuge dans une mission dirigée par
le Docteur Hayden, une femme médecin quaker; auprès de laquelle est
abandonné depuis le début de la guerre Louis Brezon, un ingénieur
français travaillant pour une compagnie pétrolière.
La Guerre de Murphy
est une œuvre curieuse, à mi-chemin entre le film de guerre patriotique
"à l'ancienne" et un ton pacifiste et libertaire plus en vogue à
travers des œuvres comme MASH ou Catch 22.
Cette dichotomie s'exprime par le fossé ressenti entre l'attitude du
personnage principal et le contexte du récit. Seul survivant d'un cargo
britannique torpillé par un U-Boot allemand, le cuisinier d'équipage
Murphy est sauvé et accueilli dans une mission bordant l'Orénoque au
Venezuela. En ces derniers jours de la Deuxième Guerre Mondiale, Murphy
pourrait se la couler douce dans ces paisibles terres exotiques mais une
rage guerrière l'anime toujours, la présence alentour du sous-marin
allemand l'incitant à se venger. Peter O'Toole (se délectant de jouer un
anti Lawrence d'Arabie) confère
au personnage une exubérance irlandaise savoureuse et attachante qui
fait oublier sa nature de fou de guerre.
Le scénario joue constamment
d'une certaine ambiguïté pour dépeindre son attitude comme de l'héroïsme
ou de la folie. Sa haine lui donne une énergie et lui fait réaliser des
prouesses auxquelles Peter Yates confère un vrai souffle épique comme
lors de la longue scène où Murphy s'improvise pilote d'hydravion,
luttant, râlant et piétinant jusqu'à maîtriser l'appareil. Cette fougue
amène une bienveillance et une empathie du spectateur qu'on ressent à
travers les deux autres personnages, suivant sans hésiter Murphy dans sa
folle entreprise comme le français Louis Brezon (Philippe Noiret) ou
lui pardonnant tout comme le Docteur Hayden (Siân Phillips, épouse de
Peter O'Toole à l'époque).
Pourtant peu à peu la témérité va
révéler un esprit perturbé, obsessionnel et individualiste. Peter Yates
oppose l'exaltation de Murphy au froid pragmatisme des allemands dont
chacun des actes de guerre aussi révoltant soient-ils (le meurtre du
pilote) obéissent à une froide logique stratégique et collective quand
notre héros poursuit un but égoïste. Ses provocations envers les
allemands mettent en danger la paisible communauté sans qu'il s'en
soucie et la dernière partie étouffante évoque une sorte de Moby Dick
où le sous-marin allemand fait office de baleine. Le conflit pourtant
terminé n'a plus d'importance, seul compte ce duel, cette quête mystique
et finalement vaine.
Il demeure néanmoins un léger problème de ton, le
jeu outrancier de Peter O'Toole atténuant l'aura inquiétante de Murphy,
ce qui s'explique par l'hésitation de Peter Yates qui faillit donner au
film une issue héroïque malvenue et regretta de ne pas l'avoir fait pour
des raisons commerciales. La confrontation finale hésite ainsi entre
souffle épique et tension psychologique sans que l'on ressente cette
ambiguïté comme totalement volontaire. Reste néanmoins un beau film
d'aventures, visuellement éblouissant par instants notamment une photo
superbe du regretté Douglas Slocombe qui magnifie les décors naturels de
toute beauté.
Déchaînement d'intrigues (romancées) autour du problème de la succession d'Henri II d'Angleterre au XIIe siècle. On est à la cour du château de Chinon, en période de Noël 1183. Aliénor d’Aquitaine, après plusieurs années d’emprisonnement par son mari Henri II, est délivrée par ce dernier afin d'étudier ensemble lequel de leurs trois fils serait le successeur idéal au trône d’Angleterre. La décision va s’avérer difficile compte tenu de l’enjeu et des dissensions qui existent dans la famille. Sont présents : le prince Richard (futur Cœur de Lion), le duc Geoffroy II de Bretagne et le prince Jean (futur Jean sans Terre). Sont également présents le roi Philippe II de France alias Philippe Auguste et sa demi-sœur Adèle de France alias Alix, deux enfants de Louis VII de France (ex-mari d'Aliénor, mais qui ne proviennent pas de leur lit). Alix est fiancée à Richard mais, dans la réalité, elle est la maîtresse du roi Henri et, de ce fait, a également des prétentions au trône…
Adapté de la pièce de théâtre (jouée à Broadway) de James Goldman, Un Lion en hiver dépeint avec une verve peu commune les évènement ayant secoués la difficile succession de Henri II d'Angleterre. Les premiers instants du film présentant les principaux protagonistes avec leur reconstitution minutieuse (décor, costumes impressionnant), la réalisation élégante de Anthony Harvey et la musique majestueuse de John Barry (Oscar à la clé) laisse à croire qu'on va assister à un film hollywoodien luxueux de plus. Il n'en sera rien.
Les différentes force en présence se retrouvent rapidement réunies au château de Chinon pour fêter Noël et surtout régler le problème de la future succession de Henri (Peter O'Toole). Parmi les trois prétendants, Richard le guerrier au coeur fragile (Anthony Hopkins dans son premier rôle cinéma grâce à Katharine Hepburn qui l'a imposé), le stratège glacial Geoffroy et le trop jeune et immature Jean (Nigel Terry qui retrouvera la couronne bien des années plus tard avec plus de prestance en Roi Arthur dans Excalibur). Cette succession dépasse pourtant la simple ambition et rivalités entre les trois fils, simple prétexte à un duel stratégique entre Henri et son épouse déchue Alienor (Katharine Hepburn) emprisonnée par lui depuis de longues années. Chacun d'eux vise un fils différents pour la couronne d'Angleterre, plus par volonté d'embêter l'autre que par grande vision future.
La première partie s'avère sacrément déroutante pour qui s'attend à une atmosphère noble et courtoise. Que ce soit dans les relations père/fils, mari/femme ou fraternelles tout transpire la haine et le ressentiment farouche mûrit depuis de longues années. Les joutes verbales brillantes et les répliques assassines font feu de tout bois, les plus savoureuses étant celles entre O Toole et Hepburn, vieux couple complices dans le mépris réciproque et dont le plus grand plaisir est de contrarier les projets de l'autre.
Ce bel esprit et cette aisance révèlent pourtant bientôt son envers, à savoir une famille brisée. On apprend ainsi progressivement les maux qui rongent la cour depuis des années. Henri las de sa femme aurait pris une concubine, la reine pour se venger se serait mise à comploter contre lui pour être exilée et isolée par la suite en punition. Tout ce nid de complot, d'intrigue et de malveillance déteint évidemment sur leurs enfants pour proposer finalement trois grands névrosés en souverain potentiels.
Le scénario est vraiment excellent, mariant parfaitement réelle émotion et éloquence du verbe les deux étant toujours sur la corde raide la suspicion régnant entre les personnages. Les alliances se font et se défont, les intrigues de palais alambiquées s'enchevêtrent dans un grand maelstrom qui déroutent constamment le spectateur à coup de manipulation et de faux semblants. La profonde douleur de chacun finit pourtant par transparaitre sous les mensonge, tel Richard (Anthony Hopkins magnifique de fragilité sous sa carrure imposante) brisé par une mère l'ayant couvé pour l'éloigner de son père en faisant des étrangers. La relation entre O Toole et Hepburn est passionnante également, révélant au final un couple toujours aimant qui s'est perdu au fil des années à coup d'infidélités et d'intrigues.
Peter O' Toole en souverain bourru et roublard est excellent et atteint des sommets lorsqu'il tombe le masque tel ce moment où Henri perd ses moyens lorsqu'il se rend compte qu'aucun de ses fils n'est digne de lui. Quant à Katharine Hepburn en Alienor D'Aquitaine, c'est tout simplement une des plus grandes interprétations de sa carrière pourtant déjà bien lotie. Manipulatrice, sournoise mais aussi vieille femme brisée n'acceptant pas son déclin après avoir été le centre du monde et surtout ne s'étant jamais remise de la perte de son seul vrai amour Henri. Timothy Dalton débutant en Roi de France est très convaincant et charismatique également.
Le film trahi ses origines théâtrales dans le bon sens du terme puisque bien reposant essentiellement sur les longues joutes verbales, ces dernières sont toujours mues par une mise en scène au diapason pour en distiller l'intensité. Les deux grands sommets du film en témoignent : la longues séquences dans la chambre du Roi de France où chacun vient plaider en sa faveur à tour de rôle tandis que les autres épient dans la pénombre et surtout le grand déballage final où chacun laisse éclater sa violence. Très grande réussite qui sait adapter ses quelques incohérences historiques (Noël pas encore fêté à ce stade du Moyen Age) à la force de son propos.
Un jeune officier de marine, le lieutenant Jim, embarque comme second à bord d'un navire pour convoyer un groupe de pèlerins. Mais quand surgit la tempête, il fuit par lâcheté, laissant les passagers à leur funeste destin. Pris de remords et animé d'un désir de rédemption, il se lance dans une aventure en Malaisie. Il participe au soulèvement de la population contre un dictateur et brille par son courage. Mais l'orgueil le rend imprudent et trop téméraire.
Du Kurtz dans Au cœur des ténèbres à Willems dans Un paria des îles, ou encore Nostromo dans le roman éponyme, Joseph Conrad se sera plu à dépeindre des personnages partis chercher l’aventure, la rédemption et un idéal dans des contrées exotiques tentaculaires. Cette quête les aura souvent menés à leur perte à l’image de Lord Jim, cinquième roman de Conrad et totalement dans cette veine. Au cœur des ténèbres dépeignait un tyran soumis à sa mégalomanie, Un Paria des îles un homme s’abandonnant à ses sens, et Nostromo un aventurier guidé par l’orgueil et l’ambition. Lord Jim est également autant une affaire de voyage intérieur que physique avec un héros faisant face au danger afin de guérir son terrible sentiment de culpabilité. Chacun des ouvrages précités aura donné lieu à une adaptation mémorable avec Apocalypse Now (1979) de Francis Ford Coppola ou Le Banni des îles de Carol Reed (1952), tandis que Nostromo constitue l'un des grands rendez-vous manqué de l’histoire du cinéma puisque ce devait être l’ultime film d’un David Lean qui aurait su mieux que quiconque en traduire la fureur et la complexité.
Le Lord Jim de Richard Brooks (suivant une première adaptation muette de Victor Fleming datant de 1925, malheureusement perdue) ne jouit pas exactement de la même réputation et fut un des échecs commerciaux les plus retentissants des années 60. La Columbia, au sortir du triomphe de Lawrence d’Arabie, va en effet laisser carte blanche à Richard Brooks - les exécutifs n’ayant pas lu le livre - d’autant que la présence de Peter O’Toole dans le rôle-titre entretien la continuité avec le classique de David Lean. Lui-même romancier avant d’intégrer Hollywood, Richard Brooks s’était déjà montré brillant pour transposer un matériau littéraire complexe à l’écran, que ce soit Tennessee Williams avec La Chatte sur un toit brûlant (1958), F. Scott Fitzgerald dans La Dernière fois que j’ai vu Paris (1954) et plus tard Truman Capote sur De sang-froid (1967). S’attaquer à Lord Jim est pour le réalisateur un rêve longuement préparé durant trois ans à force de relectures et d’annotations afin de capturer l’essence du propos du livre.
Le cadre exotique et les moyens imposants feront illusion, mais ce n’est
pourtant pas au supposé et attendu héroïsme du personnage principal
qu’ils servent d’écrin mais plutôt au fantasme qu’il en a. Idéaliste en
quête de gloire et de perfection, l’officier de marine Lord Jim possède
un vrai code d’honneur et une éthique qu’il rêve d’exposer au monde en
accomplissant de hauts faits. Ces élans vertueux vont pourtant se briser
dès qu’il faudra les mettre à l’épreuve, alors qu'il abandonne son
navire et ses passagers à l’approche d’une tempête. Le navire finalement
sauvé sera une terrible réponse à sa lâcheté et le verra jugé et déchu
par ses pairs pour son acte. Pour tout homme l’humiliation et la honte
seraient déjà manifestes, mais pour Jim et ses rêves de grandeur stoppés
sur l’autel de sa propre faiblesse, la vérité est encore plus cruelle.
Richard Brooks césure d'ailleurs brutalement dans son montage la
transition entre le capitaine vertueux et le lâche en fuite sur sa
barque, comme s'il s'agissait de deux êtres différents.
S'ensuit une lente déchéance avant que son intervention dans un conflit
local ne lui offre une seconde chance de devenir celui qu’il se rêvait
être. Brooks cède ainsi au spectaculaire pour enfin mettre en valeur
Jim, notamment un siège de forteresse à la montée en puissance
stupéfiante. Les rencontres faites au cours de l’aventure poursuivent
pourtant l’interrogation quant au changement opéré chez notre héros, que
ce soit Eli Wallach en despote voisin d'un certain Colonel Kurtz, Curd
Jurgens en Némésis haineuse et veule de Jim, ainsi que le grand James
Mason parfait en mercenaire manipulateur. Jim n’a pas réellement
changé et si sa lâcheté servait son propre intérêt et sa survie aux
dépens de ses passagers, il en va de même de ses manifestations de
courage plus au service de sa gloire que du destin des autochtones - qui
le vénèrent et lui attribuent ce fameux titre de "Lord Jim".
Le vrai
héroïsme s’exprime par le désintéressement et le souci d’autrui, ce que
va cruellement apprendre Jim qui ne méritera ce statut que par son
sacrifice final lors de l’intense climax. Peter O’Toole est absolument
fascinant, arborant l’allure, l’assurance et la tenue d’un héros
baroudeur en puissance (voir les affiches promotionnelles jouant à fond
sur ce registre) mais avec cette lueur de doute et d’incertitude dans le
regard qui le rend faillible et humain.
C’est précisément en arrêtant de se rêver en icône et en acceptant sa
propre faiblesse que Jim accède à cette aura à laquelle il prétend, et
que Brooks fusionne enfin l’homme et le héros dans une dernière
apparition magnifique. Le voyage s’arrête et il peut devenir légende.
L’acteur ne se montrera pourtant guère satisfait du rôle qu’il
n’acceptera que dans la perspective d’un tournage dépaysant en Asie -
Curd Jurgens étant animé des mêmes "motivations" d’ailleurs - à Hong
Kong et surtout dans un Cambodge peu visité par le cinéma jusque-là,
notamment Angkor. S’attendant vivre une même expérience et rapporter
d’aussi beaux souvenirs que sur Lawrence d’Arabie,
O’Toole déchantera vite tout comme le reste de l’équipe. Aux conditions
climatiques difficiles de cette jungle s’ajoute la défiance et l’accueil
hostile de Norodom Sihanouk affichant désormais sa défiance envers les
Etats-Unis. Persuadé que la CIA souhaite le renverser, Sihanouk se sera
rapproché de l'URSS et de la Chine et gèle en partie les avantages
consentis à la production en plein tournage, notamment en remplaçant les
figurants par 300 soldats cambodgiens chargés d’espionner le
déroulement des opérations.
Richard Brooks se sortira tant bien que mal de ce guêpier et le plus dur est finalement à venir au moment de la sortie du film. Tout le projet se sera construit dans la perspective d’une continuité avec Lawrence d’Arabie - Brooks engageant même Freddie Young à la photo - alors que les deux œuvres n’ont rien de commun si ce n’est un personnage principal martyr mais pour des motifs différents. Les démons de Lawrence parviennent à embrasser la grande Histoire et la vraie aventure, alors que Lord Jim n’use de son cadre imposant que pour la reconstruction bien plus intimiste d’un homme torturé. Si le résultat demeure brillant, il désarçonne la critique et le grand public qui lui réservera un accueil glacial. Brooks signe l'une de ses plus belles réussites mais n’atteint pas tout à fait l’équilibre entre grand spectacle et film d’auteur, poursuivant ici superbement la thématique de la seconde chance courant tout au long de sa filmographie : Elmer Gantry (1960), Doux oiseau de la jeunesse ou, dans une veine musclée, Les Professionnels (1966) ou La Chevauchée sauvage (1975). Loin de ce contexte, il convient de redonner sans comparaison hasardeuse à Lord Jim la place qu’il mérite, celle d’un classique.