Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com et suivre le blog sur twitter à http://twitter.com/#!/JustinKwedi

Pages

Affichage des articles dont le libellé est Peter Ustinov. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Peter Ustinov. Afficher tous les articles

vendredi 18 mars 2016

Lorenzo - Lorenzo's Oil, George Miller (1992)

En 1984, Augusto et Michaela Odone apprennent que leur fils de cinq ans, Lorenzo, est atteint d'une maladie rare, réputée incurable, l'adrénoleucodystrophie (ALD), qui provoque la détérioration brutale et irréversible du système nerveux. Totalement étrangers au monde médical et scientifique, les Odone vont se battre pour leur fils. Incapables de dénicher un médecin qui pourrait traiter la maladie de leur fils, un couple s'acharne à mettre au point leur propre traitement : l'huile de Lorenzo...

Alors qu’il accompagnait dans le monde la sortie de son cultissime Mad Max (1979), George Miller pris conscience au fil des interviews et des analogies faîtes par les critiques que sous le spectacle oppressant et nerveux, il avait créé une véritable figure mythologique avec le personnage de Max. Prenant cet aspect en compte de façon bien plus consciente dans Mad Max 2 (1981), George Miller fit de cette suite une véritable chanson de geste où sous l’imagerie post-apocalyptique Max était définitivement paré d’une aura légendaire dans la narration comme la mise en scène. Dès lors tous les films du peu prolifique George Miller (neuf films en plus de trente ans de carrière) constitueraient de véritables épopées dans les genres les plus inattendus, que ce soit avec le manchot danseur du film d’animation Happy Feet (2008) ou le valeureux cochon de Babe, un cochon dans la ville (1992). Cette volonté n’aura jamais été mieux assumée que dans Lorenzo’s Oil, dont le sujet certes poignant aurait plus tendance à évoquer le téléfilm larmoyant et qui entre les mains de George Miller devient une véritable odyssée intime.

Le scénario s’inspire de la véritable histoire d’Augusto (Nick Nolte) et Michaela Odone (Susan Sarandon), deux parents dont le fils Lorenzo fut atteint d’un mal rare et incurable, l'adrénoleucodystrophie. N’acceptant pas le verdict pessimiste des médecins, le couple à force de volonté et de vraie curiosité parvint réellement à faire avancer la recherche sur la maladie au point d’être à l’origine du traitement pouvant la ralentir voire préventivement la stopper : l’huile de Lorenzo. Le film s’ouvre sur des images élégiaques et fraternelles des Comores, où séjourne la famille Odone avant de retourner aux Etats-Unis. Cette vision du continent noir, berceau de l’humanité, annonce d’emblée la dimension mystique du film et la croyance inébranlable qui guidera les protagonistes. 

George Miller expose d’abord la terrible impuissance des parents face au diagnostic et aux symptômes qui altèrent progressivement le corps et la conscience de leur fils. Motricité réduite et troubles du comportement isolent le jeune Lorenzo du monde qui l’entoure à travers ce mal foudroyant supposé le terrasser au bout de deux ans. Courant d’un spécialiste à autre tout aussi inefficace, le couple va faire un terrible constat. Face à ce mal rare, le temps de la médecine tâtonnante n’est pas le même que le leur, parent jouant une véritable course contre la montre tandis que Lorenzo s’affaiblit de jour en jour. L’enfant n’est qu’un sujet d’études parmi tant d’autres sur lequel on expérimente à l’aveuglette des traitements sans effets. Dès lors Augusto et Michaela vont consulter toute la documentation existante sur ce mal, faire des recoupements et tirer les hypothèses que les médecins n’ont pas su faire. Comme tout les meilleurs films du réalisateur, Lorenzo est un film sur l'action plutôt que l'attente, où il s'agit d'avancer plutôt que de se soumettre à son  sort, le bitume de Mad Max a simplement été remplacé par les bibliothèque et le chevet du malade.

George Miller montre des personnages en lutte à la fois contre la maladie et contre la lenteur et le conformisme des institutions. Par un simple sens pratique, une prise de risque et la curiosité, Augusto Odone parvient à des recoupements permettant d’affronter la maladie avec l’usage d’une huile traitée. En endossant le regard de néophytes dont on suit les découvertes et l’acquisition de connaissances, George Miller rend limpide la manière dont ils avancent. Le réalisateur oscille entre tonalité exaltée et résignation selon qu’on adopte le point de vue de l’individu ou des institutions. Ces dernières constituent des entités opaques destinée à forger une douloureuse acceptation plutôt que l’espoir. 

La prise de risque, la peur de l’échec et la reconnaissance moindre incitent ainsi les médecins malgré toute leur bonne volonté (le personnage de Peter Ustinov) à ralentir le processus, la recherche prenant une lourdeur, une lenteur administrative peu adaptée à l’urgence de la maladie. Même constat de résignation dans les associations dédiées aux ALD, regroupement de souffrances commune, soumises au lobby de la médecine au lieu d’être le moteur les poussant à accélérer la recherche. L’obstacle est donc tout autant moral qu’organique pour les Odone qui harcèleront l’institution et la remettront en cause.

La mise en scène de George Miller confère à l’ensemble une force et une emphase aux antipodes d’une approche cafardeuse simpliste. L’imagerie se fait opératique (accentuée par une bande-son usant de musique classique don un sublime Adagio d'Albinoni) autant pour plonger les parents dans des abimes de désespoirs (bouleversante scène où Augusto lit les symptômes et le temps d’action du mal jusqu’au décès, le mot « Death » envahissant peu à peu l’écran en surimpression) que pour entretenir la flamme comme cette somptueuse nuit étoilée où Nick Nolte narre à son fils encore conscient les origines de son nom. Cette volonté du grandiose et de l’arrière-plan comme reflet des sentiments des protagonistes se ressent par la profonde stylisation des décors, tous les environnements hospitaliers par leur immensité et pâleur uniforme reflétant la douleur anonyme et impuissante des Odone. 

A l’inverse la maison familiale est le lieu des souffrances les plus crues (les longues et insoutenables crises respiratoires de Lorenzo) mais aussi de la proximité et l’espoir. C’est là que Michaela épuisera famille, médecins et infirmières qui l’incitent à lâcher prise et accepter l’inéluctable mais elle continuera avec un amour farouche et inconditionnel à border et lire des histoires à Lorenzo, persuadée qu’il saura y répondre un jour. Miller sait également se faire sobre en équilibrant ce mysticisme à une échelle intime comme ce superbe moment où l’ami africain entame un chant traditionnel pour Lorenzo. 

Les deux acteurs délivrent des prestations exceptionnelles. Susan Sarandon émouvante, vulnérable et déterminée est magnifique d’émotion écorchée et Nick Nolte (doté d’un accent italien impeccable) dans sa quête de savoir maladive revêt les doutes de l’Homme et l’exaltation de l’illuminé avec une rare intensité. George Miller englobe toutes les croyances dans ce mysticisme sans forcer le trait, tour à tour naïves danse cette attente d’une étoile filante, ancestrale avec le chant africain et religieuse avec cette ultime image sur une fresque où soudain se fait entendre la voix intérieur de Lorenzo. Un véritable chef d’œuvre trop méconnu dont le générique apporte un point final poignant à cette aventure inoubliable. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Universal 

jeudi 27 janvier 2011

L'Égyptien - The Egyptian, Michael Curtiz (1954)

Treize siècles avant notre ère, en Égypte. Sinouhé, enfant abandonné, est élevé par un médecin qui lui transmet sa vocation et sa science. Devenu adulte, il s'installe à Thèbes et met ses compétences médicales au service des plus pauvres. Un jour, dans le désert, Sinouhé et son ami, l'ambitieux Horemheb, sauvent des griffes d'un lion un inconnu en prière. Cet homme n'est autre que le pharaon Akhénaton. En signe de gratitude, il nomme Horemheb officier de la garde et Sinouhé médecin du Palais. Pour fêter cet heureux événement, les deux hommes se rendent dans une maison de plaisir tenue par la belle et mystérieuse Néfer. Sinouhé succombe au charme de la courtisane. Mais derrière la plastique parfaite de la jeune femme, se cache une âme cupide, dénuée de tout sentiment humain.

Peu reconnaissante pour tous les services rendus et les nombreux succès qu'il lui apporta, la Warner suite à plusieurs onéreux échecs commerciaux ne renouvela pas le contrat de son réalisateur emblématique Michael Curtiz en 1953. Celui ci passa donc une partie de la dernière partie de sa carrière a distiller son savoir faire dans divers studios dont la Fox où il réalise cet impressionnant Égyptien en 1954. On peu s'étonner de voir le modeste Edmund Purdom (qui entre Le Fils Prodigue de Richard Thorpe l'année suivante et diverses productions italiennes peu glorieuses le succès envolé allait devenir un vrai spécialiste du péplum) dans le rôle titre alors que le casting prestigieux relègue Gene Tierney, Jean Simmons, Peter Ustinov ou encore Victore Mature a de seconds rôles.

Le rôle était à l'origine prévu pour Marlon Brando qui désapprouvant le scénario (adapté d'un roman de Mika Waltari) fit faux bond à la production à la dernière minute. Farley Granger fut contacté pour le remplacer mais déclina l'offre qui échoua donc au quasi inconnu Edmund Purdom. Loin d'avoir le charisme et la présence des autres interprètes envisagés, il en fait finalement une force en enlevant toute envergure à ce personnage faisant constamment tout les mauvais chois et se laissant manipuler.

L'histoire dépeint donc le parcours initiatique de Sinouhé (Edmund Bloom) que nous découvrons vieux et solitaire dans une demeure isolée au milieu de nulle part alors qu'il décide d'écrire ses mémoires. On découvre dans un premier temps la lente ascension de cet enfant adopté qui va parvenir à s'élever en compagnie de son ami Horemheb (Victore Mature) en tant que médecin du palais. Seulement là il tombe sous le charme de Nefer, courtisane babylonienne qui va le perdre en le poussant à s'abaisser à tout les vilenies. Cette première partie est fort impressionnante dans la mesure où elle donne l'occasion à Curtiz de se frotter au cinémascope, le résultat étant souvent bluffant.

Les moyens sont monumentaux et le réalisateur s'y entend pour les mettre en valeur que ce soit les palais monumentaux, les extérieurs à l'ampleur titanesque où le luxe raffiné des intérieurs. La narration suit le point de vue d'un Sinouhé en pleine découverte de cet univers et la part belle est laissée à un certain pouvoir d'émerveillement devant toute ses splendeurs. Cette logique s'applique également au personnages rencontrés par le héros que ce soit le pharaon mystique Akhenaton lors d'une stupéfiante séquence dans la vallée des roi ou bien sur la vénéneuse Nefer incarné par Bella Darvi qui souffla le rôle à Marilyn Monroe grâce à la liaison qu'elle entretenait avec Darryl Zanuck. Malgré un jeu plutôt approximatif, Curtiz se montre particulièrement inspiré pour illustrer l'érotisme ravageur qu'elle dégage, une vraie femme fatale antique. On est pas près d'oublier ce plan de nudité fort osé vu à travers le reflet d'un bassin et on comprend aisément qu'elle puisse causer la perte du héros.

Edmund Bloom est fort convaincant en Sinouhé victime de ses pulsions et tombant dans tout les pièges, ne sachant reconnaître à temps le vraie amour de sa vie en la douce Merit (Jean Simmons un peu en retrait mais toujours aussi convaincante). Le véritable intérêt du film se trouve pourtant dans son surprenant scénario qui avance masqué pour se qui s'avéra être un récit biblique qui n'en est pas tout à fait un. Le pharaon Akhénaton est vu comme un illuminé d'une nouvelle religion monothéiste aux antipodes du culte égyptien connu, et qui le détache complètement des réalité y compris l'invasion imminente de son royaume.

On a ainsi un questionnement sous forme d'intrigue de palais où les ambitions de chacun se manifestent par la disparition de ce pharaon encombrant. Tout concourt a faire le lien avec la religion chrétienne, le monothéisme bien sûr mais aussi le symbole de ce culte qui une variante de la croix chrétienne et ce alors que les évènements se déroulent treize siècle avant la naissance du Christ. L'ambiguïté est de mise entre ce pharaon apathique et la nécessité de l'éliminer. Notre héros ayant réussi à s'élever à nouveau socialement va donc être à nouveau entraîné dans une suite de complots où il se trompera une fois encore.

La bonté du pharaon dans ses derniers instants, les élans céleste du score de Bernard Hermann et Alfred Newman, les séquences impressionnante de martyrs et la tirade finale de Sinouhé ne laisse guère de doute sur le côté vers lequel penche le film et le lien avec la chrétienté est ouvertement fait dans l'ultime séquence. C'est cependant subtilement amené puisque Sinouhé accède enfin à la sagesse lorsqu'il cède à ces préceptes lui qui a passé le film à s'interroger et se tromper.

Malgré les moyens déployés, le film adopte donc un ton essentiellement intimiste dans les réflexions qu'il soulève et son héros indécis mais Curtiz n'en fait pas moins preuve d'une grande inspiration.Les échanges fiévreux du début entre Sinouhé et Nefer, alternant l'érotisme contemplatif avec une brutalité inattendue sont saisissant notamment dans les variations de la photo somptueuse de Leon Shamroy.

Plus tard ce sera l'ultime entrevu entre Victore Mature, Sinouhé et Michael Wilding qui montrera par la science du cadrage le pouvoir d'évocation religieuse que dégage le pharaon et la hauteur qu'il a sur les évènements et les personnage qui l'entoure. Ce n'est pas sans défauts (un peu trop bavard, un vrai morceau de bravoure spectaculaire manque tout de même) mais c'est l preuve que Curtiz maîtrisait encore son sujet même en fin de carrière. Pour l'anecdote une bonne partie des décors seront racheté par la Paramount pour être réutilisé dans Les Dix commandements de Cecil B. Demille, le lien étant même poussé jusqu'à reprendre une partie du casting avec John Carradine, Michael Ansara et Mimi Gibson.


Film un peu dur à trouver en dvd car n'existant ni en zone 1 ni en zone 2 français. Il existe une très belle édition dvd espagnole (voyez les captures) malheureusement dépourvu de vf ou de sous titre français mais la VO anglaise y figure (avec des sous titres espagnol amovible).

Extrait

mercredi 14 juillet 2010

Billy Budd - Peter Ustinov (1962)


En 1797, sur L'Avenger, l'équipage du capitaine Vere (Peter Ustinov) enrôle de force un gabier de vingt ans, Billy Budd (Terence Stamp). Billy découvre la violence et la tyrannie du maître d'équipage, Claggart (Robert Ryan).

Une adaptation d'un roman de Melville (ou plutôt une transposition d'une pièce adapté du roman) dont on peut soupçonner Peter Weir d'avoir visionné pour son Master and Commander tant sa description d'un équipage anglais durant les guerre Napolénienne s'en rapproche. Le navire se trouve ici le cadre de tension palpable avec des matelots enrôlé de forces subissant la tyrannie du maître d'arme sadique incarné par un Robert Ryan se délectant de ce type de rôle de pourriture.

Parallèlement on trouve le capitaine joué par Peter Ustinov qui laisse faire car il a besoin de ce bras armé pour faire respecter la discipline et l'élément perturbateur en la personne du jeune matelot Billy Budd. Terence Stamp dans son premier rôle au cinéma interprète donc ce personnage hors norme, illétré et presque simple d'esprit mais dont l'innocence, le sens de la justice et la totale absence de sentiment négatif bouleverse l'équilibre des forces sur le bateau. Il se fait aimer immédiatement de ses compagnons et des officiers et perturbe totalement Robert Ryan qui voit toute ses tentatives de lui nuire échouer à cause de sa pureté d'âme (notamment lorsque Billy refuse de participer à une fausse mutinerie contre lui).

La première partie du film voit la tension lentement monter jusqu'à l'explosion avec les multiples coup bas de Ryan avant de prendre un tour étonnant dans sa conclusion. sans trop en dévoiler, les personnages doivent faire face à un conflit moral révoltant où il doivent choisir entre apliquer froidement le règlement ou laisser parler leur coeur avec quelques interrogations passionnante entre la loi et la justice, la morale et la conscience. Malgré une amorce de bataille en conclusion, le ton est plus psychologique que spectaculaire ce qui n'empêche pas Ustinov de délivrer quelques superbes vues maritimes et une reconstitution splendides du navire de guerre.


Trouvable en dvd zone 2 chez Warner

samedi 29 mai 2010

Quo Vadis - Mervyn LeRoy (1951)


L'empire romain est à l'apogée de sa gloire. De retour de campagne, l'un des chefs des légions victorieuses, Marcus Vinicius(Robert Taylor), revient à Rome pour recevoir les honneurs de Neron dont le nom est synonyme de tyrannie. Il va s'éprendre d'une chrétienne (Deborah Kerr) alors que Néron fomente de réduire Rome en cendres. C'est bientôt le chaos dans la capitale du plus grand empire du monde...

Troisième adaptation du roman de Henry Sienkiewicz (qui lui valu le prix nobel en 1905) après une adaptation italienne à succès en 1913 et une hollywoodienne en 1925. Cette nouvelle version fut une production de longue haleine pour la MGM puisqu'elle fut mise en oeuvre dès les années 30 avant que la crise, puis la seconde guerre mondiale (le tournage fut toujours envisagé en Italie) en recule le tournage. Entre temps John Huston se vit confier la réalisation, Gregory Peck le rôle du général romain et Elizabeth Taylor (qui abordera finalement le genre avec éclat pour le monumental Cléopatre) le rôle féminin. Peck souffrant jete l'éponge, Huston avec et c'est le grand Mervyn LeRoy qui reprend les rêne et aborde pour la première fois la fresque historique tandis que Robert Taylor (déjà censé jouer le rôle lors de la tentative des années 30) remplace Peck.

Grande prise de risque pour la MGM avec un budget colossal et un tournage à Cinecitta (en ruine durant l'après guerre et reconstruit par la MGM pour le film ce qui contribuera aux renouveaux de ses studios mythiques), le film est le précurseur de toutes la vague de fresques épique et bibliques qui vont envahir Hollywood durant les années 50, notamment La Tunique (qui inagura le cinemascope) en 1953, calqué sur son modèle mais en moins réussi. Récit de l'émergence des premiers chrétiens durant le règne du cruel Neron, le film malgré ses moyens énormes, adopte finalement un ton assez intimiste. Le récit nous narre la rencontre entre le chef romain Marcus Vinicius et la chrétienne Lygie. Marcus Vinicius est présenté pendant un long moment de la manière la plus antipathique, étendard de la fierté et de l'arrogance romaine. Méprisant envers les autres races, coureur de jupons il est cependant ébranlé par Lygie qui refuse ses avances et ne trouvera rien de mieux que de la racheter de force pour s'assurer ses faveurs. Un très belle prestation de Robert Taylor qui restera hermétique à la chrétientéé pratiquement jusqu'au bout, ne mettra sa situation en danger que pour Lygie et n'invoquera le christ que lorsque celle ci semblera perdue.

Un charisme parfait et une fière allure en armure romaine confère toute l'assurance nécéssaire avant que ses certitudes se fissurent lentement. Face à lui Deborah Kerr incarne la pureté et l'innocence virginale, à la beauté troublante (belle dernière scène sacrificielle en toge transparente) et qui expriment parfaitement le déchirement de son personnage entre l'amour (et l'attirance sexuelle) qu'elle ressent pour Marcus et sa foi inébranlable.

Mais bien sûr celui qui vole presque le film, c'est Peter Ustinov (très inspiré de Charles Laughton dans Le Signe de la Croix) en Neron, à la frontière entre le gros cabotinage et le génie. Pitoyable, monstrueux, ridicule, terrifiant, c'est un Neron haut en couleur se croyant au dessus des hommes, croisement entre amusement enfantin et pulsion sanguinaire, qui va faire brûler Rome par seule vocation artistique. N'oublions pas également un excellent Leo Genn, point d'équilibre du film en observateur cynique et distancié des évènements qui se voit offrir une scène de mort émouvante et pleine de panache.

LeRoy décrit avec un beau pouvoir d'émerveillement le christianisme émergent, avec un bel usage de l'iconographie chrétienne lors des flashback de Pierre sur Jesus Christ avec ses cadrages inspiré et sa lumière divine (magnifique photo de Robert Surtees), lors des scène de sermons où il saisit le regard habité des croyants, occasionnant certains des plus beaux moments du film. Croyant ou pas, on ne peut qu'être captivé, porté par le score parfait de Miklos Rosza. LeRoy parvient à trouver le ton juste et éviter l'emphase qui peut gâcher d'autres films biblique un peu trop pieux pour le cinéphile qui n'en demande pas tant. A l'opposé, toute l'imagerie spectaculaire et luxueuse (avec des palais gigantesque et saisissant de détails) se fait dans la description de Rome avec son lot de moments impressionnants : l'arrivée triomphale de Marcus dans Rome, le final dans le colisé et bien sûr l'incendie de Rome par Neron. Ce dernier un sans doute la scène la plus marquantes, une pures vision d'apocalypse avec ses milliers de figurants brûlés vif ou ensevelis sous des édifices gigantesque, très grande scène.

Le final est également d'une puissance incroyable avec ses chrétiens livrés en pâture à des fauves dans les arènes, conservant chantant pour se donner du courage dans leurs derniers instants. Malgré la brutalité de la scène, on reste quand même loin du sadisme et de la sauvagerie extrème qu'offrait De Mille dans "Le Signe de La Coix" (dont ce Quo Vadis est très inspiré mais le De Mille était aussi une adaptation officieuse du livre finalement). Le pic d'intensité est atteint lorsque Deborah Kerr se retrouve seule dans l'arène attaché face à un taureau et héroïquement défendu par son serviteur Ursus, Taylor s'abandonnant enfin à la foi parallèlement.Très grand film donc, même si on a fait mieux dans un registre similaire quelques années plus tard avec Les Dix Commandements, Quo Vadis reste un film marquant du genre.

Trouvable dans une somptueuse édition zone 2 chez Warner