Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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vendredi 13 mai 2011

Mamma Roma - Pier Paolo Pasolini (1962)

Mamma Roma, prostituée d'une quarantaine d'années pense être libérée de son jeune souteneur, Carmine, et tente de refaire sa vie. Elle reprend à ses côtés son fils, Ettore, qui ignore son passé. Ils emménagent dans l'appartement d'une nouvelle cité de banlieue qu'elle rêve idéale. Mamma Roma travaille désormais comme vendeuse sur le marché, pleine d'espoirs pour Ettore et la nouvelle vie qui commence.

Tout comme avec son premier film Accattone, Pasolini transcendait avec ce second essai l'inspiration néo réaliste pour délivrer une oeuvre toute personnelle et pétrie de ses thématiques. A l'image de Accatone ou des films qu'il a scénarisé pour Bolognini (notamment le diptyque Les Garçons/Ca s'est passé à Rome) on retrouve ce cadre banlieusard romain peuplé de jeunes voyous sans repères dont ici le jeune Ettore. Ce qui change la donne ici c'est le fait de placer au centre du récit un personnage d'adulte bienveillant et sacrificiel incarné par Anna Magnani, montrant ainsi un Pasolini en passe d'étendre son registre et de dépasser la description des moeurs des petites frappes qu'il connaît si bien. A l'opposé des récits d'errances des précédents films, Mamma Roma croise leur modernité à un mélodrame puissant et intense.

La scène d'ouverture annonce parfaitement les différents sentiments traversés tout au long du film entre humour, tendresse, cruauté et rapport de force. Mamma Roma est une prostituée fraîchement libérée de son proxénète grâce au mariage de ce dernier qui ouvre le film. Les rapports complexes amour/haine et dominant/dominés qui les unis s'expriment brillamment le temps d'une joute verbale chantée entre la mariée, le maquereau et la prostituée repentie. Cette liberté durement acquise donne donc l'occasion à l'héroïne d'enfin élever son fils de seize dont elle a toujours été séparée. C'est sans compter sur l'existence sauvageonne que ce dernier à connue livré à lui même et le tempérament orageux de Mamma Roma ne sera pas de trop pour le mettre au pas.

Anna Magnani délivre une prestation d'une profonde humanité avec ce personnage déterminé, caractériel et si touchant dans sa volonté de vaincre le destin et de donner une position à son fils. Ce dernier est joué par le jeune (et non professionnel comme la plupart du casting) Ettore Garofolo est coincé entre l'enfance qu'il n'a pas vraiment eu (toute les premières scène entre lui et Magnani étouffe la dureté attendue pour verser constamment dans une belle tendresse comme ce tango entre mère et fils) et l'adolescence délinquante qui le guette, sa figure juvénile et poupine se durcissant au fil de la perte de son innocence.

Pasolini use d'ailleurs beaucoup des séquences en parallèle se répondant au début et à la fin pour marquer le basculement tragique des évènements. Les retrouvailles entre Mamma Roma et Ettore au début lorsqu'elle le suit derrière ses amis pour le rappeler à elle trouvera son pendant négatif dans la dernière partie où Pasolini use du même découpage pour cette fois la montrer incapable de le rattraper et symbolisant la rupture puisqu'il a découvert que sa mère est une ancienne prostituée. L'usage le plus brillant de cette idée reste cependant le plan séquence nocturne en travelling qui suit Mamma Roma au départ s'extirpant de ses ruelles de passe habituelle et abandonnant ses anciennes "collègues" pour symboliquement voguer vers une nouvelle vie avec son fils. Le passage a également une valeur psychanalytique puisque Anna Magnani perdue dans ses pensées s'y confie métaphoriquement à plusieurs passant se donnant le relai une part son passé douloureux (mariage précoce, pauvreté, prostitution...) et son bonheur de s'en sortir. La même scène en conclusion aura une toute autre portée puisque là les déambulations accompagnent un profond désespoir et se solde par une rechute lorsqu'elle cède à ses clients.

Ces deux passages démontre une stylisation affirmée de la part de Pasolini qui dépasse la touche naturaliste qu'on ressent dans l'ensemble. C'est particulièrement vrai dans l'usage qu'il fait d'un concerto de Vivaldi qui donne un ton élégiaque et majestueux à toute cette fange environnante dans les moments apaisés et qui bouleverse totalement lorsque le drame s'intensifie. Difficile ainsi de rester de marbre lorsqu'on assiste au terrible sort final de Ettore. A la musique s'ajoute ainsi le symbolisme religieux l'associant au Christ crucifié (que le début du film annonce avec La Cène reprise le temps d'un cadrage durant le mariage) et un montage alterné puissant montrant l'ultime dialogue à distance entre Mamma Roma et Ettore redevenu un petit garçon craintif appelant sa mère dans l'obscurité de ses derniers instants. Dès lors alors que tout est perdu, le pathétique le plus éprouvant peut s'inviter dans un ultime moment où Anna Magnani s'abandonne totalement à une démence hébétée qui marquera longtemps après le mot fin. Grand film.

Sorti en dvd zone 2 chez Carlotta


vendredi 17 décembre 2010

Les Garçons - La Notte Brava, Mauro Bolognini (1959)


À Rome, Scintillone et Ruggeretto, deux garçons marginaux et désœuvrés, volent une voiture et son chargement. Ils décident de partir en grande banlieue pour écouler leur butin (notamment des armes) et, pour ne pas attirer l’attention de la police, ils prennent des femmes comme passagères, deux prostituées. En chemin, ils rencontrent Bella Bella, un autre oisif, susceptible de les aider à revendre leur marchandise…

Les Garçons est le premier film de l'association entre Bolognini et Pasolini qui va permettre pour chacun d'eux une avancée majeure dans leur carrière. Pour Bolognini jusqu'ici réalisateur de comédie populaire sans relief, c'est l'occasion de se frotter à des sujets plus sérieux en se confrontant à l'univers de Pasolini. Pour ce dernier, c'est un apprentissage du métier en côtoyant un grand cinéaste avant de passer derrière la caméra deux ans plus tard avec Accatone. C'est d'ailleurs précisément à une version moins brute d'Accatone qu'on pense ici, à travers cette tranche de vie de petites frappes romaines.

Là où la recherche de réalisme poussera Pasolini à engager des gens du cru et à adopter une mise en scène naturaliste, Bolognini fait appel à un duo français pour camper ses mauvaises graines (Laurent Terzief et Jean-Claude Brialy post-synchronisés comme cela se faisait à l'époque dans le cinéma italien) et fait preuve du soin visuel qui lui est coutumier (voir la remarquable séquence qui introduit Mylène Demongeot). C'est donc à un équilibre entre les deux sensibilités que tient le film, Pasolini amenant sa connaissance de l'errance et de petits larcins, pratiques qui furent un temps les siennes.

Les personnages masculins sont particulièrement médiocres, attachés uniquement à l'argent et au plaisir immédiat qu'ils peuvent en tirer. Pas d'ambition notable lorsque la providence et la roublardise leur amènent quelques billets, aussitôt engloutis en filles, alcools et frimes diverses. L'amitié ne scelle même pas de lien durable puisque tous sont prêts à se voler les uns et les autres si l'occasion se présente. Pour creuser un peu ses personnages plutôt détestables finalement, Bolognini fait appel à son art de soigner ses figures féminines. Fil rouge du parcours des héros, ce sont les différentes filles rencontrées qui vont révéler le fond de leur coeur. Elsa Martinelli est bouleversante lorsqu'elle sort un court instant de son extérieur de prostituée exubérante et intéressée, avant qu'une raillerie de Brialy lui fasse comprendre qu'il lui mentait pour arriver à ses fins.

Terzief en écorché vif est bien plus intéressant et ses tendres instants avec Mylène Demongeot dans une demeure bourgeoise (une des plus belles scènes du film) ainsi que la conclusion oisive et charmante avec Rossana Schiaffino montrent un attrait pour un ailleurs que cette vie-là. C'est sans doute à lui que Pasolini, qui a progressivement réussi à s'en sortir, s'identifie le plus. Belle réussite qui connaîtra un complément avec Ça s'est passé à Rome, collaboration suivante entre Bolognini et Pasolini (plus explicite avec les deux titres originaux La Notte Brava pour Les Garçons et La Giornata balorda pour Ça s'est passé à Rome) toujours consacrée à la délinquance romaine que j'aimerais bien découvrir si un éditeur français daigne se pencher sur la question (comme on avait pu le constater lors d'une discussion dans les commentaires de Bubu De Montparnasse Bolognini est bien mal servi en France !).


Sorti en dvd zone 2 français récemment chez Carlotta avec des bonus très intéressant.

Extrait