Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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lundi 25 mai 2015

Il était temps - About Time, Richard Curtis (2013)

Alors que Tim vient d'avoir 21 ans, il apprend par son père qu'il peut voyager dans le temps, ce qui est pour lui enfin une chance de trouver une petite-amie.

Grand pape de la comédie romantique à l’anglaise, Richard Curtis aura signé de petits classiques du genre d’abord en tant que scénariste (Quatre mariages et un enterrement (1994), Coup de foudre à Notting Hill (1999), Le Journal de Bridget Jones (2001)) qu’en tant que réalisateur avec la ravissante meringue Love Actually (2003). About Time semble au départ sortir de l’agréable ronronnement des œuvres précitées par son postulat intrigant : découvrant à ses 21 ans le don des hommes de sa famille pour voyager dans le temps, le jeune Tim (Domhnall Gleeson) va s’en servir pour trouver l’amour. Les romances sur fond de voyage temporel ont pu versant dramatique donner des films marquant, que ce soit le magnifique Quelque part dans le temps (1980) de Jeannot Szwarc ou le plus récent Hors du temps (2009 et déjà avec Rachel McAdams) mais il était intéressant de voir le sujet traité sous l’angle plus léger et pétillant de la comédie romantique. 

Richard Curtis n’exploite réellement son pitch qu’une fois avec le premier amour déçu de Tim, ce dernier constatant qu’il lui est impossible de se faire aimer par la belle Charlotte (Margot Robbie) même en étant préparé et quel que soit le moment, l’amour étant une affaire d’alchimie instantanée impossible à surmonter. On aurait aimé voir la quête amoureuse de Tim se poursuivre dans nombre de situations et déconvenues potentielles mais on sent vite venir le message attendu de « feel good movie » à savoir profiter du moment présent. Dommage que le héros ne se perde pas plus avant d’en arriver là puisqu’il va vite trouver l’amour avec Mary (Rachel McAdams).

 Ce qu’il perd en inventivité, le film le rattrape par ses personnages très attachant. Le ton reste très intimiste, notamment par l’usage restreint mais intéressant des fameux paradoxes temporel. Les changements effectués par Tim seront ainsi sans conséquence tant qu’il n’est pas père de famille et ne remonte pas au-delà de la naissance de ses enfants, donnant ainsi des effets étonnants et surtout une poignante scène finale. La restriction du pouvoir va ainsi de pair avec l’accession à l’âge adulte, forçant Tim à trouver les solutions à ses problèmes dans le présent, notamment le mal de vivre de sa sœur Kit Kat (Lydie Wilson). 

Les sauts dans le temps ne seront qu’un refuge éphémère à recroiser les disparus aimé mais jamais plus. La relation avec le père lunaire incarné par l’excellent Bill Nighy est des plus touchantes, guidant son fils vers les plaisirs simple que procure le don plutôt qu’un usage plus ambitieux évacués dès la révélation en ouverture. Domnhal Gleeson jeune homme maladroit et timide devient donc un homme sous nos yeux, goutant aux bonheurs et pertes ordinaires de l’âge adulte amenées avec une grande justesse par le script de Richard Curtis jusqu’à un renoncement final poignant. Le réalisateur touche juste dans l’émotion, même s’il est tout de même dommage d’avoir un film si prévisible et linéaire. Un bon moment tout de même.

Sorti en dvd zone 2 français chez Universal

lundi 8 décembre 2014

Hors du temps - The Time Traveler’s Wife, Robert Schwentke (2009)

Henry (Eric Bana) et Clare (Rachel McAdams) entament une relation amoureuse, perturbée par les capacités du premier qui possède des gènes lui permettant de voyager dans le temps. Toutefois, Henry n'a aucun contrôle sur ce pouvoir et est ainsi propulsé dans le passé comme dans le futur pour quelques minutes ou plusieurs jours. Il rencontre à plusieurs reprises sa future femme encore enfant, et s’observe lui-même à plusieurs étapes de sa vie.
 
The Time Traveler’s Wife est une belle romance qui aborde de manière assez singulière la thématique du voyage dans le temps. Tous les gimmicks habituel à base de paradoxes temporels,  de changement de la grande Histoire ou d’évènement plus personnels sont absents. Le temps est une force immuable que les personnages devront subir et au mieux tirer le meilleur de ses aléas imprévisible. C’est le cas du personnage d’Henry (Eric Bana) victime d’un étrange don qui le voit s’évaporer à tout moment malgré lui pour se matérialiser à diverses époques de sa vie.  Il n’a aucune prise sur ses sauts temporels (assorti de l’inconvénient de perdre ses vêtements en route), que ce soit la période ou le lieu où il se matérialise ce qui sera motif de comédie, de tension et même de drame au final. 

Henry nous apparaît ainsi solitaire en début de film, survivant plus qu’il ne vit puisqu’il sait que sa malédiction ne lui permet de rapprocher de personne. Un point d’ancrage lie pourtant ses voyages avec Clare (Rachel McAdams) jeune femme qu’il croisera à des âges divers (fillette, adolescente, adulte…), chacun constituant pour l’autre une sorte de fil rouge amoureux. L’originalité du film (adapté du roman d’Audrey Niffenegger) est d’aborder la question du voyage temporel sous cet angle intimiste montrer la difficulté du couple à mener une existence normale alors qu’il peut être séparé à tout moment pour une période indéfinie.

Henry revit parfois des traumatismes passé (la mort de sa mère qui ouvre le film) mais n’a aucune prise sur eux. L’idéal est donc de profiter au mieux de ces moments, que ce soit recroiser la route de sa mère bien vivante et surtout tisser le lien avec Clare. Les jeux de paradoxes sont du coup très originaux, un Henry d’un espace-temps différent pouvant amener le trouble (ce moment où il semble pressentir sa propre mort future et indéterminée), sauver la situation (le mariage où son moi futur vieilli permet le déroulement de la cérémonie quand l’autre à disparu) et amener un certain réconfort quand son incarnation rajeunie va coucher avec une Clare en conflit avec son Henry. On vit ainsi le surnaturel sous un angle quotidien, les disparitions mettant en mal l’amour fusionnel du couple. Une mélancolie et poésie sobre s’immisce ainsi à travers la mise en scène de Robert Schwentke et la belle complicité de Rachel McAdams et Eric Bana. 

Si le présent est difficile, le futur est incertain entre leur difficulté à avoir un enfant et surtout que le Henry du futur ne semble jamais avoir plus de quarante ans... Le scénario écarte tous les questionnements métaphysiques possibles (si Henry avait évité de rencontrer et s’inscrire dans l’imaginaire de Clare dès l’enfance leur histoire aurait- elle été possible ?) pour ce focaliser sur cette romance poignante car réellement sans fin. On aura qu’un infime aperçu des destinations d’Henry lors de ses sauts et lorsque le drame frappera, ce ne sera pas une fin mais un possible espacement des rencontres. Une bien belle idée qui se s’exprime dans un magnifique final où la perte se mêle à l’espoir infime de se revoir malgré tout, quelque part dans le temps. Sans l’égaler, le film tutoie d’ailleurs le charme de l’inoubliable Somewhere in Time (1980) de Jeannot Szwarc.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner


mercredi 13 novembre 2013

Minuit à Paris - Midnight in Paris, Woody Allen (2011)


Un jeune couple d’américains dont le mariage est prévu à l’automne se rend pour quelques jours à Paris. La magie de la capitale ne tarde pas à opérer, tout particulièrement sur le jeune homme amoureux de la Ville-lumière et qui aspire à une autre vie que la sienne.

L’échappée européenne de Woody Allen aura permit au réalisateur de magnifiquement se réinventer, mêlant ses thèmes à la culture et l’atmosphère des villes visitées.  La lutte des classes au cœur de la société anglaise imprègnera le Londres de Match Point (2005) et Le Rêve de Cassandre (2007), tout comme la langueur latine et le libertinage estival de Vicky Cristina Barcelona (2008) pour la cité catalane. Lorsqu’il poursuivra le cycle dans la ville des lumières (déjà visitée en 1996 pour Tout le monde dit I love you), Woody Allen revisitera à sa manière l’imagerie romantique associée à Paris.

Woody Allen était tombé sous le charme de Paris lors de sa première visite durant le tournage de Quoi de neuf, Pussycat ? (1965) dont il était interprète et scénariste. Il nourrit depuis un regret de ne pas s’être installé dans la ville à l’époque et être retourné poursuivre son ascension dans sa New York natale. C’est de ce même regret qu’il caractérise son héros et double à l’écran Gil Pender (Owen Wilson) venu dans sa jeunesse à Paris mais qui retourna également aux Etats-Unis pour devenir scénariste hollywoodien. Il y est aujourd’hui de retour en compagnie de sa fiancée Inez (Rachel McAdams) et de ses beaux-parents, les souvenirs et la beauté des lieux  l’hypnotisant tout en réveillant ses angoisses d’aspirant écrivain. 

Owen est le prolongement idéal des personnages rêveurs et anxieux de Woody Allen dont l’insatisfaction s’exprime dans des névroses diverses. L’échappée à ce mal-être peut se faire par l’irrationnel à l’image du héros caméléon de Zelig (1983) ou de l’épouse esseulée de La Rose Pourpre du Caire (1985). C’est donc ce même irrationnel qui viendra trouver un Gil flânant au hasard dans la nuit parisienne. Une rutilante Peugeot des années 20 et une invitation joyeuse de ses passagers qu’il acceptera va faire passer Gil « de l’autre côté ». Cela il ne s’en rendra compte que dans un bar rétro où un couple avenant l’apostrophe amicalement en se présentant  comme Scott et Zelda Fitzgerald. 

Lui si mal à l’aise dans son époque à fait un saut dans le temps pour se trouver dans son époque rêvée, l’Age d’or artistique que constitue pour lui le Paris des années 20. Il va ainsi se confondre et s’identifier à ses idoles de la « Génération Perdue » soit ce groupe d’écrivains américains (Fitzgerald,  Hemingway) venu chercher l’inspiration dans la capitale française durant l’entre-deux guerre. Chaque soir aux douze coups de minuit, Gil ira donc se ressourcer comme par magie dans ce passé rêvé et enchanteur tandis que sa réalité lui semble de plus en plus compliquée. L’esprit libre et insouciant du passé trouve sa terrible réponse dans la superficialité présente de sa fiancée.

Woody Allen alterne des visions du présent avec un Paris à l’imagerie touristique terne dont toute l’aura se trouve réduite à l’érudition ennuyeuse d’orateurs pédants (Michael Sheen tout en condescendance odieuse lors des scènes à Versailles ou au Louvre) et des visions merveilleuses dès que l’on plonge dans les Années Folles. La photo de Darius Khondji s’imprègne alors d’un halo féérique dans les magnifiques scènes d’intérieurs où donne une aura de mystère envoutante aux séquences nocturnes tandis que la mise en scène étriquée d’Allen au présent se fait ample et confère enfin toute leur majesté à ses rues et lieux de fêtes parisiens.

Les rencontres illustres sont idéalisées, fidèles à leur légende tout faisant preuve d’une proximité chaleureuse avec entre autre Picasso, Dali ou Buñuel mais aussi Gertrude Stein (jouée ici par la grande Kathy Bates) qui corrigera même les premiers essais écrits de Gil. La plus belle rencontre sera pourtant celle d’une inconnue avec la séduisante muse Adriana (magnifique Marion Cotillard) dont la sensibilité et le gout du passé se confond avec la sienne. 

Il serait ainsi facile de s’oublier dans ce passé mais tout comme un Alvy Singer (Manhattan (1979) doit se libérer sa peur de s’engager ou un Zelig de retrouver on identité, c’est dans le présent que Gil doit reprendre son destin en main. Tous le film distille les éléments à cet équilibre à retrouver, que ce soit la définition du complexe de l’âge d’or, la rencontre furtive avec une jeune femme de son temps partageant son attrait de la culture d’antan (à savoir l’amour de la musique de Cole Porter) et bien sûr le final nous plongeant plus loin encore à la Belle Epoque. 

Cette frustration et médiocrité du présent apparaît alors comme un phénomène cyclique n’existant que dans le l’esprit des insatisfaits qui le décrètent. A nous de créer notre Age d’Or semble nous dire un Woody Allen dans un état d’esprit remarquable, sa production et sa qualité quasi inchangée depuis tant d’années étant une belle réponse implicite aux grincheux nostalgiques. Owen Wilson, candide à la mélancolie si attachante trouve un de ses plus beaux rôles et la rencontre pluvieuse finale allie merveilleusement beauté passée et présente dans cette traversée du Pont des Arts. 

Sorti en dvd zone 2 français et dans un beau bluray chez TF1 Vidéo

vendredi 7 juin 2013

Passion - Brian De Palma (2013)


Deux femmes se livrent à un jeu de manipulation pervers au sein d'une multinationale. Isabelle est fascinée par sa supérieure, Christine. Cette dernière profite de son ascendant sur Isabelle pour l'entraîner dans un jeu de séduction et de manipulation, de domination et de servitude. 

On attendait beaucoup du grand retour de Brian de Palma : malheureusement, ce Passion confirme le lent déclin du réalisateur depuis bientôt dix ans. En 2001, de Palma avait voulu, avec Femme fatale, effectuer un retour aux sources des thrillers virtuoses et hitchcockiens qui établirent son génie à ses débuts : Obsession (1977), variation sur Vertigo (1958) ; Pulsions (1980) revisitant, lui, Psychose (1960) ; Blow Out (1981), entre Antonioni et Hitchcock ; et Body Double (1984), qui exposait ses influences dans la folie pure. De Palma s’était judicieusement échappé de ce registre après ce dernier pour déployer sa maestria dans des genres plus divers avec les grandes réussites que furent entre autres Les Incorruptibles (1987), Outrages (1989) ou Mission impossible (1996).

Bien qu’imparfait, Femme fatale avait néanmoins enchanté les aficionados du réalisateur de par ses audaces visuelles et narratives et sa vulgarité assumée. On y trouvait pourtant déjà les maux qui minent le cinéma de de Palma depuis : une tendance à la conscience trop prononcée de son style, l’autocitation et donc l’autosatisfaction. Cela sera confirmé avec la pantalonnade de l’adaptation du Dahlia Noir (2006), tirant vers un grotesque malvenu l’intrigue de James Ellroy. Faussement inventif, Redacted (2008) remakait lourdement Outrages en Irak à la sauce YouTube et fut encensé plus pour ses intentions que pour son résultat. Passion reprend la démarche de Femme fatale, rejouant la carte du thriller retors extravagant, l’inspiration définitivement à bout de souffle.

Le film remake le déjà peu réussi Crime d’amour (2010) d’Alain Corneau (dernier film du réalisateur français), dont l’intrigue est reprise à la virgule près. Les ajouts de de Palma apporteront uniquement matière aux grilles de lecture des chantres de la politique des auteurs mais certainement pas à ceux venus voir un bon film. À l’époque des grands films précités, de Palma prenait tous les risques dans sa mise en scène, n’hésitait pas à friser le ridicule dans ses effets mais sa maîtrise, toujours au service du récit, le faisait toujours retomber sur ses pattes.

Ici, de Palma ne sert que lui-même et l’ensemble tourne à vide. Tout est là - le questionnement sur le regard et la notion de point de vue, la manipulation et la schizophrénie - mais pourtant rien ne fonctionne. Les reproches, souvent faits à tort, à de Palma, sont ici pertinents : virtuosité vaine où plans-séquences, split screen et mouvements alambiqués sont totalement gratuits (on pense notamment à celui entre le meurtre et le ballet).

L’esthétique est dans l’ensemble hideuse et ringarde, en plus de faire dans la lourdeur explicative - la photo se faisant bleu sombre et les intérieurs tamisés dès que les relations se tendent entre les deux rivales. Si Noomi Rapace n’a aucun mal à faire oublier la mauvaise Ludivine Sagnier de l’original, Rachel McAdams, trop immédiatement sournoise dans son jeu, ne dégage pas l’ambiguïté, entre froideur et vulnérabilité, de Kristin Scott Thomas.

Malgré un pitch intriguant, Crime d’amour n’était guère palpitant. Pour rehausser l'intrigue, de Palma n’a comme atout qu’une suite de gimmick vains, à l’image d’un final reproduisant ceux de Carrie (1976), Pulsions ou même Femme fatale (sans même parler du compositeur Pino Donaggio qui recycle ses synthés de Body Double). De Palma aurait-il déjà tout dit ? Pour le savoir, et afin que s’estompe ce sentiment de redite, il faudra - comme autrefois - qu'il daigne s’aventurer sur des terrains moins familiers.

Sortira en dvd en juin chez ARP

samedi 22 octobre 2011

Lolita malgré moi - Mean Girls, Mark Waters (2004)


Après avoir passé son enfance en Afrique, Cady Heron atterrit un beau jour dans un lycée de l'Illinois, où elle découvre un univers encore plus exotique, plus mystérieux et plus dangereux que toutes les jungles : le monde des filles... Des cliques de lolitas branchées, friquées et assoiffées de pouvoir se disputent âprement ce terrain, où chaque jour est un combat pour être la fille la plus belle, la plus populaire et la plus prestigieuse.

Means Girls est une des teen comedy les plus réussies du genre et probablement la plus emblématique des années 2000. Les teen comedy les plus brillantes sont généralement celles qui parviennent à mêler regard tendre, incisif et cruellement juste sur les difficiles heures de l’adolescence souvent symbolisée par le parfois oppressant cadre du lycée. Le célèbre Breakfast Club de John Hughes avait réussi à traiter des clivages communautaires des lycéens en adoptant presque une approche théâtrale où chaque archétypes (intello, sportif, rebelles…) voyait un représentant enfermés pur un samedi de colle avec les autres, l’issue de cette cohabitation révélant finalement des adolescents ordinaires et en plein doute. Autres sommet du genre Heathers de Michael Lehman abordait les mêmes questions mais dans une approche plus cynique et provocatrice se livrait à un surprenant jeu de massacre visionnaire du drame de Columbine. On peut ajouter aussi l’excellent Pump up the volume où la rébellion se mêle au mal être avec un Christian Slater (qui donne un penchant lumineux à son rôle sulfureux de Heathers) animateur de radio pirate se lâchant sur les frustrations de ses camarades.

Lolita malgré moi se démarque en apportant une dimension sociologique voire ethnologique (avec un constant comparatif entre faune sauvage et adolescente) puisqu’il s’inspire de l’étude de Rosalind Wiseman Queen Bees and Wannabees dont l’ouvrage se penchait sur les rapports acérés de la gent féminines adolescente des lycées américains. La célèbre comique Tina Fey (vue dans la série 30 Rock, au Saturday Night Live et célèbre pour ses légendaires et hilarantes imitations de Sarah Palin) écrivit donc un script tissant une trame autour des réflexions soulevées par le livre.

On suit donc l’évolution de Caddy (Lindsay Lohan) jeune américaine ayant grandi en Afrique et éduquée à domicile par sa mère qui de retour aux USA découvre la jungle du lycée. Là, son innocence est mise à rude épreuve lorsqu’elle est adoptée par les « Plastics », groupe de jeunes filles superficielles et mesquines faisant et défaisant les réputations au lycée. Victime à ses dépens des mauvais tours de la meneuse Regina (Rachel McAdams) elle décide de pousser le mimétisme jusqu’au bout avec ses nouvelles « amies » afin de gagner leur confiance et se venger.

Le pitch rappelle grandement Heathers mais Lolita malgré moi (ah ces titres français infâmes…) s’éloigne du nihilisme de son modèle pour une autre approche tout aussi audacieuse. L’esprit caustique de Tina Fey (ici dans le rôle d’un professeur de maths déluré) associé à l’origine « documentaire » du projet donne une narration ludique et pleine d’apartés délirants et informatifs nous faisant découvrir les mœurs du lycée. On découvre ainsi un nid de sous-communautés foisonnant (raciales, sportif, culturelles…) où le simple fait de choisir où et avec qui s’asseoir à la cantine devient un acte déterminant sur votre personnalité et la place que vous occupez dans le microcosme lycéen. Le film s’avère très drôle en poussant loin la caricature (jamais très loin de la réalité pourtant) mais sait heureusement quand abandonner ce ton d’observateur distant pour nous impliquer dans une vraie intrigue.

Ce virage est amorcé à travers le personnage de Lindsay Lohan, oie blanche qui deviendra l’équivalent de celles dont elles cherchent à se venger. Elle réalise une belle transformation en pimbêche prétentieuse, la mine candide et avenant succédant bientôt au regard hautain, les vêtements ordinaires cédant tenues sexy à la mode et le beau visage au naturel disparaissant bientôt sous un masque de maquillage criard. On ne peut que regretter la tournure que la carrière de Lindsay Lohan a pris tant elle montre un talent certain ici (et dans nombres de ses premiers film avant que ses frasques fassent plus parler que ses prestations) où elle exprime parfaitement le basculement inconscient et progressif de Caddy en « Plastic » grâce à de belles nuances dans le phrasé, l’allure et le comportement qui la rende méconnaissable entre le début et la fin du film. Des actrices prometteuses se trouvent également dans les seconds rôles avec une excellente Rachel McAdams en peste et une Amanda Seyfried plus vraie que nature en blonde écervelée.

Les mauvais coups que se font nos héroïnes entre elles sont l’occasion d’étincelants moments de cruautés féminines (les barres céréales grossissantes génial) trouvant son apogée dans un grand final dénonciateur formidable. Mark Waters (qui avait déjà dirigé Lindsay Lohan dans le très amusant Freaky Friday) donne un tour très dynamique à l’ensemble.

Sa mise en scène alerte déploie pas mal de bonne idées comme les splitscreens progressif sur les conférences téléphoniques des héroïnes où l’écran se découpe au fil des arrivées de nouveaux intervenants et révélant ainsi les messes basses et les réactions de celles qui en sont victimes sans qu’on sache exactement qui écoute ou est écouté. La morale finale est néanmoins sauve et le film, léger et acide à la fois est ainsi parfaitement représentatif de ses années où tout était aussi important que dérisoire mais dont le souvenir reste vivace, bon ou mauvais.


Sorti en dvd zone 2 français chez Paramount