Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mercredi 20 avril 2016

The Mind Reader - Roy Del Ruth (1933)

Chandler se fait passer pour un voyant sous le pseudonyme de "Chandra" afin de gagner de l'argent facilement. Le charlatan se met alors à prédire l'avenir. Mais très vite, il tombe sous le charme d'une de ses victimes, Sylvia, et la vérité ne tarde pas à éclater...

The Mind Reader est un Pré-Code où plane comme souvent l'ombre de la Grande Dépression. L'absence de scrupule comme la naïveté désespérée se conjuguent à travers l'escroquerie bien rôdé du "voyant" Chandler/Chandra, le contexte justifiant sa roublardise tout comme la crédulité de ses clients se raccrochant à ses prédictions en ces temps incertains. C'est dans un premier temps l'humour qui s'invite dans cette vision des pérégrinations frauduleuses de Chandler. Plutôt que d'aller en quête d'un job qui se fait rare, l'arnaque est encore le moyen le plus amusant et efficace pour s'enrichir et on s'amuse beaucoup de l'astuce et du folklore mystérieux déployé par notre héros et ses complices. Le détachement amusé domine, d'autant que les boniments demeurent sans conséquences. La culpabilité rattrapera Chandler lorsqu'il tombera amoureux de Sylvia (Constance Cummings) une de ses victimes crédules qui finira par le démasquer.

Le ton bascule ainsi progressivement alors qu'au départ l'arnaque était une échappatoire rieuse pour les escrocs et une forme malgré tout de spectacle illuminant le quotidien pour les victimes. Désormais en souffrance dans une vie trop sage d'homme marié, Chandler s'échappe dans le crime par pur égoïsme plus que par la nécessité initiale pour des dommages collatéraux plus dramatiques. La drôlerie est bien plus acide avec une voyance bien renseignée sur l'infidélité des maris volages avec quelques moments savoureux de flagrant délit. Mais à briser des ménages par jeu Chandler voit le sien se déliter par ses mensonges et causer un drame inattendu.

La rédemption de Chandler semble correspondre à un changement d'ère plus morale, Roy Del Ruth ne jugeant jamais ses personnages qui conservent un capital sympathie en dépit de leurs mauvais coups. L'heure n'est plus à arborer une distance rieuse fac à la crise mais à un refuge dans la famille que cette insouciance menace. Tout en prônant une sorte de retour moral, c'est surtout la nostalgie des bons moments passés qui se ressent dans la conclusion, le duo de filous entre Chandler et Frank (excellent Allen Jenkins) constituant finalement le vrai couple du film.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner 

Extrait

dimanche 21 février 2016

The Doorway to hell - Archie Mayo (1930)

Louie Ricarno, un jeune chef de gang à Chicago, devient le patron des bas-fonds de la ville. Il tombe amoureux de Doris, sans savoir qu'elle est en fait avec son second, Steve Mileaway. Lorsque Doris accepte de l'épouser, Louie décide de tout quitter et de partir pour la Floride. En chemin vers le sud, il s'arrange pour que Doris rencontre son jeune frère Jackie, qui est dans une école militaire sous un faux nom. Une fois en Floride, Doris s'ennuie, Chicago lui manque. Pendant ce temps, Mileaway est incapable de mettre fin à une guerre des gangs qui s'est déclenchée à Chicago, il demande à Louie de rentrer pour reprendre les choses en main.

The Doorway to hell est une œuvre fondamentale pour la Warner et plus globalement le cinéma américain puisqu'il lance la grande vague du film de gangster des années 30. Même s'il sera supplanté par des successeurs plus célèbre désormais (L'Ennemi public de Wellman, Le Petit César de Mervyn LeRoy ou Scarface de Howard Hawks) le film d'Archie Mayo possède ses propres qualités et instaure même quelques standards du genre. On n’a pas encore ici la caractérisation outrancière, violente et tourmentée de la figure du gangster avec le chef de gang Louis Ricarno (Lew Ayres). Jeune, avenant et séduisant, c'est précisément lorsqu'il fait passer un nuage de violence dans son regard, quand il durcit soudainement ses traits juvéniles qu'il s'avère terriblement intimidant. C'est cette capacité qui lui aura permis d'avoir la mainmise sur la pègre de Chicago comme le montre une superbe ouverture où il met au pas les trognes patibulaires qui l'entoure. Seulement Louis désormais richissime et amoureux songe à se retirer au sommet de sa gloire et bien vivant de ce monde du crime mais le destin va le rattraper.

On retrouve de manière plus subtile que dans d'autres films de gangsters à venir cette notion de fatalité finissant par perdre le criminel. Si cette idée sera plus guidée par l'application du Code Hays par la suite (le final ajouté de Scarface notamment), ici elle s'instaure avec une logique implacable au récit. L'appartenance aux bas-fonds (la scène où Louis parcoure les rues de son enfance avant de quitter la ville) est un marqueur dont l'argent ne nous débarrasse pas, la guerre des gangs explosant dès son départ forçant ses acolytes à exiger son retour. Sa nouvelle vie est d'ailleurs viciée avant même son début puisque son épouse (Dorothy Mathews) est l'amante de son bras droit Mileaway (James Cagney) et se languira vite de leur ancienne vie plus excitante que la tranquilité de Floride.

La vision des gangsters oscillent d'ailleurs entre la dualité suave et brutale qui définit Louis, leurs méfaits se voyant dépeint à la fois par des gros titres à sensation dans les journaux et la vision des règlements de comptes brutaux et cruels dont une action tragique forcera le retour de Louis. L'appât du gain justifiera cette schizophrénie, Louis gardant une certaine naïveté sous sa nature criminelle avec cette croyance que le dieu dollar mettra fin à tous ses problèmes mais sa richesse n'aura aucun effet sur l'incorruptible O'Grady (Robert Elliott ) et n'empêchera pas la tournure dramatique des évènements.

Lew Ayres offre une prestation assez fascinante notamment dans la dernière partie où brisé il devient un être opaque et violent, délesté du masque séduisant en perdant les idéaux auxquels sa réussite lui avait fait croire. L'issue implacable offrira à notre héros une sortie flamboyante et lucide mais l'on aurait aimé que le parallèle à Napoléon son plus fouillé ce qui aurait donné une plus grande force encore. Reste une œuvre efficace posant les jalons du genre dans son esthétique mais aussi ses figures de proues puisque James Cagney qui en impose déjà dans un second rôle sera repéré ici par Wellman qui en fera son mythique Ennemi Public.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner 

jeudi 4 février 2016

Miss Pinkerton - Lloyd Bacon (1931)

L'infirmière Adams (Joan Blondell) est appelée au service d'une vieille femme dont le neveu vient de se suicider. Elle est chargée par l'inspecteur de police soupçonnant un meurtre (George Brent) d'espionner les faits et gestes des habitants...

Les films Pré-Code auront souvent célébrés l'émancipation de la femme, en faisant des figure en quête d'indépendance même si celle-ci les faisait passer par un chemin criminel (Blondie Johnson (1933)) ou une certaine déshumanisation dans l'ambition (Baby Face (1933)). Miss Pinkerton participe de manière plus légère à ce mouvement avec son personnage d'apprentie enquêtrice damnant le pion à la police. L'infirmière Adams (Joan Blondell) s'ennuie dans le quotidien monotone de l'hôpital voit une occasion d'égayer cette morne existence lorsqu'elle est appelée au chevet d'une vieille dame dont le neveu vient de se suicider tragiquement. Seulement quelques indices laissent supposer un meurtre et l'inspecteur (George Brent) va faire d'elle son agent infiltré pour tirer les choses au clair.

Lloyd Bacon tisse habilement le mystère à travers l'attitude suspecte d'absolument tous les personnages, du majordome au médecin en passant par la vieille tante elle-même. A cela s'ajoute une atmosphère gothique oppressante qui dénote avec la légèreté du ton, la photo stylisée de Barney McGill magnifiant le décor de Jack Okey avec des jeux d'ombres superbe lorsqu'y défilent des silhouettes nocturnes anonymes. L'aspect comédie est joliment mené aussi avec une Joan Blondell toujours aussi attachante et gouailleuse et qui forme un beau duo avec George Brent, loin de ses rôles de mâle viril et qui incarne ici un mentor tâtonnant et guère fin limier. L'ambiance est donc bien posée mais malheureusement l'enquête est assez laborieuse et peu palpitante malgré la courte durée du film et finalement le script ne met guère en valeur son argument d'enquête au féminin.

Jamais Joan Blondell ne fait preuve de déduction ou de sens de l'observation, traversant le film sans peser sur l'affaire dont la résolution repose presque sur le hasard. Pire, l'héroïne sombre dans le cliché du personnage féminin en détresse hurlant au moindre danger, le courage étant aussi ténu que les talents de détective. Dommage au vu de l'abattage de Joan Blondell pétillante de bout en bout (et qui comme à son habitude dans le Pré-Code nous offre une affriolante petite scène en nuisette). Sur un postulat voisin, mieux vaut voir l'excellent L'Ange Blanc (1931)de William A. Wellman.

 Sorti en dvd zone 2 français chez Warner

dimanche 22 novembre 2015

Lawyer Man - William Dieterle (1932)

Lorsque l'avocat Anton Adam est victime d'un terrible chantage suite à une série de fautes professionnelles, il sait qu'il peut compter sur l'aide d'Olga, sa fidèle secrétaire. Mais quand on est davantage préoccupé par sa carrière que par la justice, le prix à payer est redoutable...

William Dieterle signe une fable morale typique de cette ère de la Grande Dépression. William Powell y incarne Anton Adam, un avocat basé dans le quartier populaire et cosmopolite du Lower East Side à New York. A l'image de la scène d'ouverture le voyant évoluer dans son élément au sein des ruelles grouillante du quartier, Adam exerce son talent d'avocat à l'échelle de ses lieux en sortant de mauvais pas les petites frappes et en rassurant leur mère inquiète.

Son attrait pour l'ailleurs se devinera par un penchant certain pour les jolies femmes, au grand désespoir de sa dévouée secrétaire Olga (Joan Blondell à croquer comme d'habitude). L'occasion se présente après une victoire sur un avocat de la haute société qui lui propose d'être son associé. Dès lors les tentations, l'appât du gain et l'ambition vont lui susciter de nombreux ennemis et causer sa perte. Mais il n'a pas dit son dernier mot.

William Powell excelle en naïf ambitieux qui va apprendre la loi de la jungle, les tours où siègent ses nouveaux bureaux s'avérant bien plus dangereux que les bas-fonds qu'il a l'habitude de fréquenter. La rédemption d’Adam est assez remarquable, les moments où après avoir été piégé il devient à son tour impitoyable ayant leurs lots de dialogues mordant et d'attitude cynique. Sans montrer le déroulement d'aucune scène de procès (dont nous ne verrons que les verdicts), le scénario démontre l'éloquence de notre héros par son bagout dans les situations qu'il rencontre comme quand il découragera deux hommes de mains venus le tuer.

En n'ayant plus rien à perdre et en renonçant à ses rêves de grandeurs, Adam en devient insaisissable et imprévisible pour finalement atteindre les hautes sphères et se venger. Les milieux politiques et de la justice son fustigés de manière cinglante, la seule revanche guidant désormais un Adam privilégiant ses racines modestes. Un récit humaniste mordant narré avec une efficacité remarquable.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner 

mercredi 11 novembre 2015

The Office Wife - Lloyd Bacon (1930)

Dirigeant d'une importante maison d'édition, Lawrence Fellowes s'implique corps et âme dans son travail. Lorsque sa secrétaire éprouve de forts sentiments envers lui, ce dernier décide de la licencier sur le champ. Pourtant, quand sa remplaçante, Anne Murdock, arrive dans l'entreprise, à la grande surprise de tous, Lawrence tombe rapidement sous son charme.

Les films Pré-Code tournant autour de la relation homme/femme au bureau sont souvent synonymes de guerre des sexes où le féminisme se conjugue à la revanche sociale dans ce contexte de Grande Dépression. On pense à des réussites comme Baby Face (1933) ou Female (1933) et dont The Office Wife qui les précède prend le contrepoint avec un pure romance teinté de récit de mœurs. La scène d'ouverture exprime ainsi l'ambiguïté du lien entre un dirigeant et secrétaire, la complicité et connaissance mutuelle développant une relation "maritale" parallèle sans le sexe.

Cela n'empêche pas les sentiments comme va le constater Lawrence Fellowes (Lewis Stone) directeur d'une maison d'édition bichonné par sa secrétaire qui va défaillir lorsqu'elle apprendra son mariage à venir. La nouvelle venue Anne Murdock (Dorothy Mackaill) semble être une "gold digger" typique du Pré-Code cherchant à séduire son patron mais cette promiscuité va finalement la faire succomber à son tour d'autant que Lawrence Fellowes n'est pas indifférent non plus à ses charmes.

Lloyd Bacon va de la caricature assumée à une finesse progressive pour exprimer l'évolution de la relation. Pour Anne, l'abus grossier de ses charmes (minaudage, jupe remontée) s'estompe au fil de la connaissance mutuelle et Lawrence indifférent à la séduction agressive est à l'inverse très sensible aux attentions de celle qui le connaît finalement mieux que son épouse. La romance se développe dans un quotidien et des habitudes n'existant pas dans la vraie vie de couple de Lawrence et de plus en plus envahit par la secrétaire délicieusement jouée par Dorothy Mackaill. Assez charmant donc et où l'on appréciera la courte présence d'une Joan Blondell débutante qui nous gratifie d'un passage en petite tenue typiquement Pré-Code.

Sorti en dvd zone 2 chez Warner dans leur collection dédiée au Pré-Code 

Extrait

samedi 10 octobre 2015

Âmes libres - A Free Soul, Clarence Brown (1931)

La fille d'un grand avocat tombe amoureuse de Ace Wilfong, un truand que son père vient de défendre avec succès. Mais lorsqu'elle veut mettre fin à cette liaison, elle réalise que ce ne sera pas si facile...

Norma Shearer avait incarné dans La Divorcée (1930) une magnifique incarnation de la femme hésitante entre la norme et la rupture, récompensée par un Oscar de la meilleure actrice. Âmes libres exploite cette dualité de la star avec brio et plus d'ambiguïté, puisque dans La Divorcée son personnage se forçait à mener une vie dissolue par revanche alors que ce sera bien plus trouble ici. Jane Ashe (Norma Shearer) a été élevée par son père Stephen (Lionel Barrymore) selon des principes de vie libertaires que l'on ressent dès la scène d'ouverture. Jane nue à la salle de bain demande à son père de lui passer ses sous-vêtements, la trivialité et la promiscuité de la scène laissant longtemps supposer qu'ils sont amants et non pas père et filles. Cette existence sans contrainte morale les oppose à leur famille, incarnation des valeurs bourgeoise américaine qui voit d'un mauvais œil cette frange rebelle aux normes.

Cette liberté va pourtant être questionnée chez chacun des protagonistes et remettre en cause leur valeur. Jane va ainsi tomber sous le charme vénéneux et dominateur d’Ace Wilfong (Clark Gable), et Stephen sombrer définitivement à son addiction à l'alcool. Le lien père et fille se désagrège ainsi progressivement, "l'ouverture" ayant ses limites avec la violente désapprobation de Stephen à l'union de sa fille à ce gangster. Clarence Brown après le badinage initial amène ces moments de ruptures avec une puissance dramatique rare, notamment la séquence muette et bouleversante où Stephen découvre sa fille alanguie dans la garçonnière de Wilfong.

Toutes les œillères et les peurs ordinaires ressurgissent, remettant en cause les élans libertaires initiaux. Le scénario n'oppose cependant pas morale et norme (symbolisé par l'affrontement entre les bas-fonds et cette aristocratie américaine), le malaise naissant plus de la relation père-fille déséquilibrée. Stephen perdu dans les vapeurs alcoolisées ne peut prévenir suffisamment sa fille du danger qu'elle coure tandis que cette dernière endosse sans y parvenir le rôle de parent envers lui pour le guérir de son addiction.

L'échec sera ainsi inévitable en liant ces deux penchants néfastes des protagonistes. Face aux menaces qui les entourent, la fillette réfugiera dans les bras d'un père enfin protecteur au terme d'une séquence intense où Lionel Barrymore se lance dans un monologue final intense. Une scène magnifique (une des plus longues prises -14 minutes- jamais filmée à l'époque) qui contribuera à l'Oscar du meilleur acteur remporté par Lionel Barrymore. La prestation de gangster suave contribuera par ailleurs à la notoriété de Clark Gable, déjà rival amoureux de Leslie Howard ici huit ans avant Autant en emporte le vent.

Sorti en dvd zone 2 chez Warner 

Extrait

jeudi 8 octobre 2015

Picture Snatcher - Lloyd Bacon (1933)

Tromperie, vol, malhonnêteté... Ils peuvent vous mener tout droit en prison comme être la clé de votre réussite professionnelle ! Danny Kean, escroc tout juste sorti de Sing Sing, use de son talent criminel pour se faire embaucher par le virulent et racoleur tabloïd Picture Snatcher. Appliquant ses méthodes louches à son nouvel emploi, il devient un photographe sournois et insaisissable. Obtenant le cliché secret et interdit de l'exécution d'une meurtrière, il parvient à la faire publier dans la presse...

James Cagney en ce début des années 30 se spécialise dans les rôles de canailles, dangereuses et brutales dans les films de gangsters (L'Ennemi public (1931) plus tard Les Anges aux figures sales (1938) et Les Fantastiques années 20 (1939) et attachantes en dépit de leur mauvais penchant dans les films Pré-Code plus sociaux (Hard to Handle (1933) ou Le Bataillon des sans-amour (1933)). Picture Snatcher se situe dans la seconde catégorie, Lloyd Bacon nous dépeignant avec entrain et efficacité la rédemption de Danny Kean (James Cagney).

Le début du film déploie tout une imagerie associée au film de gangster avec de prendre un virage surprenant. Danny Kean fraîchement sorti d'une peine de trois ans de prison est chaleureusement accueilli par ses anciens acolytes avec forte dose de luxe, filles et bénéfices accumulés en son absence. Kean va pourtant les cueillir à froid en annonçant son retrait du monde du crime pour celui du journalisme où on lui a proposé une place. Malheureusement ses mauvais penchants de gangsters lui serviront bien plus dans son ascension que ses talents de rédacteurs.

En vrai dur à cuir essuyer les coups de feu en zone dangereuses ne lui fait pas peur et l'ancien escroc n'a aucun scrupule à duper les témoins pour une photo à scandale lucrative et va ainsi devenir le parfait "picture snatcher". Kean n'a pas changé de mentalité mais seulement de milieu même s'il ne s'en rend pas encore compte. Le bagout de James Cagney rend le personnage attachant en dépit de ses actes répréhensibles toujours tournés vers la dérision (le pompier trompé) jusqu'au moment où il ira trop loin et se mettra son entourage à dos. C'est dans son rapport aux autres que Kean va prendre conscience de son attitude, par la romance assez conventionnelle avec la jeune Pat Nolan (Patricia Ellis) et surtout à travers l'amitié attachante avec son rédacteur en chef alcoolique McLean (Ralph Bellamy) et l'étonnante relation amour-haine avec le policier qui l'arrêta jadis.

Lloyd Bacon alterne ainsi les joyeux moments de comédie néanmoins teintés d'une certaine noirceur avant de boucler la boucle lors d'un final rédempteur qui retrouve la férocité du film de gangster avec un gunfight dantesque confrontant Kean à ce qu'il ne souhaite plus être. Le scénario lui fait cependant user de méthodes discutables pour parvenir à ses fins même si l'investigation et le but final plus noble en font un vrai acte de journaliste. Un bon point finalement puisque même avec un meilleur fond le personnage n'est pas aseptisé et reste une teigne comme le montre un épilogue romantique mais néanmoins brutal.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner

lundi 5 octobre 2015

Female - Michael Curtiz (1933)

Alison Drake dirige d'une main de fer une grande entreprise automobile, la Drake General Motors, qu'elle a héritée de son père. Lassée d'être sans cesse courtisée pour son argent et non sa personne, elle s'amuse à inviter des employés de l'entreprise à diner en tête à tête, puis dans son lit, avant de les rejeter le lendemain. À la suite d'une soirée mondaine où elle est une fois de plus courtisée par tous, elle décide de sortir incognito et de se fondre dans la masse d'une fête foraine. Elle y rencontre un homme très séduisant Jim Thorne, qu'elle retrouve dans son usine le lendemain et qui n'est autre que l'ingénieur qui doit sauver l'entreprise de la faillite.

Hormis une conclusion expédiée faisant sans y croire rentrer la situation dans la "norme", Female est une œuvre emblématique d'une certaine vision de la femme dans ce cinéma Pré Code des années 30. Les figures féminines s'y élèvent à la force du poignet en se montrant aussi impitoyable que les hommes, tout en ne pouvant totalement s'empêcher d'être rattrapée par leurs émotions. Le schéma prend généralement un tour social, cette élévation marquée par la Grande Dépression servant autant à sortir de la fange qu'à triompher du machisme dominant telle la Barbara Stanwyck de Baby Face (1933). Ruth Chatterton incarne un autre versant de cette thématique, symbolisant à la fois cette ascension sociale mais également une femme de pouvoir glaciale en mère maquerelle dans Frisco Jenny (1932). Son humanité ressurgissait par la maternité dans ce film quand ce sera les tourments inattendus de l'amour qui la feront vaciller dans Female.

Elle y incarne Alison Drake, l'héritière d'une grande entreprise automobile qu'elle dirige d'une main de fer. Une position qui l'isole dans ses émotions contenues et son rapport aux autres complexes. La scène d'ouverture nous plaçant dans une grande réunion de comité d'entreprise exprime bien cela, faisant surgir Alison presque par surprise dans ce monde d'homme où elle s'imposera par une volonté de fer en rabrouant brutalement un employé. Elle n'en reste pas moins une femme avec ces désirs mais ceux-ci s'exécutent avec la même rapidité et autorité que celle exigées par les grandes décisions industrielles de son quotidien professionnel. Un regard bref et concupiscent vers un employé bien de sa personne, une invitation à dîner tout autant dénué de spontanéité dans son déroulement (les appels codés d'Alison à ses majordomes) et une nuit dont il ne devra plus rien subsister de retour à l'entreprise. Les amants d'un soir trop insistants seront expédiés dans une obscure succursale canadienne.

Les personnages masculins du film ne semblent guère mériter mieux d'ailleurs. Le machisme latent et le sentiment de possession (la désinvolture d'un amant s'asseyant sur le bureau d'Alison après une première nuit) et la déférence plus ou moins intéressée (le jeune amant bellâtre, un autre voyant dans l'union une fusion industrielle) semblent faire du pouvoir d'Alison un obstacle insurmontable dans son rapport aux hommes. En séduisant incognito un homme qui ne sait rien d'elle, Alison découvre le plaisir d'être aimée pour elle-même mais finalement la frustration aussi de ne pouvoir faire plier à ses volontés l'objet de son affection. Cet homme c'est Jim Thorne (George Brent) une sorte de mâle alpha guère impressionné même quand il découvrira qu'Alison est sa patronne. Notre héroïne découvre donc tardivement les vertus de la séduction, de la minauderie et d'une partie du renoncement à soi-même que suppose le lien à l'autre. C'est un aspect des plus amusants du film, offrant de superbes scènes romantiques. Le scénario est malheureusement assez maladroit, ce chemin nécessaire d'Alison devenant un retour pur et simple à l'image de femme au foyer ménagère et génitrice avant tout.

Pas de juste milieu dans une conclusion trop précipitée qui gâche toutes les audaces du film. Cela passait sans doute mieux dans le contexte de sortie du film mais nettement moins pour un spectateur contemporain. L'esthétique fouillée du film rattrape un peu cet écueil. William Dieterle débuta le tournage (l'audace des rapports amoureux rappelle bien l'auteur de Jewell Robbery (1933)) que malade il abandonna à William A. Wellman qui filma quelques scènes avant de rejoindre une autre production (College Coach (1933)) et laisser Michael Curtiz tourner l'essentiel du film.

C'est vraiment la patte de ce dernier que l'on ressent le plus à travers la stylisation des décors reflets des personnalités d'Alison : froidement géométriques, oppressant et industriels pour le monde de l'entreprise et aérien, chatoyant et Art déco pour son antre de séduction. Une dualité qui se ressent également dans les robes et négligés élégants se disputant aux tailleurs monochrome et stricts, appelant tour à tour au rapprochement ou à une intimidante distance. Passionnant donc si ce n'était cette fin discutable.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner dan leurs collection consacrée au Pré-Code 


vendredi 7 août 2015

La Divorcée - The Divorcee, Robert Z. Leonard (1930)

Après trois années de mariage, une femme découvre que son mari est infidèle. Estimant qu'il était tout à fait normal qu'elle prenne à son tour un amant, elle s'engage sur le chemin de la séparation.

The Divorcee est un Pré-Code qui figure parmi les premiers films hollywoodiens mettant en scène le divorce. Le traitement y sera d'ailleurs assez surprenant, le divorce étant moins une solution en elle-même qu'un moteur de réconciliation qui annonce le sous-genre de la "comédie du remariage" que l'on trouvera souvent dans les comédies américaines des années à venir. Jerry (Norma Shearer) et Ted (Chester Morris) sont un couple new-yorkais fous amoureux et qui vont décider de se marier. En jeunes gens modernes, ils pensent construire leur union sur un pied d'égalité faisant disparaître la notion de sexe fort et faible. L'ouverture du film illustre la dualité et l'impossibilité de cette approche. La fête sur lequel l'intrigue débute nous montre ainsi la liberté de ton et de mœurs de cette jeunesse new yorkaise festoyant en campagne mais, derrière cette insouciance le dépit amoureux ordinaire d'un prétendant éconduit (Conrad Nagel) va conduire à un terrible drame. La modernité dévoilera ainsi ses limites face aux tourments bien humains qui ne pourront s'y soumettre.

Après trois ans de mariage, Jerry va découvrir l'infidélité de Ted. Celui-ci balaie d'un revers de la main sa faute, estimant que c'est un moment d'égarement qui n'a aucune importance. Cet esprit libre en prendra un coup lorsque Jerry fera de même par vengeance avec son meilleur ami Don (Robert Montgomery). Là aussi, envolé le couple libre et retour du machisme ordinaire du mari blessé dans son orgueil qui réclamait la clémence pour lui dans de même circonstances. Les affrontements du couple sont d'ailleurs d'une férocité et cruauté saisissante. Les sentiments et le supposé mode de vie s'opposent, conduisant le couple au divorce. Engoncés dans leur fierté les deux pourtant s'aiment toujours et se manquent. Le récit opère un changement complexe, la modernité opérant dans l'oubli et le pardon tandis que la tradition reprend ses droits avec les retrouvailles du couple. Une approche intéressante et remarquablement portée par la prestation subtile de Norma Shearer tour à tour écorchée vive, suppliante et vindicative. Elle y gagnera d'ailleurs un Oscar.

Malheureusement la prestation (et l'écriture) unidimensionnelle de Chester Morris atténue un peu la bonne impression. Passée sa réaction machiste face à l'adultère, le personnage passe le film à s'autodétruire sans jamais faire un pas volontaire vers la réconciliation même si on comprend qu'il l'espère. A l'inverse on ressentira autant la douleur que l'orgueil blessée chez Norma Shearer qui se trouvera elle face à sa rivale. Même cela s'intègre bien aux thèmes du film, le fait qu'elle reste "fidèle" et repousse tous les aventures après son divorce semble surtout être une caution morale et au final c'est bien elle qui fera l'effort principal pour un retour à l'ordre bien plus douloureux pour un autre couple du récit. Il 'est d'ailleurs sous-entendu que la femme n'aspirerait au bonheur qu'en étant celle d'un seul homme.

L'adultère comme moteur de ravivement du couple sera vu avec bien plus d'audace et de modernité dans le Ange (1937) de Lubitsch et sur une intrigue voisine, Femmes (1939) de Georges Cukor gagnera grandement en finesse en n'adoptant que le seul point de vue de la femme trompée. Intéressant tout de même mais déséquilibré par des choix qui le rendent finalement très moralisateur.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner 

Extrait

samedi 30 mai 2015

Héros à vendre - Heroes for Sale, William A. Wellman (1933)

Durant la Première Guerre mondiale, sur le Front français, Roger Winston reçoit l'ordre de détruire un nid de mitrailleuses allemand, avec une poignée d'hommes, parmi lesquels Tom Holmes, originaire de la même ville que lui. Tom est blessé en capturant un soldat allemand, mais Roger en reçoit les honneurs, bien qu'ayant agi lâchement, ce qu'il se garde d'avouer. Tom est évacué à l'hôpital, où il est soigné à la morphine. La guerre achevée, Roger obtient - dans la banque de son père - un emploi pour Tom, en échange de son silence...

Wellman aura signé à travers ses Pré-codes quelques-unes des œuvres les plus emblématiques de la Grande Dépression sévissant alors aux Etats-Unis comme Wild Boys of the road (1933) ou Frisco Jenny (1933). Héros à vendre est la plus audacieuse d'entre toute avec son altruisme visionnaire annonçant le Frank Capra de L'Extravagant Mr Deeds (1936) et sa description d'un anticommunisme qui n'a pas attendu le Maccarthysme pour sévir.

Vétéran de la Première Guerre Mondiale, Roger Winson (Richard Barthelmess) est dès cette expérience du front un héros spolié. Laissé pour mort lors d'une mission, son fait de gloire est attribué à son ami ayant fait preuve de lâcheté. C'est un homme meurtri qui revient aux Etats-Unis, accro à la morphine qui lui fut massivement administré pour atténuer la douleur de ses blessures. Livré à lui-même il ne rencontrera que l'incompréhension et l'injustice, notamment de son ami riche plus préoccupé de cacher le secret de sa lâcheté. Enfin guéri de ses fêlures, Roger va tenter de se reconstruire et va se confronter à l'évolution néfaste du pays, un capitalisme e une industrialisation qui fera des ravages lors de la Grande Dépression.

Grimpant les échelons dans une entreprise de blanchisserie, il promeut l'arrivée d'une machine à laver pouvant alléger la tâche des employés mais les accords pris ne seront pas respectés l'outil remplaçant peu à peu l'humain. Son altruisme ne s'accordant pas avec la froideur calculée de cette nouvelle ère capitaliste, Winson dérange les autorités qui cherchent à se débarrasser de ce "sale rouge". Wellman dans toutes ses œuvres sociales aura su se départir de toute idéologie et son héros à la sensibilité tout simplement empathique est à son image. Les vecteurs d'idéologies sont d'ailleurs violemment fustigés ici, que ce soit l'ingénieur allemand balayant ses préceptes communistes dès sa fortune faite ou le capitalisme représenté par son ami lâche balayé par le krach de 1929.

Richard Barthelmess, immense star du cinéma muet trouve ici un de ses meilleurs rôles d'une ère parlante où il aura plus de difficulté. C'est par l'émotion et la sincérité qu'il dégage que son personnage est incarné et touchant, dépassant le principe de l'idée qu'il représente. C'est peut-être d'ailleurs pour souligner cet aspect que Wellman aura rendu volontairement caricatural le personnage de l'ingénieur russe ou du banquier, coquille vide dévoués à leurs intérêts. Une réussite de plus pour Wellman.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner dans la collection Trésors Warner

lundi 18 mai 2015

Blondie Johnson - Ray Enright (1933)

Après avoir été agressée sexuellement et s'être fait délogée de son appartement, Blondie Johnson est fond du gouffre. Lorsque sa mère décède, la jeune femme décide de bouleverser sa vie et de ne plus jamais vivre dans la misère. Pour cela, tous les moyens sont bons comme par exemple, rejoindre des organisations criminelles...

Joan Blondell fut, avec Barbara Stanwyck ou Jean Harlow une des actrices les plus emblématiques du versant le plus féministe du Pré-Code et le prouve une fois de plus avec ce Blondie Johnson. On trouve donc à nouveau une héroïne brisée par le cadre de la Grande Dépression avec une Blondie Johnson qui perd tout en début de film : emploi pour ne pas avoir cédée aux avances de son patron, domicile dont elle est expulsée et surtout sa mère trop faible pour résister à ces privations. Les institutions sociales, juridiques ou le monde du travail s'avèrent rigides et impuissant pour l'aider, là ramenant constamment à son dénuement.

Qu'à cela ne tienne, elle va réussir coûte que coûte même si elle doit emprunter les chemins les plus répréhensibles. L'interprétation de Joan Blondell s'avère à la fois sensible, drôle et déterminée grâce à la gouaille de l'actrice dont les grands yeux révèlent toujours une belle sensibilité sous la dureté de façade. Blondie Johnson constitue cependant une héroïne différente d'un Baby Face (1933) puisque toute forme de séduction est exclue de son ascension. Elle n'en veut pas spécifiquement aux hommes mais à cette société entière qui n'aura su l'aider et décide de l'exploiter de toutes les manières possibles.

Le début du film est très amusant avec les arnaques alambiquées que monte Blondie et qui vont attirer sur elle l'attention des gangsters locaux dont Danny (Chester Morris). La détermination de notre héroïne va donc se confronter à la violence du monde de la pègre, la forçant à son tour à s'y plier. Désormais au sommet de l'organisation, la dualité entre l'ambitieuse impitoyable et la femme sensible qu'elle est toujours sera intenable. Ray Enright gère parfaitement cette dichotomie dans la tonalité du film où les cadres luxueux alternent avec les exécutions sommaire dans les bas-fonds, où une querelle d'amoureux peut basculer en violent règlement de compte mafieux.

Chester Morris dégage une étonnante vulnérabilité sous ces airs de gangsters tiré à quatre épingles, une sorte de féminité qui fait du couple formé avec Blondie deux adolescents chamailleurs (Danny cédant toujours aux plans de Blondie quand elle met en doute son courage) dont les déboires prennent des proportions sanglantes du fait du milieu où ils évoluent. Ce n'est que lorsqu'ils oublieront les enjeux de pouvoirs et richesse qu'ils pourront se rapprocher à nouveau mais au prix d'une dimension morale bien amenée. Très intéressant donc et une fois de plus porté par une Joan Blondell épatante.

 Sorti en dvd zone 2 français chez Warner dans leur collection Pré-Code

lundi 9 février 2015

Fascination - Possessed, Clarence Brown (1931)

Marian Martin (Joan Crawford) est une ouvrière bien décidée à se sortir de la pauvreté en misant sur ses charmes. À New-York elle rencontre Mark Whitney (Clark Gable), un riche et bel avocat qui l’installe à ses frais dans un luxueux appartement. Marian a tout ce dont elle a toujours rêvé, mais elle désire l’unique chose que Whitney ne semble pas prêt à lui proposer : un mariage.

Un Pré-Code qui en apparence semble mettre en scène la fameuse figure féminine de la "gold digger", cette jeune femme de basse extraction prête à tout pour réussir. Barbara Stanwyck ou Jean Harlow auront popularisé ce type de personnage en ce début des années 30 marquée par la Grande Dépression dans des œuvres comme Baby Face (1933) ou Red-Headed Woman (1932). Joan Crawford semble en tout point dans cette lignée ici en incarnant Marian, jeune ouvrière rêvant d'échapper à sa condition et refusant le destin tout tracé et terre à terre qui s'offre à elle notamment avec l'insistance de son fiancé Al, modeste chef de chantier. Cette avenir doré, elle ne peut y parvenir que par ses charmes et il se présentera comme une sorte de fascinante publicité en mouvement avec ce train dont les wagons défilent et affichent leurs luxes intérieurs à son regard envieux. Désormais elle sa quête sera d'être à l'intérieur du wagon mais étrangement une fois ce but atteint, quelque chose va lui manquer. Le film nous a astucieusement induits en erreur quant à son message.

Possessed est le troisième film mettant en scène le couple Joan Crawford/Clark Gable après Dance, fools, dance et Laughing Sinners (1931). Entretemps les deux stars alors chacune mariées auront entamé une liaison et le spectre de cette romance illégitime place sur le film et est sciemment utilisé par Clarence Brown. Marian se sera trouvé un richissime bienfaiteur en la personne de Mak Whitney, séduisant avocat qui va en faire une femme du monde et l'installer à grand frais dans un luxueux appartement. La scène de leur première rencontre aura affiché avec franchise la nature de leur future relation, Marian ne cachant pas sa quête d'un amant nanti et Mark d'une relation sans attache. Il suffira d'une ellipse de trois ans pour les retrouver dans un lien qui dans la pratique suit les termes de ce "contrat" mais qui dans les faits, les attitudes et les regards entre eux trahit le fait que dans leur cœur ils sont un vrai couple légitime et aimant.

Clarence Brown illustre cette idée à la fois dans un érotisme latent superbement amené (Mark et Marian arrivant en retard à leur propre réception pour avoir batifolé juste avant de partir) mais surtout par un romantisme poignant. On pense à la magnifique scène où Marian chante avec désinvolture au piano How Long Will It Last en allemand et en français à ses convives étrangers puis la reprend soudain en anglais les yeux rivés sur l'objet de son affection, Mark qui reste hors-champ. Plus rien ne semble alors exister, l'espace ambiant s'estompe et laisse l'amour de cette femme déborder de l'écran, Joan Crawford se confondant avec son personnage (sentiment que l'on a plus d'une fois durant le film si l'on connaît le passif).

Ce que l'on avait pris pour une ode féministe s'estompe donc, la gold digger laissant place à l'amoureuse éperdue prête à tout pour son homme. Cela dessine à la fois un portrait cru d'une époque où la réussite d'une femme ne peut se faire qu'à travers la tutelle d'un homme mais aussi une belle idée de romance sacrificielle. Cette romance interdite portera toujours le sceau de l'infamie pour une femme dont la réputation ne s'en remettra jamais (la séquence révoltante où Al rabaisse Marian quand il apprend son passé) quand pour un homme il suffit de balayer cet épisode d'un revers de la main.

Ainsi Mark sera un candidat idéal au poste de gouverneur une fois allégé de son embarrassante maîtresse (dont l'amour ne peut qu'exister dans l'ombre loin des regards inquisiteurs) mais le film tout en faisant lucidement ce constat cèdera à un poignant final romantique défiant ce déterminisme social et moral. Joan Crawford est absolument magnifique, subtile et poignante dans l'expression de son tourment intérieur (la frustration de ne pas être légitime), que ce soit le moment où elle retrouve son masque frivole après une terrible humiliation ou la douloureuse scène de rupture avec Mark. L'interprétation et la réussite formelle rattrapent ainsi largement le côté peut-être un peu schématique du script dans ce beau mélo.

 Sorti en dvd zone 2 français chez Warner dans leur superbe collection consacrée au Pré-Code

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