Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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dimanche 6 mars 2011

Gallipoli - Peter Weir (1981)

Lors de la Première Guerre mondiale, deux amis australiens, Archy Hamilton et Frank Dunne, s'engagent pour aller combattre. Leurs classes en Egypte se déroulent agréablement. Mais lorsqu'ils se retrouvent sur le champ de bataille de Gallipoli en Turquie, ils prennent subitement conscience de la terreur et de l'horreur de la guerre...

Peter Weir avait atteint une sorte de perfection dans l'art du récit mystérieux et atmosphérique avec ces trois premiers films, Les voitures qui ont mangés Paris, Pique-nique à Hanging Rock et La Dernière Vague. Gallipoli dessine donc un vrai changement de cap pour le réalisateur (tout comme l'excellent L'année de tous les dangers qui suivra) avec un récit ambitieux et ancré dans l'histoire australienne. Le 25 avril 1915, les troupes de l'armée australienne faisant face au turcs est littéralement décimée suite à une série de contre ordre et de retards de manoeuvre. La jeunesse australienne peuplant les troupes et peuplées de fermiers, aventuriers ou sportif est alors fauchée en plein élan dans ce qui est un traumatisme majeur au pour le peuple australien. C'est cette facette de jeunesse brisée dans la force de l'âge qui amène un Peter Weir encore tâtonnant sur le point de vue à adopter de faire de ses héros des sportifs et plus précisément des coureurs.

Le scénario dépeint ainsi les parcours parallèle et l'amitié de deux jeunes hommes amenés à s'engager dans le conflit pour des raisons bien différente. Archie (Mark Lee fougueux et innocent) se sent à l'étroit dans le bush où il vit, son talent pour la course à pieds étant sa seule perspective de le quitter un jour. Frank (Mel Gibson insolent d'aisance et de naturel captant la caméra comme la star en devenir qu'il est) d'abord réticent pour ce conflit dont il ne sait rien va lui se laisser tenter par la reconnaissance que pourrait lui apporter l'expérience et améliorer son quotidien terne au retour. Les deux amis se rencontrent au détour d'une course dont Mark sortira vainqueur et ne se quitteront plus.

Le connaisseur de la filmographie de Peter Weir sait bien que pour le réalisateur ce n'est pas l'objectif dicté par l'intrigue (ici la bataille de Gallipoli) qui importe mais bien le chemin parcouru, les expériences vécues pour y parvenir. Master and Commander accordait plus de place au quotidien de son équipage qu'aux Guerres Napoléonienne, Witness délaissait pour un temps sa trame criminelle pour dépeindre la communauté amish et bien sûr Pique-nique à Hanging Rock ne cherchait jamais à résoudre le mystère des disparitions des élèves pour nous plonger dans la langueur des instants qui précédait.

Il en va de même avec ce Gallipoli qui laisse bien une heure se dérouler avant que notre duo ne s'engagent et se retrouve concrètement au front. Entre temps, on les aura accompagnés à travers diverses expériences où ils apprendront à se connaître et scelleront leur amitié comme cette belle traversée d'un lac de sel désertique sous un soleil de plomb. Weir délivre d'ailleurs quelques réflexions fort intéressantes sur l'état d'esprit régnant alors en Australie. Jeune nation encore en quête d'affirmation, cet engagement dans la Première Guerre Mondiale lui permet de se positionner face à la tutelle encore insidieuse dans les esprits du Royaume Uni mais les opinions divergent dans la population. D'un côté ceux qui ne comprennent rien au tenants et aboutissants du conflit et ne souhaite guère s'en mêler (Mel Gibson, son père ou une étonnante rencontre avec un bushman dans le désert) et les autres exaltés d'affirmer enfin fièrement les couleurs de leur contrées au combats (Mark Lee et l'ensemble de la jeunesse, la bourgeoisie). C'est d'ailleurs ce déchirement qui provoque la terrible boucherie finale où un ordre absurde envoie une troupe entière au massacre par la simple crainte de perdre la face.

C'est dans les éphémères instants avant ce terrible final que se trouve l'intérêt de Peter Weir. Il magnifie cette aura juvénile insouciante à travers les différentes expériences de ses personnages qui découvre une nouvelle contrée, des coutumes, usages et personnalités qui leur sont inconnues. Cela se fait par un humour éclatant et tendre (la séquence chez le marchand, le quartier des plaisirs) mais aussi par la beauté solaire des images avec de somptueux crépuscules, des vues majestueuses des pyramides et l'aspect grouillant du Caire superbement rendu.

L'ombre menaçante de la guerre n'est certes jamais loin et Weir la rappelle à notre souvenir par l'absurde (ces instants digne des séquences de Robert Duvall dans Apocalypse Now où les soldats finissent par être indifférents aux explosions constante autour d'eux) ou par des séquences d'une sidérantes beauté tel ce débarquement nocturne dans la brume.

La bataille en elle même est un sacré morceau de bravoure où Weir transcende son budget limité en se focalisant comme toujours sur l'humain avec ses corps foudroyés dès leur sorties de tranchées, les visages terrorisés de ceux devant prendre leur suite.

Une terrible et cruelle fin pour ceux que l'on a accompagné avec tant d'empathie jusque là et comme pour stopper leur calvaire Peter Weir achève son film sèchement et sur une image symbole de cette jeunesse brisée qui sera d'ailleurs utilisée pour l'affiche. Un de ses plus beaux films.

Sorti en dvd zone français chez Paramount

mercredi 15 décembre 2010

Les voitures qui ont mangé Paris - The Cars That Ate Paris, Peter Weir (1974)

Des voitures tuent les habitants de Paris, un petit village rural imaginaire en Australie. Un homme dont le frère a été tué se retrouve dans le village...

Premier film de Peter Weir qui sera un petit fer de lance de la vague australienne qui déferlera en fin de décennie en particulier dans le fantastique, par Weir lui même avec Pique-nique à Hanging Rock à la lisière du genre et La Dernière Vague mais aussi et surtout George Miller et son Mad Max.

Ce premier essai un objet singulier et étrange, maniant surnaturel, burlesque et satire dans une atmosphère déroutante. La séquence d'ouverture donne le ton avec son imagerie publicitaire (on ne croit pas si bien dire la scène parodie spot pour des cigarettes très populaire diffusé dans les salles australiennes à l'époque) où un couple sillonne tout sourire une campagne australienne rayonnante, avant qu'un inattendu accident de voiture les précipite dans un ravin. La cause du drame ne semble pas clairement définie qu'on enchaîne dès la scène suivante d'une situation quasi similaire où deux frère roulant de nuit sont perturbé par un étrange phénomène et connaissent le même sort en échouant dans une fosse.

Le survivant Arthur (joué par un chétif et fragile Terry Camilleri co scénariste et ami de Peter Weir) passablement traumatisé est alors pris en main par la communauté solidaire du village isolé de Paris. Un des thèmes récurrents de l'oeuvre de Weir se dévoile alors peu à peu, à savoir la description d'un société vivant en vase clos et ses codes qu'on retrouve dans la communauté amish de Witness, l'équipage de Master and Commander ou les écolière de Pique-nique à Hanging Rock. Le mystère se dissipe autour de ce village bizarre jonché des carcasse de voiture des voyageurs ayant échoué là sans retour, admis au village ou disparus dans des circonstances trouble.

On découvre donc avec le héros les us et coutumes des habitants, que ce soit les raids furieux en voitures des plus jeune ou l'organisation méticuleuse dissimulant une dictature tyrannique menée par l'inquiétant maire joué par John Meillon (qui retrouvera Weir dans La Dernière Vague). Bien plus agité que son cadre champêtre le laisse supposer, le village s'avère être une prison menaçante dont on ne s'échappe pas, peuplé de personnages psychotique et inquiétants.

Le rythme est d'une lenteur extrême qui en décontenancera plus d'un tandis que le déroulement de l'intrigue et l'ambiance évoque Chapeau Melon et Bottes de Cuirs, La Quatrième Dimension voire un ancêtre aussie de Twin Peaks. Une vraie curiosité inclassable même si pas totalement aboutie qui lance un des grands réalisateurs des décennies à venir.

Sorti en dvd zone 2 français dans la collection "Les Films de Ma Vie" accompagné de "La Dernière Vague" dont on devrait reparler prochainement ici.

lundi 5 juillet 2010

Mosquito Coast - Peter Weir (1986)


Allie Fox ne trouve plus l'Amérique a sa hauteur, c'est un visionnaire, un inventeur maniaque et surdoué, l'idole de sa femme et de ses enfants. Son pays est devenu un rêve avorte, un pays tombe aux mains de boutiquiers médiocres. Des que l'occasion se présente, il quitte ce vieux monde pour le Honduras ou il débarque avec toute sa famille en pleine jungle "au royaume des moustiques". Voila un pays enfin a sa mesure. Il va faire des miracles et son esprit inventif s'épanouit. Mais les dieux jalousent ce titan...Un scénario ambitieux de Paul Schrader questionnant sur le rapport de l'homme face à une civilisation engoncée dans son confort, dans un monde où il n'y plus rien à découvrir ni à conquérir, où tout les plus grands exploit et réussite semble avoir été accomplis. C'est la sentiment du personnage de Harrison Ford, surdoué exalté qui se morfond dans une société peu disposée à accepter tout ce qu'il à lui offrir.

Et le récit de s'enfoncer au coeur de l'ambition et de la folie de cet homme lorsqu'il décide d'emmener femme et enfant dans la jungle pour accomplir sa destinée. Sans doute la dernière très grande prestation de Ford, en tout celle où il se met le plus en danger avec ce personnage exalté à l'enthousiasme et à l'énergie débordante mais capable de se transformer en terrible tyran lorsque les évènement tournent contre son ambition démesurée. L'influence de Schrader se ressent par la facette religieuse du scénario, avec cette idée de la machine à glace représentant une sorte de Tour de Babel, symbole du défi de Ford aux Dieux dont il s'est cru l'égal....

On sent le scénario prêt à tourner à l'odyssée à la Joseph Conrad avec un Ford dépassé par son pouvoir envers les autochtones mais Peter Weir n'ose jamais complètement verser dans ce registre là, même si des scènes comme l'expédition pour apporter de la glace au indigène ou encore la manière dont il abandonne le village une fois ses plans détruit questionnent sur son altruisme supposé. De même pour le final où l'opposition entre Ford et ses fils ne dépasse pas le cadre du film tout public, vraiment dommage que le scénario reste si sage sur certains points (dont le final un peu décevant et expédié) malgré quelques risques (la séquence où Ford tente de tuer les mercenaires installés au village). La présence de Ford malgré qu'il mette à mal son image pousse donc le tout vers un côté grand public et familial en dépit de la noirceur sous jacente.

Reste donc la prestation de Ford, mais aussi Helen Mirren excellente en femme introvertie et écrasée par la personnalité de son mari et le jeune River Phoenix parfait, entre fascination, remise en question et haine de son père. Weir nous gratifie de superbe vues de la faune sud américaine, et parvient à capter à merveille les tourments intérieurs de ses personnages comme souvent.

Facilement trouvable en dvd zone 2