Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com et suivre le blog sur twitter à http://twitter.com/#!/JustinKwedi

Pages

Affichage des articles dont le libellé est Peter Yates. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Peter Yates. Afficher tous les articles

samedi 30 novembre 2019

John and Mary - Peter Yates (1969)


Dans un appartement moderne de Riverside Drive, à New York. Mary se réveille dans le lit de John, un garçon qu'elle a rencontré la veille dans un bar. Alors qu'il est encore endormi, Mary fouille dans la maison pour en savoir plus sur son mode de vie. John est un jeune homme très méticuleux, alors que Mary est plutôt brouillonne. Elle a un amant occasionnel tandis que lui a mal vécu la séparation d'avec Ruth, un top model. Les deux jeunes gens se plaisent, mais chacun d'eux craint d'être prisonnier d'une nouvelle liaison. Mary quitte la maison et John est désemparé. Il part à sa recherche. En vain, car il ne sait rien d'elle...

Les années soixante amenèrent leur lot de bouleversements sociologiques, notamment dans les rapports homme/femme. Le cinéma, et plus précisément américain, mené par les jeunes loups du Nouvel Hollywood, devait intégrer cette nouvelle donne à leur film. L’exemple le plus parlant serait certainement le Bonnie and Clyde d’Arthur Penn avec son duo de gangsters fragile et glamour à la fois, faisant de Faye Dunaway l’égal de Warren Beatty (implicitement gratifié d’impuissance sexuelle) dans les scènes d’action. Le meilleur terrain de jeu pour témoigner de cette mutation (sexualité libérée, code Hays malmené…) était certainement la comédie romantique, genre audacieux mais timoré en raison de la censure, obligeant les cinéastes à aborder certains thèmes de manière détournée. John and Mary, belle réussite de l’inégal Peter Yates (Bullit, La Guerre de Murphy) en est un bel exemple, pris entre modernité et sentimentalité intemporelle.

Au petit matin, Dustin Hoffman et Mia Farrow se réveillent dans le même lit après une nuit passée ensemble. C’est le point de départ de cette comédie romantique qui inverse le propos en amenant tout le registre de la séduction après l’acte, dans une unité de temps et de lieu épatante (Greenwich Village se dévoilant en toile de fond). Un peu empruntés et méfiants l’un envers l’autre, les deux vont apprendre à se connaître durant la journée qui suit ce qui devait être une coucherie sans lendemain. Yates multiplie les astuces narratives géniales et ludiques : arrêt sur image, flashback dévoilant la rencontre finalement assez quelconque de la veille ou encore le passé des héros, faux flash forward où ils imaginent ce qu’ils feront du reste de leur journée après s’être débarrassés l’un de l’autre. 

Les pensées des héros dévoilées en voix off à des moments clés du film créent un décalage hilarant, que ce soient les tactiques de séduction, les mots mal interprétés qui déclenchent la suspicion des deux côtés (dont un passage tordant où Hoffman soupçonne Farrow de vouloir s’installer chez lui, lorsqu’elle réfléchit au dîner du soir en contemplant ses provisions). Sans vraiment s’en rendre compte, les deux sont tombés amoureux et sont incapables de se « décoller », sentiment renforcé par une intrigue qui ne quitte jamais l’appartement d’Hoffman. Cette contrainte spatiale crée progressivement une fausse nonchalance, un ennui factice tandis que le rapprochement inconscient est lui bien réel.

Le film adopte le mécanisme narratif des comédies romantiques de l’âge d’or hollywoodien, tout en usant des inventions formelles du Nouvel Hollywood, largement influencé par la Nouvelle Vague et notamment par À bout de souffle (la ressemblance physique de Mia Farrow avec Jean Seberg et son fameux look cheveux courts, ou les longs instants oisifs dans l’appartement). L’alchimie entre Hoffman (qui a gardé tout le charme juvénile du Lauréat) et une Mia Farrow absolument craquante (époque Rosemary’s Baby) font le reste. La dimension sexuelle est bien présente sans être appuyée outre mesure. C’est d’ailleurs là une des réussites du film : amener la rencontre par des voies nettement moins conventionnelles qu’auparavant, tout en illustrant la romance naissante par des attitudes et comportements universels. Le contexte a beau se faire plus moderne, au final, la maladresse est la même chez tous les amoureux, quelle que soit l’époque… 

Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez Solaris découverte 

mardi 17 janvier 2017

Les Copains d'Eddie Coyle - The Friends of Eddie Coyle, Peter Yates (1973)

Eddie Coyle est un bandit sans envergure qui vit de petits boulots, de trafic d’armes et de contrebande. Pour échapper à une condamnation et éviter de finir ses jours derrière les barreaux il accepte de travailler comme indic pour Dave Foley, un agent du FBI.

Le méconnu The Friends of Eddie Coyle est pourtant un des meilleurs polars des 70's tout en constituant un des très grands rôles de Robert Mitchum. La star avait remarquablement su se réinventer avec l'âge mûr, délaissant la séduction et la dangerosité virile d'antan pour des rôles où il se montre plus vulnérable et joue de sa vieillesse dans La Fille de Ryan de David Lean (1970), Yakuza de Sidney Pollack (1975) ou plus tard Maria's Lovers de Andreï Kontchalovski (1984). The Friends of Eddie Coyle est la plus belle illustration de cette grandeur dans la modestie avec ce rôle de petite main de la criminalité de Boston. Le film adapte le roman éponyme de George V. Higgins.

C'est le premier ouvrage de l'auteur qui comme dans le reste de son œuvre s'inspire grandement de son expérience de procureur adjoint général du Massachusetts où il plaida devant la cour suprême une soixantaine d'affaires impliquant des activités illégales de la mafia. Cette connaissance du milieu donnait une réalité palpable aux mœurs et langage criminel dépeint et The Friends of Eddie Coyle revisite la tragique fin de Billy O'Brien, petit malfrat de Boston assassiné en 1967. Le coupable était le psychotique et paranoïaque James "Whitey" Bulger (récemment incarné brillamment par Johnny Depp dans Strictly Criminal (2015)) qui le soupçonnait d'être un informateur - ironiquement Bulger s'avéra lui une vraie balance du FBI donnant ses rivaux pour asseoir son pouvoir.

L'histoire part donc du même postulat avec un Eddie Coyle (Robert Mitchum) en sursis et pris entre deux feux. Sous le coup d'une condamnation qu'il cherche à éviter pour préserver sa famille, son seul espoir serait d'être indic pour le manipulateur agent du FBI Dave Foley (Richard Jordan). Cela l'exposerait pourtant s'il était démasqué à des représailles fatales de la part de ses acolytes criminels. Coyle joue ainsi sur les deux tableaux en étant l'entremetteur pour fournir les armes à un gang de braqueur de banque tout en négociant sa survie avec le FBI. Peter Yates rend remarquablement justice à George V. Higgins (tout comme le fera bien plus tard et dans un registre plus ironique le très bon Cogan: Killing Them Softly (2012) seule autre adaptation de l'auteur) par sa déglamourisation du monde criminel. Les rencontres et deal se font dans les squares abandonnés, les parkings de supermarchés et les bars les plus miteux. Les rapports et la hiérarchie des malfrats se fait à travers le degré d'intimidation et une place progressivement déployée sur l'échiquier criminel où chacun es constamment le jouet d'un autre plus aguerris, expérimenté et dangereux.

Coyle en impose ainsi le temps de quelques tirades viriles au minable vendeur d'armes Jackie (Steven Keats) qui lui-même joue les dure à cuire face à sa clientèle la plus minable (un couple de marginaux en quête d'arme lourde et des voleurs minables). Coyle est quant à lui dans ses petits souliers face aux braqueurs qu'il alimente en armes, ces derniers s'avérant aussi pathétiques dans leur quotidien (l'entrevue avec un acolyte louant un mobile-home avec une bimbo vulgaire) que dans l'exécution de leurs métier avec une méthode (prendre en otage la famille du directeur de banque pour le soumettre, argument réutilisé d'ailleurs bien plus tard et en plus léger dans le Bandits (2000) de Barry Levinson) manquant singulièrement de panache.

Tous et plus particulièrement Coyle sont les jouets de haute sphères manipulatrice qui remportent une mise bien plus ambitieuse, que ce soit l'avancement pour l'agent Dave Foley ou la disparition de comparses trop gourmand et imprévisible pour le fascinant personnage de Dillon (Peter Boyle). Celui-ci est clairement inspiré de James "Whitey" Bulger par son double jeu et sa dangerosité d'homme de main de la mafia. L'interprétation glaçante de Peter Boyle tout comme l'aura dont l'entoure Peter Yates le rendent sacrément menaçant sans qu'on l'ait vu en action- si ce n'est de façon tout aussi abjecte que ses comparses durant l'épilogue .

Robert Mitchum traîne une carcasse fatiguée et arbore une allure résignée qui semble le condamner dès le départ. Hormis quelques scènes de braquage tendue et à la violence sèche, Peter Yates déploie ainsi un polar urbain sinistre dans le Boston le plus crapoteux possible baigné dans la photo autmanle et dépressive de Victor J. Kemper - seul le score groovy de Dave Grusin amène un semblant d'allant. Le final tragique attendu se montrera minable, sans emphase et finalement poignant dans le destin du héros.

Sorti en BR et dvd zone 2 anglais chez Eureka et doté de sous-titres anglais

lundi 7 mars 2016

La Guerre de Murphy - Murphy's War, Peter Yates (1971)

Dans les derniers jours de la Seconde Guerre mondiale, le Mount Kyle, un cargo britannique est torpillé par un U-Boot dans le delta de l'Orénoque, un fleuve du Venezuela, et l'équipage est massacré. Murphy, simple cuistot irlandais, est l'un des deux seuls survivants avec un pilote aviateur, le lieutenant Ellis qui est grièvement blessé. Ils trouvent refuge dans une mission dirigée par le Docteur Hayden, une femme médecin quaker; auprès de laquelle est abandonné depuis le début de la guerre Louis Brezon, un ingénieur français travaillant pour une compagnie pétrolière.

La Guerre de Murphy est une œuvre curieuse, à mi-chemin entre le film de guerre patriotique "à l'ancienne" et un ton pacifiste et libertaire plus en vogue à travers des œuvres comme MASH ou Catch 22. Cette dichotomie s'exprime par le fossé ressenti entre l'attitude du personnage principal et le contexte du récit. Seul survivant d'un cargo britannique torpillé par un U-Boot allemand, le cuisinier d'équipage Murphy est sauvé et accueilli dans une mission bordant l'Orénoque au Venezuela. En ces derniers jours de la Deuxième Guerre Mondiale, Murphy pourrait se la couler douce dans ces paisibles terres exotiques mais une rage guerrière l'anime toujours, la présence alentour du sous-marin allemand l'incitant à se venger. Peter O'Toole (se délectant de jouer un anti Lawrence d'Arabie) confère au personnage une exubérance irlandaise savoureuse et attachante qui fait oublier sa nature de fou de guerre.

Le scénario joue constamment d'une certaine ambiguïté pour dépeindre son attitude comme de l'héroïsme ou de la folie. Sa haine lui donne une énergie et lui fait réaliser des prouesses auxquelles Peter Yates confère un vrai souffle épique comme lors de la longue scène où Murphy s'improvise pilote d'hydravion, luttant, râlant et piétinant jusqu'à maîtriser l'appareil. Cette fougue amène une bienveillance et une empathie du spectateur qu'on ressent à travers les deux autres personnages, suivant sans hésiter Murphy dans sa folle entreprise comme le français Louis Brezon (Philippe Noiret) ou lui pardonnant tout comme le Docteur Hayden (Siân Phillips, épouse de Peter O'Toole à l'époque).

Pourtant peu à peu la témérité va révéler un esprit perturbé, obsessionnel et individualiste. Peter Yates oppose l'exaltation de Murphy au froid pragmatisme des allemands dont chacun des actes de guerre aussi révoltant soient-ils (le meurtre du pilote) obéissent à une froide logique stratégique et collective quand notre héros poursuit un but égoïste. Ses provocations envers les allemands mettent en danger la paisible communauté sans qu'il s'en soucie et la dernière partie étouffante évoque une sorte de Moby Dick où le sous-marin allemand fait office de baleine. Le conflit pourtant terminé n'a plus d'importance, seul compte ce duel, cette quête mystique et finalement vaine.

Il demeure néanmoins un léger problème de ton, le jeu outrancier de Peter O'Toole atténuant l'aura inquiétante de Murphy, ce qui s'explique par l'hésitation de Peter Yates qui faillit donner au film une issue héroïque malvenue et regretta de ne pas l'avoir fait pour des raisons commerciales. La confrontation finale hésite ainsi entre souffle épique et tension psychologique sans que l'on ressente cette ambiguïté comme totalement volontaire. Reste néanmoins un beau film d'aventures, visuellement éblouissant par instants notamment une photo superbe du regretté Douglas Slocombe qui magnifie les décors naturels de toute beauté.

Sorti en dvd zone 2 français chez Opening