Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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jeudi 27 décembre 2012

Week-end à Zuydcoote - Henri Verneuil (1964)


En juin 1940, durant la Bataille de Dunkerque, des soldats français et anglais tentent d'embarquer pour l'Angleterre.

La plupart des films de guerre français réalisés durant l’immédiat après-guerre n’eurent de cesse de prolonger la figure d’un pays résistant et vainqueur. Le cinéma suivait ainsi une volonté politique d’occulter le spectre de la collaboration et de véhiculer une vision héroïque de la France à travers des films révisionniste comme La Bataille du rail de René Clément ou privilégier la facette victorieuse à travers les grandes fresques internationales comme Le Jour le plus long ou Paris brûle-t-il ?. Avant les futurs grands films abordant frontalement la question comme Le Chagrin et la pitié de Max Ophuls, Lacombe Lucien de Louis Malle ou l’Uranus de Claude Berri, quelques films osèrent dépeindre la France sous l’angle de la défaite. On pense à La Traversée de Paris et son évocation du quotidien sous l’Occupation, Le Caporal épinglé de Jean Renoir et donc ce Week-end à Zuydcoote d’Henri Verneuil qui adapte là le roman éponyme de Robert Merle.

Le film suit la grande débâcle que fut la bataille puis la fuite de Dunkerque en juin 1940. Là, les soldats français défait et isolé de leur garnison et commandement se voyaient coincés entre deux feux : l’armée allemande progressant derrière eux et face à eux La Manche où les Alliés anglais battaient en retraite. Livrés à eux-mêmes tandis que le chaos se déchaîne de toute part, nos soldats ne sont plus que des hommes cherchant à survivre.  Verneuil relate cette déroute dans une tonalité comique picaresque dans un premier temps à travers les pérégrinations du soldat Julien Mallat (Jean-Paul Belmondo) et de ses compagnons d’armes,  le philosophe abbé Pierson (Jean-Pierre Marielle), le jovial  Alexandre (François Perrier) ou le roublard Dhery (Pierre Mondy). 

Les vignettes tragi-comiques se multiplient dans le périple de Mallat pour gagner l’Angleterre : Une jeune amusée observant à jumelles depuis sa fenêtre les bombardements, un conflit routier entre un gradé en voiture et un porteur de cadavre pour traverser un sentier. Des petits riens qui cachent le dénuement et l’impuissance de ces français face à un monde qui s’écroule. Néanmoins le caractère frondeur et idéaliste du personnage de Bebel donne un vrai souffle à cette quête désespérée et ce n’est que lorsqu’il perdra ses dernières illusions (après une apocalyptique scène de naufrage lors d’un bombardement allemand) que le film va sombrer dans une radicale noirceur.

 Les comportements des heures sombres à venir se dessinent à travers la « débrouillardise » de Pierre Mondy se préparant une situation confortable avec l’arrivée des allemands, les bas-instincts qui se libèrent avec ces deux soldats français tentant de violer une jeune femme (Catherine Spaak). Cette même jeune femme qui n’hésitera pas quelques minutes plus tard à s’offrir à un Mallat stupéfait, appuyant l’absence de manichéisme et le constat des plus amers de Verneuil et Robert Merle (qui signe également les dialogues).

La mise en scène d’Henri Verneuil s’avère impressionnante, transcendant un budget moins élevé que ce qu’il paraît à l’écran. La logistique est énormes entre les vraies scènes à grand spectacle (les bombardements, le naufrage), la reconstitution et surtout le sentiment de mouvement constant que Verneuil confère à l’ensemble.

Nos personnages débattent ainsi de tout et de rien tandis que la vie grouille en arrière-plan, entre déambulations de troupes, véhicules et déflagration inattendues, renforçant le réalisme et l’ampleur du contexte.  On retrouve un peu la thématique du Caporal Epinglé où l’amitié pourrait combler cette perte de repère mais c’est bien le désespoir qui domine lors de la cinglante conclusion. Un des très grands films de guerre français et peut-être le meilleur film de Verneuil. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Studio Canal

jeudi 20 décembre 2012

Les Copains - Yves Robert (1964)


Sept inséparables décident de prendre quelques jours de vacances pour mettre au point trois énormes canulars destinés à bafouer les corps constitués : l'armée, l'église et l'administration... Ils jettent leur dévolu de manière presque arbitraire sur deux paisibles sous-préfectures : Ambert et Issoire, car celles-ci les lorgnaient d'un mauvais œil sur une carte de France.

Entre son adaptation (adoucie certes mais le matériau est là) de La Guerre des Boutons ou son ode libertaire Alexandre le bienheureux, Yves Robert dans ce cadre de cinéma populaire se sera avéré un cinéaste étonnement subversif. La preuve avec cet hilarant Les Copains, adaptation modernisée d'un roman de Jules Romains et grand éclat de rire moqueur lancé à la France Gaullienne. On pense parfois à son futur et cultissime diptyque Un éléphant ça trompe énormément/Nous irons tous au paradis dans cette visions collective de l'amitié masculine mais si malgré l'humour la réalité rattrape quelque peu les personnages des films de 77/78, on baigne ici dans une douce insouciance détachée des vicissitudes du quotidien.

D'ailleurs les héros des Copains sont chacun des sorte d'archétypes moins fouillés que dans Un éléphant... mais immédiatement cernés et attachant grâce au casting parfait et à la présentation ludique qu'en fait Yves Robert en ouverture. Là, du berceau au lycée en passant par le service militaire et les grandes écoles, Yves Robert dépeint toute les étapes du cycle de la vie d'homme qui auront vu les personnages se rencontrer tour à tout avec la bande joyeux lurons que sont Philippe Noiret (Bénin), Guy Bedos (Martin), Michael Lonsdale (Lamendin), Christian Marin (Omer), Pierre Mondy (Broudier), Jacques Balutin (Lesueur) et Claude Rich (Huchon).

Dans ce parcours balisé, les sept camarades n'auront jamais cessé de s'amuser et se rire de leur entourage. On en a une démonstration en début de film lorsqu'ils sèment la zizanie dispersé dans une salle de cinéma ou lors d'une beuverie épique dans un bar où le tenancier Jean Lefebvre sera joliment malmené. C'est dans cet état second que leur vient l'idée de passer à l'étape supérieure pour moquer cette rigueur et médiocrité ambiante à plus grande échelle. Le cadre de leur action sera choisi au hasard alcoolisé d'une carte de France dans deux sous-préfectures endormies du Puy-de-Dôme, Ambert et Issoire. Chacun des sept amis échafaudera une farce dont les trois meilleures seront exécutées au détriment des malheureux habitants.

Le film s'enferme un peu au départ dans une préciosité qui nous éloigne des personnages, déséquilibrés entre sophistication et esprit de sales gosses turbulents. Il y a néanmoins de bonne idées comme celle de faire du périple vers les villages une sorte de chanson de geste où les copains se croisent et se répondent à distance tel des nobles chevaliers de la blague en route vers leur destinée, le tout truffé de rencontres loufoques tel cette tenancière d'hôtel revêche jouée par Tsilla Chelton. Par contre une fois les fameux canulars lancés, l'hilarité, la vraie, ne se dément pas jusqu'à la dernière minute. L'audace du récit est de se jouer à travers chacune des facéties d'une grande institution que ce soit l'armée, l'église ou l'administration.

 La droiture et le respect aveugle de l'armée sont génialement caricaturés avec un Pierre Mondy déguisé en ministre qui mettre à sac une caserne et la ville par la seule crédulité et l'obéissance de gradés. Les dialogues sont extraordinaires, subtil et rabelaisiens avec une vulgarité élevée en en art (l'épisode des toilettes ) et un final explosif où les malheureux villageois vont passer une drôle de nuit. Philippe Noiret grimé en prêtre provoquera un même éclat de rire avec un discours en forme d'appel à la chair où les contrechamps entre sa tirade enflammée et les mines frustrées et/ou concupiscente des fidèles décuple la force du propos. Le troisième canular prometteur dans l'idée et amusant dans sa réalisation s'avère moins fort même si la figure de Vercingétorix ridiculisée et le phrasé grandiloquent et pompeux du maire son savoureusement croqués.

Une beuverie avait annoncé le début de la campagne farceuse, un autre grand banquet amorce sa fin mais avant de retourner à leur existence ordinaire notre bande s'offrir un dernier coup d'éclat à l'ampleur... écarlate ! Même s'ils ont parfois du mal à tous exister (dommage pour Michael Lonsdale un peu en retrait alors qu'il aura peu eu l'occasion de faire dans la gaudriole) tous les acteurs emportent l'adhésion, en particulier Guy Bedos en grand enfant, Philippe Noiret en chef de bande (et qui remettra le couvert avec le pendant italien du film d'Yves Robert Mes cher amis) et un Pierre Mondy canaille. Grande comédie sur les airs guillerets des Copains d'abord de George Brassens composé pour l'occasion.

Sorti en dvd zone 2 français chez Gaumont

Extrait


lundi 10 septembre 2012

Des gens sans importance - Henri Verneuil (1956)


Routier mal marié, Jean Viard ne trouve aucune compréhension auprès de sa famille avec laquelle il ne s'entend guère. Avec son fidèle coéquipier Berty, il s'arrête souvent au relais « La Caravane » où il rencontre Clotilde, une petite bonne d'une vingtaine d'années. Lassitude, solitude des deux êtres qui, irrésistiblement attirés l'un vers l'autre, se rapprochent. Un amour solide naît. De multiples contretemps vont empêcher Jean et Clotilde de former un couple durable.

Après un début de carrière surtout passé à être l'exécutant de Fernandel le temps de cinq collaborations commune au début des années 50(Le Fruit défendu, Brelan d'as, Le Boulanger de Valorgue, Carnaval, L'Ennemi public numéro un et Le Mouton à cinq pattes), Henri Verneuil rencontrait une première vraie reconnaissance publique et critique avec Des gens sans importance, adapté du roman de Serge Groussard. Le film fait presque figure de pendant inversé des Amants du Tage réalisé l'année précédente par Verneuil. Celui-ci constitue sans doute son premier grand film, une œuvre romanesque, poétique et passionnée qui offrait sans doute une des plus flamboyantes histoire d'amour du cinéma français des années 50. Point d'envolée de ce type à prévoir dans Des gens sans importance où le titre résume bien la fatalité de la condition des personnages, condamnés à rester éloigné de ce type d'émois.

Cette facette s'illustre avec le personnage de Jean Viard (Jean Gabin) routier usé par les milliers de kilomètres avalés pour son harassant métier qui l'a éloigné de sa famille et de tout plaisir. Le film s'ouvre sur sa marche usée à la descente du camion alors qu'il s'apprête à prendre une heure de repos. L'amourette d'une serveuse enfuie avec un client réveille ses souvenirs, la voix-off désabusée s'anime enfin tout comme le regard éteint retrouve momentanément son étincelle. Deux ans plus tôt Jean rencontra Clotilde, une jeune serveuse dont il tomba amoureux. Verneuil éteint toute velléité romantique dans la manière d'introduire la relation de son couple. Il cherchera d'abord à dépeindre leur solitude commune par la description de la monotonie de leur travail (formidable description de cette route sans fin pour les routiers et des délais épuisant exigés) et d'un quotidien encore plus morne ce labeur.

Pour Jean, le retour au domicile signifie les retrouvailles avec une épouse lasse de ses longues absences et pleine de reproche, une fille tournant mal car ayant appris à grandir sans lui et des fils qu'il voit à peine grandir. Françoise Arnoul n'est guère mieux lotie est sa situation est souligné d'abord subtilement lors de ce réveillon où elle travaille à sa demande puis plus tard par une entrevue avec sa mère égoïste qui refuse de l'héberger.

L'histoire d'amour loin d'illuminer cet horizon terne le rend au contraire encore plus oppressant. Les différentes ellipses empêchent l'histoire d'amour de s'épanouir aux yeux du spectateur. Rien de plus logique tant les courts moments partagés entre de courts arrêts ne méritent pas de s'y attarder et la première vraie scène d'amour entre eux naît d'un bref moment d'intimité inattendu sans lequel rien ne se serait passé. L'attirance commune naît ainsi par les bribes que le temps toujours trop bref et le métier toujours trop prenant raccourci inéluctablement tel la discussion dans la chambre en début de film interrompue par Gabin qui s'endort repu.

Le monde qui les entoure est déprimant, partagé entre le bitume de la route, le relai au milieu de nulle part et un paysage urbain sordide (l'hôtel de passe). La photo grisâtre de Louis Page et la mise en scène sobre de Verneuil appuie cet aspect ainsi que la prestation de Françoise Arnoul et Jean Gabin. Toute la photogénie dont ceux-ci sont capable s'éteint au service de ce réalisme, à de rare exception près. Françoise Arnoul filmée comme un pur fantasme sensuel dans Les Amants du Tage a désormais le pas lourd et les traits tiré tandis que Gabin tout en gardant sa gouaille et son charisme traverse néanmoins le film comme un fantôme.

Il y a un sentiment d'inéluctable et de malheur permanent qui hante l'ensemble du film et n'accorde aucune échappatoire possible, à l'image du rebondissement final qui scelle le destin de chacun par un simple courrier manqué. Là encore Verneuil étouffe l'émotion en refusant l'emphase mélodramatique pour un traitement tirant volontairement en longueur, presque ennuyeux alors qu'un drame se joue. La perte se vivra par une ellipse cruelle et revenu au présent, Jean retournera à son volant plus blasé que jamais.

Sorti en dvd zone 2 français chez René Chateau

Extrait