Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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jeudi 18 avril 2019

Sinbad et l'Œil du tigre - Sinbad and the Eye of the Tiger, Sam Wanamaker (1977)


Une odieuse magicienne a transformé le jeune prince héritier en babouin afin de placer son fils sur le trône. Sinbad, héros des mers, part à la recherche d'un mage capable de rompre l'enchantement. Il devra affronter mille dangers.

Presque vingt ans après Le Septième voyage de Sinbad (1958), Ray Harryhausen concluait la trilogie Sinbad avec ce Sinbad et l’œil du tigre. Le second volet Le Voyage fantastique deSinbad avait montré Ray Harryhausen et Charles Schneer coincés entre des envies de modernité et une poursuite sur les acquis pour un film bancal mais qui s’était néanmoins avéré un succès commercial. Sinbad et l’œil du tigre semble clairement lui désuet d’autant qu’il a le malheur de sortir en salle le même été qu’une proposition de divertissement grand public autrement plus novatrice, La Guerre des Etoiles de George Lucas.

On retrouve au début mais dans une moindre mesure la schizophrénie du précédent volet. La photo de Ted Moore et la reconstitution du monde oriental en Espagne donne une patine « réaliste » qui détache le film du technicolor et de l’ambiance féérique des classiques d’Harryhausen. La lassitude gagne avec une énième histoire d’adepte de la magie (cette fois au féminin avec Margaret Whiting) dont Sinbad doit dénouer un sortilège à travers un périlleux voyage. Il est certes un peu facile de considérer avec le recul une œuvre comme dépassée en son temps mais la redite narrative et les défauts récurrent (toujours ses mises en place laborieuse avant que l’aventure ne se lance) voient en plus s’ajouter une facture technique pas à la hauteur des travaux précédents de Harryhausen. 

Les incrustations des personnages filmés en studio en décors naturel sont particulièrement visibles, la faute à des contours grossiers et une photo peu ou pas travaillée pour un semblant de continuité visuelle. Harryhausen fait également preuve de facilité en rejouant ses scènes emblématiques en intervertissant simplement les créatures, ici avec des goules hargneuses remplaçant lors d’un duel les squelettes de Jason et les Argonautes (1963). On peut ajouter à cela un Sam Wanamaker en grande difficulté pour filmer l’action, notamment le découpage lors combat face à la goule.

Pourtant passé une première heure poussive, le charme finit progressivement par opérer. La raison tient au choix de miser sur un récit d’aventures se basant plus sur l’émerveillement et la découverte, l’affrontement bien/mal devenant assez secondaire avec la magicienne Zénobie suivant plus que traquant nos héros. Le côté bricolé et désuet se dote ainsi d’un vrai charme naïf où Harryhausen parvient notamment à renouveler son bestiaire et ces environnements. La facette maritime déjà largement exploitée en Jason et les Sinbad est atténuée, et les créatures mythologiques s’estompent pour une inspiration plus préhistorique.

Les voyages nous emmènent ainsi aux confins voire aux origines du monde (le titre de travail était d’ailleurs Sinbad at the World's End) où les personnages se confrontent à une sauvagerie primitive avec un morse géant ou un troglodyte finalement bienveillant. Malgré un antarctique studio de pacotille, l’imagination de Harryhausen parvient par intermittence à créer une vraie belle sidération devant certain décor comme le plan d’ensemble qui laisse voir la pyramide d’Arimaspi par un superbe matte-painting. L’intérieur de glace tout en gigantisme de givre épuré fait également son petit effet. 

Dans l’ensemble le film en assumant son côté dépassé affirme une volonté de retour aux sources remontant avant Harryhausen et rendant hommage à ses influences. L’entrée de la cité d’Arimaspi reprend ainsi le design de l’entrée de l’autel de King Kong (1933), dont le combat mythique face au T-Rex est repris ici entre le troglodyte et le tigre gardien du temple d’Apollon avec une férocité réjouissante. Sorti du contexte oriental/antique, le récit possède d’ailleurs une structure rappelant She (l’antre d’Apollon s’inspire d’ailleurs du design de la version de 1935). Ce dépaysement fait donc tout le plaisir du film malgré une interprétation inégale (Patrick Wayne assez fade et qui redonnera dans l’aventure dépaysante l’année suivante avec Le Continent oublié, Jane Seymour et Taryn Power (fille de Tyrone) tout en séduction languide et naïve). La formule est essoufflée mais plaisante dans ses défauts, avant de tenter d’entrer dans l’ère blockbuster avec le plus nanti Le Choc des titans (1981).

Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez Sidonis 

lundi 1 avril 2019

Le Voyage fantastique de Sinbad - The Golden Voyage of Sinbad, Gordon Hessler (1973)

Sinbad et son équipage interceptent un homunculus transportant une tablette en or. Koura, créateur de l'homunculus et adepte de la magie, veut récupérer la tablette et se lance à la poursuite de Sinbad. Entretemps, Sinbad a fait la rencontre du Vizir qui détient une autre partie de la carte d'or modulable, et ensemble ils décident de mettre sur pied une expédition à travers les mers, en vue de résoudre l'énigme de la carte. Ils sont accompagnés d'une esclave qui a un œil tatoué sur la paume d'une main. Durant leur périple, il croisent des animaux étranges, des tempêtes, et leur route est parsemée d'embûches laissées par Koura. 


Le Voyage Fantastique de Sinbad est le deuxième volet de la trilogie Sinbad produite par Ray Harryhausen et Charles Schneer, après le fameux Le Septième voyage de Sinbad (1958) et Sinbad et l’œil du tigre (1977). Le film de 1958 avait amorcé un bond à la fois technique (le fameux duel avec le squelette) et thématique puisqu’il fut la première incursion d’Harryhausen dans ce mélange de conte, péplum et récit mythologique qui trouverait son apogée avec Jason et les Argonautes (1963). C’était également une manière de se décomplexer avant d’attaquer d’autres couches de l’imaginaire tout au long des années 60 avec le steampunk de Les Premiers hommes dans la lune (1964), le récit préhistorique de Un milliond'années avant J.C. (1966) et pouvant se mélanger au western dans La Vallée de Gwangi (1969), l’aventures à la Jules Verne de L’île Mystérieuse (1961). Le Voyage Fantastique de Sinbad signe donc une forme de régression en revenant à une imagerie déjà explorée. Les précédentes tentatives n’ayant pas toujours rencontrée le succès, l’objectif est clairement commercial en revenant à l’aspect le plus identifié des productions Schneer/Harryhausen. 

La formule magique n’est cependant pas reproductible sur commande comme vont le démontrer les nombreux défauts du film. Le scénario est cosigné par Brian Clemens, célèbre pour être le créateur de la série Chapeau melon et bottes de cuir mais aussi participé à la mue de la Hammer avec son script de Docteur Jekyll et Sister Hyde (1971) et Capitaine Kronos, tueur de vampires (1974) sa seule réalisation. On peut constater ses apports notamment avec le casting de Caroline Munro (a qui il offrit un de ses premiers rôles important dans Capitaine Kronos) qui par sa seule présence apporte la dose d’érotisme plus prononcé des productions Hammer des seventies. Cet aspect avait pu de fait surnager chez Harryhausen avec Un million d'années avant J.C (Raquel Welch et Martine Beswick en peau de bête, un élément érotique largement exploité dans la promotion du film) mais toujours mis en situation dans le récit. Ce n’est pas le cas ici où le personnage de Caroline Munro dégage une sensualité agressive mais sans l’iconoclasme sexy que pouvait amener Clemens sur d’autres projet. Cet élément somme toute trivial traduit pourtant le problème du film coincé entre certaine volonté de modernité et un retour aux sources des productions plus naïves d’antan.

Ainsi le relatif réalisme de cet Orient fantasmé (la scène d’arrivée dans la cité) ne se fond jamais complètement dans la tonalité de conte qui faisait l’équilibre des films précédents. Les décors de John Stoll et la photo baroques de Ted Moore lors des séquences d’action et de suspense se veulent inquiétantes afin d’accompagner le ton plus sombre qu’amène le personnage du sorcier Koura (Tom Baker). Si l’acteur ne démérité pas, il n’égale pas le charisme de Torin Thatcher sur ce même registre dans Le Septième Voyage de Sinbad. Mais surtout le film échoue dans sa volonté d’un spectacle plus sombre lorgnant sur l’épouvante quand se manifeste les sortilèges de Koura. Jack le tueur de géant (1962) décalque des productions Harryhausen moins abouti dans sa stop-motion avait pourtant sur ce terrain su donner une atmosphère plus dérangeantes, une cruauté plus prononcée et ses créatures plus inquiétantes. Pour revenir à Hammer, Les Vierges de Satan est également un bon exemple de manifestations de magie noires formellement inventives.

L’innovation voulue s’oppose donc ainsi tout au long du film à un cahier des charges établi. La construction du film décalque cette de Jason, mais la mise en place laborieuse et les enjeux nébuleux ont bien du mal à lancer l’aventure. Le bestiaire est original dans l’idée (convoquer les icones de la mythologie hindoue change un peu la donne) mais pas dans l’utilisation et surtout l’exécution bien fort maladroite. Gordon Hassler a surtout œuvré à la télévision et ne possède pas le solide bagage technique de Don Chaffey ou Nathan Juran qui surent dynamiser l’imaginaire de Harryhausen. 

Les créatures sont ici plus rares et surtout mal mise en situation par le découpage chaotique lors d’un combat avec la statue de Kali. John Philip Law dégage un certain charisme physique en Sinbad mais ce côté adulte est comme le reste des tentatives du film, superficiel. Sans l’émerveillement naïf des débuts et sans un apport plus mature, Le Voyage fantastique de Sinbad amorce le déclin (malgré un succès en salle) des productions Harryhausen qui paraitront bien désuète avec l’arrivée de Star Wars quelques années plus tard. 

Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez Sidonis 

 

vendredi 23 mai 2014

Le Septième Voyage de Sinbad - The 7th Voyage of Sinbad, Nathan Juran (1958)

Sur la route maritime qui le ramène à Bagdad en compagnie de sa fiancée, la princesse Parisa, Sinbad fait escale sur l'île de Colossa. Il en profite pour tirer Sokurah, un magicien, des griffes d'un énorme cyclope, qui parvient néanmoins à dérober au sorcier sa lampe magique. Pour contraindre Sinbad à retourner sur l'île de Colossa, Sokurah miniaturise la princesse. Seule la coquille d'un œuf de l'oiseau Roc pourra rendre à Parisa sa taille normale. Or l'oiseau en question ne vit que sur l'île maudite. À l'aide d'un équipage composé de marins patibulaires, Sinbad s'embarque pour y retourner, mais l'aventure ne fait que commencer...

Le Septième voyage de Sinbad marque un passage décisif dans la carrière du grand Ray Harryhausen, puisque le film est son premier vrai succès commercial depuis l'entame de sa collaboration avec le producteur Charles H. Schneer. Jusque-là Harryhausen était resté dans le sillage de son mentor Willis O’Brien avec des décalques à peine masqué de King Kong (À des millions de kilomètres de la Terre (1957) et son extraterrestre gigantesque semant le chaos malgré lui) et surfant sur la vague SF des années cinquante avec Les soucoupes volantes attaquent (1956). Avec cette adaptation très libre du conte des Mille et Une Nuits Sinbad Le Marin (d’ailleurs intégré de force aux Mille et Une Nuits sans en faire réellement partie en réalité), Harryhausen s’oriente vers le récit merveilleux et mythologique qui fera sa gloire dans ses productions suivantes (Jason et les Argonautes (1963), les deux suites qu’il donnera à Sinbad avec  Le Voyage fantastique de Sinbad (1974) et  Sinbad et l'œil du tigre (1977) mais aussi Le Choc des Titans (1981)) ainsi que dans la transposition de grands textes d’évasions inscrit dans l’imaginaire collectif (Les Voyages de Gulliver (1960) d’après Jonathan Swift, L’île mystérieuse (1963) d’après Jules Verne et Les Premiers hommes dans la lune (1964) adaptant HG Wells).

Ce dépaysement et imaginaire libéré apporte un vrai plaisir pour les yeux avec son monde oriental bariolé aux costumes luxueux et aux décors imposants dans une imagerie bariolée et chatoyante. Le film ne fait cependant pas preuve de la rigueur narrative des meilleurs Harryhause avec une première partie parfois un peu poussive dans ses gros raccourcis (la réaction du père de la princesse déclarant la guerre immédiatement, le Calife et Sinbad qui avalent sans même le soupçonner les histoires de Sokura) et le souffle épique d'un Jason peine un peu à se faire ressentir. La construction est bancale à cause d’un script simpliste (ce qui est dommage tant à l’écrit les voyages de Sinbad regorgent d’histoires fabuleuses, une adaptation fidèle reste à faire) dans son déroulement comme la caractérisation des personnages mettant mécaniquement en place une trame prétexte qui servira à introduire le bestiaire de Harryhausen.
La deuxième partie où tout ce petit monde retourne sur l'ile de Colossa s’avère nettement plus convaincante et constitue un petit bijou d'aventures fantastique. Les morceaux de bravoures extraordinaires abondent comme l'affrontement sauvage entre le dragon et le cyclope où Harryhausen paie une dernière fois son tribu à King Kong, le duel avec le squelette (galop d’essai avant de les démultiplier dans Jason et les Argonautes pour un résultat encore plus mémorable) dans le château de Sokura ou encore le cyclope  faisant bien des misères à l'équipage et qui finira dans une falaise dupé par Sinbad. On constate le joyeux mix opéré entre mythologie grecque etconte des Mille une Nuit avec le génie de la lampe ainsi que quelques éléments de swashbuckler comme la mutinerie de l'équipage.

 Bernard Hermann signe un score éblouissant et épique, Kerwin Andrew malgré un jeu limité a tout de même fier allure en héros valeureux et forme un charmant couple avec Kathryn Grant, Torin Thatcher campe un méchant mémorable avec ce sorcier maléfique particulièrement marquant pour le jeune spectateur. Un brouillon déjà fort plaisant et qui ouvrait la voie à d'autres grandes réussites. Détail amusant, le film aura droit à un décalque/plagiat meilleur encore avec Jack le tueur de géant (1961) reprenant l'ensemble du casting ainsi que le réalisateur pour un résultat plus audacieux mais à l'animation moins brillante, faute de Harryhausen.

Sorti en dvd zone 2 français chez Sony

lundi 13 mai 2013

Hommage à Ray Harryhausen (1920 - 2013)

Peter Jackson, Steven Spielberg, Joe Dante, la liste est longue lorsqu’il s’agit d’énumérer les vocations nées des démons et merveilles issus de l’imagination de Ray Harryhausen. Le destin du maître fut d’ailleurs lui-même scellé par un autre magicien de la pellicule après la vision à treize ans du mythique King Kong (Merian C. Cooper & Ernest B. Schoedsack, 1933). Déjà passionné par la mythologie et ses créatures, ce sont en effet les extraordinaires trucages du grand Willis O’Brien et le bestiaire fantastique déployé lors des séquences sur l’île qui ont fait naître la curiosité de Ray Harryhausen pour les effets spéciaux. 

Ray Harryhausen passe son adolescence à s’initier à la sculpture de monstres préhistoriques et mythologiques en pâte à modeler puis réalise un premier rêve en montrant son travail à Willis O’Brien. Ce dernier le félicite et lui recommande de suivre les cours d’anatomie du Los Angeles City College. C’est là que Harryhausen apprend à donner une touche réaliste aux proportions et à la morphologie de ses créations les plus extravagantes, ce qui le démarque des autres adeptes de la stop motion aux effets plus grossiers. Cette technique, basée sur l’animation d’objet image par image intégrée aux prises de vue réelles, sera poussée par Harryhausen à un degré de maîtrise et de poésie inégalés. 

Remarqué par le spécialiste des effets spéciaux George Pal (futur producteur-réalisateur de classiques SF des années 1950 tels que La Guerre des mondes, réalisé par Byron Haskin en 1953), il est engagé par celui-ci sur la série Puppettoons (1932-1947). Plus tard, il officie sur un programme de contes de fées destiné au milieu éducatif. Ces longues années d’apprentissage lui permettent de perfectionner son art et de se constituer une belle carte de visite. La première consécration et marque de reconnaissance intervient en 1947 lorsque son idole Willis O’Brien l’engage comme assistant sur Mighty Joe Young (Ernest B. Schoedsack), trépidante variation enfantine de King Kong. La santé fragile d'O’Brien l’amène à déléguer largement son travail et Harryhausen assure notamment l’essentiel de l’animation du gorille. 

Après cet essai réussi, Harryhausen est prêt à voler de ses propres ailes et à quitter le giron d’un O’Brien sur le déclin et qui ne parvient plus à financer ses projets. Il est notamment sollicité pour les effets spéciaux du Monstre des temps perdus d'Eugène Lourié en 1953 où il perfectionne à nouveau sa technique d’animation image par image. Le moment déterminant de sa carrière restera la rencontre avec le jeune producteur Charles H. Schneer avec qui il s’associera durant vingt-cinq ans. 

Leur collaboration est idéale, Schneer laissant toute latitude artistique à Harryhausen sur le choix des projets tout en le plaçant dans les meilleures conditions en termes de production. Le duo se conforme tout d’abord aux modes propres aux années 1950 avec Le Monstre vient de la mer (Robert Gordon, 1955) et Les Soucoupes volantes attaquent (Fred F. Sears, 1956), respectivement monster’s movie et film de SF. Des productions pas forcément réussies (notamment Les Soucoupes volantes, probablement en raison du peu d’attrait d'Harryhausen pour la SF trop sérieuse et réaliste) mais qui permettent à Harryhausen d’affiner sa technique.

Les choses sérieuses peuvent enfin commencer lorsque les deux hommes s’installent à Londres, leur association devenant un véritable label du cinéma fantastique et d’aventures patronné par la Columbia. Leur patte est immédiatement identifiable dans la mesure où ils sont tous deux inspirés par la mythologie, la Préhistoire, Les Mille et une nuits mais aussi les romans d’anticipation du XIXe de Jules Verne, H. G. Wells ou encore Jonathan Swift. Leur première vraie réussite intervient en 1957 avec À des millions de kilomètres de la Terre, réalisé par Nathan Juran. Récit des dégâts dus à l’arrivée sur Terre d’un extra-terrestre aux proportions de plus en plus gigantesques, le film offre son lot de péripéties spectaculaires. On y trouve une certaine forme d’humanisme naïf entre la nature finalement peu belliqueuse de la bête dont le métabolisme est perturbé par l’atmosphère terrestre et les affrontements titanesques avec l’armée qui le pourchassent.

L’année suivante sort Le Septième voyage de Sinbad, un de leurs chefs-d’œuvre. Pas forcément aussi sombre et cruel que le récit des Mille et une nuits qu’il adapte, le film développe un envoûtant et luxuriant monde oriental de conte. Parfois bien mal servi par les réalisateurs devant mettre en images ses créations, Harryhausen trouve sur ce film un collaborateur de choix en la personne de l’excellent et efficace Nathan Juran qui officiera sur ses œuvres les plus réussies. La preuve éclatante en étant la mythique séquence où le héros affronte un squelette animé en stop motion avec une fluidité époustouflante.

Le Septième voyage de Sinbad fut un immense succès au box office et lance définitivement les productions Harryhausen/Schneer. Pour l’anecdote, le film a engendré un quasi clone trois ans plus tard avec Jack le tueur de géant. Le producteur Edward Small (qui rata le coche en refusant de produire Sinbad) tente de reproduire la formule à succès avec ce film et engage pour cela le même réalisateur, le même héros (Kerwin Mathews) et le même méchant joué par Torin Thatcher à nouveau dans un rôle de sorcier. Ne manque que Harryhausen aux effets spéciaux mais cet avatar est également une belle réussite.

 Pour Harryhausen et Schneer, c’est désormais l’exploitation d’un nouvel univers dépaysant à chaque film qui a cours avec les excellents Les Voyage de Gulliver (Jack Sher, 1960) et L’Île mystérieuse (Cy Endfield, 1961) respectivement adaptés de Jonathan Swift et Jules Verne. En 1963, Harryhausen délivre son œuvre la plus populaire avec le fabuleux Jason et les Argonautes (Don Chaffey, 1963). Monument du péplum et du film d’aventures, le cadre mythologique (avec un récit original respecté à quelques détails près, ce qui ne fut pas le cas de toutes les adaptations) offre un écrin idéal à Harryhausen qui déploie un festival de morceaux de bravoure inoubliables. 

L’arrivée du géant de bronze Talos, Poséidon surgissant des mers, le combat avec l’hydre à sept têtes sont autant de séquences mémorables qui marquent durablement le jeune public de l’époque. Sans parler du fameux combat contre les squelettes, rondement mené à tel point qu'il vient conclure le film alors que Jason n’a pas encore achevé sa quête et reconquis son royaume !

Le succès colossal de Jason enhardit le duo qui ose le récit steampunk (terme définissant la SF rétro souvent située dans l’Angleterre victorienne imprégnée par la révolution industrielle) avec Les Premiers hommes dans la lune (Nathan Juran, 1964) adapté de H. G. Wells. Très fidèle au livre, hormis un prologue trop contemporain, c’est sans aucun doute la plus belle réussite de Harryhausen.

 Le scénario respecte parfaitement les préoccupations humanistes de Wells tandis que les images déploient des paysages lunaires à la fois réalistes et extravagants, influençant sans doute Kubrick pour son 2001 (1968) tant les similitudes pullulent. Échec retentissant, le film signe pour un temps la fin de leur collaboration. Harryhausen commettra en effet une infidélité envers son partenaire en supervisant l’amusant Un million d’années avant J.C. (Don Chaffey, 1966) où son défilé de créatures préhistoriques a fort à faire avec l’autre effet spécial du film, Raquel Welch en peau de bête.

Schneer et Harryhausen se retrouvent en 1969 pour La Vallée de Gwangi (Jim O'Connolly), mais il semble que le succès les ait quittés. Ils passent les années 1970 à tenter de retrouver la formule magique de leurs premières productions, mais ne réussissent qu’à ressasser le passé en moins bien avec deux nouveaux Sinbad, Le Voyage fantastique de Sinbad (Gordon Hessler, 1974) et Sinbad et l’œil du tigre (Sam Wanamaker, 1977). Il faut dire qu’à l’époque, le public s’est trouvé de nouveaux dieux de l’entertainement plus jeunes et modernes en les personnes de Lucas et Spielberg.

 À côté de la fougue juvénile et de l'inventivité d’un Star Wars ou d'un Indiana Jones, la naïveté d’un Harryhausen semble bien désuète. Un constat qui se confirme avec le chant du cygne que constitue Le Choc des Titans (Desmond Davis, 1981). Si les créations de Harryhausen sont toujours aussi flamboyantes (Pégase, la Méduse, le Kraken), la réalisation gériatrique de Desmond Davis, les tentatives de modernité embarrassantes (la chouette mécanique faisant écho à R2-D2) et l’interprétation transparente (Harry Hamlin fait un bien piètre héros) rendent le film difficilement regardable aujourd’hui.

Depuis, malgré de nombreux projets non aboutis, Harryhausen s'était retiré et se contentait de recevoir diverses distinctions, tel un Oscar pour l'ensemble de son œuvre en 1991. L’avènement des effets numériques au début des années 1990 signa définitivement le glas d’un retour aux affaires. Cependant, la stop motion qu’il porta à son plus haut degré d’expression survit toujours aujourd’hui, à travers notamment les œuvres du Studio Aardman (Wallace et Gromit, créés par Nick Park ; Chicken Run - Nick Park et Peter Lord, 2000) ou les films d’Henry Selick (L’Étrange Noël de Monsieur Jack, 1993 ; Coraline, 2009).

Influence majeure des grands créateurs d’effets spéciaux récents comme Phil Tippett (Starship Troopers - Paul Verhoeven, 1997), c’est sans doute chez Peter Jackson ou Guillermo del Toro que Harryhausen trouve ses plus dignes successeurs actuels. Ces deux-là auront tout comme lui su associer la légère touche d’imperfection, de poésie et de rêve censée définir le trucage cinéma. Grâce à eux, quelque chose de l'esprit d'un des plus grands illusionnistes de l'histoire du cinéma subsistera toujours, tout comme ses merveilleux films ayant fait rêver des générations de spectateurs émerveillés.