Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mardi 4 décembre 2018

Rollerball - Norman Jewison (1975)


En l’an 2018, les cadres dirigeants se sont substitués aux hommes politiques, et les États ont été remplacés par six départements mondiaux : Énergie, Luxe, Alimentation, Logement, Communications et Transports. Grâce à cette organisation, tous les hommes jouissent d’un confort matériel inégalé. Mais une société en paix a besoin de purger les pulsions violentes de ses membres. C’est dans ce but qu’a été créé le Rollerball, un sport très violent

En ce début des années 70, le pessimisme du Nouvel Hollywood permet l’essor de plusieurs œuvres de science-fiction alarmistes. La problématique écologique est ainsi au cœur du Silent Running de Douglas Trumbull (1972), l’alimentation industrielle et la pénurie inspire le glaçant Soleil vert (1973) de Richard Fleischer tandis que John Boorman s’interroge de façon plus philosophique sur l’avenir de l’humanité dans Zardoz (1974). Toutes ces œuvres ont des résonnances contemporaines à leur contexte de production et verront souvent leur futur de cauchemar confirmé à plus ou moins grande échelle. C’est dans cette même idée qu’émerge le concept de Rollerball. Le romancier William Harrison assiste un jour à un match de basket qui finit en bagarre générale et est surpris de voir la jubilation du public à voir le spectacle virer au pugilat. L’épisode va lui inspirer la nouvelle Meurtre au jeu de boule (Roller Ball Murder), publiée dans le magazine Esquire où elle va attirer l’attention de Norman Jewison. Harrison accepte de lui en céder les droits à condition d’en être le scénariste.

 Rollerball creuse le sillon de cette délectation pour la violence à travers la thématique classique du spectacle comme opium du peuple tels que pouvait le représenter la Rome antique. Cette approche est cependant modernisée à l’aune de l’émergence des toutes puissantes corporations privées du 20e siècle. La soumission et l’admiration des Empereurs Romains trouvaient ainsi un équivalent à l’échelle de la « plèbe » avec un gladiateur triomphant et à la gloire éphémère. Les corporations de Rollerball ont annihilées toute idée d’individualité, que ce soit avec les nations ou même les villes résumées à leur industrie - Houston ville de l’énergie notamment. Le pouvoir de ces conglomérats tentaculaires est anonyme et le Rollerball n’est qu’un divertissement violent et abrutissant dont aucune personnalité ne doit émerger. Pourtant dans ce contexte et du chaos d’un jeu barbare, un talent et une personnalité ont émergés avec Jonathan E (James Caan) qui triomphe depuis dix ans dans le Rollerball. Dès lors la figure adulée de Jonathan devient une menace pour le système (si un joueur peut émerger et s'affranchir du jeu, il en va de même de l'individu au sein des corporations) qui va minutieusement tenter de l’éliminer, mais le gladiateur des temps moderne est désormais conscient du pouvoir que sa popularité lui confère.

Cet habile mélange de classicisme mythologique et de science-fiction parcoure les codes sociaux de cet univers, notamment avec les femmes réduites au rang d’objets destinées au repos du guerrier. Si Jonathan incarne toutes les vertus viriles attendues, sa sensibilité le distingue grâce à l’interprétation désenchantée de James Caan. La corporation arrache au citoyen ce qui le définit en tant qu’individu dans son intimité et aux yeux des autres, ici avec son épouse Ella (Maud Adams) et donc son statut d’icône du Rollerball. La fêlure intime s’illustre dans une mélancolie introspective lors des nombreuses scènes où Jonathan arpente le havre de paix factice de son ranch, et son égo s’affirme dans les joutes brutales du Rollerball. Le tournage se fit à Munich, cité aux environnements futuristes depuis la récente modernisation dû aux Jeux Olympique 1972. 

C’est la Tour BMW qui fait office de siège de la Corporation dans le film, le hiératisme et la froideur de cette tour de verre incarnant parfaitement le système que Jewison capture dans une saisissante contre-plongée. Pour les intérieurs la direction artistique de Robert W. Laing n’est pas sans rappeler celle du Fahrenheit451 de François Truffaut (1966) par son esthétique cosy et épurée qui masque la dimension totalitaire pourtant bien présente à travers l’omniprésence des écrans. C’est par ce confort de façade que s’étouffent les libertés, l’exutoire du Rollerball alternant avec un hédonisme décadent notamment lors d’une scène de fête. C’est dans ces moments que culmine le décalage opéré par Jewison entre les reprises de musiques classiques (Toccata et fugue de Bach, l’Adagio d’Albinoni, la symphonie numéro 5 de Chostakovitch joués à l’orgue par Simon Preston ou dirigés par André Prévin avec l’orchestre philarmonique de Londres) et l’imagerie vulgaire de cette société, amenant un contrepoint brutal et une dimension opératique accentuant le propos – notamment le clou de la fête où les convives iront calciner des arbres.

William Harrison n’avait dépeint le Rollerball que de façon très sommaire dans sa nouvelle. Jewison et son équipe effectueront ainsi un travail de longue haleine pour littéralement concevoir l’environnement du jeu et ses règles. Le Rollerball exacerbe ainsi les facettes les plus brutales du roller derby, du hockey sur glace ou encore du football américain et y intègre des éléments plus inattendus comme des véhicules motorisés. Les différentes pièces du jeu se feront donc au fil des prises de vue dans la  Rudi-Sedlmayer-Halle (rebaptisée Audi Dome aujourd’hui), seul piste circulaire au monde à l’époque. La steadicam ne s’est pas encore démocratisée et c’est caméra à la l’épaule que doivent s’accompagner les joutes du Rollerball (façonnées par des cascadeurs émérite, des sportifs chevronnés mais aussi les acteurs dont James Caan qui effectue ses cascades). 

 Jewison parvient à en capturer la vitesse et la brutalité par un impressionnant sens du mouvement et un travail de longue haleine du monteur Anthony Gibbs (avec près de 900 coupes, un record à l’époque). Plus l’intrigue avance avec la mainmise de la corporation sur le jeu (et des règles changeantes au gré de ses désirs et de la soif de sang du public) plus son illustration est heurtée avec la multitude d’inserts sur les coups bas infligés. La partie qui ouvre le film fait montre d’une théâtralité qui appuie la dimension de spectacle tandis que sous la violence le sport en lui-même semble néanmoins exiger une forme de stratégie et virtuosité. Lorsque les enjeux politiques prennent le pas sur le show, ce n’est plus que cette seule barbarie qui domine avec notamment le terrible jeu de massacre final dont Jonathan est la cible.

Tout comme paradoxalement cet étalage des bas-instincts avait permis l’émergence de l’individualité de Jonathan, c’est également dans le Rollerball qu’existeront les seuls vrais lien affectifs du film. Le personnage de Moonpie (John Beck) se roule certes dans la fange du système sans se poser de question, mais l’amitié virile entretenue avec Jonathan fonctionne, essentiellement par l’image dans la solidarité des affrontements du Rollerball. C’est finalement dans cet espace que s’exprime crûment la monstruosité du système mais aussi l’affirmation d’un homme seul qui s’y oppose. L’introduction de l’ultime match est à ce titre magistrale avec la silhouette de Jonathan avançant seul dans un couloir à l’éclairage rougeoyant, en opposition à la scène d’ouverture où les joueurs étaient progressivement mis en valeur (en révélant pu à peu le terrain, les maillots et équipements de façon fétichiste en jeu d’ombres) comme des demi-dieux. Ce sera cette fois un homme qui lutte bec et ongle pour sa survie et liberté. Rollerball fit sensation à sa sortie par sa violence inédite et son message, mais plus particulièrement en Europe. Aux Etats-Unis, Norman Jewison consterné eut la surprise de voir des promoteurs avides de lui acheter la licence du Rollerball pour en organiser de véritables matchs. Un vrai film culte donc, souvent décliné (sans parler d’un remake raté de John McTiernan en 2002) mais rarement égalé, si ce n’est éventuellement (dans le fond et la forme novatrice) avec le Speed Racer des Watchowski (2008).

Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez L'Atelier de l'image 

 

dimanche 15 mai 2016

L'Ultime Garçonnière - The Bed-Sitting Room, Richard Lester (1969)

La dernière guerre nucléaire n'a duré que deux minutes vingt-huit secondes. Londres n'est plus que ruines et désolation. Un petit groupe de survivants tente pourtant de s'organiser. Une famille vit dans une rame de métro qui ne cesse de rouler ; Pénélope est enceinte de 17 mois, sa mère se transforme peu à peu en armoire tandis qu'à chaque arrêt son père se précipite à l'extérieur pour fracturer les distributeurs de friandises

The Bed-Sitting Room participe à une volonté chez Richard Lester de donner une certaine profondeur à l'esthétique pop qu'il participa à démocratiser avec ses films cultes des années 60 comme A Hard Day's Night (1964), Le Knack... et comment l'avoir (1965) et Help (1965). Comment j'ai gagné la guerre (1967) usait ainsi de ce décalage dans un récit anti-guerre et surtout Petulia (1968) était un magnifique mélodrame enfin délesté de toute la distance qui peut rendre ces films des plus agaçant. The Bed-Sitting Room nait de l'abandon d'un autre projet de Lester.

Le réalisateur devait réaliser pour la United Artist Up Against It sur un scénario du dramaturge Joe Orton mais celui-ci est assassiné peu avant le tournage et la production est annulée. Se retrouvant avec un million de dollar à investir dans un film anglais, la United Artist laisse carte blanche à Richard Lester, mal lui en prendra. Le cinéaste se rabat donc sur The Bed-Sitting Room d'après une pièce de Spike Milligan. Celui-ci est une figure emblématique de l'humour britannique, rendu par durant les années 50 par The Goon Show, émission radio de la BBC où aux côtés de Peter Sellers et Harry Secombe il préfigurait les facéties des Monty Pythons.

Le film est donc un récit post-apocalyptique prenant place dans un Londres dévasté après une catastrophe nucléaire. L'origine théâtrale se ressent par une construction fonctionnant sur une suite de tableaux surréalistes, sans trame narrative définie. Les survivants réagissent chacun à leur manière à une situation sinistres. Le duo Peter Cook/Dudley Moore assure depuis un ballon le maintien d l'ordre, la royauté est sauvegardée par l'ancienne femme de ménage de la Reine reprenant le titre tandis qu'une famille survit dans le métro en se nourrissant des barres chocolatées des distributeurs. De l'autre côté d'autres protagonistes basculent dans une vraie folie douce due aux radiations avec un Ralph Richardson errant en attendant de se réincarner en la fameuse bed-sitting room en titre.

Les moments absurdes et parfois réellement inventifs dans leur folie s'enchaînent (les "programmes de la BBC, le cycliste maintenant l'énergie) mais difficile de s'intéresser sur la longueur à ce qui constitue plutôt une suite de sketches inégaux. Lester tente bien d'instaure un semblant de noirceur et mélancolie qui fonctionne par l'esthétique singulière du film, notamment les expérimentations de la photo de David Watkin qui annoncent son travail sur Les Diables (1971) de Ken Russell. Cela reste néanmoins assez poussifs et peine à maintenir l'attention. La United Artist sera horrifiée par le résultat, retardant d'un an la sortie qui sera catastrophique au niveau du public et de la critique. Pas vraiment drôle, et pas assez profond pour rendre sincère sa mélancolie le film gagnera tardivement le prix du jury lors du Festival international du film fantastique d'Avoriaz 1976 et semble avoir gagné une certaine aura culte aujourd'hui.

Sorti en dvd et BR anglais chez BFI

 

dimanche 8 décembre 2013

Le Divorce de Lady X - The Divorce of Lady X, Tim Whelan (1938)


En raison d’un fort brouillard sur Londres Everard Logan, jeune avocat spécialisé dans les affaires de divorce, est contraint de se réfugier dans une suite du luxueux Royal Park Hotel. Leslie Steele, jeune femme célibataire et respectable, qui cherche désespérément un lit où passer la nuit, use d’astuces pour partager la suite du jeune homme. Elle lui fait croire qu’elle est mariée et qu’elle doit divorcer le lendemain de Lord Mere.

Le Divorce de Lady X est une délicieuse comédie romantique où Alexander Korda lorgne vers la screwball comedy américaine. Si en termes de rythme on n’est pas encore à ce niveau, l’audace du propos et le regard amusée sur la société anglaise fait tout le charme de cette romance. Le film est une adaptation de la pièce de Gilbert Wakefield, Counsel's Opinion, et le remake du film éponyme de 1933 déjà produit par Korda via sa société London Films. Cette reprise se fera à l’aune du glamour avec technicolor mettant en valeur un décorum luxueux et un casting de stars montantes au sommet de leurs photogénies avec Merle Oberon (épouse d’Alexander Korda et très en vue depuis le succès de La Vie Privée d’Henry VIII) et Laurence Olivier.

Le film s’ouvre sur l’animation de la nuit londonienne, sa circulation bruyante et ses enseignes aux néons tapageurs. Un tumulte bientôt interrompu par un brouillard envahissant qui va arrêter toute activité. Everard Logan (Laurence Olivier), un avocat de retour de voyage est alors contraint de prendre une suite dans le luxueux Royal Park Hotel. En ces mêmes lieux se déroule un bal costumé auquel assiste la jeune Leslie Steele (Merle Oberon) qui elle aussi va se retrouver bloquée sur place par le brouillard.

La direction de l’hôtel va compter sur la courtoisie des gentlemen ayant déjà une suite pour la laisser aux autres femmes dans cette situation, demande à laquelle Everard va adresser un refus tout en muflerie. C’est sans compter l’audace de Leslie qui en vraie enquiquineuse va s’introduire dans la suite, amadouer le goujat et aller jusqu’à occuper son lit tandis que lui est contraint de dormir par terre sur un matelas de fortune. Merle Oberon, tout en sourire enjôleur et manières de chipie adorable (le panneau Do not disturb alors qu’elle vient d’expulser Everard de son propre lit) offre un parfait contrepoint à la gaucherie de grand dadais ahuri d’un Olivier rapidement dépassé. L'alchimie entre Olivier et Oberon est en tout cas déjà palpable et réjouissante, se voyant réutilisée dans une veine plus dramatique l'année suivante dans Les Hauts de Hurlevent (1939) de William Wyler.

Tim Whelan – réalisateur américain installé en Angleterre et à l’œuvre dans de nombreuses productions Korda comme le film d’espionnage Armes Secrètes (939) ou Le Voleur de Bagdad (1940) dont il dirige la majeur partie- distille la tension érotique de cette promiscuité avec une inventivité constante. La théâtralité d’origine est parfaitement exploitée avec les va et vient des personnages d’une pièce à une autre, le montage subtil montrent les sentiments changeant dans des situations inconvenantes alors que les murs séparent pourtant le couple tel ces premiers émois d’Olivier alors qu’Oberon enfile son pyjama dans la salle de bain. Un malaise renforcé par la surprise du valet de chambre ne trouvant plus un client mais une cliente au petit matin et c’est bien sûr quand Laurence Olivier fera une amorce de déclaration d’amour que la belle s’évaporera.

Le plus amusant reste cependant le jeu de faux-semblants permanent de cette guerre des sexe. Si l’intimité de cette chambre n’a pas conduit à une liaison, les protagonistes auront donnés d’eux-mêmes une image bien différente de celle qu’ils tiennent à l’extérieur. On en aura un simple aperçu avant qu’ils ne soient coincés ensemble, le machisme d’Everard se traduisant par le rejet initial d’une présence féminine bruyante et stérile dans sa chambre puisqu’en tant qu’avocat spécialisé en divorce il a eu affaire plus d’une fois cette frivolité et bêtise qui est l’apanage de toutes les femmes selon lui. 

Pourtant face au sourire de Leslie il succombe comme le dernier des nigauds malgré sa méfiance, et pour cause : il vient de tomber amoureux. Leslie est quant à elle bien plus innocente que ne laisse supposer sa désinvolture mais va se faire passer pour une femme mariée de petite vertu. Un mensonge renforcé par la plainte de Lord Mere (Ralph Richardson) sollicitant les services d’Everard pour l’infidélité de sa femme ayant séjournée au même hôtel dans des conditions similaires. Un quiproquo plaisant s’ajoute donc à l’ensemble, bien aidé par la prestation loufoque d’un Ralph Richardson s’en donnant à cœur joie dans l’indignation forcée et le ridicule de ce cocu magnifique.

Il manque au film ce petit zeste de folie dans les situations et la mise en scène pour transcender son excellent postulat de départ mais expose un message fort caustique sur les relations hommes/femmes. Everard, fort de son machisme et de ses préjugés (hilarante séquence de plaidoirie où il définit la culpabilité de l’accusée par son sexe et la faiblesse évidente qui en découle) doit les renier et se rabaisser pour conquérir Leslie. Celle-ci doit au contraire dissimuler son manque d’expérience derrière une fausse image de femme aventurière pour imposer sa volonté à Everard. 

Chacun renonce à ce que la société semble vouloir faire obligatoirement de lui (un homme rustre et insensible, une femme fragile et innocente) pour conquérir l’autre, l’homme contraint de se montrer vulnérable et la femme d’affirmer une force de caractère plus affirmée. Le script de Lajos Biro évite d’ailleurs de se montrer trop binaire dans sa démonstration  avec quelques merveilleux moments d’ironie comme lorsque Leslie et Lady Mere se plaignent de l’image frivole qu’ont d’elles les hommes, précisément au moment où elles se font pomponner dans un institut de beauté. Il est d’ailleurs dommage que le final où Merle Oberon doit à son tour faire le chemin pour reconquérir son homme vexé soit un peu expédié.

Tout cela est servi dans un écrin magnifique porté notamment par la photo d’Harry Stradling Sr dont le technicolor se rapproche au plus près des exigences de la tatillonne Natalie Kalmus –épouse d’Herbert Kalmus inventeur du technicolor et présente par contrat sur les tournages utilisant le procédés- avec ces couleurs pales, désaturées, accentuant la teneur abstraites des décors aussi sophistiqué que factice où évolue le couple. 

C’est dans ce film et quelques autres de cette période que naît cette grande différence entre le technicolor pétaradant et saturé hollywoodien abhorré par Natalie Kalmus et celui plus subtil du cinéma anglais popularisé plus tard dans les films de Michael Powell et Emeric Pressburger entre autre. Miklós Rózsa signe lui un de ses scores les plus sautillant qui contribue grandement à la bonne humeur de l’ensemble. Un petit bijou de comédie, charmeur et léger comme une bulle de savon qui ouvre la voie à Ariane de Billy Wilder voir même au plus récent Intolérable Cruauté des frères Coen.

Sorti en dvd zone 2 français chez Elephant 

 Extrait



mercredi 30 octobre 2013

Armes Secrètes - Q Planes, Tim Whelan (1939)


Charles Hammond (R. Richardson) est un agent secret chargé de retrouver la trace de prototypes d'avions qui ont disparu mystérieusement en mer. Il se rend à la société Barrett où un nouveau prototype va bientôt être testé ...

Cette production d'Alexander Korda est un très plaisant film d'espionnage qui annonce déjà la politique de film de propagande à venir du cinéma anglais durant la Deuxième Guerre Mondiale. Un film comme Les Quatre Plumes Blanches (1939) sorti la même année prenait l'angle du film historique et d'aventures dans une même perspective moins frontale puisque sorti quelques mois avant la guerre et il en va de même pour ce Q Planes sur les écrans anglais en mars alors que le conflit éclatera en septembre. Nul doute que sorti après le début des affrontements et avec un pitch si brillant le ton aurait probablement plus sombre mais là on aura surtout une comédie d'espionnage enlevée et très divertissante.

A travers l'Europe les avions prototypes de différent pays dont la France disparaissent mystérieusement en essai et lorsque le phénomène se produit en Angleterre, Scotland Yard dépêche aussitôt le Major Hammond (Ralph Richardson) pour mener l'enquête. Il va avoir fort à faire avec ce lobby de l'aviation cherchant à étouffer ces tracas mais bientôt un second avion disparait en vol, laissant à penser que les allemands sont derrière cela afin de récupérer un nouvel accessoire de vol révolutionnaire.

En dépit de ce postulat, le ton se fait étonnamment léger (le réalisateur américain Tim Whelan, ancien gagman d'Harold Loyd n'est sans doute pas étranger à cette option) grâce à la prestation guillerette de Ralph Richardson (qui annonce un peu l'agent secret rigolard de Train de nuit pour Munich incarné par Rex Harrison) qui sous ses airs étourdis dissimule un fin limier redoutable passant de la frivolité au sérieux en un clin d'oeil tel ce moment où il identifie la taupe informant les allemands. S'il est le cerveau, les muscles seront plutôt représenté par Laurence Olivier, jeune premier fougueux qui joue là un pilote soupçonneux et aide précieuse pour Richardson. Le charme sera lui porté par une délicieuse Valerie Hobson en journaliste infiltrée couvrant les évènements.

Le récit alterne entre vraie tension lors des scènes d'escamotages aérien (superbes scènes de vol entre véracité et habile décors et effets spéciaux de Vincent Korda) et moments piquant où on s'amuse des facéties de Richardson (qui avec cette insouciance, parapluie et chapeau melon qui ne le quittent pas est tout simplement le modèle avoué du John Steed de la série The Avengers. Les futurs James Bond ne sont pas loin non plus avec la spectaculaire méthode d'interception des avions par les allemands) dont un tordante première scène avec les échanges vachards de screwball comedy entre Laurence Olivier et Valerie Hobson.

Le final plus nerveux est des plus palpitant malgré de grosse facilités pour arriver à cette conclusion. Le mélange entre ton caustique et suspense sera bien mieux exploité dans d'autres productions à venir (Train de nuit pour Munich justement) de propagande mais l'essentiel ici est de passer un bon moment et c'est plutôt réussi.

Sorti en dvd zone 2 anglais et doté de sous-titres anglais

Extrait 

dimanche 21 octobre 2012

Première désillusion - The Fallen idol, Carol Reed (1948)


Philippe, fils d'un ambassadeur à Londres, est confié en l'absence de ce dernier à Baines, le majordome, et à sa femme. L'enfant a voué une admiration sans bornes à Baines qui le gâte et lui raconte ses merveilleuses aventures en Afrique. Par contre, Madame Baines a droit à toute son antipathie : acariâtre et méchante, elle veut obliger Philippe à se séparer d'une petite couleuvre. Le soir, Philippe s'échappe pour suivre son ami jusqu'à un petit salon de thé où le majordome a rendez-vous avec Julie, une secrétaire de l'Ambassade dont il est très épris. Baines présente son amie comme étant sa nièce et recommande à l'enfant la discrétion la plus absolue...

The Fallen Idol est la première collaboration entre le réalisateur Carol Reed et l’écrivain Graham Green, association qui donnera dans les années suivantes deux classiques d’espionnage tortueux et caustique avec Le Troisième Homme (1949) et Notre agent à La Havane (1959). Jusque-là peu satisfait des déjà nombreuses adaptations de ses ouvrages (bien qu’il contribue au script de certaines comme le Brighton Rock de Roy Boulting en 1947), il ne voit guère ce que pourrait tirer de plus Carol Reed de sa nouvelle The Basement Room dont il souhaite produire un film. Le réalisateur parvient pourtant à convaincre Green de sa vision singulière de l’histoire et celui-ci fort des discussions intense avec Reed et le producteur Alexander Korda remaniera en profondeur le contenu de ses écrits lorsqu’il s’attellera une fois de plus au scénario. Le résultat s’il n’égale pas les grandes réussites à venir en porte déjà tous les motifs tout en ayant une identité propre.


Ce qui intéresse principalement Reed dans la nouvelle, c’est l’incompréhension du monde des adultes de son jeune héros et il va ainsi en rallonger l’intrigue pour développer ce thème. La vision de Reed préfigure d’autres grands récit de pertes d’innocence au cinéma, notamment la méconnue production RKO Une incroyable histoire de Ted Tetzlaff (1949) et le plus célébré Du silence et des ombres  de Robert Mulligan (1962). On retrouve ici l’argument criminel et l’ambiguïté du premier ainsi que le vrai regard à auteur d’enfant et l’innocence du second. Philip jeune fils de diplomate laissé au soin d’un couple de domestique pendant la maladie de sa mère est partagé entre l’affection de Mr Baines (Ralph Richardson), complice de jeux le régalant de ses aventures imaginaires en Afrique et la froideur de son épouse Mrs Baines (Sonia Dresdel) toujours prête à le sermonner.

Ayant découvert sans la comprendre la liaison entre Mr Baines et une jeune employée de l’ambassade (Michèle Morgan), le garçonnet va suite à diverses péripéties être témoin de la crise de jalousie puis de la mort accidentelle de Mrs Baines dont il pense son idole coupable. L’intrigue s’attarde ainsi sur la confusion de l’enfant, partagé entre la loyauté envers son ami et le choc de le découvrir criminel (ce qu’il n’est pas) et plus largement l’envers du monde des adultes bien plus complexe qu’il n’y parait.

Les laborieuses scènes d’enquêtes au sein de l’ambassade ne constituent clairement pas les moments les plus intéressants du film, d’autant que Reed centré sur sa thématique aura levé tout doute quant à la culpabilité de Mr Baines (hormis aux yeux de l’enfant), questionnement qui aurait rendu cette dernière partie plus palpitante. Ici c’est plutôt cette fameuse lecture biaisée des codes des adultes qui est lourdement surlignée par le dialogue, Philip enfonçant de plus en plus Mr Baines par ses mensonges alors qu’il ne cherche qu’à l’aider.

Avant cet épilogue poussif, le film aura pourtant su se montrer bien plus intéressant et inventif pour affirmer son propos. Reed et Green auront autant opposés qu’entrecroisés innocence juvénile et noirceur adulte par une progression subtile durant toute la première partie. La première étape intervient lorsque Philip s’échappe de l’ambassade pour suivre Mr Baines dans le bar où il rencontre en cachette sa maîtresse Julie. Le dialogue tout à tour direct puis à double sens des amants cherche constamment à masquer le lien qui les unis à l’enfant, la mise en scène de Reed alternant également les points de vues.

La déchirante et inéluctable séparation du couple s’oppose ainsi au regard d’incompréhension de Philip perplexe face à leur agitation. Cette incompatibilité pourra même devenir opposition plus tard lors de la sortie au zoo où Philip se fait voler son compagnon de jeu par l’intruse (tout comme lui l’est dans la fragile promiscuité du couple adultère), la « fille » qui monopolise son attention, Reed adoptant cette fois principalement le sentiment du garçon délaissé.

Les deux cadres s’harmoniseront merveilleusement lors de la séquence de cache-cache dans l’ambassade. Alors que l’histoire se passe au sein d’une demeure classique dans la nouvelle, Reed choisit de la replacer au sein de l’ambassade  pour laquelle Vincent Korda créera un extraordinaire décor dont les variations illustrent les états changeants de Philip : fourmilière où s’agitent « les grands » de manière incompréhensible lors de l’ouverture où il observe l’animation des lieux du haut de l’immense escalier, terrain de jeu immense regorgeant de possibilités lors de la fameuse partie de cache-cache puis enfin oppressant espace des terreurs enfantines lorsqu’y apparait une terrifiante Mrs Baines bien décidée à surprendre les amants.

Là Reed déploie enfin toute la touche baroque et expressionniste de sa mise en scène à coup de cadrage alambiqués, contre-plongées saisissantes et jeu d’ombres inquiétant. Il arbore une tonalité de conte ludique puis angoissante, l’excitation laissant place à la vraie peur pour Philip. Une peur qui s’étend désormais à au-delà de l’ambassade avec une séquence urbaine annonçant en tout point Le Troisième Homme (et reprenant une imagerie déjà capturée dans Huit heures de sursis), cette extension de l’action figurant également celle plus vaste du monde des adultes qui passe d’étrange à réellement terrifiant.

Ces ruptures de ton ne font cependant pas basculer le film dans ce qu’il aurait pu être (un film noir d’un point de vue enfantin comme Une incroyable histoire de Tetzlaff déjà évoqué), pour le moins bon avec cette dernière partie laborieuse et pour le meilleur avec la splendide galerie de personnages et les incursions d’humour inattendues. Ralph Richardson compose un de ses rôles les plus attachants en plaçant toujours sous un jour lumineux cet homme dans ses qualités et ses failles, le script prenant un malin plaisir à les inverser (sa complicité avec Philip et les histoires qu’il lui raconte se retournant contre lui durant l’enquête).

Regard malicieux avec son compagnon en culottes courtes, amoureux éperdu face à une Michelle Morgan sobre et touchante (leur relation anticipe au passage l’un des plus beaux romans de Graham Green La Fin d’une Liaison)  puis résigné face à la tournure défavorable des évènements, son Mr Baines pense avant tout à protéger ceux qu’il aime.

 L’enfant  était le point de repère unique de la nouvelle (dans une construction à la Citizen Kane où dans ses derniers instants le vieil homme s’interrogeait sur les évènements lointains de son enfance), et Carol Reed par l’angle choisit et le talent de son interprète change la donne en plaçant Mr Baines sur le même plan, son destin nous intéressant finalement bien plus. S’il présente l’envers positif des adultes, Sonia Dresdel serait elle l’endroit en Mrs Baines dont la rigidité sévère dissimulera une cruauté (la mort totalement gratuite de McGregor la chenille de Philip) puis une vraie folie où l’actrice dévoile pour rester dans l’analogie du conte un visage de sorcière démente tout à fait effrayant.

La production eu toute les peines à tirer du jeune Bobby Henrey toute la gamme de sentiments souhaités pour Philip tant l’enfant était dissipé. C’était son premier film et Carol Reed le recruta après avoir découvert sa bouille en photo sur la couverture d’un ouvrage de son père Robert Henrey A Village in Picadilly. Très expressif et imprévisible dans ses réactions, Bobby Henrey s’avère très touchant et confondant de naturel quel que soit les efforts consentis pour parvenir à ce résultat (Reed amenant un magicien sur le plateau pour pouvoir filmé son visage fasciné par une histoire que lui raconte Mr Baines).

Comme ils le feront avec plus de brio dans leurs deux films suivant, Graham Green et Carol Reed truffent le script de petits moments distanciés qui allègent l’atmosphère. On pense notamment à cet épisode au zoo où Philip venu nourrir des animaux en cage voix un quidam traverser ce qui en fait abritait les toilettes ou encore son mouvement de recul à la fin lorsque l’inspecteur souhaite lui confier un secret mais les confidences d’adultes lui ont causé suffisamment de problème comme cela.

Le film sera un des grand succès du box-office anglais en 1948 et remportera le Bafta du meilleur film tout en étant sélectionné aux Oscars pour la meilleure adaptation et également le meilleur film. Une popularité qui semble s’être un peu érodée avec le temps dans la filmographie de Carol Reed et c’est donc un plaisir de pouvoir redécouvrir ce classique aujourd’hui dans cette édition.

Sortie en dvd zone 2 français chez Tamasa qui se lance dans une collection de classique anglais méconnus, une bonne nouvelle ! 

Extrait