Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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Affichage des articles dont le libellé est Richard Attenborough. Afficher tous les articles
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dimanche 9 février 2020

The League of Gentlemen - Basil Dearden (1960)

Récemment mis a la retraite, le lieutenant-colonel Hyde décide de se venger et réunit sept officiers renvoyés de l'armée pour commettre un casse.

The League of gentlemen est le premier film produit par Allied Film Makers, société de productions lancée sur une idée du producteur Sydney Box d'associer sous le parrainage de la Rank plusieurs réalisateurs anglais sur des projets dont ils seraient initiateurs. Basil Dearden qui avait déjà exploré des sujets sociaux audacieux durant les années 50 va pouvoir prendre de plus grands risques encore dans ce cadre avec des films comme Victim (1961 traitant de l'homosexualité ou encore Life for Ruth (1962) abordant les travers moraux des témoins de Jéhovah. Cela va permettre également de lancer la carrière de réalisateur de Bryan Forbes (ici scénariste et acteur) avec des classiques comme le mélodrame Whistle Down the Wind (1961) et le thriller Seance on a Wet Afternoon (1964). Michael Relph (partenaire emblématique de Basil Dearden), Richard Attenborough et l'acteur Jack Hawkins s'ajouteront à cette association et même si malgré plusieurs réussites la compagnie produira un nombre restreint de films.

The League of Gentlemen est une manière (en comparaison des films plus difficiles qui suivront) de lancer la société sur un sujet accessible et grand public avec un film de casse, genre très à la mode dans le polar d'alors entre les américains Quand la ville dort de John Huston (1950), L'Ultime razzia de Stanley Kubrick (1956), Le coup de l'escalier de Robert Wise (1959) ou le français Du rififi chez les hommes de Jules Dassin (1955). Chacune de ces œuvres se sert du genre pour aborder des problématiques sociales, pour travailler une atmosphère ou dans le plaisir de voir la fatalité dérégler une horlogerie parfaitement réglée. The League of Gentlemen trouve son identité dans son identité profondément british.

Tout dans le recrutement, la préparation et l'exécution du coup se teinte de cet aspect. Dearden en joue dans la caractérisation de son casting charismatique où la crapulerie et la sournoiserie est d'autant plus délectable dans ce cadre anglais guindé (Roger Livesey en faux prêtre escroc et sa valise remplie de revues érotiques). Le quotidien de chacun des associés nous est présenté sous son jour le plus pathétique (ennui, dettes, adultère) qui les pousse au crime pour changer de vie, le passé peu reluisant les réunit mais également l'expérience militaire. Du coup Dearden humanise les protagonistes dans leurs failles tout mettant en relief leur professionnalisme à travers cette rigueur militaire.

Tout le monde existe et garde une certaine forme de mystère (Jack Hawkins parfait en leader, tout comme Nigel Terry en second plus décontracté) dans une narration parfaite équilibrée entre tension et décontraction. On pense à la scène du vol d'arme dans une caserne où par la grâce du montage la satire de la soumission militaire alterne avec une intrusion chargée de suspense. Ce sont toujours des éléments décalés spécifiquement anglais que vient le déséquilibre qui met à mal les plans (la bienveillance non désirée d'un policier à moto, l'arrivée inopinée d'un camarade de régiment lors du final) et Dearden sait en jouer pour rendre d'autant plus efficace les séquences spectaculaires. Le casse est ainsi fort inventif et trépidant, renversé dans ce même jeu du récit par une chute surprenante. Pas le plus engagé des Dearden donc mais un excellent divertissement !

 Sorti en bluray et dvd zone 2 anglais chez Network

mercredi 26 avril 2017

The Angry Silence - Guy Green (1960)

Tom Curtis (Richard Attenborough) est ouvrier dans une usine du nord de l’Angleterre père de deux enfants, avec un troisième en route. Quand une grève éclate, il décide de ne pas suivre le mouvement et de continuer à travailler. Les pressions se font de plus en plus fortes, et sa famille est mise en danger, mais au lieu de céder, Tom persévère. Une fois la grève terminée, il doit faire face à l’isolement et au silence imposé par ses collègues. Les média attirent alors l’attention sur la situation de Tom. Mais cela ne fait qu’empirer les choses.

The Angry Silence est la première production Beaver film, la société fondée par Richard Attenborough et Bryan Forbes d'où sortiront nombres de grandes réussites anglaises des années 60 réalisée par tous deux : Le vent garde son secret (1961), La Chambre indiscrète (1962), Le Rideau de brume (1964), Oh! What a Lovely War (1969)... The Angry Silence s'avère une sorte de pendant sérieux et dramatique de I’m all right Jack (1959) des frères Boulting, virulente satire qui dénonçait les petit arrangements et la corruption du monde de l'entreprise et des syndicats. C'est également le propos du film de Guy Green qui transcende toute idéologie pour un constat virulent.

Le suivisme et un certain obscurantisme militant se révèle ainsi dans une usine du nord de l'Angleterre. Un agent extérieur (Robert Burke) aux motifs nébuleux s'immisce ainsi auprès du délégué syndical (Bernard Lee) pour semer la discorde au sein de l'entreprise. Guy Green présente au départ l'usine comme un espace convivial et de camaraderie, du moins tant que l'on en reste du point de vue des ouvriers. Les angoisses économique semblent pouvoir se résoudre par le travail (Tom Curtis (Richard Attenborough) et l'annonce de la troisième grossesse de sa femme), les amours plus ou moins sérieuses se nouent avec les jolies ouvrières qu'on tente maladroitement de séduire pour Joe Wallace (Michael Craig également coscénariste du film) et côté loisir un tour au pub après une journée de labeur ou football le weekend semblent constituer une évasion satisfaisante pour ces gens simples.

Les quelques désaccords entre le délégué syndical et la direction (le manque de protection sur les machines sont bien là, mais leur résolution semblent plus reposer sur un jeu de pouvoir que sur un vrai souci du bien collectif. Ainsi une grève est décidée sans que l'on ait ressenti une réelle oppression patronale et surtout sans un début de négociation qui aurait éventuellement avortée. Richard Attenborough souhaitait dénoncer le rôle discutable que pouvait exercer des agents extérieur d'extrême gauche pour exacerber les conflits sociaux, ce que semble être le personnage manipulateur de Robert Burke qui fait grimper la tension sans que la branche syndicale officielle ait pu intervenir.

La tradition amène donc le lancement d'une grève machinalement votée par les ouvriers sans qu'ils n'en comprennent réellement le motif. Tous sauf Tom Curtis, autant motivé par sa situation familiale précaire qu'une conscience individuelle dont sont dénués ses collègues. Dès lors la cause n'a plus d'importance, seule compte la soumission de celui qui a osé sortir du rang. La violence se fait furtive, qu'elle soit concrète avec une réelle intimidation physique, psychologique et sociale avec l'ignorance et la mise au ban de Curtis et au final vraiment malveillante quand les actes nocifs sortent du cadre d l'usine et touche la famille du héros. La mise en scène de Guy Green brille à traduire cet isolement du personnage. Son individualité face à la meute est de plus en plus marquée, notamment lorsque sa silhouette traverse stoïquement les rangs de grévistes pour se rendre à l'usine déserte. Lorsque le travail reprendra, les compositions le mettent en avant plan dans les couloirs parcourus de machines. Lors d'une scène marquante le réfectoire lieu de cette camaraderie initiale prend des allures de cirque grotesque et hypocrite par un jeu sur les plongées, les gros plans monstrueux sur les visages ouvriers décérébrés.

Cette vision sera celle qui provoquera un hurlement de rage de Curtis envers ses anciens amis lui apparaissant sous leur vrai jour. Le propos sera encore plus virulent lorsque la situation prendra de l'ampleur pour attirer les médias, les ouvriers interrogés étant incapables de donner de motifs concrets à l'ostracisation de leur collègue si ce n'est d'avoir exprimé une opinion individuelle. Richard Attenborough livre une très grande prestation, sensible et puissante pour incarner cet homme simple dépassé par ses choix. La droiture et l'intensité de la conviction passe par ce jeu de plus en plus fiévreux et habité, le reste du casting n'étant pas en reste notamment Michael Craig en mouton culpabilisant, Bernard Lee en syndicaliste détestable et Geoffrey Keen en superviseur résistant à la pression - Pier Angeli très touchante également et on croise un Oliver Reed débutant. Le film fut accusé d'être antigrève mais finalement les patrons sont tout autant fustigés, s'accommodant de cette loi du silence et livrant en pâture Curtis pour ne pas perturber leurs affaires en cours. Richard Attenborough membre du parti travailliste n'a donc pas un propos réellement politique mais dénonce la meute instrumentalisée pour célébrer l'individu dont l'ultime rempart reposera plus sur son foyer que l'idéologie.

Néanmoins le propos du film fut parfois mal perçu, manquant d'être interdit au Pays de Galles par le syndicat des mineurs mais Attenborough se rendra sur place pour leur projeter le film afin d'en faire comprendre le vrai sens. Un vrai grand film dont propos audacieux (le final est particulièrement sombre et rageur) lui vaudra une nomination à l'Oscar du meilleur scénario.

Sorti en bluray et dvd zone 2 anglais chez StudioCanal, dot de sous-titres anglais 

Extrait

samedi 14 janvier 2017

All night long - Basil Dearden (1962)

Rod Hamilton (Richard Attenborough), un riche promoteur fan de jazz, organise une soirée pour le premier anniversaire de mariage d’Aurelius Rex (Paul Harris), célèbre musicien de jazz, et sa femme Delia (Marti Stevens), une chanteuse de jazz retirée du circuit. Un batteur ambitieux Johnnie Cousin (Patrick McGoohan) veut absolument se servir du nom de Delia pour fonder son propre groupe. Mais cette dernière refuse. Il va alors tout faire pour détruire le couple.

Basil Dearden signe une nouvelle réussite magistrale avec ce All Night Long qui propose une transposition contemporaine d'Othello de Shakespeare. Cette adaptation libre se déroule dans le milieu du jazz londonien des 60's et va y rejouer la même tragédie de jalousie, ambition et pouvoir. L'enjeu de la manipulation de Johnnie Cousin/Iago (Patrick McGoohan) est de monter son propre groupe de jazz mais il ne pourra entrer dans le circuit qu'en ayant Delia/Desdemone (Marti Stevens) comme chanteuse mais celle-ci est retirée depuis qu'elle a épousée le pianiste Aurelius/Othello (Paul Harris). Le soir où se fête le premier anniversaire de mariage d'Aurelius et Delia, Johnnie va ainsi multiplier les fourberies pour diviser les époux et assouvir ses ambitions.

Etonnement l'aspect racial reste très sous-jacent (alors qu'il était plus explicite chez Shakespeare, mais on sent qu'il guide en partie la jalousie d'Aurelius) alors que c'est une thématique récurrente chez Basil Dearden mais néanmoins on retrouve cette mixité amoureuse absente du reste de la production anglaise d'alors. Le connaisseur de la pièce en reconnaîtra à quelques ellipses près le déroulement et c'est dans le jeu sur la musicalité des images et la dimension théâtrale que Dearden s'approprie le film. On a trois décors principaux avec la salle de concert, et deux pièces plus isolées. Les manipulations des espaces intimes trouvent leurs conséquences dans celui collectif de la salle de concert. Dearden joue sur le verbe et la nature de mauvais génie de Johnnie que Dearden traduit au fil de son empire sur Aurelius dont il stimule la jalousie.

Le visage défait et colérique d'Aurelius s'impose donc en gros plan tandis que celui semant le fiel de Johnnie s'expose en arrière-plan par un jeu de focale et profondeur de champ. Dans la salle de concert, les suspicions et rancœurs s'expriment à l'inverse par la distance synonyme d'incompréhension. L'esprit tourmenté Aurelius observe de loin et avec une rage grandissante les échanges de Delia avec son vieil ami et manager Cass (Keith Michell) qu'ils soupçonnent d'être amants. Patrick McGoohan est parfait de duplicité, glissant la petite phrase et remarque innocente qui sèmera plus tard la discorde, affichant un regard constamment ambigu. Le scénario ajoute des éléments plus contemporains pour rejouer les péripéties de la pièce, notamment lorsque Johnnie fait fumer de la marijuana à Cass pour le monter contre leur producteur.

C'est la musique qui fera constamment grimper la tension au fil de l'intrigue. Une démonstration virtuose de bongos déclenche un montage saccadé entre l'instrument et les jeux de regards, plus tard le désir de tous les protagonistes masculins pour Delia s'exprimera par des inserts sur ces mêmes regards brûlants quand elle reprendra son emploi de chanteuse pour un instant. Mieux encore, un moment supposé intensément romantique scelle la défiance des époux lorsque Delia entonnera un langoureux All night long à Aurelius qui ne pense pas en être le destinataire. Dearden use de cette musicalité jazzy dans ses mouvements de caméra fluides qui participent à exprimer le drame en cours, la différence se ressentant avec le début du film où il se faisait l'illustrateur plus neutre du groupe dont il mettait en avant les aptitudes - les amateurs de jazz reconnaîtront Dave Brubeck et son groupe apparaissant en personne, et au passage Patrick McGoohan pas doublé s'avère un très bon batteur.

La tension monte ainsi peu à peu pour aboutir à 20 dernières minutes d'anthologie. La violence explose définitivement, Dearden joue habilement de la théâtralité pour accentuer la dramaturgie (tonnerre et éclairs venant appuyer la conviction d'Aurelius d'être trompé) et se débarrasse de la rigueur géométrique initiale pour donner dans les cadrages baroques dont la démesure sert de révélateur. La brutalité fulgurante et sauvage d'Aurelius est un véritable choc que seule l'échappée à l'extérieur de de nid de tension saura calmer. D'ailleurs l'ouverture percutante stylisée sur fond de jazz enlevé et l'errance finale réconciliatrice montrent à nouveau que Dearden n'a pas d'égal pour filmer l'urbanité londonienne.

Sorti en dvd zone 2 et BR anglais dot de sous-titres anglais chez Network
 

mercredi 4 mars 2015

London Belongs to Me - Sidney Gilliat (1948)

A la fin des années 30, une maison du South London accueille des pensionnaires variés. Les jours s’égrènent paisiblement jusqu’à ce que l’apparition d’un médium et l’arrestation pour meurtre du fils d’une pensionnaire ne viennent perturber la vie des habitants.

London Belongs to Me est un beau film choral offrant une sorte de photographie nostalgique de l'Angleterre d'avant-guerre et plus précisément de la classe moyenne. Adaptant le roman de Norman Collins, le scénario concentre sa description de ce microcosme dans un quartier de Londres au 10 Dulcimer Street. A travers les différents personnages et situations dépeintes, le ton oscillera ainsi entre le drame, la comédie voir le film noir avec un équilibre constant. Vont donc s'entremêler la romance de la logeuse et veuve Mrs Kitty (Joyce Carey) avec le médium un peu escroc Mr Squales (Alastair Sim), un couple de retraité Josser (Fay Compton et Wylie Watson) rêvant de se retirer à la campagne et les amours de leur fille (Susan Shaw) et surtout la dérive criminelle du jeune garagiste Percy Boon (Richard Attenborough). L'histoire se déroule entre noël 1938 et septembre 1939 soit l'engagement de l'Angleterre dans la Deuxième Guerre Mondiale. Cette situation internationale se dégradant dangereusement s'inscrit en filigrane bien éloigné des préoccupations des personnages, simple exprimé par l'excentrique alarmiste Uncle Henry (Stephen Murray).

Sidney Gilliat se rattache donc à une forme d'innocence de ses héros encore centrés sur leurs petits soucis quotidiens, tout en anticipant certains comportements futurs, positif comme négatif. L'attachement des habitants à ce Londres bientôt soumit aux rigueurs du Blitz s'expriment donc avec les charmants retraités (très touchante scène de départ d Mr Josser) ne se décidant pas à choisir ce cottage signifiant un départ, la débrouillardise et le système D nécessaire avec la truculente pique-assiette Connie Coke (Ivy St Helier)et les escrocs en tout genre et la criminalité que fera naître le marché noir se dévoile avec Percy Boon. Modeste garagiste vivant avec sa mère, Boon cède à l'argent facile en retapant des voitures volées et ce sera l'escalade tragique lorsqu'il tentera d'en voler lui-même puis sera l'auteur involontaire d'un meurtre.

Avec Richard Attenborough dans ce rôle, impossible de ne pas penser à l'infâme Pinky qu'il campa l'année précédente dans Le Gang des Tueurs. Pinky semblait être la résultante glacial d'une vie criminelle durant la guerre, Percy peut être vu comme le même personnage encore aux prémices de sa "carrière", encore maladroit et hésitant dans ses méfait. Le scénario sans négliger sa lâcheté et faiblesse de caractère en fait néanmoins un être attachant pris dans une spirale criminelle malgré de bonne intention. Richard Attenborough lui apporte toute sa présence fébrile et hallucinée avec le talent qu'on lui connaît. L'histoire du faux médium amène un comique bienvenu, Alastair Sim étant comme souvent génial entre cynisme et charme obséquieux et les scènes de romance avec la logeuse crédule sont tordantes de candeur feinte.

Visuellement Sidney Gilliat fait preuve d'une belle inventivité pour s'adapter aux ruptures de ton du film. La lente escalade criminelle de Boone se fait dans une ambiance urbaine ténébreuse et de plus en plus oppressante (saisissante scène nocturne sur la route) grâce à la photo somptueuse de Wilkie Cooper qui fait aussi des merveilles dans le gothique pour rire des scènes de spiritisme ou les scènes oniriques digne du meilleur polar psychanalytique américain. Le réalisme et une certaine urgence plus documentaire se révèle aussi dans la description des clubs clandestins vivant au rythme des descentes de police.

Au final le regard est très bienveillant (dans la lignée positive de tous les films abordant plus directement la Deuxième Guerre Mondiale du point de vue des civils du duo Launder/Gilliat comme le magnifique Millions Like Us (1943) ou Waterloo Road (1945)) avec notamment un élan de solidarité final un peu moqué dans sa symbolique collective (la marche et la pétition) mais très touchant dès qu'il se rattache à l'intime (le renoncement des Josser à leur cottage pour une bonne cause). Une belle œuvre chorale et une réussite de plus pour l'association Sidney Gilliat/Frank Lauder.

Sorti en dvd zone 2 anglais chez ITV et doté de sous-titres anglais et sinon pour les anglophones le film est entièrement sur youtube dans une belle copie (la même que celle du dvd

lundi 2 septembre 2013

Le Gang des Tueurs - Brighton Rock, John Boulting (1947)

Pinkie Brown est à la tête d’une bande de gangsters dans la cité balnéaire de Brighton. Après avoir assassiné un journaliste qui enquêtait sur eux, Pinkie craint d’être démasqué par une jeune serveuse. Pour l’empêcher de parler, il décide de l’épouser...

Les frères Boulting signent un pur diamant noir avec cette adaptation d'un roman de Graham Greene (au scénario avec Terence Rattigan). On y sera en bien désagréable compagnie avec le héros malfaisant campé brillamment par Richard Attenborough. Celui-ci est Pinkie, gangster aux traits juvénile et à l'âme damnée capable des pires exactions. Chef d'une petite bande de malfrats, il apprend le passage en ville d'un journaliste responsable de la disparition de l'un d'entre eux et décide de lui régler son compte.

Le contraste et la crainte inspiré par Pinkie à ses acolytes s'annonce d'emblée quand ceux-ci hésitent à lui annoncer la nouvelle car craignant sa réaction. Et lorsqu'ils se décident à lui dire John Boulting introduit le personnage de la façon la plus inquiétante qui soit, en vue subjective triturant nerveusement un élastique. Cela se confirmera lors de la longue et haletante traque du journaliste où la manœuvre d'intimidation tourne court face aux élans sanguinaire de Pinkie qui trucide sa victime dans un pur moment de cauchemar lors d'un passage dans une attraction de train fantôme.

John Boulting considérait les films noir américain (où Brighton Rock sortira sous le titre de Young Scarface) des "opiacés de la vie" et souhaitait conférer un plus grand réalisme et ancrage social à Brighton Rock. Le cadre ensoleillé de la station balnéaire de Brighton le lui permet et offre un cadre assez inédit pour un film noir. L'intrigue du roman se déroule dans les années 30 et un panneau au début du film nous indique que ce Brighton dangereux et criminel est désormais révolu (plus un moyen pour la production de ne pas s'aliéner la collaboration de la ville qu'une réelle réalité) et cet aspect sert grandement le ton constamment double de l'ensemble.

Les atmosphères estivales, la plage et les vacanciers souriants contrastent constamment avec les mines menaçantes du gang, l'environnement typique de film noir (un hôtel sordide qui abrite le gang) alterne constamment avec des vignettes touristiques qui la nuit venue prennent un tour nettement plus inquiétant (voir la remarquable scène finale).

Ce contraste fonctionne également dans la nature du personnage principal et de ce qu'il véhicule. Paranoïaque et bafouant tout semblant de moralité, Pinkie malgré toute ses exactions est loin du dur qu'il pense être (aspect encore plus appuyé avec l'interprétation de Sam Riley dans le remake de 2010).

Sa panoplie de truand lui sert surtout à intimider ses adversaires et assouvir ses pulsions puisque toutes ses victimes seront des faibles et/ou des innocents : le journaliste apeuré en ouverture, l'homme de main Spicer (Wylie Watson) et surtout la malheureuse Rose (Carol Marsh), témoin gênant qu'il va séduire et épouser pour s'en débarrasser en toute tranquillité. La méthode est toujours lâche (voir la manipulation finale sur une Rose pourtant folle d'amour pour lui), renforçant la dimension abjecte du personnage qui balaie d'un revers de la main toute opportunités de rédemption qui s'offriront à lui tout au long du récit.

La thématique annonce aussi une forme de basculement dans l'œuvre des frères Boulting. Le film sort dans une Angleterre d'après-guerre où perdure un idéal de fraternité et d'entraide qui permit à la population de tenir bon pendant les difficiles années de privations du conflit. Sans l'approuver mais également sans faire preuve de la lourde morale qui contrebalance les écarts dans les film noir américains, Brighton Rock nous fait partager l'inconfortable point de vue d'un héros nihiliste qui n'a que faire de ces valeurs, conscient et fier de ses actions néfastes. Le destin, la malchance et les mauvaises rencontres n'ont rien à voir dans l'odyssée noire de Pinkie qui est un monstre, tout simplement.

C'est un revirement assez étonnant des Boulting qui avaient pourtant participé à cet élan bienveillant et patriotique avec notamment leur magnifique Thunder Rock (1942). Du coup cela annonce leurs grandes comédies des années 50 (Private Progress, I'm alright Jack, Carlton-Browne of the F.O.) qui useront de la satire pour finalement exprimer cette même idée d'une Angleterre guidée par l'individualisme et dont les élans fraternels se sont arrêtés avec la guerre. C'est un rêve à l'image du splendide final où un disque rayé transforme un message de pure haine en déclaration d'amour illusoire. Un très grand film noir porté par un glaçant Richard Attenborough.

Sorti en dvd zone 2 français chez Tamasa

Extrait

dimanche 30 juin 2013

L'Étrangleur de la Place Rillington - 10 Rillington Place, Richard Fleischer (1971)


En 1944, à Londres, une jeune femme est tuée par asphyxie, puis violée par l'homme chez qui elle était venue demander de l'aide et qu'elle avait pris pour un médecin, John Reginald Christie, un policier suppléant. En 1949, le même Christie, toujours faux médecin, propose ses services à Beryl Evans, une jeune femme qui veut avorter de son deuxième enfant.

10 Rillington Place est pour Richard Fleischer l’achèvement de ce qui forme dans sa filmographie une trilogie consacrée à la figure du serial killer. Assassin sans visage (1949) avait posé toute les motifs narratifs et visuels récurrents associés au serial killer mais bien que demeurant un thriller efficace restait limité par sa nature de film noir et de série B à petit budget. Fleischer allait s’affranchir de toutes ces règles avec le mémorable  L'Étrangleur de Boston (1968), rigoureuse et virtuose évocation des méfaits du vrai assassin Albert De Salvo. Le réalisateur explore le thème une dernière fois dans  10 Rillington Place où il saura à adopter une approche encore différente des précédentes tentatives.

Fleischer semble ici dans une veine tout à la fois dans la continuité de L'Étrangleur de Boston mais aussi dans son antithèse. Comme le film de 1968, le film s’inspire d’une histoire vraie en retraçant le parcours meurtrier de John Reginald Christie en Angleterre durant les années quarante et plus particulièrement de l’ouvrage éponyme de Ludovic Kennedy. Fleischer retrouve également des velléités réalistes en tournant sur les lieux même du drame (même si cela se fera au 6 plutôt qu’au 10 Rilngton Place) et en respectant  méticuleusement la chronologie des évènements. Les similitudes s’arrêtent là puisque Fleischer va totalement adapter la forme à cette tout autre type de serial killer qu’est John Reginald Christie.

10 Rilington Place, est un film beaucoup plus austère que les deux autres tentatives, presque plus un drame intimiste qu’un thriller. L’intrigue s’attardera surtout sur le meurtre de Beryl Evans et de son bébé, crime pour lequel le mari de la victime fut accusé et exécuté. La théorie de Ludovic Kennedy (et de l’opinion publique anglaise) et reprise par Fleischer faisait de Christie le vrai coupable bien que cela n’ait jamais été prouvé au contraire de ses autres méfaits. Hormis celui-là, tous les autres meurtres sont fugaces, seulement suggérés où découverts après coup de manière macabre. 

La scène d’ouverture pose l’ambiance avec un meurtre nous présentant la méthode de Christie. Contrairement à Albert De Salvo dont les pulsions surgissent de façons spontanées et bestiales, Christie est un homme réfléchi et manipulateur qui murit et fantasme longuement ces meurtres. Dans cette première scène, il accueille une collègue venu pour tester le remède qu’il lui préconise contre sa bronchite, les médicaments étant rares dans cette Angleterre soumise au Blitz. Incarné par un stupéfiant Richard Attenborough, Christie apparaît comme un être inoffensif avec cette allure rabougrie, cette voix fluette et le visage impassible derrière d’épaisse lunettes. Il inspire confiance et pitié à la fois et vous piège en vous mettant à l’aise avant que ses instincts primaires ne ressurgissent. Ce premier crime déroule une scène quasi anodine de discussion avant que Christie fasse gouter sa mixture à la malheureuse victime, le remède étant un gaz qui va l’endormir et la laisser à la merci du tueur. 

La suite déploie finalement sur une durée plus étendue le déroulement de cette ouverture. Le couple Beryl (Judy Geeson) et Timothy (John Hurt) Evans loue un appartement dans l’immeuble tenu par John Christie. Jeune, inexpérimenté et ayant du mal à joindre les deux bouts, le couple se déchire et se trouve dans une impasse lorsque Beryl va se trouver enceinte. Tout le caractère suave et manipulateur de Christie va alors se manifester lorsqu’il proposera ses services pour aider la jeune femme à avorter, prétexte à utiliser son « savoir-faire » médical et abuser d’elle. Cette allure quelconque dissimule une volonté de fer poussant autant Beryl à s’en remettre à lui que plus tard une fois l’horreur commise Timothy (remarquable John Hurt en homme faible et simple d’esprit) à s’accuser du crime.

A la virtuosité de L'Étrangleur de Boston, Fleischer oppose là un ton glacial et claustrophobe. L’insaisissable et longtemps invisible Alfred De Salvo amenait le réalisateur à varier les lieux, les ambiances et la manière de nous y baigner par des choix esthétiques forts (les split-screen ou le final neurasthénique). Cette fois la forme épouse la médiocrité du tueur qui nous est connu d’emblée, avec cette photo terne de Denys N. Coop, les appartements insalubres et un quartier quelconque qu’on ne quitte jamais, renforçant le sentiment de claustrophobie.

On est enfermé dans ce cadre grisâtre comme Christie l’est dans son existence triste. Ses crimes viennent comme perturber ce contexte réaliste et Fleischer avec un minimum d’effet (les yeux révulsé de Christie lorsque les effets du gaz font leur effet et que la victime est en son pouvoir) crée un malaise saisissant, comme si le mal absolu était venu soudain envahir le réel terne.

La conclusion suivant la vraie arrestation de Christie bien après les évènements lui offre la déchéance et la chute qu’il mérite, bien loin de la flamboyance du final de L'Étrangleur de Boston. 10 Rillington Place est sans doute le plus glaçant des trois films par sa sobriété. Jamais la possible existence d’un monstre tapi au coin de la rue ne nous aura parue aussi plausible.

Sorti en dvd zone 2 anglais et doté de sous-titres anglais 

dimanche 19 août 2012

Ce sacré z'héros - Private's Progress, John Boulting (1956)


tanley Windrush doit interrompre son enseignement universitaire quand il est appelé vers la fin de la guerre. Il se révèle rapidement ne pas être un bon officier.

Private's Progress est le premier film de la grande série de comédie satirique sur la société anglaise qui fit le succès et la reconnaissance des frères Boulting durant les années 50. Le film (adapté d'un roman d'Alan Hackney) pose toutes les bases des autres films à venir que ce soit par son casting de joyeux loufoques (Terry-Thomas, Richard Attenborough, Ian Carmichael, Dennis Price ne manque que Peter Sellers) ou surtout par sa construction narrative.

Le principe est simple : on plonge un jeune benêt incompétent et zélé au cœur d'une grande institution respectable qui va s'avérer gangrénée de l'intérieur et dans laquelle sa bêtise va semer la zizanie. Dans I'm alright Jack (1959), le syndicalisme sera génialement mis en boite dans la description du fonctionnement singulier d'une usine tandis que Carlton Brown of The F.O. sera une charge féroce et hilarante sur la diplomatie anglaise. Dans Private's Progress ce sera la vénérable armée de Sa Majesté qui en prendra pour son grade, si on ose dire.

Le récit a d'ailleurs l'audace de situer la satire à une époque où le patriotisme anglais est le plus exacerbé, durant la Deuxième Guerre Mondiale. C'est là que le jeune Stanley Windrush (Ian Carmichael) se voit contraint d'abandonner ses études universitaires pour répondre à l'appel des drapeaux. En quelques saynètes mordantes, l'incompétence tant physique qu'intellectuelle de notre héros est croquées à travers les exercices physiques où il est peu à son avantage et les examens d'officier où ses attitudes décalées laissent ses interlocuteurs circonspects. Il va donc se trouver intégré à une simple unité de soldat où l'on va constater immédiatement le décalage avec les premières scènes d'entraînement rigoureux.

Le but est là de tirer au flanc de toute les manières possibles et John Boulting convoque l'humour de régiment le plus débridé à travers quelques savoureuses séquences : une beuverie épique où Windrush va narguer un officier auquel il ne pourra cacher sa grande ébriété, du vol d'arrivage de ration en douce et surtout ce moment où les soldats "sèchent" la caserne pour aller au cinéma (voit Ceux qui servent la mer de David Lean) ! et croiser leur supérieur joué par Terry-Thomas dans la salle !

Si ce désintérêt total pour le conflit en cours (on aura à peine un court passage durant le blackout au début quand Windrush ira voir son père) demeure à une échelle modeste chez les soldats, il en va tout autrement lorsqu'on grimpe dans les hautes sphères de l'armée à l'image du roublard Brigadier joué par Dennis Price. Ainsi, le seul moment où Private's Progress va vaguement ressembler à un film de guerre classique sera pour une mission clandestine destinée à voler des œuvres d'arts allemandes dont on se partagera le butin après-guerre. Windrush mêlé à l'arnaque par erreur va bien entendu multiplier les gaffes et la réelle tension se mêle à l'hilarité notamment quand il va se faire arrêter par l'armée anglaise en uniforme allemand.

C'est d'ailleurs une de ses bévues (subtilement amenée et dont on ne mesurera les conséquences qu'à la fin) qui va lamentablement planter l'affaire lors de la conclusion. La charge est des plus corrosive et finalement les Boulting anticipe déjà l'esprit du futur De l'or pour les braves de Brian G. Hutton (voir même du M.A.S.H. de Robert Altman) où l'intérêt personnel prime sur un quelconque patriotisme de pacotille. Le film est porté par un casting de haut vol où on retiendra un Ian Carmichael parfait en imbécile heureux, Dennis Price plein de flegme et de malice ou encore Richard Attenborough en soldat pourri jusqu'à la moelle. Le film sera un grand succès, lançant donc les Boulting sur ce créneau comique et une suite tout aussi brillante verra même le jour trois ans plus tard avec I'm alright Jack où on retrouvera tous personnages avec de nombreux clins d'œil à Private Progress.

Sorti en dvd zone 2 anglais sans sous-titres

L'ouverture façon actualités décalée qui donne une bonne idée de l'esprit farceur du film


jeudi 29 mars 2012

Après moi le déluge - I'm alright Jack, John Boulting (1959)


Le naïf Stanley Windrush revient de la guerre avec une seule ambition : réussir dans les affaires. Cependant, à sa grande consternation, il s'aperçoit bien vite qu'il lui faut démarrer au bas de l'échelle et gravir les échelons un par un pour arriver à ses fins, et qu'aussi bien la direction que les syndicats se servent de lui dans leur lutte pour le pouvoir.

Les frères Boulting signent une corrosive et jubilatoire satire qui comme la plupart de leurs films met en boite la société britannique des années 50. I'm alright Jack est en fait la suite de Private's Progress que les frères réalisèrent trois ans plus tôt et les deux films sont adaptés du diptyque de roman Private Progress/Private Life écrit par Alan Hackney qui contribue également ici au scénario. Le premier film était lui une satire de l'armée et on retrouve les acteurs de ce dernier Ian Carmichael, Dennis Price, Richard Attenborough, Terry-Thomas et Miles Malleson qui reprennent leur rôle tandis que plusieurs dialogues font référence à ce précédent volet. Cette fois, ce sera le monde du travail qui sera largement égratigné.

Le film s'ouvre les images de liesse des anglais alors que se termine la Deuxième Guerre Mondiale. Parallèlement à cette joie, on assiste à la retraite du vieux magnat Sir John Kennaway (Peter Sellers grimé qui inaugure sa manie des doubles rôles) pour un repos éternel après une vie bien remplie comme nous l'explique la voix off malicieuse. On ne l'a pas encore saisi mais avec lui c'est toute la volonté de travail et d'abnégation du peuple britannique qui s'envole aussi comme l'illustre la séquence suivante. Une ellipse nous amène au début des années 50 et si la voix off continue à vanter ironiquement les mérites du travail, les images la contredisent avec une caméra qui passe de paysage industriel fait de cheminée d'usine à... la campagne d'un camp de naturiste oisif !

On découvre alors notre héros, Stanley Windrush (Ian Carmichael) jeune homme désireux de faire carrière dans le monde de l'industrie. Seulement Stanley est un benêt doublé d'un gaffeur compulsif et les premiers entretiens ne se passent pas exactement bien, entre un entretien chez un fabricant de lessive où il pose toute les questions qui fâchent et surtout un hilarant passage dans une biscuiterie où seront causés pas mal de dégât. Dépité, Stanley est alors contacté par son oncle Bertram Tracepurcel (Dennis Price) et son ancien camarade de régiment Sidney De Vere Cox (Richard Attenborough) pour venir apprendre le métier en tant que simple ouvrier dans leur usine de fabrication de missile. L'acte est moins noble qu'il n'y paraît puisqu'ils comptent sur Stanley pour venir semer la zizanie malgré lui parmi les syndicats tatillons et leur permettre de faire une plus-value alléchante sur une de leur affaire en cours.

Si les patrons en prennent pour leur grade par leur avidité et leurs manipulations, le script réserve tout son fiel au monde syndical. Le naïf Stanley découvre ainsi des pratiques étranges entre les parties de cartes derrière les containers en pleine journée de travail, un directeur d'usine planqué (Terry-Thomas habitué des Boulting) et peu regardant qui cède au moindre caprice du délégué syndical Fred Kite (Peter Sellers).

Le moment le plus savoureux arrive lorsque minuté à son insu, Stanley provoque l'ire de ses collègues pour avoir fait trop rapidement son travail et instauré ainsi des standards plus assidus. On rit bien fort dès la scène suivante où Terry-Thomas tente de justifier l'abnégation de cet embarrassant ouvrier :

He's a new man. He hasn't got used to the natural rhythm of the other workers.

Le jeu de massacre est irrésistible notamment dans la description des tire-au-flanc que constituent les salariés de l'usine, prêt à se soulever comme un seul homme pour justifier leurs droits (à la fainéantise). Vue l'ironie constante (même l'histoire d'amour avec une pulpeuse Liz Frazer tourne vite au ridicule), Peter Sellers n'en a que plus de mérite à réussir à faire exister son personnage de syndicaliste acharné, le seul à être sincère même si guidé de manière maladive et compulsive par ses convictions.

 Le personnage est certes tourné plus d'une fois en ridicule (ce moment où il bombarde le malheureux Stanley de conseil de lecture gauchiste à base de Lénine et autres agréments...) mais est sincère et touchant dans cet engagement politique qui est sa raison d'être. Peter Sellers dans un de ses premiers rôles majeur fait fi de toute l'excentricité qu'on lui connaît pour une prestation sobre et attachante.

Sous la drôlerie, le film délivre un terrible constat d'échec sur un pays sclérosé, usé par les privations de la guerre et se réfugiant désormais dans le confort et l'immobilisme. Les riches ne cherchent qu'à engranger le profit au mépris de toute morale et les classes ouvrières ne désirent plus qu'en faire le moins possible. L'avenir du pays semble désormais sans vision, sans projet et surtout sans grand homme pour les mener.

C'est donc le plus simplet qui fera sonner la révolte dans une conclusion féroce qui le voit malheureusement pour lui le contraint à rentrer dans le rang, la notoriété en plus. Ian Carmichael est excellentissime en grand candide de l'enfer de l'entreprise (et les Boulting sont décidément très doué pour ce type de personnage voir Terry-Thomas en ambassadeur idiot hilarant dans l'excellent Carlton-Browne of the F.O.) et tout le reste du casting est à l'avenant. Faire autant rire avec un message si déprimant c'est un sacré talent, une grande comédie !

Sorti en dvd zone 2 anglais et dépourvu de sous-titres anglais

Extrait