Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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lundi 18 avril 2016

Dance Hall - Charles Crichton (1950)


Histoire de quatre ouvrières et leurs diverses aventures dans une salle de danse londonienne....

Dance Hall est une production assez oubliée du studio Ealing dont l'approche inédite restera sans lendemain au vu de son insuccès. Le film est en effet un des rares Ealing adoptant un point de vue féminin à travers une trame se préoccupant justement de la place de la femme dans cette Angleterre d'après-guerre. Le contexte avait conduit à une certaine autonomie des femmes avec les hommes au front et ces dernières contribuant à l'effort d guerre en usine. Dance Hall nous montre la situation complexe de l'après-guerre où les femmes sont déchirées entre un retour au statut de ménagère soumise et des aspirations à une autre vie qu'elles ont entrevue durant cette période sans hommes.

Dans le film, une salle de danse londonienne sera le vecteur de ces désirs contradictoires. C'est là que se retrouvent les quatre ouvrières Eve (Natasha Parry), Carole (Diane Dors), Georgie (Petula Clarke) et Mary (Jane Hyton). Entre les contraintes de l'usine et un foyer parental qu'elles ne pourront quitter que par le mariage, la salle de danse représente leur seul vrai espace de liberté. C'est là que le scénario situe tous les rebondissements, la semaine ne constituant qu'un interlude au moment où ces jeunes femmes se sentent réellement vivre, le weekend sur la piste de danse.

Les attentes sont très différentes pour chacune des héroïnes. Eve retrouve au dance hall le ténébreux Alec (Bonar Colleano), séducteur glacial mais plus excitant que son fiancé plus terre à terre Phil (Donald Houston). Georgie rêve elle d'une carrière de danseuse en gagnant le concours organisé au dance hall tandis que Carole n'aspire qu'à y trouver un mari. La justesse de la caractérisation laisse deviner que le scénario a été écrit par une femme, en l'occurrence Diana Morgan qui le cosigne avec Alexander Mackendrick. Le regard aurait été encore plus juste si elle en avait assuré la réalisation (dans la logique de promotion de Ealing puisqu'on lui doit d'autres scripts fameux comme celui de Went the day well (1943)) mais Michael Balcon préférera la confier à l'efficace Charles Crichton.

Le film interroge sur des thématiques novatrice et propose nombres de séquences fortes où les jeunes femmes se confrontent au limites entre leur statut et leur rêves, Eve subissant des crises de jalousie injuste à chaque échappée au dance hall et Georgie nourrissant une culpabilité face à ses parents durant les concours de danse. Cela ne va cependant pas plus loin avec un retour dans le rang final qui évite la mièvrerie grâce au charme des actrices. Petula Clark trouve son premier rôle adulte après ses débuts d'enfant star et est très touchante, Diana Dors impose déjà sous une forme plus légère ses atours de vamp et Natasha Parry campe un personnage assez poignant dans ses hésitations. La presse britannique sera assez injuste avec le casting, estimant les actrices trop glamour et pas crédibles en héroïnes working class.

Autre point fort, les formidables scènes de bal. La caméra de Charles Crichton explore le décor splendide du sol au plafond, les travellings capturent dans le mouvement les figures des danseurs et la frénésie de l'orchestre (The Geraldo Orchestra pour les amateurs) alternent avec l'excitation du public dans un ensemble dynamique. La photo de Douglas Slocombe sait cependant donner un contour plus inquiétant aux lieux au fil des déconvenues rencontrées par les héroïnes. Une œuvre intéressante dont les qualités seront reconnues au fil des décennies, notamment lorsque Terence Davies en vantera les mérites dans les années 90.


Sorti en dvd zone 2 anglais chez Studiocanal et doté de sous-titres anglais

mercredi 20 juillet 2011

Easy Money - Bernard Knowles (1948)


Easy Money est un très plaisant et amusant film à sketch satirique autour de la tradition anglaise du "football pool", soit les paris sur les matchs du championnat. Le film marquait la prise de pouvoir du producteur Sidney Box aux studios Gainsborough, auréolé du succès extraordinaire du Septième Voile un des films les plus populaire du cinéma anglais qu'il écrivit (avec sa femme Muriel Box) et produisit. Jusque là spécialisé dans le mélodrame en costume, le studio Gainsboruough change de direction sous l'influence d'un Sidney Box souhaitant amener une touche plus contemporaine et réaliste au films du studios. Easy Money par son mélange des genres, son humour caustique et surtout son sujet très terre à terre parlant à un public subissant encore les privations de l'immédiat après guerre est donc assez emblématique de ce nouvel élan.

Après une introduction ironique nous présentons le goût des anglais pour les jeux d'argent et plus particulièrement pour le "football pool", le film se divise en quatre sketch nous présentant avec humour les réactions diverses et variées de diverse tranche de la population face à des gains inattendus.

Le premier sketch nous présente une famille anglaise de classe moyenne heureuse et aimante mais qui a tout de même du mal à joindre les deux (le fils et la fille aîné adultes ainsi que la grand mère vivant toujours avec la famille souligne de manière sous-jacente cet aspect économique difficile). Tout change lorsque le père (Jack Warner) découvre avec stupeur que son traditionnel pari est gagnant. L'argent n'est pas même arrivé que la famille se déchire déjà, entre les affaires douteuse du fils, le désaccord entre mari et femme pour déménager au bord de la mère et la grand-mère scandalisée d'avoir des parieurs sous son toit.

Gros problème cependant, la fille cadette (jouée par une toute jeune Petula Clark, oui celle de Downtown !)a oubliée de poster le billet gagnant à la loterie nationale... Simple et efficace, le sketch montre assez habilement comment l'argent devient pomme de discorde et réveille les vieilles rancoeurs à l'opposé de la modeste condition de départ qui amenait tout le monde a se serrer les coudes. Les protagonistes très attachants évite au sketch de tourner à la rhétorique démonstrative et l'ensemble se suit avec plaisir.

Le second sketch est plus ouvertement caustique et distancié, mais aussi plus tragique. Atkins, un modeste employé (Mervyn Johns) découvre qu'il est vainqueur de son dernier pari sportif. La nouvelle a de quoi alarmer cet homme faible et effacé qui ne sait comment gérer la situation sans mettre à mal sa discrétion naturelle. Mervyn Johns est épatant en esprit faible pris entre sa femme qui l'incite à démissionner de son emploi ingrat et son patron qu'il n'ose pas même regarder dans les yeux (et une belle idée de ne signaler sa présence qu'en voix off et vue subjective qui le rend plus imposant encore pour le malheureux héros). La chute est assez cruelle avec un stratagème farfelu qui tourne bien mal.

Le troisième sketch est le plus luxueux avec son univers du music-hall et lorgne sur le film noir. C'est d'ailleurs à Gilda qu'on pense avec une Greta Gynt se la jouant Rita Hayworth en chanteuse au sex-appeal ravageur et affolante en robe longue fendue. Une vraie femme fatale qui va causer la perte de son amant Joe (Dennis Price futur héros de Noblesse Oblige), employé de loterie qui va truquer la billetterie afin d'avoir les moyens de l'entretenir. Une bonne petite intrigue policière habilement mené et à la chute bien cynique dominée par la prestation de Greta Gynt aussi vénale que sensuelle.

Le dernier sketch est aussi le plus léger et drôle de l'ensemble. Edward "Teddy" Ball (Edward Rigby) est un vieux contrebassiste méprisé par son chef d'orchestre qui ne lui accorde qu'un espace minimale d'expression (son jeu est génialement limité) et ne cesse de le railler. Lorsqu'à son tour il devient riche grâce au "football pool" l'occasion lui sera donné de prendre une éclatante revanche. Le vétéran Edward Rigby est génial en vieux musicien bougon et le sketch est le seul à montrer son héros réellement jouir de sa nouvelle condition. Le second degré est omniprésent avec la bande son envahi par la seule note de contrebasse que Rigby peut (sait ?) jouer nous guidant vers une chute éclatante de drôlerie.

Très bon et homogène (c'est rare) film à sketch donc, une belle réussite dans le genre.

Sorti en dvd zone 2 anglais mais dépourvu de sous-titres français ni anglais.