Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mercredi 6 janvier 2016

Traqué dans la ville - La città si difende, Pietro Germi (1951)

Quatre hommes commettent un vol dans la caisse d'un stade de football, puis prennent la fuite. Chacun de leur côté, ils vont tenter d'échapper à la police...

Pietro Germi sera passé à la postérité pour ses brillantes et cinglantes comédies, bousculant avec brio les travers sociaux de l’Italie d’alors dans Divorce à l’italienne (1961), Séduite et abandonnée (1964) ou encore Signore e signori (1966). Des œuvres qui lui valurent entre autres une Palme d’or  (pour Signore e signori) et un Oscar du meilleur scénario original (pour Divorce à l’italienne) mais qui ne constituent finalement que les îlots d’une filmographie bien plus riche. Pietro Germi aura ainsi donné avec un égal brio dans le néoréalisme tardif dans le magnifique Le Disque Rouge (1956) et témoigné d’une vraie influence du cinéma américain à travers ses incursions dans le film noir comme Meurtre à l'italienne (1959) ou ce Traqué dans la ville.

Le film constitue un avatar italien des films noirs américain mettant en scène un casse et son inéluctable échec comme Quand la ville dort (1950) de John Huston, Le Coup de l’escalier (1959) ou L’Ultime Razzia (1956). On pense aussi parfois à la veine documentaire de certain des premiers polars d’Anthony Mann avec cette voix-off commentant les actions de la police. Le hold-up ouvre ici le film avec quatre hommes volant la recette d’un match de football pendant le déroulement de celui-ci. Dès cette entrée en matière, on constate la manière dont Germi va s’approprier la fatalité propre au film noir.

Les malfrats ont bon repartir avec le butin, le fait qu’ils ne soient pas des professionnels du crime se ressent à travers leurs extrême fébrilité (se manifestant par la violence, la gestuelle vacillante et les regards apeurés) mais aussi par un manque de préparation certains (leur manière hasardeuse de quitter le stade comme si la topographie des lieux n’avait pas été étudiée avant le coup, l’absence de plan de fuite et point de chute) faisant de cette réussite un coup de chance. Malgré tout, s’ils sont recherchés par la police ils n’ont pas été identifiés et pourraient s’en sortir avec un peu d’organisation. Il n’en sera rien et Germi prolonge tout au long du récit l’angoisse et la tension latente de la scène d’ouverture. 

La fatalité n’est ici pas forcément due à un destin capricieux mais surtout à la désunion et à l’inexpérience des apprentis criminels. Le réalisateur dresse un vrai crescendo dramatique où chacun des protagonistes faillira et se fera prendre par orgueil, lâcheté ou égoïsme. La mise en scène de  Germi se déploie ainsi avec sécheresse, émotion et cruauté selon la faiblesse témoignée par les fugitifs, chacun ayant une sortie en rapport avec le travers qui le perdra. La star de football déchue Leandri (Renato Baldini) après avoir fait montre d’une brutalité et tension palpable voit son sort scellé d’un coup de feu en hors-champ, trahi par celle (Gina Lollobrigida) vers qui il était immédiatement venu se vanter de son éphémère richesse. 

Plus dramatique sera le sort de ce père de famille (Fausto Tozzi)  condamné par une culpabilité qui le ronge et qui en finira dans une pure séquence naturaliste, dans une plaine déserte frappée par un soleil inquisiteur. L’intelligence sournoise du professeur (Paul Muller) se ressent en filigrane tout au long du récit, mais c’est bien lorsqu’il fera preuve d’un égoïsme froid que Germi déchaîne cette fatalité impitoyable sur lui. Germi n’en reste cependant pas à cette démonstration implacable et laisse s’exprime son humanisme le temps d’un beau flashback mais aussi du sort final du plus jeune des malfrats, dont la vulnérabilité semble pouvoir faire échapper à l’impasse de ses acolytes. Une dernière scène poignante ou finalement le seul faisant preuve de fragilité, d’humanité et ayant un entourage pour lequel il se préoccupe au-delà de son propre sort peut avoir un possible salut.

Une chape de plomb inéluctable et la mort pèse sur le récit à travers l’urbanité inquiétante dépeinte par Pietro Germi. La manière qu’a le réalisateur de capturer son environnement relève d’un traitement naturaliste dont la sophistication (les ombres que dessinent la belle photo de Carlo Montuori) amorce ce climat mortifère et cette issue implacable. Une belle réussite et une preuve de plus du talent protéiforme de Pietro Germi avec cette œuvre plus méconnue. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Tamasa
 

jeudi 5 juillet 2012

Pietro Germi et la comédie à l'italienne - Charlotte Leclerc-Dafol


Pietro Germi est un cas d’école des surprenants mouvements de balancier de la cinéphilie au fil du temps. Germi fut un des cinéastes les plus célébrés de son temps, d’abord avec les succès commerciaux de sa période néoréaliste dont le sommet sera le mélodrame Le Disque rouge (1956). La reconnaissance se fera même internationale lorsqu’il effectuera une spectaculaire transition vers la comédie avec notamment un Oscar du meilleur film étranger pour son Divorce à l’italienne (1961) et la Palme d’or à Cannes pour Ces messieurs dames en 1966 (ex-aequo avec Un homme et une femme). En dépit de la polémique suscitée par les sujets de ces films, Germi bénéficiait plutôt des faveurs de la critique quand les œuvres des Risi, Monicelli ou Comencini étaient accueillies avec bien plus de circonspection par l’intelligentsia.


La tendance s’est totalement inversée depuis (autant au sein de la critique française qu’italienne), les cinéastes précités étant désormais considérés comme des maîtres de la comédie italienne quand Pietro Germi est maintenant oublié. Son décès prématuré pourrait en être la cause mais un Vittorio De Sica au parcours très proche (début néoréaliste, virage vers la comédie et en parallèle une carrière d’acteur) et disparu à la même période dispose lui d’une aura intacte. En Italie comme en France, les ouvrages consacrés à Germi sont rares et les films furent longtemps difficiles à trouver.

En 2009/2010, le cinéaste bénéficia d’une véritable redécouverte à l’occasion des ressorties de Divorce à l’italienne, Séduite et abandonnée et Ces messieurs dames. Le livre de Charlotte Leclerc-Dafol arrive donc à point nommé pour satisfaire cet intérêt ranimé pour Germi et concentrera précisément son étude sur cette trilogie comique qui consacra le réalisateur, même si certains rapprochements se feront avec d’autres de ses œuvres antérieures. Charlotte Leclerc-Dafol entame une étude méticuleuse où les trois films du cinéaste sont resitués dans leur contexte à des niveaux divers. L’aspect social notamment, au vu de la controverse des sujets abordés, tels que le crime d’honneur et l’interdiction de divorcer dans Divorce à l’italienne, le mariage « réparateur » et forcé de Séduite et abandonnée, le cadre sicilien de ces deux films étant délaissé dans Ces messieurs dames croquant les mœurs douteuses et hypocrites de la bourgeoisie de Trévise au nord de l’Italie. La riche documentation permet de resituer l’accueil des films par la critique italienne de l’époque et de voir se cristalliser les conflits idéologiques d’alors à travers l’interprétation et les éléments retenus selon les bords.

Se dessine donc une césure entre la presse associée à la Démocratie Chrétienne dont le pouvoir s’amenuise à travers une société en mutation, le Parti Communiste également en déclin mais toujours puissant lors des débats suscités par les films. L’auteure relie toujours intelligemment cette réflexion à la personnalité complexe de Germi. Chrétien pratiquant et convaincu, il s’oppose pourtant à voir la religion s’immiscer dans la politique. Anticommuniste féroce, il verra souvent des journaux associés au parti le soutenir (parfois par opportunisme). Quoiqu’il en soit, les deux entités sont largement moquées par Germi dans ses films, qui constituent un véritable véhicule militant propre à délivrer sa vision du monde et de ses travers. On brise aussi quelques idées reçues puisque tout en soulignant l’impact et les discussions suscitées par les films, l’influence en demeure limitée notamment l’autorisation au divorce accordée en 1974, soit treize ans après Divorce à l’italienne.

Charlotte Leclerc-Dafol replace ensuite Germi dans la réalité du cinéma italien d’alors, avec une nouvelle fois foule d’informations sur la réalité économique du marché, de la relation au producteur… Le revirement de Germi vers la comédie apparaît autant opportuniste (c’est le genre le plus populaire d’alors) qu’intelligent et pensé, puisque la bascule se fit lors de l’écriture de Divorce à l’italienne (mais également sur les conseils de son ami Mario Monicelli), avec pour conséquence une force plus grande encore du propos en la tirant vers l’ironie et la caricature plutôt que le pensum sérieux. Une nouvelle fois, on constate la finesse de Germi conscient d’avoir un impact plus fort pour ses idées en visant une audience plus large dans un genre très prisé. Ces idées doivent être servies par un spectacle haut de gamme et l’auteure détaille donc minutieusement l’art de Germi, de l’écriture millimétrée à la mise en scène précise et étudiée en passant par le découpage rigoureux.

Le délicat équilibre entre l’ironie et le drame (Séduite et abandonnée où l’on passe du rire aux larmes sans prévenir), le timing comique imparable et une mise en scène inventive forment des composantes des plus abouties dans la trilogie de Germi. Le réalisateur est d’ailleurs dans une remise en question constante comme le montre Ces messieurs dames qui délaissait le prolétariat et le cadre sicilien rugueux pour la sophistication de la bourgeoisie de Trévise. L’auteure soulignera ainsi par moult éléments et propos de Germi ou de ses collaborateurs la manière dont il jonglait entre néoréalisme d’antan et exagération servant l’humour (les situations traitées dans les films siciliens sont issues d’une réalité certes mais inspirées de cas extrême du propre aveu de Germi) mais aussi et surtout le message qu’il cherche à délivrer, les anomalies qu’il veut dénoncer.

Tous ces éléments et cette réflexion sont bien sûr plus approfondis et rigoureux dans l’ouvrage qui s'avère passionnant de bout en bout et devrait constituer à coup sûr un jalon important pour celui souhaitant affiner la connaissance de ce passionnant artiste que fut Pietro Germi.

Le livre est paru aux éditions L'Harmattan et tout les films de Germi évoqués ont déjà été traités sur le blog.

jeudi 10 novembre 2011

Mes chers amis - Amici Miei, Mario Monicelli (1975)


Cinq quinquagénaires, un journaliste, Perozzi, un chirurgien, Sassaroli, un noble ruiné, Mascetti, un patron de café, Necchi, et un architecte, Melandri, font des virées de potaches, remplies de blagues.

Mes chers amis est l'ultime projet d'un Pietro Germi qui affaibli par la maladie décida d'en confier la réalisation à son ami Mario Monicelli (auquel 10 ans plus tôt et en pleine crise personnelle il tenta d'offrir Signore & Signori avant de reprendre le projet avec le résultat que l'on sait). Le film est donc un hommage de Monicelli à son ami disparu et bien difficile de démêler les apports de chacun. L'institution du mariage aliénante pour des hommes immatures en quête d'ailleurs fut déjà malmenée dans Divorce à l'italienne et l'un des segments de Signore & Signori avec Gaston Moschin qu'on retrouve ici au casting. L'ironie mordante et le désespoir latent qui traverse le film sont aussi du pur Germi tandis que la tendresse, la formidable gestion et la complicité du groupe d'acteurs ainsi que la drôlerie en toute chose sont typique de la patte de Monicelli. En tout cas l'union des deux hommes donne un résultat jubilatoire.

Sans ligne narrative définie, le récit accompagne les facéties de cinq quinquagénaires qui pour contrebalancer un quotidien morne ont décidés de s'amuser de tout. Pour ce faire, ils s'engagent dans des périples rocambolesques et improvisés (appelés tziganades) où ils multiplient les blagues potaches. Au fil des différents périples se dessine le portrait de chacun et c'est à celui qui se disputera l'existence la plus pathétique. On y trouve notre narrateur Perrozi (Philippe Noiret) journaliste solitaire méprisé par son fils terre à terre, le noble déchu et embrouilleur de première Macetti (Ugo Tognazzi), l'architecte doux rêveur Melandri (Gaston Moschin), le propriétaire de bar Necchi (Diulio Del Prete moins fouillé que les autres) et le chirurgien farceur Sassaroli (Adolfo Celli). Le film s'inscrit dans la veine de ses films italiens des 70's dépeignant une génération usée, revenue de tout et ne croyant plus en rien sinon se réfugier dans leur souvenirs (Nous nous sommes tant aimés de Scola) ou le suicide (La Grande Bouffe de Ferrari).

A la mélancolie et au nihilisme de ces œuvres, Monicelli troque un humour dévastateur et offre une des comédies italiennes les plus drôles, inventives et irrévérencieuses de l'âge d'or. Les situations vont du plus simple immédiatement tordant (le gag des baffes dans la gare énorme) au plus alambiqué et tout aussi hilarant (le long canular final au malheureux Bernard Blier). Les acteurs s'en donne à cœur joie lors de moments comiques étincelant tel cet hôpital traversé d'un tsunami avec le passage des compères, avec une inventivité constante notamment le phrasé improbable de Tognazzi qui en rendra fou plus d'un.

Derrière les rires un profond malaise se fait sentir néanmoins, autant par les comportements peu reluisant des héros que par cette société terne qui n'a plus rien à offrir. Le machisme et la vulgarité sont autant source de rire que de vraie cruauté avec des personnages féminins tour à tour victimes (Milena Vukotic épouse sacrifiée de Tognazzi), harpies (l'amour de Moschin qui passe de la douceur romantique à l'exigence matérielle) ou bel objet indifférent avec la jeune et belle Titti.

Le seul refuge sera donc le rire pour les héros dès lors vu sous un jour fort pathétique. Toutes leurs facéties ne sont qu'une sorte de baroud d'honneur rigolard en attendant la fin, qui va survenir de manière inattendue lors de la conclusion. Mais là aussi la tristesse passée l'important reste de s'amuser, la preuve avec une ultime scène où on aura rarement autant ri à un enterrement.

Film toujours inédit en dvd français, assez honteux mais le film ressort en salle cette semaine donc pour les parisiens (qui risquent d'être les seuls concernés malheureusement) courez y !

mardi 15 mars 2011

Le Disque Rouge - Il Ferroviere, Pietro Germi (1955)


Le soir de Noël, Sandro accourt fièrement retrouver son père, Andrea Marcocci, un conducteur de locomotive. Mais sur le chemin du retour, ce dernier s'arrête au café et s'y attarde alors que sa femme et ses enfants l'attendent à la maison. L'année qui suit voit la famille se désagréger. Un jour, un homme se jette sous le train conduit par Andrea. Quelques heures plus tard, perturbé, ce dernier ne voit pas le signal d'arrêt et évite de peu un grave accident...Il est alors muté au transport des marchandises et voit ainsi son salaire diminuer.

l Ferroviere est une magnifique chronique sociale mâtinée de néoréalisme tardif (sorti en 1955, soit la fin du genre) dans la veine de certaines oeuvres de Vittorio De Sica. Cependant pas de grand message social ou humaniste chez Germi dont le cadre du récit ne sert qu'à révéler des travers bien humains. Ici, ils sont illustrés par un père de famille cheminot qui traîne les défauts de ces hommes bourrus : buveur, autoritaire, maladroit et emprunté pour exprimer ses sentiments... Ses tares finissent par faire imploser la cellule familiale lorsque plusieurs drames viendront perturber le quotidien.

On pense aux séquences montrant le père en train de cuver le soir de Noël, tandis que sa fille vient de faire une fausse couche ou encore sa régression professionnelle suite à une maladresse. Poussé par ses amis et les producteurs, Pietro Germi interprète lui-même le patriarche alors qu'il envisageait d'engager Spencer Tracy. Une interprétation intense où Germi s'approprie totalement le personnage qui, en dépit d'actes discutables, s'avère vraiment attachant. Brutal, grossier mais aussi père aimant au tempérament auto-destructeur qui va s'aliéner famille et amis.

Magnifiquement filmé par Germi (le noir et blanc est de toute beauté), le scénario est une merveille de subtilité où l'aspect social ne surnage que pour mieux exprimer les dérives du héros (comme le passage où il ne soutient pas la grève de ses camarades cheminots) avec une réconciliation finale idéalement amenée à la conclusion poignante. La narration du point de vue du petit garçon participe de la naïveté et la tendresse du film, en portant un regard innocent sur ce père si torturé.

Le gamin à la bonne bouille est assez épatant, tout comme les seconds rôles comme l'habitué Saro Urzi en meilleur ami (qui jouait l'adjoint au commissaire sans gêne de Meurtre à l'italienne). Le récit regorge de purs moments de grâce mélancolique, hormis la séquence finale qui serre la gorge, le passage où Andrea revient au bar parmi ses camarades qui l'acceptent sans demander de compte est un grand moment d’émotion dans le non-dit. Considéré par Germi comme un de ses meilleurs films, on aurait du mal à le contredire.

Sorti en dvd zone 2 français chez Carlotta

Extrait

mardi 15 février 2011

Meurtre à l'italienne - Un maledetto imbroglio, Pietro Germi (1959)


Un vol de bijoux vient d’être commis dans un immeuble bourgeois de Rome. Chargé de l’enquête, le commissaire Ingravallo porte d’abord ses soupçons sur le fiancé d’Assuntina, la domestique de Liliana Banducci qui vit dans l’appartement d’en face. Mais l’affaire se révèle plus trouble et plus complexe que prévu : la victime du vol semble peu encline à aider la police, Assuntina et son fiancé cherchent à se marier en hâte et, quelques jours plus tard, Banducci est retrouvée morte assassinée…Meurtre à l’italienne est une belle démonstration de l'étendue du registre de Pietro Germi, délivrant ici un polar des plus convaincants, distillant ses thèmes habituels avec la même acidité que dans ses comédies. Le film est une adaptation du roman L'affreux pastis de la rue des Merles de Carlo Emilio Gadda, grand succès littéraire de l'époque. Germi a expurgé toute la dimension purement littéraire du livre, qui donnait une grande importance aux jeux de mots découlant de l'origine régionale des personnages. Le réalisateur y accorde effectivement moins de place que dans Divorce à l'italienne (sur l’archaïsme des mœurs siciliennes) ou Signore & Signori. On appréciera néanmoins les allusions se glissant à travers quelques truculents personnages secondaires comme l'adjoint du commissaire, archétype du sicilien grande gueule et sans gêne.

L'intrigue policière est très habilement menée par un Germi qui a là l'occasion de montrer son amour pour les films noirs américains. L'histoire mélange le récit à énigme avec le mystère du meurtre sordide d’une femme bien sous tous rapports, tandis que les révélations progressives sur son entourage louche permettent à Germi de délivrer un récit de mœurs grinçant. Détournement de mineure, chantage financier, prostitution masculine, calomnies : tout ce qui fera le sel de Signore & Signori se retrouve déjà là. Le polar a simplement remplacé la comédie comme révélateur des tares de la bourgeoisie italienne. Le film ne s'enfonce pourtant pas dans un sérieux si prononcé et malgré le contexte, des traits humour viennent alléger l'atmosphère. Les rencontres improbables, quelques dialogues et situations décalées ainsi que des personnages secondaires hilarants diluent par intermittence le ton très sombre du film.

Pietro Germi interprète avec brio le commissaire menant l'enquête. Fin psychologue et tenace, il est tout bonnement excellent et charismatique, dommage qu'il ait en partie abandonné sa carrière d'acteur lorsque celle de réalisateur décolla totalement. On retrouve également une toute jeune Claudia Cardinale en femme de ménage, encore un rôle de fille du peuple comme elle pouvait en jouer à ses débuts mais dont l'intrigue va donner un tour étonnant. La résolution est à la hauteur de ce qui a précédé, déroutante et sordide tout en étant imprégnée du contexte social exprimé depuis le début.

Sorti en dvd zone français chez Carlotta

Extrait

dimanche 31 octobre 2010

Divorce à l'italienne - Divorzio all'italiana, Pietro Germi (1961)

Un noble sicilien veut se remarier, mais comme le divorce est illégal en Italie, il fait tout pour que sa femme tombe amoureuse d’un autre homme, pour pouvoir les surprendre ensemble, la tuer et n’avoir qu’une peine légère pour crime d'honneur. 

Divorce à l’Italienne fut le film du grand changement pour Pietro Germi. Auparavant apparenté à un cinéma sérieux et intellectuel le réalisateur tente sur les conseils de son ami Mario Monicelli (qui vient de triompher avec Le Pigeon et La Grande Guerre) de se réorienter vers la comedia all'italiana soit la comédie italienne grinçante désormais genre phare depuis le succès du Pigeon. Le regard acerbe de Germi se fait donc désormais sous la forme de l'ironie, la distance, l'humour noir et force est de constater qu'il déploie des capacités extraordinaire pour cette première tentative.

Sous l’enrobage de la comédie, le film dénonce un archaïsme de l’Italie d’alors, l’interdiction de divorcer qui ne sera autorisée qu’en 1971. Le scénario délivre une critique grinçante et tordante du pouvoir encore prédominant de l'église dans le quotidien des Italiens de l'époque, où la bondieuserie grotesque et hypocrite va pousser Mastroianni à monter un plan rocambolesque pour tout simplement quitter sa femme et aller avec celle qu'il aime. Germi fustige également les mœurs moyenâgeuses qui règnent encore en Sicile avec ce fameux article de loi italien sur le crime d'honneur, moins sévèrement puni s'il est attesté, et dans lequel va s'engouffrer le héros pour arriver à ses fins.

Les années ont passées et on a cette fois l'impression par instant de regarder une version bien plus méchante des Pain, amour et fantaisie dont toute la tendresse a disparu pour ne garder que le côté moqueur. L'ouverture est un grand moment avec Mastroianni décrivant en voix off la petite communauté avec acidité et annonce la tonalité générale du film. Ce héros totalement blasé profitant des travers de son monde occasionne pas mal de grands moments : le running gag de la soeur constamment trouvée en situation compromettante avec son fiancé, la très irritante femme de Mastroianni (Daniela Rocca fabuleuse) toujours en demande de preuve d'amour ou les voisins du château et le père frisant l'arrêt cardiaque dès qu'il est question de la vertu de sa fille.

Timing comique une nouvelle fois extraordinaire de Mastroianni, visage placide toujours détaché, la mine fatiguée et toujours le petit tic génial qui vous fait plier de rire, ici un petit claquement de bouche machinal de satisfaction dès que les choses tournent en sa faveur. Un petit chef d’œuvre corrosif qui est également l’occasion de découvrir une toute jeune Stefania Sandrelli au visage virginal et à l'allure provocatrice affolante, notamment lors d’une dernière scène d’une ironie mordante.

Le film est un véritable triomphe commercial en Italie (et sera récompensée de l'Oscar du meilleur scénario tandis que Germi sera nominé pour le meilleur réalisateur) et lance Germi dans le genre pour d'autres immenses réussites futures. Séduite et abandonnée prolongera les thèmes et le cadre sicilien de Divorce... pour aborder la question du mariage forcé et l'extraordinaire Signore & Signori offrira un regard mordant sur la bourgeoisie provinciale italienne (les deux films ont déjà été largement évoqués sur le blog).

Sorti en dvd zone 2 français chez SNC

Extrait

jeudi 9 septembre 2010

Ces Messieurs Dames - Signore & Signori, Pietro Germi (1966)

Tony Gasparini confie à son ami et docteur, le professeur Castellani, ses ennuis intimes. Celui-ci estime que le meilleur remède est de conduire son ami à une party. Pour ce faire, il n'hésite même pas à le jeter dans les bras de sa femme Noemi. Mais voici que le plus grand colporteur de ragots de Trévise, Scarabello, apprend à Castellani qu'en réalité l'infirmité prétendue de Gasparini n'est pour lui qu'un alibi opportun...Signore & Signori est une chronique sociale cherchant à fustiger les mœurs douteuses et l'hypocrisie de la bourgeoisie du nord de l'Italie (et plus précisément Trévise). Sans être un film à sketches, le long métrage se divise en trois récits distincts regroupant un même ensemble de personnages et traitant précisément à chaque fois d'un travers particulier. Le scénario fut écrit par Germi épaulé par le duo phare de la comédie italienne Age-Scarpelli ainsi que Luciano Vincenzoni (collaborateur attitré de Sergio Leone entre autres) qui apporta l’idée de départ. Ce dernier, originaire de Trévise, s'inspire en grande partie de scandales et de rumeurs locales bien réels pour nourrir son script et persuade Germi de situer l’histoire dans cette ville.

Le film remporte un énorme succès dans toute l'Italie sauf à Trévise où les habitants voueront une haine tenace envers Vincenzoni et Germi (au point de recevoir un accueil hostile pendant des années lorsqu'ils s'y rendront) tant ils se sont reconnus dans les personnages infâmes du film. Un des grands atouts nés des contraintes budgétaires, est de ne pas avoir (hormis Virna Lisi) de stars dans le film. Un Vittorio Gassman ou un Alberto Sordi auraient été excellents mais trop visibles. Là, des acteurs plus discrets mais talentueux renforcent l'unité et la force du propos.

La première histoire sert à introduire tous les personnages dans le cadre d'une fête se déroulant chez un notable de la ville. Germi gère avec brio la foule de personnages qu'il définit en un clin d’œil à travers les dialogues et les situations. Couple adultère, médisance, mâles tous plus pervers les uns que les autres, autant d'êtres parfaitement détestables mais hilarants (mention spéciale à Scarabello en pot de colle rasoir).

La seconde histoire est dans la lignée des thèmes de son Divorce à l'italienne. Osvaldo Bisigato est marié à une affreuse mégère qui ne cesse de le rabaisser et l'insulter à longueur de journée. Les boules quiès ne sont pas superflues pour apaiser son enfer quotidien. Tombé amoureux d'une jolie caissière de bar (jouée par Virna Lisi), il voit une foule d'obstacles se dresser en travers de sa romance. Gastone Moschin est excellent, avec sa mine de chien battu qui subit les outrages d'une femme insupportable et qui, dans une séquence absolument jubilatoire manifestera sa rébellion par une gifle retentissante.Le couple adultère de Moschin et Virna Lisi représente ironiquement les seuls personnages purs du film, mais qui vont subir la pression sociale et morale de leur entourage surtout soucieux de maintenir les apparences. On retrouve le thème de Divorce à l'Italienne avec l'impossibilité de divorcer, l’influence de l'Eglise qui parvient à ébranler la situation sociale du couple adultère (perte d’emploi, arrestation pour adultère, lettres anonymes calomnieuses) dans le but de les séparer et les marginaliser. On comprend que l'adultère est parfaitement accepté à condition de rentrer sagement chez sa femme ensuite mais que toute séparation est exclue dans l'ordre social établi. La conclusion bien qu'assez drôle est plutôt amère : le retour du héros dans sa prison dorée.

La troisième histoire voit un groupe de notables s’échanger dans la même journée une jeune fille peu farouche, acceptant leurs petits cadeaux en échange d'une coucherie. Débarque alors le père, paysan furieux à la mine patibulaire qui révèle que la fille n'a pas seize ans. Sûrement la plus féroce des trois histoires, les personnages masculins sont de vrais porcs tandis que les femmes ferment les yeux et emploient des moyens douteux pour sauver leurs maris. La presse en prend également pour son grade, les notables mettant la pression pour tourner le fait divers à leur avantage. La conclusion ignoble à souhait achève le tout dans un cynisme grinçant et sans espoir. On comprend aisément ce qui a pu froisser les habitants de Trévise qui ont droit à un portrait peu reluisant.

Sortie dans une belle édition chez Carlotta, après avoir été de longues années indisponible en France.


Extrait

mercredi 14 avril 2010

Séduite et abandonnée - Sedotta e abbandonata, Pietro Germi (1964)


Agnès, sicilienne de 15 ans est séduite et mise enceinte par Peppino, le fiancée de sa sœur Matilde. Le père des deux femmes découvre tout et tente par tout les moyens d'étouffer le scandale...

Un film brassant les mêmse thèmes que son Divorce à l'italienne avec lequel il constitue une sorte de diptyque sicilien (voir trilogie sur les moeurs italiennes si on ajoute Signore & Signori se déroulant lui à Trevise). Après l'impossibilité de divorcer, c'est sur le mariage forcé que s'attarde Germi à travers le destin de la jeune Stefania Sandrelli mise enceinte dans un élan de passion et dont le père va user de tout les stratagème pour garder l'honneur de sa famille intact. La première moitié est tout simplement époustouflante de rythme, d'idée et de situations rocambolesque. Le film s'ouvre sur une scène de séduction passionnée et torride où Germi se joue avec brio de la censure.

C'est ensuite la découverte de la petite famille avec en tête l'habitué Saro Urzi absolument extraordinaire en père tyrannique ne laissant pas une minute de répit à ses filles et obsédé par la vertu et l'honneur. L'idée narrative l'amenant à découvrir la grossesse de sa fille est épatante (en plus de témoigner de l'ignorance crasse des ruraux sicilien) suivi par des séquences de rage et d'hystérie en pagaille où il malmène la pauvre Stefania Sandrelli en cherchant à découvrir l'identité du père. Un mystère qui sera résolu dans une séquence brillante témoignant du l'amour du polar de Germi où Saro Urzi reconstitue en flashback saccadé la journée fatidique et découvre que le père n'est autre que son futur beau fils. Sûrement la comédie la plus sombre de Germi, même si on rit franchement les situations sont quasi insoutenable et il n'y a réellement aucun personnage à sauver.

On retrouve l'hypocrisie dénoncée par Germi avec des hommes réclamant la vertu pour leur femme mais près à courir la première donzelle venue (Aldo Puglisi est particulièrement infâme et lâche en fiancé), l'Eglise qui ferme les yeux tant que le scandale n'éclate pas au grand jour, les femmes qui et suivent aveuglément leur mari... Belle et sensuelle à se damner (elle a rarement été plus belle que dans ce film) Stefania Sandrelli est finalement tout aussi pathétique, enfermé par des coutumes archaïques et la religion et n'osant que trop timidement se rebeller ce qui causera sa perte. Seul défaut le scénario (co écrit par Germi et les géniaux Age-Scarpelli) se perd un peu trop dans sa dernière partie en démultipliant les stratagèmes (et notamment en réutilisant le crime d'honneur au centre de "Divorce à l'italienne) où Urzi tente le tout pour le tout du plus abracadabrantesque au plus pathétique pour sauver les apparences, le tout rallongeant un peu inutilement la conclusion.

D'ailleurs la fin est tellement sombre et désespérée que même les ultimes touche d'humour n'y font rien (contrairement à Signore & Signori où les pires horreurs passaient dans un grand éclat de rire) c'est la gorge serrée qu'on assiste à une conclusion vraiment horrible (avec une simili scène de démence/cauchemar bien oppressante) avec la scène de mariage la plus triste du cinéma.

Sorti en dvd zone 2 français chez Tamasa