Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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samedi 1 avril 2017

Mandy - Alexander Mackendrick (1952)


Mandy, sourde à sa naissance, est tiraillée entre ses parents qui ne sont pas d’accord sur l’éducation à lui donner. Sa mère l’inscrit dans une institution spécialisée où un professeur la convainc que, grâce à ses méthodes, Mandy pourra peu à peu apprendre à parler. Jaloux du professeur, le père retire l’enfant de l’institution…

On connaît surtout Alexander Mackendrick pour sa veine mordante qui fit merveille le temps d’une poignée de chef d’œuvre au sein du studio Ealing (Whisky à gogo (1949), L’Homme au complet blanc (1951) ou encore Tueurs de dame (1955)) et lui valut un ralentissement de carrière prématuré avec le très sombre Le Grand Chantage (1955) réalisé à Hollywood. Les charges du réalisateur concernaient pourtant toujours l’institution tandis qu’une vraie tendresse pouvait s’exprimer dès qu’il s’agissait de s’attarder sur l’individu ou la collectivité bienveillante. Seulement, la noirceur de Mackendrick dominait le plus souvent cette facette plus douce quand c’est précisément l’inverse qui se déroulera dans ce magnifique Mandy. Le film adapte le roman The Day Is Ours de Hilda Lewis paru en 1946. Surtout connue en Angleterre pour ses romans historiques, Hilda Lewis signa également quelques célèbres romans pour enfant comme The Ship that Flew et donc The Day is Ours qui s’inspire de son expérience d’enseignante et plus précisément de celle de son époux Michael Lewis, spécialiste de l’enseignement des sourds à l’université de Nottingham. 

Alexander Mackendrick capture ainsi avec délicatesse ces approches, que ce soit la violence et solitude du monde de l’enfance quand on souffre d’un handicap ou l’attention et la persévérance du corps enseignant pour guérir ces maux. Ce sera tout d’abord les différents points de vue sur le handicap qui guideront le propos moral et social du récit.  La découverte de la surdité de Mandy se fait par des idées formelles et narratives qui annoncent les conflits à venir. Christine (Phyllis Calvert) s’alerte ainsi la première que sa fille Mandy (Mandy Miller) ne parle pas et soit si peu réactive à son environnement. La tension dramatique naît constamment du fossé de jugement entre la mère et le père Harry (Terence Morgan). Mackendrick passe constamment d’un plan de la fillette isolée par son mal du point de vue de la mère à un gros plan de celle-ci pour toujours appuyer sa vigilance et sa détresse - ce visage anxieux lorsque le fils d’une amie lui dit au revoir quand son propre enfant reste silencieux – plus grandes que chez son époux. Ce dernier est d’abord dans le déni et la désinvolture lorsqu’il voudra éprouver les dires de Christine, et Mackendrick alterne cette fois son point de vue sur Mandy qui a tout du bébé « normal » avec un plan d’ensemble qui symbolise ce refus de voir. Toute cette construction se révèle lorsqu’ils iront tester l’attention de Mandy dans sa chambre, celle-ci paraissant réagir à leur arrivée sans les voir mais ayant juste été alertée par la lumière diffusée par l’embrasure de la porte. Quand le père ne retient que la réactivité initiale la mère en voit le vrai motif et cerne le handicap qui sera confirmé par les spécialistes : Mandy est et sera toujours sourde à cause d’une malformation.
L’ensemble du film repose ainsi sur ce double regard opposé. Si le bébé choyé peut s’épanouir dans la douceur du foyer, Mandy désormais âgée de six ans souffre de son isolement et chaque interaction accidentelle à son environnement est source de drame. Visuellement le mur séparant la cour de la maison où déambule seule Mandy à l’aire de jeu voisine exprime cette solitude. Chaque étranger rencontré se réduit à un visage, une bouche ou un œil menaçant dans des gros plans saisissants. Les taquineries ordinaires d’enfants deviennent source de grande confusion - les cadrages incertains accompagnant Mandy incapable de récupérer son ballon – pour finalement n’exprimer qu’une idée : sortie du cercle intime, le monde extérieur n’est que souffrance et peur pour Mandy. 

Le cocon familial de Mandy ne l’expose en fait que plus durement aux soubresauts de cet inconnu, auquel elle ne peut répondre que par une violence instinctive exprimant sa détresse. On passe ainsi des sentiments du déni pour le père, de la compréhension pour la mère et la peur pour Mandy. Celui qui résoudra l’ensemble est la compréhension mais cela ne se fera pas sans heurts. C’est là qu’on retrouvera le mordant de Mackendrick qui fustige le monde bourgeois de la famille de l’époux ou le handicap est un mal qui doit se cacher. L’institution en prend pour son grade également avec l’administrateur (Edward Chapman) de l’école incapable d’empathie et n’y voit qu’une façade, un bilan comptable à équilibrer – comme le soulignera un dialogue cinglant – plutôt que des individus à aider.

Pour Christine, il s’agit de lâcher prise pour déléguer l’aide qu’elle ne peut donner à sa fille. Par son opposition à son époux et sa belle-famille, elle dégage une forme de modernité et individualité dans la société anglaise quand l’enseignant dévoué Dick Searle (Jack Hawkins) exprime ce même symbole face à la bureaucratie. Ces deux rebelles se rapprochent donc pour le bien de Mandy mais si les mœurs sont respectées et que tout rentrera dans l’ordre, Mackendrick dévoile une romance platonique allant plus loin que la simple calomnie. La profonde attention et douceur des deux personnages en font des figures complices et donc coupables à la fois du point de vue biaisé du mari jaloux et des mauvaises langues, mais aussi par leur propre attitude ambiguë – le regard tendre de Christine sur Dick faisant grandement évoluer Mandy, la déception dans sa voix lorsqu’elle apprend qu’il est marié… Ce sont ces petites incertitudes qui rendent le film plus prenant encore et lui évite toute mièvrerie.

Mais là où Mandy cueille véritablement le spectateur, c’est quand il dépeint avec grâce les heurts et bonheur du processus d’apprentissage.  L’ouverture au monde de Mandy s’observe dans un mélange de bienveillance et de rigueur où chaque étape met en valeur les efforts de la fillette et ceux de ses professeurs. Tout cela évolue en parallèle, les premières heures difficiles de Mandy – qui découvre la vie en communauté et le langage bien trop tard pour son âge - au sein de l’école  confrontant le corps enseignant à une impasse qui constitue également un apprentissage pour eux – tel cette jeune éducatrice (Patricia Plunkett) passant de l’incompréhension à l’exaltation lorsque le travail de transmission fait son œuvre. Le monde étouffant et inconnu semble constamment s’élargir au fil de sa compréhension par la fillette. Le cocon protecteur de l’école n’est pas comme celui de la famille une barrière face à l’extérieur mais une ouverture. L’intime et l’épique se confondent en suspendant toute l'émotion au moindre pas en avant que fera Mandy, sa première syllabe de Mandy ou la première fois qu’elle prononcera « maman ». L’effort et le bonheur de l’éveil se lisant sur son visage se confond avec la satisfaction de l’enseignant pour une récompense commune. Alexander Mackendrick joue magnifiquement de cette connexion élève/professeur dans sa mise e scène. 

Dans l’espace de l’appartement on aura notamment plan moyen captant Mandy et Dick Searle face à face, un léger panoramique passant de l’un à l’autre comme pour nous signifier la compréhension et le passage de ce savoir de l’un à l’autre. A l’inverse dans la salle de classe le monde de l’enfance enfin accueillant contribue à la sérénité de Mandy et son institutrice (magnifique interprétation de Dorothy Alison) saura même rebondir sur sa fébrilité pour la faire avancer. La jeune Mandy Miller offre une interprétation incroyablement sensible et expressive, au point de laisser croire à l’époque aux spectateurs qu’elle était réellement sourde. Phyllis Calvert en mère courage est tout aussi touchant au côté d’un Jack Hawkins habité sous ses airs bourru. Tout l’univers de Mandy semble se rééquilibrer une fois l’apprentissage assimilé, ce qu’exprime une magnifique dernière scène où toutes les peurs - les siennes et celles de ceux qui l’aime – s’estompent pour enfin aller avec confiance vers les autres. 

Ressort en salle le 5 avril 

mercredi 23 novembre 2016

Mr. Denning Drives North - Anthony Kimmins (1951)

Ceci est l'expose des circonstances qui ont arraché Denning à sa bienheureuse quiétude pour lui imposer double rôle de chasseur traqué et de gibier poursuivant Ceci est l'histoire des événements qui ont amené surhomme à sangloter dans les bras de sa femme, cachant les yeux pour fuir la réalité, qui lui est de plus en plus intolérable encore que les cauchemars qui hantent ses nuits...

Mr. Denning Drives North est la première collaboration entre le scénariste australien Alec Coppel et le réalisateur Anthony Kimmins. Le duo donnera deux ans plus tard l'excellente comédie Captain Paradise qui ouvrira à Alec Coppel les portes d'Hollywood pour notamment deux prestigieuses collaborations avec Hitchcock avec La Main au collet (1955) et surtout Vertigo (1958). C'est donc bien dans le thriller que s'illustre Alec Coppel ici qui adapte son propre roman L'assassin court toujours. Le thème du film annonce d'ailleurs la dualité psychologique de Captain Paradise avec déjà un père de famille tiraillé, pas dans une culpabilité polygame mais criminelle où la quiétude du cadre familial ne peut lui faire oublier un acte meurtrier involontaire.

C'est lorsqu'il nous fait adopter le point de vue coupable de son héros que le film fonctionne le mieux. Le récit s'ouvre une frénétique scène de conduite sur une route nocturne déserte de Tom Denning (John Mills), l'agitation du personnage se ressentant par le découpage heurtée de Kimmins, la séquence évoquant le rêve tourmenté. Ce sera d'ailleurs plus explicite avec la séquence suivante, vrai scène de cauchemar où Denning se voit condamné à mort par un tribunal imaginaire. Avant de nous révéler ce qui ronge tant le riche industriel Tom Denning, Kimmins en dévoile divers éléments déclencheurs plus ou moins liés : l'activité stressante de sa société d'avion, le retour au foyer de sa fille Liz (Eileen Moore) dont on devine l'absence par un conflit familial.

Tout dans la mise en scène claustrophobe d'Anthony Kimmins ainsi que dans le jeu tendu à bloc de John Mills contribue à installer un climat anxiogène dont la seule lumière vient de l'épouse attentive jouée par Phyllis Calvert. La révélation du crime de Denning sera le sommet de ce climat oppressant. Soucieux d'éloigner de sa fille un amant douteux et perverti joué par Herbert Lom (qui en une courte présence à l'écran parvient à distiller le caractère détestable et intéressé de son personnage), Denning va accidentellement le tuer et la traversée nocturne d'ouverture était en fait un fragment de la difficile manœuvre du héros pour se débarrasser du cadavre. Entre urbanité expressionniste et échappée en forêt frôlant le fantastique (la saisissante apparition de la pleine lune) toute la séquence constitue un intense morceau de bravoure.

La culpabilité du personnage reposera donc sur cet acte fatidique, mais également sur une angoisse insoluble du fait que le cadavre semble n'avoir jamais été retrouvé. Denning va donc mener une enquête assez paradoxale, remontant la piste de son propre crime afin d'apaiser son esprit. Les idées formelles jouant sur la répétitivité du fameux trajet vers le nord de Denning participe subtilement à cet effet d'hypnose ressenti au départ. Malheureusement le film va perdre de son attrait en s'éloignant de cette veine psychologique pour se montrer maladroitement explicatif. Si cela est peut-être plus clair dans le roman, à l'écran c'est à se demander si le héros cherche vraiment à se faire démasquer tant il multiplie les maladresses le rendant bien visible aux yeux de la justice (notamment un policier joué par le futur "M" Bernard Lee).

C'est laborieux, bavard et particulièrement poussif dans côté explicatif artificiel (les scènes de procès sont interminables) et pire, la mise à mal intéressante de la cellule familiale initiale vire à la résolution gentillette et moralement douteuse. C'est vraiment un beau gâchis tant les prémisses étaient originaux et prenant. Heureusement comme précédemment évoqué Anthony Kimmins et Alec Coppel manieront avec plus de brio et d'audace des thématiques voisines dans la comédie Captain Paradise.

Sorti en dvd zone 2 anglais et sans sous-titres chez Network

Extrait

dimanche 15 février 2015

Prisonnières de guerre - Two Thousand Women, Frank Launder (1944)


Durant la Seconde Guerre Mondiale, en France, Freda Thompson, une journaliste déterminée, est déportée dans un camp allemand. Une nuit, alors que les bombardements font rage, un avion britannique est touché. Trois de ses occupants échappent miraculeusement à la mort grâce à leur parachute, mais atterrissent dans le camp nazi qu'ils étaient en train de survoler. Frida et ses camarades décident alors de les cacher pour mieux les aider à s'évader...

Lorsque le studio Gainsborough contribue à l’effort de guerre du cinéma anglais, ce sera forcément sous un angle romanesque et féminin avec ce Two Thousand Women. Frank Launder aura su dresser le portrait de l’Angleterre en guerre sous un angle intimiste à travers une trilogie (coécrite et réalisée avec son partenaire Sidney Gilliat) composée de Ceux de chez nous (1943) illustrant la mobilisation des femmes en usine d’armement et Waterloo Road (1945) narrant un triangle amoureux sur fond de blitz. Two Thousand Women est plus frontal dans sa dimension de film de guerre (avec confrontation directe à l’ennemi nazi quand il restait une menace invisible dans les deux autres films) et mélange la touche humaniste de Frank Launder avec le côté plus piquant de la Gainsborough tout en maintenant la tension attendu dans le genre. Pour rappel la Gainsborough fut un des studios phares du cinéma anglais des années 40, produisant des mélodrames en costumes éblouissant de provocation, d’inventivité et d’audace comme The Wicked Lady (1945), The Man in grey (1943) ou Caravan (1946) mais qui savait faire état de la situation d’alors en Angleterre notamment dans le beau Love Story (1944).

Durant la Seconde Guerre Mondiale, un groupe de jeune femmes, anglaises pour la plupart, sont déportée dans un camp allemand assez particulier, un ancien hôtel de luxe reconvertit en geôle. La première partie permet d’expliquer l’incongruité de cette présence anglaise par le portrait des prisonnières qui dessine tout un panorama des classes sociales anglaises.  On aura ainsi une vieille fille arrachée à sa villégiature (Flora Robson), une journaliste/écrivain en voyage (Phyllis Calvert), une religieuse arrachée à son couvent (Patricia Roc) et surtout une des jeunes femmes « aventurières » ayant exercée les professions diverses et plus ou moins recommandables (Jean Kent et son passé de stripteaseuse). Ce contraste permet quelques moments amusant comme quand, pénurie d’eau oblige, les femmes se déshabillent sans gêne et partagent leur bain tout en dégustant une tasse de thé sous le regard horrifié des plus collet-monté peu habituées à cette promiscuité. 

La cohabitation se fera tant bien que mal, si ce n’est que plane la menace d’une espionne allemande parmi les prisonnière. Lorsque des pilotes anglais abattus trouveront refuge dans l’hôtel, nos héroïnes devront jouer avec cette menace intérieure et celle de leurs geôliers allemands pour les faire échapper.
On démarre ainsi dans une touche légère du fait de ce cadre pénitentiaire inhabituel d’où les français ne sont pas absents (le propriétaire de l’hôtel joué par Guy Le Feuvre). La tonalité change quelque peu du fait de cette orientation féminine et la facette patriotique se conjuguera constamment aux passions de nos héroïnes, faisant l’originalité du film par rapport à d’autres avatars du genre comme La Grande Illusion de Jean Renoir ou Stalag 17 (1953) de Billy Wilder. 

La tension grimpera progressivement, de disparition d’objet mystérieuse en punition envers certaines que seule une trahison peut justifier jusqu’à le jeu de dupe et de cache-cache lorsqu’il faudra dissimuler les pilotes. Le scénario tout en en faisant des personnages forts se joue aussi de certains « travers » féminins comme une scène mémorable où le caquetage va répandre la rumeur de la présence des prisonniers jusqu’à arriver aux oreilles de l’espionne allemande infiltrées. Le tempérament passionné de ses femmes est source de courage et de danger à la fois, à l’image du personnage de Jean Kent prêt à tout pour la perte puis la survie d’un des pilotes coupable d’un machisme révoltant envers celle qui l’a sauvé. On aura également une approche plus tendre avec la romance entre Patricia Roc et un autre pilote. 

On reconnaît bien là le mélange des genres de la Gainsborough et Frank Launder regrettera par la suite de n’avoir pas adopté un ton plus globalement sérieux au film. C’est pourtant ce qui fait tous le sel du film, passant du cliché sur la femme frivole et précieuse à la vraie héroïne et patriote anglaise digne de ses comparses masculins lorsque le danger se fait jour. On vibre d’autant plus tout en étant confronté à des situations inédites dans le genre (le final est un modèle de suspense). Ces femmes ont mérité notre admiration (le casting des habituées de la Gainsborough est parfait avec Phyllis Calvert, Jean Kent et Patricia Roc, ne manque que Margaret Lockwood) lors du final triomphal où elles chantent la gloire de l’Angleterre face aux allemands qu’elles ont dupés.

Sorti en dvd zone 2 français chez Elephant Film 

Extrait