Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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Affichage des articles dont le libellé est Randolph Scott. Afficher tous les articles
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dimanche 5 novembre 2017

Le Courrier de l'or - Westbound, Bud Boetticher (1959)

ux États-Unis, en 1864, lors de la Guerre de Sécession, un capitaine nordiste est chargé de convoyer un chargement d'or depuis la Californie vers les banques de l'Union. Il va se heurter aux opposants des États du Sud et devoir notamment se mesurer à un officier particulièrement agressif de la Confédération.

Sixième collaboration entre Randolph Scott et Budd Boetticher, Westbound ne s'inscrit cependant pas dans le légendaire cycle Ranown (Sept hommes à abattre (1956), L'Homme de l'Arizona (1957), Le vengeur agit au crépuscule (1957), L'Aventurier du Texas (1958), La Chevauchée de la vengeance (1959), Comanche Station (1960)) notamment par l'absence de Burt Kennedy au scénario. Du coup le postulat, son déroulement et les interactions du script de Berne Giler sont nettement plus conventionnels que ceux des films Ranown. Randolph Scott incarne une figure plus avenante, moins taiseuse et tourmentée que dans les autres films (le motif récurrent de la vengeance étant plus ténu).

L'argument assez original parvient cependant à entremêler habilement conflits personnels, cynisme du profit et Guerre de Sécession. Ce sont les trois écueils auxquels se heurte le capitaine nordiste John Hayes, de retour au pays alors qu'il est chargé de convoyer l'or de l'Union. Les embûches semblent au départ politiques avec les agents des Etats du Sud attaquant les relais et convois mais l'antagonisme est plus intime avec l'ancien rival amoureux Putnam (Andrew Duggan) plus animé de lui nuire personnellement qu'animé par la cause.

Boetticher noue tous ces fils narratifs et thèmes avec une limpidité exemplaire, les maux de la guerre et la difficile réinsertion des soldats blessés s'incarnant à travers le jeune Rod (Michael Dante) mutilé d'un bras et doutant de lui-même alors qu'il retrouve son épouse. Si l'on ne retrouve pas la profondeur du cycle Ranown, la mise en scène de Boetticher est au diapason en alternant grands espaces pour incarner la menace (les silhouettes sinistres de la bande de Mace dominant toujours le décor en amorce ou en arrière-plan avant de frapper) et filmage et montage plus heurté dans les explosions de violence brutales. Michael Pate est pour beaucoup dans ce climat oppressant en incarnant un méchant particulièrement retors, symbole de ce cynisme brutal et sans attache.

Tous les personnages sont guidés par une cause dans leurs agissement, y compris Putnam jaloux de l'amour encore vivace de son épouse Norma (Virginia Mayo) pour Hayes, mais pas l'infâme Mace dont même l'appât du gain semble accessoire et semble simplement excité par le chaos. La durée réduite du film (66 minutes à peine) est un atout pour une narration alerte mais l'on aurait aimé avoir des éléments intéressants plus creusés, notamment le miroir que constitue le jeune couple Michael Dante/Karen Steel résistant dans l'adversité avec celui impossible Randolph Scott/Virginia Mayo qui semble ne pas y avoir résisté. Le parallèle aurait rendu moins incongru le sous-entendu final appuyé d'une nouvelle romance possible dans la dernière scène. Un western efficace donc même sans atteindre les hauteurs des grands films du duo.

 Sorti en dvd zone 2 français chez Warner

mercredi 6 septembre 2017

Les Conquérants de Carson City - Carson City, André De Toth (1952)

À la fin du XIXe siècle, Jeff Kincaid doit superviser les travaux de la voie ferrée reliant la petite ville de Carson City à Virginia City, mais il se heurte à Jack Davis, un citoyen respecté et chef d'une bande de pillards de diligences.

Carson City est le troisième western que réalise André de Toth et sa seconde collaboration avec Randolph Scott. Si le réalisateur a déjà (Femme de feu (1947)) et fera (La Chevauchée des bannis (1959)) bien mieux dans le genre, Carson City constitue un solide et efficace divertissement. Le film met en scène l'une des figures classiques des trames de western avec le récit de la construction d'une voie ferrée entre Carson City et Virginia City, les enjeux reposant sur la résistance au changement et les tentations générées par cette innovation. Ce sont les écueils auquel se confrontent l'ingénieur Jeff Kincaid (Randolph Scott) chargé de mener le chantier. Le postulat trouve son intérêt par les petites trouvailles du script de Sloan Nibley, notamment dans la caractérisation élégante et roublarde du méchant incarné par Raymond Massey.

Le charme et la prestance dissimule sa nature impitoyable et donne quelques séquences atypique comme cette ouverture où des voleurs de diligence parallèlement à leur méfait régale les passagers d'un somptueux repas arrosé de champagne. Le chemin de fer éliminera la source de revenu facile des attaques de diligence pour ce propriétaire de mine ruiné qui fera tout pour stopper l'entreprise. Si son acolyte Squires (James Millican mine patibulaire) ne dépasse pas la brute épaisse, Massey est donc plus glaçant par ce mélange de port aristocratique et de violence détachée comme lorsqu'il abattra dans le dos un malheureux qui l'a percé.

Cela déteint sur un Randolph Scott moins taciturne et torturé que d'habitude. L'acteur perd en profondeur ce qu'il gagne en agréable attitude goguenarde et séductrice qui lui sied très bien. Son introduction en pleine bagarre alcoolisée de saloon donne le ton, cette légèreté se conjuguant à une vraie abnégation et professionnalisme dans son métier d'ingénieur. La dimension héroïque englobe ainsi une nature d'expert qui donne une grande variété dans les péripéties. Même si certains films ont montrés avec plus de détail le processus de construction de chemin de fer (Pacific Express de Cecil DeMille (1939)), le récit suit les étapes en s'opposant aux éléments, sabotages et conflits sentimentaux.

Ce dernier point pèche faute de personnages secondaires forts (Richard Webb très tiède en frère envieux, Lucille Norman jolie mais sans relief) mais dès que le film repose sur l'action et le spectaculaire l'ensemble fonctionne. L'impressionnante scène d'éboulement fait son effet, tout comme une longue scène de bagarre et surtout l'attaque de train finale et la poursuite dans les rocheuses. Jusque-là illustrateur servile et efficace, André de Toth retrouve sa violence sèche dans un beau mano à mano final. Un bon moment donc même si de Toth a bien sûr déjà fait mieux dans le genre.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner 

Extrait

dimanche 27 octobre 2013

L'Aventurier du Texas - Buchanan Rides Alone, Budd Boetticher (1958)


Dans une petite ville de Californie, un jeune Mexicain est confronté à une puissante famille de la région. Un aventurier de passage décide de l'aider.

Bud Boetticher signe une nouvelle grande réussite de son cycle Ranown et sûrement une des plus efficaces. Le scénario de Charles Lang transcende le schéma classique de l'étranger arrivant en ville seul contre tous grâce à une narration habile et des personnages mémorables. Randolph Scott reste dans son registre du brave type à qui il ne faut trop marcher sur les pieds, dégageant comme souvent la sympathie immédiate. 

En l'absence de personnage féminin fort (cela manque un peu d'ailleurs la petite romance platonique touchante que l’on retrouve dans chacun des autres opus) Scott se fait d'ailleurs pratiquement voler la vedette par une excellente galerie de méchant. 

La ville située à la frontière mexicaine est tenue par la fratrie Angry, tous étant plus infâme les uns que les autres dans des registres divers. Barry Kelley est l'archétype du shérif corrompu au lynchage facile envers les étrangers dont il peut vider les poches,  Tol Avery est quant à lui le juge cupide de la ville, plus préoccupé par l'appât du gain et maintenir son poste, au point de négocier la rançon de l'assassin de son fils dont la perte l'aura vaguement troublé l'espace de minutes. 

Pour couronner le tableau le petit frère Amos qui navigue de l'un à l'autre, véritable fouine à l'affut de la moindre information. Randolph Scott doit donc se démener avec ce beau monde pour sauver un jeune Mexicain étant leur proie et également récupérer l'argent qui lui a été volé. 

L'histoire est riche en rebondissement et avance tambour battant, même si Boetticher transcende moins ici l'unité de temps et de lieu et que les situations sont moins surprenantes que dans un Decision at Sundown (1957) par exemple. Reste quelques superbes scène comme lorsque Scott sur le point d'être abattu manœuvre astucieusement pour en appeler aux sentiments d'un des hommes de mains, Texan comme lui (et joué par un tout jeune LQ Jones). L'enchaînement de péripéties final où les protagonistes se disputent une sacoche de 50 00 dollars est assez mémorable par contre, avec sa rafale de trahison et de tuerie en série.  Pas le meilleur film du cycle, mais rondement mené. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Sidonis ou en zone 1 dans le coffret consacré à Budd Boetticher et doté de sous-titres français

jeudi 8 décembre 2011

Sept hommes à abattre - Seven Men from now, Budd Boetticher (1956)


Le sheriff Ben Stride (Randolph Scott) a récemment perdu son épouse, tuée lors d’un hold-up. Il cherche les sept hommes responsables pour les tuer. Durant son parcours, il aide des pionniers, John et Annie Greer (Gail Russell), à désembourber leur chariot puis accepte, après qu’ils ont longtemps insisté, de les accompagner afin de les protéger d’Indiens Chiricahuas. Dans un relais de diligence abandonné, ils croisent Bill Masters (Lee Marvin), qui se joint à eux, dans le but affiché d’aider Ben Stride mais surtout de récupérer le butin du hold-up.

Seven Men from now est le film qui lance une des associations les plus fructueuses du western américain des années 50 entre le réalisateur Budd Boetticher, le scénariste Burt Kennedy et l’acteur Randolph Scott. Le succès du film lancera la carrière du débutant Kennedy tandis que Boetticher verra dans l’épure et la limpidité de son script l’illustration parfaite de figure récurrente de son cinéma avec le héros taciturne en quête de vengeance. Randolph Scott s’avérera l’interprète idéal de leur vision et lui si souvent cantonné dans l’ombre d’autres acteurs de western comme John Wayne, Gary Cooper ou James Stewart se créera à son tour un type de personnage dont l’influence s’étendra notamment à Clint Eastwood dans Josey Wales. C’est d’ailleurs à John Wayne que Boetticher doit la rencontre avec ces deux partenaires, le Duke réparant ainsi l’outrage commis quelques années plus tôt lorsqu’il charcuta au montage (sur les conseils de John Ford) La Dame et le Toréador, un des projets les plus personnels de Boetticher (sur sa grande passion de la corrida) qu’il produisait.

Sept hommes à abattre porte au summum les préceptes du western de série B, qualificatif qu’on doit plus associer aux moyens qu’à l’ambition. Le script de Kennedy tisse ainsi une ligne claire narrative où chaque élément s’agence dans une construction limpide dans un film dense d'à peine 1h15. Une leçon de narration classique en somme où le récit va constamment de l’avant, sans fioritures et nourrissant les personnages au gré de leur actions, discrète ou plus spectaculaire. La détermination et la soif de vengeance de Randolph Scott est captée dès l'ouverture saisissante, la faiblesse de caractère du brave type John Greer également de manière symbolique lorsqu'il se montre incapable d'extirper son charriot embourbé et les sentiments naissant entre Scott et Gail Russel se devinent en un regard (l’expression des sentiments se faisant avec une sobriété bouleversante lorsqu’il se retient de l’embrasser avant de la quitter).

Randolph Scott est comme toujours parfait : monolithique, taiseux, mais dissimulant toujours une humanité et fragilité poignante qui révèlera ici une terrible culpabilité le rongeant pour la mort de sa femme. En antagoniste parfait, Lee Marvin campe un extraordinaire et flamboyant méchant qui annonce son rôle de L’Homme qui tua Liberty Valance. Goguenard, séducteur et impitoyable tueur, Bill Masters (à la manière d’un Lancaster dans Vera Cruz la relation Scott/Marvin rappelle d’ailleurs celle Lancaster /Cooper du film d’Aldrich) parvient pourtant à être étonnamment attachant grâce au charisme de l’acteur qui lui apporte une nonchalance et une décontraction irrésistible (cette scène où il assassine un complice en prenant presque la pose…).

Cette sobriété et efficacité maximale de l’ensemble se répercute bien sûr dans la mise en scène de Boetticher. Toute velléités esthétisante est abandonnée pour comme toujours se mettre au service de l’histoire. Les cadrages précis n’usent du cadre naturel que pour ce qu’il est, un espace à traverser. On ne pousse plus avant la description que sur les lieux doivent abriter un morceau de bravoure tel les rocheuses de l’affrontement final dont la topographie n’aura aucun secret pour nous en une poignée de plans. De même, la violence surgit de manière sèche et foudroyante (le face à face d’ouverture, la mort de John Greer) à l’image du duel final sans atermoiements ni étirement à la Leone mais un règlement de compte pur et simple.

Un vrai chef d’œuvre du western dont la simplicité exemplaire en fait une des incarnations les plus pures et emblématiques du genre. Après cette immense réussite Boetticher, Kennedy et Scott poursuivront leur collaboration dans une série de cinq westerns (The Tall T, Decision at Sundown, Commanche Station, Ride Lonesome, tous traité sur le blog) où ils affineront et apporteront des variations diverses à la recette magique découverte sur ce parfait Sept Hommes à abattre

Sorti en dvd zone 2 français chez Paramount

Extrait avec un grand numéro de Lee Marvin

jeudi 14 avril 2011

Le Brigand bien-aimé - Jesse James, Henry King (1939)


Une âpre lutte vient de commencer entre les propriétaires ferroviaires et les ranchers qui voient d'un très mauvais œil le passage du "cheval de fer" sur leurs fertiles terres... Après avoir tué le représentant de la Compagnie des Chemins de Fer, venu exproprier sa famille, Jesse James s'enfuit dans les collines et monte une bande qui rançonne et attaque les trains de voyageurs...

Version très romancée de l'existence hors la loi de Jesse James, Le Brigand bien-aimé fait partie avec La Chevauchée Fantastique de John Ford des films qui sortirent le western de la série B auquel il était cantonné jusqu'alors dans le cinéma hollywoodien. Le genre se partageait en fait entre la pure série B et les productions plus luxueuse faisant exception comme le Dodge City de Michael Curtiz et Jesse James, avec son technicolor flamboyant et ses scènes d'actions faramineuse fait incontestablement partie de la seconde catégorie.

Le scénario de Nunnaly Johnson donne la part belle l'image de Robin des Bois associée aux frères James, parti pris qui se manifeste dès l'excellente scène d'ouverture. Des agents de chemins de fer véreux font ainsi le tour des ferme alentours afin d'exproprier par l'escroquerie ou la force de modeste fermiers illettrés. Les moments de cruauté révoltante s'enchaînent donc jusqu'au moment où ils arrivent au domaine tenu par les frères James et leur mère qui vont leur offrir un tout autre répondant lors d'une scène jubilatoire.

Toute la première partie sert donc à ancrer les frères James de l'aura la plus romantique possible, la distribution aidant bien avec un Tyrone Power (Jesse) et Henry Fonda (Franck) au sommet de leur charisme juvénile. Réajustant les évènements réels dans leur chronologie (en réalité les frères James furent auteurs d'actes criminels bien avant leurs duel avec les chemins de fer) afin de magnifier l'action des frères James, le récit appuie sur la fourberie des magnats des chemins de fer (la mort de la mère, une amnistie trompeuse) poussant malgré eux les héros sur la voie du crime. Le spectateurs se voie ainsi associé au regard des opprimés pour lesquels Jesse et Franck James apporte une revanche éclatante face aux puissants, tel ce grand moment où Jesse abat froidement l'homme qui a tué sa mère.

Heureusement ce procédé n'est là que pour nous attacher aux héros hors la loi, la seconde partie leurs méfaits sont remis en cause maintenant notre intérêt pour eux malgré tout. Le film est finalement une histoire sur la perte d'innocence, l'ouverture idyllique succédant à la transformation progressive de Jesse en authentique criminel oubliant la cause qui l'a mené sur ce chemin. Tyrone Power est excellent dans les deux registres, la douceur et la jeunesse de ses traits succédant peu à peu à une tension contenue par la paranoïa de l'homme en cavale et un regard assassin d'une terrible intensité. Henry Fonda plus en retrait est tout aussi bon en force tranquille et déterminé, seul capable de maîtriser son frère. Le récit dépeint bien le point de non retour atteint par Jesse qui abandonne femme et enfant, prenant de plus en plus de risque durant ses hold-up.

Henry King délivre un des western les plus impressionnant de l'époque, visuellement soigné (reconstitution, décors et costumes impeccable et magnifié par la photo de George Barnes) et porté par des morceaux de bravoures époustouflant. On est pas près d'oublier la première attaque de train où Jesse arpente le toit d'un train en marche, le guet-apens lors d'un hold-up de banque et surtout la course poursuite qui s'ensuit culminant par un spectaculaire saut à cheval d'une falaise. Un cascade sans le moindre trucage qui occasionnera d'ailleurs des plaintes des associations de défense des animaux, les chevaux se jetant réellement dans le vide.

On regrettera juste la faible caractérisation des acolytes des frères James (on entend absolument pas parler des frères Younger), ce qui diminue l'impact de la trahison finale de Robert Ford (néanmoins très bien interprété par John Carradine) qui si elle respecte la légende (Jesse tué dans le dos sans armes alors qu'il réajustait un tableau) ne suscite pas l'émotion attendue. Le récent film de Andrew Dominik était nettement plus grandiose à ce niveau. Le film sera un immense succès qui aura une suite dès l'année suivante réalisé par Fritz Lang, Le Retour de Frank James ou Henry Fonda reprend son rôle. Un remake verra également le jour en 1957 réalisé par Nicholas Ray. On reparle bientôt de ses deux autres opus par ici...

Sorti en dvd zone 2 français chez Fox

Extrait

lundi 4 octobre 2010

Comanche Station - Budd Boetticher (1960)


Jefferson Cody se rend chez les indiens pour leur acheter une femme blanche qu'ils gardent captive. Elle lui apprend se nommer Nancy Lowe. Sur le chemin du retour, il et elle sont rejoints par Ben Lane et ses deux hommes de main, Frank et Dobie. Ils fuyaient tous les trois une bande d'indiens qui les pourchassaient.
Lane apprend à Mrs Lowe que son mari a promis 5 000 $ à quiconque la ramènerait chez lui. Bien que Jeff affirme ne pas avoir connaissance de cette récompense, elle n'en croit pas un mot et perd la gratitude qu'elle avait pour son sauveur.


Ultime film du cycle Ranown et quasi chant du cygne pour Budd Boetticher qui va connaître bien des déconvenues de carrières dans les années à venir. Pour ce dernier tour de piste, le scénario de Burt Kennedy semble condenser et offrir une relecture de toute les facettes des films précédents du cycle que ce soit la trame (unité de temps de quelques jours, course poursuite comme dans Ride Lonesome), la caractérisation des personnages (l'antagonisme entre Randolph Scott et Claude Akins semblable à Ride Lonesome encore avec Pernell Roberts, Randolph Scott qui n'en finit pas d'être traumatisé par la perte de sa femme comme dans tous les films, l'histoire d'amour platonique avec Nancy Gate) quand ce n'est pas carrément des variations de scènes déjà vues tel ce monologue à double sens de Claude Akins qui rappelle celui (bien plus corsé) de Lee Marvin dans 7 hommes à abattre .

Cela pourrait être lassant pour qui connaît bien les films précédent mais il n'en est rien. La construction est une nouvelle fois exemplaire, partant de l'infiniment petit (Scott écumant seul le désert) vers des enjeux prenant où la prisonnière des comanches fraîchement délivrée devient source de conflit entre Scott et une bande hors la loi sans scrupule pour la prime de 5000 dollars promise à son sauveur. Randolph Scott solide comme un roc dévoile comme à son habitude une douce mélancolie, le deuil de sa femme se jouant aussi dans l'accomplissement de cette mission?

On retrouve cette tradition du vieil Ouest et du respect de l'autre dans le script de Kennedy, Akins malgré ses noirs dessein désirant en finir avec Scott à la loyale d'où ce moment (invraisemblable si on est trop cynique) où il vole à son secours lorsqu'il est pris au piège par les comanche alors qu'il lui suffirait de le laisser se faire tuer pour empocher la prime. De même les états d'âmes (un peu naïfs) des deux jeunes acolytes du méchant évite un manichéisme primaire, avec Boetticher les personnages et les enjeux sont toujours aussi complexe et contradictoires que la nature humaine sous les allures de série B simple (et pas simpliste.

Pour la seconde fois en scope après Ride Lonesome, ce dernier film est sans doute un des plus abouti du cycle visuellement. La première séquence où Scott se retrouve soudainement encerclé de comanche est saisissante, l'affrontement dans la station relai est d'une nervosité et d'une énergie exemplaire et Boetticher offre en conclusion un duel aussi bref qu'efficace et vraiment touchant (même s'il n'égale celui indépassable de Sept hommes à abattre qui tutoie lui Vera Cruz dans les sommets du genre).

On notera une certaines pointe d'érotisme latent dans la manière de filmer Nancy Gate, enjeux pécunier comme charnel (ce moment où elle sort de la bassine d'eau sous le regard concupiscent des hommes, les diverses remarques sur son physique) mais la solide prestation de l'actrice lui fait dépasser ce statut limité. Superbe etpoignante scène d'adieux et de retrouvailles finale (et un échange de regard entre Nacy Gate et Randolph Scott qui en dit long) avant de voir Randolph Scott éternel cavalier solitaire s'éloigner sous forme de silhouette dans les rocheuses et avec lui un certain idéal de ce type de western classique. Splendide.


Disponible dans le coffret zone 1 consacré à Budd Boetticher comme tout les autres films du réalisateur déjà évoqués sur le blog. Indispensable !


mardi 27 juillet 2010

Le Vengeur agit au crépuscule - Decision at Sundown, Budd Boetticher (1957)



A Sundown, une petite ville de l'ouest des Etats-Unis. Tous les habitants se préparent dans l'allégresse à assister au mariage du maire, Tate Kimbrough, et de la jolie Lucy Summerton. Mais, le jour des noces, Bart Allison jette un froid dans l'assemblée réunie en accusant Tate d'être responsable de la mort de sa femme. Il se montre prêt à en découdre avec le futur mari pour venger l'honneur de sa famille.

Un des très grands Boetticher qui sous l'apparent récit de vengeance classique révèle une finesse psychologique étonnante. On a souvent fait le rapprochement entre Randolph Scott et Clint Eastwood et cela n'a jamais été plus vrai que dans Decision at Sundown. Le début du film instaure d'emblée une tension qui ne se relâchera plus. Randolph Scott déboule dans une petite ville pour se venger du notable qui la terrorise car il le juge responsable de la mort de sa femme. Taciturne et déterminé, le phrasé court Scott campe là son personnage le plus sombre et menaçant et Boetticher multiplie les séquences d'intimidation dont un face à face chargé d'électricité avec le shériff corrompu dans un saloon. Scott annonce là divers figures emblématique du western à venir, le "Josey Wales" de Eastwood avec cet homme rongé par le ressentiment mais aussi "Harmonica" de "Il était une fois dans l'Ouest" où on ressent la même maturation de la vengeance Scott prévenant même son ennemi à son mariage plutôt que de le tuer froidement afin d'avoir droit à son duel avec lui.

On pense être engagé en terrain connu quand le ton change brusquement à mi film. Les motifs de la vengeance se font plus flous lorsqu'il apparaît que la femme de Scott n'était pas la sainte vertueuse qu'il idéalisait et remet soudainement en cause toute son action. Parallèlement les actions du héros auront réveillés la conscience des habitants de la ville restés impuissants devant l'affrontement inégal, Tate Kimbrough envoyant une véritable armée abattre le seul Scott.

C'est un autre des points étonnants, le méchant incarné par John Caroll est un couard absolu se dissimulant derrière ses hommes grâce à son argent, ces derniers ne valant guère mieux, tueurs adepte de la balle dans le dos. Le personnage est un faible régnant par la tyrannie mais Boetticher parvient à le rendre touchant par la relation qu'il entretient avec un Valerie French et le fait qu'on ne donne finalement pas cher de sa peau seul face à un Randolph Scott haineux.

Le final sonne donne la révolte de la ville mais Randolph Scott est contraint de se remettre en question et d'abandonner son objectif. En dépit de la tournure positive pour la collectivité, Bart Alison demeure donc une âme sèche et amère qui doit réapprendre à vivre. La conclusion est une des plus sombre et désespéré vu dans un western, un peu comme si "Josey Wales" n'avait jamais fini par trouver la paix (il est d'ailleurs question ici à nouveaux de la Guerre de Sécéssion en toile de fond).

Un des meilleurs Boetticher qui a trouvé un matériau à la mesure de son talent avec le scénario de Charles Lang pour un film remarquablement équilibré. Le début est tonitruant et regorge d'actions et de rebondissements, avant que les tourments intérieurs fassent place pour un suspense finalement plus psychologique.


Disponible dans le coffret zone 1 Sony consacré à Budd Boetticher et dotés de sous titres français.