Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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dimanche 15 décembre 2019

L'Enterré vivant - The Premature Burial, Roger Corman (1962)



Au XIXe siècle, Emily Gault se rend au domaine des Carrell pour renouer une histoire d'amour avec Guy Carrell mais ce dernier, chercheur médical à Londres, est obsédé à l'idée d'être enterré vivant.

L’Enterré vivant est le troisième des huit films du cycle Poe de Roger Corman. Le réalisateur n’avait pas été satisfait de la part de profit accordé sur les deux premiers opus du cycle, La Chute de la maison Usher (1960) et La Chambre des tortures (1961). Il tourne donc le dos à American International Pictures et trouve un financement chez Pathé Lab, initialement en charge du développement sur les œuvres précédentes. Du coup L’Enterré vivant sera le seul film du cycle sans Vincent Price au casting, ce dernier étant en contrat exclusif chez American International Pictures. Un accord sera cependant trouvé au début du tournage, American International Pictures assurant la distribution (et reprenant les rênes de la production sur les films suivants) tandis que Pathé aura l’exclusivité du développement sur les autres films du cycle.

Tout ne reprenant l’imagerie gothique rattachée à la série, Roger Corman en use ici à des pures fins psychologiques. Guy Carrell (Ray Milland) est un homme hanté par la malédiction qu’il pense voir peser sur sa famille, dont tous les membres sont morts de façon brutale. La plus traumatisante reste celle de son père, pour les autres décédé d’une crise cardiaque mais que Guy attribue à la catalepsie, ce mal qui vous donne pour mort alors que vous êtes simplement tétanisé. Dès lors la plus grande frayeur de notre héros sera d’être enterré vivant. Dès lors tous les motifs formels horrifiques du film se plient à cette angoisse latente. Cela joue dans l’atmosphère claustrophobe et oppressante, que ce soit dans proximité de ce cimetière et ou la brume restreignant les espaces extérieurs, tandis que la maison recèle de macabre environnement avec ce caveau sous-terrain. Ray Milland excelle dans l’interprétation de ce personnage fébrile et Roger Corman par l’atmosphère trouble et hallucinée trouve l’équilibre idéal pour questionner le spectateur sur la nature mentale ou possiblement manipulatrice des visions de Guy.

L’absence de menace explicite si ce n’est les maux de Guy contribue à ce ton singulier (notamment une fabuleuse scène où notre héros montre son plan pour braver sa « fausse » mort) d’autant que son entourage semble (en apparence du moins) bienveillant, notamment son épouse dévouée Emily (Hazel Court). On regrettera juste la dernière partie un peu expédiée (mais féroce et cruelle à souhait) tant la mise en place est captivante, mais la durée resserrée est bien sûr le propre de ce genre de série B. sans être le meilleur de la série, une belle réussite donc. 

 Sorti en dvd zone 2 français chez Sidonis

vendredi 2 février 2018

Uniformes et jupon court - The Major and the Minor, Billy Wilder (1942)

Susan Applegate, dégoûtée par sa vie new-yorkaise de coiffeuse pour homme à domicile, décide de retourner dans l'Iowa. Ses économies ne lui permettant pas de payer la totalité du voyage en train, elle se déguise en fillette pour bénéficier d'un billet demi-tarif. Traquée par les contrôleurs, Susan se réfugie dans le compartiment–lit d'un bel officier instructeur. Croyant avoir affaire à une gamine de douze ans, il s'institue son protecteur.

Uniforme et jupon court constitue le vrai départ de la carrière de réalisateur de Billy Wilder. En exil à Paris après avoir fui la montée du nazisme en Autriche, Il y avait réalisé le méconnu Mauvaise Graine (1934) avant le départ aux Etats-Unis. Entre les huit ans qui séparent son premier scénario Music in the Air de Joe May (réalisateur allemand qui contribua à l’arrivée de Wilder aux Etats-Unis) et la réalisation d’Uniforme et jupon court, Wilder s’est imprégné de la langue/culture américaine, et intégré au système studio en tant que scénariste. Sa fructueuse collaboration avec Charles Brackett aura été source de grandes réussites notamment pour son mentor Ernst Lubitsch (La Huitième Femme de Barbe-Bleue (1938) et Ninotchka (1939)) mais aussi de frustration dans le traitement de ses scripts. Mitchell Leisen (dont Wilder et Brackett ont écrit certains des meilleurs films comme La Baronne de Minuit (1939) ou Arise, my love (1940)) rejette ainsi une séquence loufoque écrite pour l’ouverture de Par la porte d’or (1941) et suscite définitivement chez Wilder le désir de mettre désormais en scène lui-même ses scripts. Entretemps Preston Sturges aura ouvert la boite de Pandore en étant le premier scénariste hollywoodien à passer à la réalisation avec Gouverneur malgré lui (1940), brèche où s’engouffreront notamment John Huston et donc Billy Wilder entre autre.

Avec Uniforme et jupon court Billy Wilder pose les jalons de sa filmographie comique à venir, et ce alors que jusqu’à Sabrina (1953) et surtout Sept ans de réflexion (1955) son nom sera avant tout associé à un registre dramatique – si l’on excepte le mineur La Valse de l’empereur (1947) et La Scandaleuse de Berlin (1948). Le film – adapté de la pièce de Edward Childs Carpenter – conjugue donc sujet de départ possiblement scabreux (La Garçonnière (1960) Certains l'aiment chaud (1959) Sept ans de réflexion (1955) Embrasse-moi idiot (1964) ...), jeu sur le travestissement sexuel et identitaire (Certains l'aiment chaud et Embrasse-moi idiot encore) et un traitement d'une justesse et d'une perfection telle qu'il désamorce toute la provocation potentielle du propos. Chez Wilder la duperie est moins source de mensonge que de révélateur à la fois pour le berné et l’usurpateur. La gold digger Marilyn Monroe fini par s’amouracher du fourbe et pauvre Tony Curtis dans Certains l’aiment chaud, l’époux potentiellement volage fini par éprouver le manque de sa famille dans Sept ans de réflexion et celui jaloux d’Embrasse-moi idiot retrouve une conscience qui lui fait renoncer à ses ambitions. 

L’influence de Lubitsch qui rendait les sentiments sincères plus vibrant par l’immoralité (Ange (1937) et Sérénade à trois (1933) en tête) est manifeste chez Wilder mais à la sophistication de son mentor il troque un habile mélange de grotesque et de finesse. C’est le naturel qu’il parvient à tirer de ses personnages qui fait ainsi passer tous les artifices grossiers. En l’occurrence ici l’interprétation de Gingers Rogers la fait brillamment basculer du registre populaire gouailleur dans lequel elle excelle (tant dans une veine comique qu’ouvertement dramatique notamment chez Gregory La Cava) vers une candeur adolescente, au propre comme au figuré. C’est d’abord Susan Applegate (Ginger Rogers) la citadine démunie et qui en a tout vu avec les hommes (soi la Ginger Rogers de La fille de la cinquième avenue (1939) ou Primrose Path (1940)) que nous découvrons en ouverture avec l’énième déconvenue d’un nouveau job qui tourne au harcèlement sexuel. Au départ de cette ville où rien ne lui a réussi s’ajoute ainsi le renoncement à son statut de femme adulte et indépendante puisqu’elle retourne chez sa famille. 

L’habile argument comique de la fraude au billet de train et à son travestissement en fillette de douze ans n’est qu’une manifestation exacerbée de sa déchéance. Ce jeu entre la finesse et le grotesque se joue ainsi chez Wilder avec une magnifique scène de « mue » où Susan quitte les oripeaux de femme adulte pour ceux de la fillette gironde, le grotesque se jouant dans le cabotinage de Ginger Rogers surjouant cette juvénilité à coup de voix aiguë, chewing-gum bruyamment mâché et tripotage de nattes. Le monde réel et ses désillusions est toujours là à travers la réaction des contrôleurs qui ne sont pas dupe et celui du conte de fée peut commencer avec celle du Major Philip Kirby (Ray Milland) qui lui l’est. Cette bienveillance aveugle au statut adulte de sa protégée (et donc de désir pour elle) reconstruit un monde lumineux pour Susan subissant ou s’amusant de sa régression. Wilder multiplie les situations et dialogues équivoques aussitôt désamorcés, le vice n’ayant pas sa place dans l’imaginaire refaçonné d’une fillette. C’est particulièrement vrai dans les scènes de train, notamment une où Kirby apaise les supposée terreurs nocturnes de Susan et dont l’ambiguïté comique sera reprise à l’identique dans la séquence quasiment remakée de Certains l’aiment chaud où Jack Lemmon (travesti en femme) et Marilyn Monroe sèment la zizanie dans un train.

Dans cet entre-deux amoureux et moral repose tout le charme du film. La lourde et insistante séduction de l’adulte en ouverture devient un ressort comique amusant avec la maladroite et hasardeuse tentative des adolescents cadets de l’école militaire. Ginger Rogers possède l’assurance de l’adulte pour les repousser et l’insouciance de l’adolescente pour s’en amuser, et même d’en user lors de l’hilarante scène de standard rappelant son passif de comédie musicale le temps d’un numéro de claquette. C’est bien sûr dans le lien à Kirby que cela est le plus captivant, notamment quand ce dernier décide de lui expliquer les « choses de la vie ». Wilder passe progressivement du plan d’ensemble au champ contre champ pour illustrer les émotions contradictoires et coupables se développant au cours du dialogue métaphorique sur « la lampe et les abeilles attirées par la lumière. 

Dans le regard et l’attitude de Ginger Rogers s’exprime l’amour et l’impuissance de la fillette attirée par un homme adulte, mais aussi l’émotion de la femme face au premier homme « bien » qu’elle n’ait jamais rencontrée. C’est encore plus savoureux chez Milland prenant de la hauteur paternelle dans son rôle de « Oncle Philip » mais progressivement si troublée par son interlocutrice supposée si jeune, mais pourtant si attirante. L’acteur excelle à exprimer ce malaise qu’il ne s’explique pas et Wilder dose si bien la chose que le spectateur de l’époque soumis au Code Hays comme celui d’aujourd’hui plus sensible à ce genre de sujet possiblement douteux ne verra le mal.

La magie se brise lorsque cette ambiguïté se rompt le souhait d’une vraie relation amoureuse. Les masques et l’hypocrisie du monde des adultes peuvent ressurgir à travers la cruelle fiancée jouée par Rita Johnson, et coïncidant avec la réapparition du riche concupiscent de la première scène. Le scénario est un peu plus laborieux que dans l’absurde assumé et la frénésie de Certains l’aime chaud pour nous conduire à l’inévitable happy-end mais conserve néanmoins son ambiguïté. Report d’un désir coupable sur une adulte, découverte de la supercherie, tout est possible dans l’interprétation des retrouvailles finales et c’est là tout le génie de Billy Wilder déjà fin provocateur.

Sorti en dvd chez Carlotta et ressort en salle le 7 février 

samedi 30 juillet 2016

La Falaise mystérieuse - The Uninvited, Lewis Allen (1944)

Dans les Cornouailles, Roderick Fitzgerald et sa sœur Pamela achètent, pour une somme dérisoire, une maison surplombant une falaise. Ils ont emménagé depuis peu quand ils s'aperçoivent que la demeure est hantée. La nuit venue, on y entend en effet les sanglots d'une femme...

The Uninvited marque l'incursion de la Paramount dans le fantastique et constitue une œuvre à la croisée des chemins du genre à l’époque. Le décorum gothique stylisé évoque les classiques Universal du début des années 30, son climat oppressant baigné de l’aura d’une disparue rappellera forcément Rebecca (1940) d’Alfred Hitchcock et son fantastique explicite baigné de psychanalyse côtoie les succès suggestifs de la RKO produits par Val Lewton. Le film adapte le roman éponyme de l’écrivain irlandais Dorothy Macardle et retranscrit cette tradition du fantastique littéraire anglo-saxon où les fantômes, plus qu’une menace directe, sont des réminiscences accrochées aux lieux qu’ils hantent et altèrent le caractère des vivants - tradition que prolonge un classique comme Shining (1980). Ici nous aurons donc Roderick Fitzgerald (Ray Milland) et sa sœur Pamela (Ruth Hussey) qui en vacances tombent sous le charme de cette demeure surplombant les hauteurs d’une falaise, un cadre de rêve dont ils s'étonneront du prix d’acquisition dérisoire. La mise en place est parfaite en isolant discrètement la menace surnaturelle dans une pièce, l'atelier de peinture des anciens propriétaires où s’instaure le malaise par une espace glacial en plein été, qui fane les fleurs fraîchement cueillies et éveille la mélancolie de celui qui y reste trop longtemps - Milland qui joue un air romantique au piano devient peu à peu très triste. Plus tard, ce seront les sanglots nocturnes d'une femme qui viendront perturber les nuits des nouveaux habitants.

 Le mystère ambiant de ces manifestations est également fort bien amené avec un lien qui se fait avec la jeune Stella (Gail Russell), fille de l'ancienne propriétaire suicidée des lieux et qui y a vécu dans son enfance. Attirée par la demeure, sa présence en accentue l’aura malfaisante et suggère que son destin est lié aux drames passés qui s’y sont déroulés. Lewis Allen, dont c’est le premier film, déploie une imagerie flamboyante avec des cadrages qui magnifient la puissance évocatrice du décor. Le poids du secret plane sur ces visions aériennes de la falaise, la photo de Charles Lang - qui entre Peter Ibbetson et le postérieur L'Aventure de Madame Muir sait y faire dans ce registre - pose l’ambiance surnaturelle par des jeux d'ombres opaques où les pleurs des spectres se perdent dans les ténèbres indistinctes de la demeure.

Ces qualités mettent en valeur une direction artistique impeccable, notamment ce fameux atelier donnant une vue sur la mer. Le mystère et l’atmosphère pesante fonctionnent mais le film finit néanmoins par souffrir de son manque d’identité. L’esthétique, aussi soignée soit-elle, ne fait jamais réellement ressentir l’âme torturée des esprits, que ce soit dans la suggestion ou l’explicite. Tous les éléments visuels précités servent une esthétique gothique soignée mais impersonnelle, dont le film a à souffrir face au modèle Rebecca dans lequel Hitchcock imprégnait chaque mur de Manderley de l’aura de l’épouse défunte quand Lewis Allen cherche juste à inquiéter, sans façonner, un malaise plus personnel. Le choix de montrer les fantômes - imposé à Allen - est un aveu d’échec pour rendre réelle leur présence, d’autant qu’on découvrira qu’ils sont deux et animés d'intentions très différentes sans que cela se traduise par la mise en scène.

L’imagerie est un écrin mais pas un moyen de narration où chaque révélation passera essentiellement par le dialogue. Parfois cela fonctionne tout en étant lourdement explicite, comme ce très théâtral personnage d’infirmière cachant à peine son amour lesbien pour une disparue dont elle scrute le portrait avec passion. Plutôt que de plonger de plain-pied dans le fantastique, le récit opère dans le sous-genre du murder mystery avec une laborieuse enquête qui entrecoupe chaque moment fort qui aurait permis à l’ensemble de prendre son envol. L’appel maléfique de la falaise donne lieu à un vertigineux moment préfigurant une séquence identique de Sueurs Froides (1957) - avec l’image emblématique de Gail Russell au bord du précipice -, tout comme une glaçante scène de spiritisme.

Ce refus de franchir le pas de la terreur pure joue aussi sur l’interprétation où si Gail Russell dégage une présence mystérieuse et virginale, Ray Milland finit par agacer par sa désinvolture comique - son registre de prédilection, même si ses rôles suivants comme dans Le Poison (1945) de Billy Wilder changeront bientôt la donne. Quelques dialogues piquants et un décalage amusé face à l’inconnu font leur effet ici et là mais empêche l’implication complète. Cette schizophrénie est parfaitement résumée lors de l'ultime face-à-face entre Ray Milland et le fantôme malfaisant, fascinant à l'image - les effets spéciaux de Farciot Edouart sont remarquables - mais frustrant par son ton comique représentatif du grand écart malheureux que propose le film. Que l’on ne s’y trompe pas, La Falaise mystérieuse est un vrai beau film fantastique mais auquel il manque un regard, une proposition marquée. C’est d’autant plus vrai qu’à la même période, John Brahm signait à la Fox une trilogie gothique - The Undying Monster (1942), Jack l'Éventreur (1944) et Hangover Square (1945) - au ton autrement plus dérangeant.

Sorti en dvd zone 2 français chez Wild Side

lundi 29 juin 2015

Le docteur se marie - The Doctor Takes a Wife, Alexander Hall (1940)

Un quiproquo fait penser à toute la presse que la célèbre romancière féministe June Cameron est marié à Tim Sterling, professeur à l'université.

Une délicieuse screwball comedy qui trouve le ton juste entre progressisme et valeurs traditionnelles par la grâce d'un script astucieux. June Cameron (Loretta Young) est un écrivain féministe incitant les femmes à vivre hors du joug masculin et à mener carrière. Son dernier ouvrage rencontrant un succès important, elle est contrainte d'écourter ses vacances et de rentrer à New York. Faute de moyen de locomotion, elle s'impose dans la voiture du très soupe au lait Tim Sterling (Ray Milland) aspirant professeur en université de médecine. L'antagonisme entre l'indépendance de June et le caractère orageux de Tim se dessine pendant le trajet par quelques échanges savoureux et préparant la cohabitation forcée qui les attends arrivé destination. Suite à un quiproquo ils sont pris pour de jeunes mariés et une lectrice trahie aura fait remonter la rumeur jusqu'à New York. Seul moyen de s'en sortir, simuler un vrai mariage le temps pour June de changer son fusil d'épaule et de signer un ouvrage vantant la vie matrimoniale et de divorcer à sa parution (quitte à en écrire un dépeignant les joies du divorce par la suite). On appréciera la morale bienpensante d'alors où mieux vaut feindre un mariage que d'avouer un liaison de passage.

Le script distille une habile opposition de caractères sources de joutes tordantes et inventives (Milland répertoriant les objets de Lorreta Young pour récupérer ses quatre dollars) tout en ne faisant pas des personnages des figures figées à leur supposée idéologie. Ainsi le supposé macho joué par Milland se montre fort soumis à sa vraie fiancée Marilyn (Gail Patrick) et Lorreta Young n'a guère de scrupule à sauver sa carrière en reniant sa philosophie tout en cédant là aussi à son petit ami et éditeur (Reginald Gardiner). Ce n'est donc pas sur une idéologie mais plutôt la peur de l'autre que repose leur opposition, donnant un charme explosif à leur mariage/opposition qui tout en les rebutant sert leurs intérêts. Chacun aura droit à son moment dominant Milland envahissant avec jubilation l'intérieur cosy de son "épouse" de ses attributs masculins dans les tiroirs, les armoires et même un tableau d'anatomie en plein salon.

Le mariage n'est pas considéré comme la normalité uniquement pour la femme, Milland accédant enfin au statut de professeur grâce à nouvelle union qui le rend enfin suffisamment "équilibré" pour enseigner (l'occasion d'une revanche tonitruante de Loretta Young quand elle l'apprendra). D'ailleurs le monde universitaire est croqué avec amusement durant une scène de réception entre érudits discutant uniquement de trouble mentaux et son doyen dont un simple raclement de gorge génère un silence poli. Une caricature excellent mais pas suffisamment exploitée tant il y avait possibilité à des atmosphères façon Boule de feu de (1941) Howard Hawks.

Ce n'est finalement qu'en situation de crise, hors des carcans urbains que le rapprochement pourra se faire tout en leur permettant d'assumer leur personnalité et d'y adosser leur qualité. Le scientifique devient ainsi le médecin prévenant qui va aider une femme à accoucher, la femme indépendante une aide précieuse pour tempérer la crise (ne paraissant jamais soumise même en effectuant des tâches d'intérieur) et les deux peuvent enfin s'admirer mutuellement et s'aimer.

Le registre vachard initial ne s'estompe heureusement pas mais se faisant dans la complicité et plus dans l'affrontement, à l'image du stratagème génial de Loretta Young pour empêcher Milland de se fiancer. Les deux acteurs sont irrésistibles (et Loretta Young à croquer comme d'habitude), les seconds rôles aussi surprenant qu'inventifs (les étudiants pratiquants de football américains bas du front) et l'ensemble mené tambour battant par Alexander Hall. Très bon moment !

Sorti en dvd zone 1 chez Columbia et doté de sous-titres anglais

dimanche 12 août 2012

Espion sur la Tamise - Ministry of Fear, Fritz Lang (1944)


Un homme attend face à une horloge. Dans quelques minutes, il sera libéré, après deux ans de détention. Dans quelques minutes, à l’air libre, il trouvera une Angleterre bombardée, sous la menace nazie. Dans quelques minutes, il se mêlera à la foule d’une fête foraine, entrera dans la tente d’une voyante, gagnera un gâteau et deviendra le protagoniste principal d’une histoire d’espionnage rocambolesque…

Espion sur la Tamise constitue après le troisième film consécutif de Lang consacré à la menace nazie après Chasse à l'homme (1941) et Les bourreaux meurent aussi (1943). Lang retrouve le cadre d'un studio avec le dernier volet de cette trilogie "nazie" après une production houleuse à la Fox sur Chasse à l'homme et la grande liberté de l'indépendant Les bourreaux meurent aussi puisque c'est à la Paramount qu'il dirigera cette adaptation de Graham Green. Le film est un sommet de paranoïa oppressante par la force d'un récit redoutablement inventif auquel Lang apporte toute sa maestria et parvient à intégrer ses thématiques malgré une nouvelle fois contrainte se présentant avec le scénariste et producteur Seton I. Miller qui lui refusera toute modification à son script.

Stephen Neal (Ray Milland) fraîchement libéré de l'asile se voit à nouveau plongé dans la tourmente par un concours de circonstance rocambolesque. Flânant dans une fête foraine caritative, il prononce par hasard la phrase/mot de passe lui permettant de gagner un gâteau dont il a deviné le poids mais qui ne lui était pas destiné. Lang, entre symbolique discrète (Neal qui attrape au vol le ballon d'une fillette en entrant dans la kermesse, signe de culpabilité tout à fait langien depuis M le maudit) et effet plus marqué lorsqu'un silence de plomb s'instaure autour d'un Milland seul à sa joie d'avoir remporté le gâteau et scruté par tous.

Dès lors la suspicion et la paranoïa de tous les instants va s'installer à travers des rebondissements inattendu où le danger peut surgir de partout et de n'importe qui. Ce pourrait être des ruelles sombres et menaçante de ce Londres en plein blackout (Lang offrant des vues quasiment gothiques de ce panorama urbain londonien par instants), du doute savamment entretenu sur les émigrés autrichiens lui venant en aide où de séquences inattendues lorgnant vers le fantastique. A ce titre la scène de spiritisme est un grand moment de malaise et de suspense au cordeau.

Ray Milland est parfait en fugitif traqué de toute part et le passé du personnage permet à Lang de réintroduire des thèmes déjà abordé notamment dans Furie. On apprendra que Neal fut interné pour avoir mis fin par empoisonnement au jour de sa femme mourante et en proie à d'affreuse souffrances. Cette notion de responsabilité et de pouvoir de vie et de mort sur le destin d'autrui évoque tourmentant Neal est plus fort encore chez le Spencer Tracy de Furie animé par la vengeance. Bien que moins approfondi que dans le film de 1936 (ou même que dans Le Retour de Frank James où Henry Fonda est soumis à la même situation) ce choix se voit à nouveau questionné ici en fin de film à travers celui que devra effectuer le personnage de Marjorie Reynolds lorsque les masques vont tomber.

L'ensemble est mené tambour battant par Lang dans une narration des plus efficaces où rencontres inquiétantes (l'aveugle, une séduisante et mystérieuse Hillary Brooke en voyante), guet-apens et grand spectacle (la course poursuite sous les bombes en campagnes) s'enchaînent sans férir. Lang avait peu d'estime pour le film à cause de sa gestation où il n'eut guère son mot à dire mais ça n'en reste pas moins un excellent divertissement qui a dû marquer les futur artisans du cinéma paranoïaque des 70's.

Sorti en dvd zone 2 français chez Carlotta

jeudi 26 juillet 2012

Arise my love - Mitchell Leisen (1940)

Condamné à mort par les Franquistes, Tom Martin - pilote américain engagé dans les Brigades internationales - attend son exécution. C'est alors qu'on lui annonce une incroyable nouvelle : sa femme vient d'obtenir sa libération ! Tom, stupéfait car il n'a jamais été marié, découvre cette providentielle épouse dans le bureau du directeur de la prison. Elle se précipite dans ses bras et lui chuchote qu'elle s'appelle Augusta Nash, qu'elle est journaliste et que son stratagème, qui lui fournira la matière d'un reportage, va lui sauver la vie.

Arise my love partage avec Le Dictateur de Chaplin et To be or not to be de Lubitsch (rappelons que ce dernier bien que sorti en 1942 fut tourné avant l'engagement des USA dans le conflit) un propos engagé sur les évènements dramatiques se déroulant alors en Europe alors que les Etats-Unis ne sont pas entré en guerre et que l'opinion publique est contre une telle initiative. Leisen est loin d'atteindre le portée de la fable de Chaplin ou de la farce de Lubitsch, la faute à un script quelque peu déséquilibré dans ses ruptures de ton (on passe de la screwball comedy la plus enlevé au pur mélodrame sans transition ou presque), quelques soucis de rythme et un propos parfois assez lourdement asséné. Malgré ses défauts, le film n'en est pas moins prenant et touchant par ce choix de la comédie romantique pour affirmer son propos.

Les vingt premières minutes assez ébouriffantes nous induisent autant en erreur sur le ton du film (on pense voir une grosse comédie d'espionnage) qu’elles définissent intelligemment le caractère des héros. Pilote américain engagé dans la guerre d'Espagne, Tom Martin (Ray Milland) attends avec dépit son exécution imminente quand un salut inattendu va lui faire échapper au châtiment. Il prend les traits élégant d'Augusta Nash (Claudette Colbert) journaliste en quête de scoop qui à force de persuasion et séduction est parvenue à le faire gracier en se faisant passer pour son épouse. On rit donc bien fort à la maladresse des "retrouvailles" forcés du faux couple et de la bêtise des autorités espagnoles puis on vibre au gré d'une course poursuite sur terre et dans les airs lorsque la supercherie est découverte et que nos héros doivent quitter le pays au plus vite.

On voit immédiatement ce qui rapproche les deux personnages à travers ce mélange d'ambition, d'engagement et de recherche d'adrénaline. Révolté par la montée en puissance du nazisme, Tom Martin devine la guerre imminente et inéluctable et souhaite en être en rejoignant l'armée polonaise déjà sous la menace de l'invasion allemande. Augusta voit elle dans les évènements un moyen de mener une carrière de de journaliste chevronnée qui la fera définitivement quitter les pages mode. Tous ses projets vont se trouver bien ébranlés lorsqu'ils vont tomber amoureux.

On patine un peu à la mi- film dans le traitement de l'histoire d'amour, hésitant constamment entre la légèreté de l'ouverture et le ton plus dramatique de la dernière partie. Heureusement le charme des acteurs fait la différence avec quelques savoureuses situations, que ce soit ce dialogue à double sens osés où Claudette Colbert propose divers emplacement de la chambre de Milland pour prendre une photo (quand lui pense éberlué par tant d'audace qu'elle cherche le meilleur endroit de la pièce s'ébattre avec lui you're too scientific) ou une délicieuse scène de dîner où elle lui donne les clés involontairement pour la séduire, charmant.

Les évènements vont finalement brutalement rattraper le couple, Leisen captant fort bien la débâcle européenne et l'impossibilité physique (spectaculaire scène de naufrage) comme morale de s'en extraire. C'est un peu là que le bât blesse, tant que ce message est lié aux héros en mouvement (magnifique moment où Claudette Colbert abandonne son cynisme pour montrer sa peur) mais devient très lourd lorsqu'ils sont plus isolés dans le film (Claudette Colbert qui en préparant son interview d'Hitler lit Mein Kampf puis le jette par la fenêtre du train) notamment le final où il tue un peu l'émotion à portée de main.

A la place d'une belle scène de retrouvailles finale, on a ainsi une grande envolée patriotique de Colbert signifiant bien que le combat continue. Un traitement forcément conditionné par le contexte et si on a connu Billy Wilder plus subtil, au vu de son passé on comprend l'accent mis sur ce point dans le script qu'il signe avec Charles Brackett. Film intéressant auquel on peut préférer Lune de miel mouvementé de Leo McCarey, assez voisin et plus équilibré entre divertissement et message.

Sorti en dvd zone 2 français chez Universal dans leur nouvelle collection "Les Etoiles d'Universal" uniquement achetable sur leur site.

Extrait

mercredi 18 avril 2012

La Vie facile - Easy Leaving, Mitchell Leisen (1937)


Au cours d'une dispute conjugale, un banquier milliardaire et coléreux jette la veste de zibeline de sa femme par-dessus le balcon de sa luxueuse demeure. Le manteau atterrit sur Mary, une jeune employée pauvre et honnête qui passait par là. Cette dernière cherche à le restituer mais Mr Ball, bon prince, lui offre et l'accompagne en voiture chez un modiste de luxe. Aussitôt les gens jasent et les malentendus s'accumulent joyeusement.

Easy Living est une screwball comedy des plus furieuses et inventive où s'annoncent déjà le sens du chaos et l'hystérie des futures réalisations de Preston Sturges. Celui-ci signait là le premier scénario du contrat qui le liait alors à la Paramount, remaniant de fond en comble une histoire à l'origine écrite par Vera Caspary. Le exécutifs du studio gouteront peu ton survolté de son script et malin Sturges le délivrera en main propre à Mitchell Leisen qui séduit lance aussitôt la production du film, les deux hommes signant ensemble plus tard le beau mélo Remember the night.

Comme pas mal de grandes comédies de l'époque (Les Invités de huit heures de Cukor, Mon homme Godfrey de Gregory La Cava), Easy Living est un film où sous la légèreté plane le spectre de la crise des financière des années 30 (et sans doute ce qui reste de plus significatif du premier jet de Vera Caspary qui vécut durement cette période-là). Tous les traits d'humour et rebondissements reposent donc sur la condition financière apparente ou supposée des personnages et ce dès l'entrée en matière hystérique. Le richissime banquier J.B. Ball (Edward Arnold) y arpente furibard sa luxueuse demeure en hurlant après domestique, femme et enfant sur le gaspillage qu'il constate de toute part.

C'est une de ses colères qui lance l'intrigue lorsqu'il jette par la fenêtre une fourrure hors de prix acheté par son épouse. Le manteau tombe sur la tête de Mary Smith (Jean Arthur) une modeste employée passant par là. Celle-ci s'empresse de venir le rendre mais Ball trop heureux du mauvais tour joué à sa femme l'enjoint à le garder et lui achète même un chapeau dans une boutique de luxe. Dès lors l'entourage suspecte une liaison entre eux ce qui va entraîner une drôle de réaction en chaîne...

Le film est propice à de grands numéros comiques et de charme des attractions principales du casting, Edward Arnold et Jean Arthur. Le premier signe une prestation bougonne et colérique absolument déjantée, entre son phrasé mitraillette, son timbre de stentor et ses manières d'ours mal léché est aussi imposant qu'attachant. Quant à Jean Arthur elle demeure la star hollywoodienne la plus attachante et au charme le plus contagieux. Elle est ici à croquer en jeune écervelée au caractère bien trempé et enchante de bout en bout par sa candeur irrésistible.

L'intrigue prend en effet un tour délicieusement scabreux quand divers personnages supposant sa liaison avec le puissant banquier lui propose cadeau et avantages de plus en plus extravagants en échange de faveur sans qu'elle ne se doute de rien. Le plus insistant est le propriétaire d'hôtel en faillite Louis Louis (Luis Alberni tout aussi excité que ses collègues, les déboires de son personnage s'inspirant du réel flop des Waldorf Towers au moment de leur ouverture à l'époque ) pour une série de quiproquos tordants.

On sent vraiment l'influence de Sturges que ce soit le jeu à la fois comique et tragique sur la condition difficile de Jean Arthur (lorsqu'elle cherche un sous pour s'acheter de quoi manger) qui annonce Les Voyages de Sullivan mais aussi les dérapages incontrôlés où le chaos est en marche comme ce restaurant qui finit dévasté ou encore le final dans la banque et là c'est notamment la folle séquence des chasseurs en train de The Palm Beach Story qui vient en tête.

Sous ce déchaînement parvient à se glisser une bien jolie histoire d'amour entre les attentes complémentaires de celui qui se cherche une carrière (Ray Milland excellent en fils à papa perdu) et celle qui se cherche une vie (Jean Arthur) l'alchimie entre fonctionnant idéalement en quelques séquences tendres et amusantes (le baiser sur le canapé et le petit regard de Jean Arthur qui suit toute résistance est inutile, le gag de la baignoire géante). Un souffle de fantaisie et d'humour qui fait un bien fou.

Sorti en dvd zone 1 chez Universal et doté de sous-titres français


mercredi 16 février 2011

La Duchesse des bas-fonds - Kitty, Mitchell Leisen (1945)


Au XVIIIe siècle, à Londres, l'ascension sociale d'une jeune femme de basse extraction, remarquée d'abord par le peintre Gainsborough puis courtisée par un riche dandy.

Une superbe fresque historique et romanesque parfaitement conduite par Leisen et illuminée par la beauté et le charme de Paulette Goddard. L'aspect historique se manifeste par la figure du peintre Gainsborough qui va faire basculer le destin de Kitty (Paulette Goddard), jeune fille des rues dont il repère la grâce sous les haillons et les manières rude spour en faire le portrait. Dès lors les nobles subjugués par le tableau ne manqueront pas de chercher à connaître le charmant modèle ce dont va profiter le noble en disgrâce et un peu escroc Hugh Darcy (Ray Milland) qui va la recueillir afin d'en faire une Lady et la livrer au plus offrant. La facette romanesque apparaît donc dans cette relation un peu sordide puisque Kitty va accepter tous ces tourments afin de gagner le coeur de Darcy dont elle est tombée amoureuse.

Sur une trame voisine, ce Kitty ose bien plus de chose que le Ambre de Preminger sorti à la même période. L'ouverture dans les bas-fonds londoniens crasseux est saisissant avec une Paulette Goddard qui s'en donne à coeur joie en jeune souillon écervelée à l'accent gouailleur. Sa transformation progressive et laborieuse en dame du monde est superbement amenée et offre de joyeux moments comique par la maladresse de l'héroïne (Paulette Goddard ayant pris un phrasé criard et aigüe hilarant pour signifier sa basse extraction) dont le destin n'est guère riant malgré le ton enjoué du film. Ray Milland incarne un tel goujat tout au long du récit que le final dans la grande tradition romanesque où le couple se retrouve finalement n'arrive pas à être totalement satisfaisant.

Le scénario (adapté d'un roman de Rosamond Marshall) interroge ainsi autant sur la condition de classe que sur la position des femmes à cette période. Kitty s'avère ainsi être le jouet des hommes, celui qu'elle aime la jetant dans les bras d'autres dans le but d'élever sa position tout en ne changeant jamais son regard sur elle du fait de sa condition modeste. Il faudra à Kitty devenir une vraie Lady et voir la déférence des autres hommes sur sa prestance de Duchesse une fois au sommet pour que Milland comprenne son erreur.

Toute les scènes d'apprentissage du monde (avec une excellente Constance Collier en noble quelque peu dépenaillée et alcoolique) soulignent d'ailleurs d'allieurs ce conditionnement machiste puisque toute l'éducation des femmes se fait sur la dissimulation des sentiments et la séduction au détriment du développement d'un vrai esprit d'initiative à l'image de Milland railleur lorsqu'on tente d'apprendre à écrire à Kitty. Les femmes sont des beaux objets qu'on possède où qu'on délivre aux plus offrant. Le film est donc passionnant en montrant l'ascension de cette fille des rues sans d'ailleurs éluder les aspect peu ragoûtant même s'ils ne sont pas appuyés (mariage avec un gros rustres, puis avec un vieux croulant grossesse non désirée... étonnant quant on voit tout ce qui a été éludé de l'adaptation de Ambre) où on la voit acquérir une réelle noblesse d'esprit et d'allure dans sa découverte du monde. Malgré les moments distillés pour signifier la repentance et la prise de conscience de Milland on ne peut être complètement satisfait de la voir finir dans ses bras, toute l'ambiguïté du romanesque en somme.

Leisen délivre un objet splendide visuellement où le noir et blanc n'altère pas du tout la vision de ce type de récit qu'on a plus l'habitude de savourer en flamboyant technicolor. Au départ d'une facture modeste, le film s'embellit au fil de l'assurance et de l'élévation toujours plus haute de son héroïne pour une dernière partie enchaînant les moments, décors et costumes fastueux tel une scène de bal magnifique et des superbes vues des appartements de la Duchesse. Paulette Goddard est épatante de bout en bout, autant pauvresse ballotée qu'en Duchesse au port parfait et impose une drôlerie, un charme et une espièglerie contagieuse. C'est d'ailleurs l'occasion d'imaginer quelle superbe Scarlett elle aurait fait puisque le rôle lui échappa d'un souffle au profit de Vivien Leigh. Ray Milland très bon également mais échoue peut être à dévoiler la petite facette d'humanité qui pourrait mieux faire passer son attitude et accepter la conclusion, on est loin d'un Clark Gable dans Gone with the wind en comparaison pour ce type de rôle. Belle fresque néanmoins pour les amateurs de ce type de récit !

Hélas le film est encore inédit en dvd zone 1 comme zone 2 mais est assez souvent diffusé sur TCM dans le cadre de cycle Mitchell Leisen soyez vigilants pour un enregistrement ! 

Extrait