Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mardi 19 décembre 2017

La Maison sur la colline - The House on Telegraph Hill, Robert Wise (1951)

Une femme, rescapée d'un camp de concentration, prend l'identité d'une amie pour s'occuper de son fils. Un mystérieux ennemi la menace constamment.

The House on Telegraph Hill est une œuvre reprenant dans un cadre contemporain le motif du film gothique avec héroïne en détresse dans la lignée de Rebecca d'Alfred Hitchcock ou encore Hantise de George Cukor (1944). Comme dans ces films, la menace vient autant d'un secret et d'un mal tapi dans la demeure que d'un conjoint transformé et soudainement inquiétant au contact de ces lieux. Le film trouve son originalité par son argument de départ qui évoque frontalement les camps de concentration à travers le passé douloureux de son héroïne Victoria Kowelska (Valentina Cortese). Ayant perdu toute sa famille dans les camps et n'ayant plus rien à espérer en Pologne, elle endosse l'identité d'une amie disparue qui a envoyé son bébé à sa famille aux Etats-Unis. Celle-ci ne l'ayant pas revue depuis l'enfance, le subterfuge peut fonctionner et Victoria va même tomber sous le charme du tuteur de l'enfant, Alan Spender (Richard Baseheart).

On savoure donc les réminiscences et habiles variations de Rebecca, notamment les relations tendues entre Victoria et la sournoise gouvernante incarnée par Fay Baker. Cependant à l'inverse, la maitresse de maison disparue dont on apercevra un imposant portrait constitue une présence bienveillante (qui sera même l'élément lumineux de la séquence nocturne dans la demeure en début de film avec une très belle photo de Lucien Ballard) qui guide notre héroïne. L'aspect gothique et élégant contribue surtout à l'atmosphère pesante et qui se prolonge plus concrètement par les vrais dangers du monde extérieur moderne. La remarquable direction artistique confronte ainsi cet environnement d'un autre âge à l'urbanité de San Francisco dans de superbes vues surplombant la ville depuis les hauteurs. Le passé traumatisant de l'héroïne n'est pas anodin et creuse la culpabilité de son mensonge en filigrane, l'interprétation de Valentina Cortese jouant subtilement de l'opportunisme "compréhensible" de la survivante mais aussi de ses états d'âmes.

Ce n'est qu'en se confrontant au vrai crime étouffé dans cette maison qu'elle pourra surmonter son dilemme. Richard Baseheart est très bon en époux aimant mais de plus en plus manipulateur, Robert Wise excellant à graduer sa dimension inquiétante. Après le mythique et douteux verre de lait du Soupçon d'Alfred Hitchcock (1941), un rebondissement a pour objet ici un verre de jus d'orange dans un efficace final à suspense. Le scénario contourne ici intelligemment les attentes, l'amour maternel plus que la rivalité amoureuse servant les enjeux et questionnements des personnages. Il manque tout de même un grain de folie et de malaise au film pour égaler ses illustres modèles mais l'ensemble se laisse très bien regarder.

Sorti en dv zone 2 franàais chez Fox

lundi 30 novembre 2015

La Veine d'or - La Vena d'oro, Mauro Bolognini (1955)

Corrado, seize ans, vit avec sa mère, Teresa, une femme veuve depuis l'âge de vingt ans, qui le couve encore comme un enfant. Le jeune homme en vacances s'ennuie et fait la rencontre de Manfredi, un ingénieur qui s'occupe d'un chantier de fouilles archéologiques. Peu après, Corrado lui fait rencontrer sa mère.

On situe la période la plus intéressante et personnelle de Mauro Bolognini comme débutant avec sa collaboration avec un Pier Paolo Pasolini encore scénariste dans notamment Les Garçons (1959), Le Bel Antonio (1960) et Ça s'est passé à Rome (1960). Par la suite et sorti de l’ombre de ce prestigieux collaborateur, Bolognini déploiera une filmographie flamboyante et mélodramatique souvent inscrite dans le drame en costume et l’adaptation littéraire prestigieuse. La Viaccia (1961) constituera la première tentative et réussite majeure dans cette optique et sera suivit de nombreuses œuvres majeures tel que Metello (1970), Bubu de Montparnasse ou encore L’Héritage (1976). Bolognini s’était néanmoins déjà frotté au genre durant la première partie de sa carrière où il n’était encore qu’un exécutant au service de ses producteurs. Une fille formidable (1953), plaisante comédie sur le monde du spectacle où il révèle Sophia Loren aura constitué un galop d’essai rassurant pour la Athena Cinematografica et Mauro Bolognini se voit donc confier ce projet plus ambitieux, La Veine d’or.  

Le réalisateur adapte ici une pièce de Guglielmo Zorzi écrite en 1919 et ayant connu une première transposition muette en 1928. Ce drame intimiste est cependant dénué de la veine sociale dans laquelle s’inscriront les films d’époque suivant et c’est surtout dans le ton et le brio formel que s’annoncent les réussites futures de Bolognini. La trame y dessine le triangle « amoureux » se nouant entre la jeune veuve Maria (Märta Torén) son fils Corrado (Mario Girotti pas encore devenu Terence Hill) auquel elle a tout sacrifié et Manfredi (Richard Baseheart), l’homme avec lequel elle pourrait refaire sa vie. Les traits juvéniles de Märta Torén jurent avec son port strict de veuve, accentuant le trouble ressenti dans cette fusionnelle relation mère/fils avec Mario Girotti (les deux acteurs n’ayant que quatorze ans d’écart) aux relents incestueux.

Le malaise se distille dans le non-dit et par la gestuelle, les attentions et la tendresse trop appuyée pour un adolescent de seize ans signifiant l’anormalité de la situation. On devine ainsi autant le sacrifice de cette mère que l’exclusivité exigée par ce fils guère émancipé, un état qui va être perturbé par l’arrivée Manfredi. Bolognini tisse avec une vraie délicatesse la romance naissante entre Manfredi et Maria, là aussi par le non-dit en s’appuyant sur la photogénie et l’alchimie de ses acteurs. La gêne candide du coup de foudre donne un charme accru à leur première rencontre, Maria ne sachant contenir un émoi qu’elle pensait éteint et Manfredi étant dépassé par une émotion subite. 

Le seul gros problème est le jeu catastrophique de Mario Girotti, rapidement agaçant en adolescent capricieux et caractériel. Il n’amène aucune finesse à l’expression de la douleur de son personnage, raide et sans émotion authentique si ce n’est une mine butée sans la moindre variante. Bolognini rattrape cet écueil par une esthétique léchée, le film étant la première occasion pour lui de mettre en valeur son parcours (il eut une formation d’architecte), ses connaissances historiques et l’usage de la forme comme vrai moteur dramatique. L’éveil à l’amour de Maria se ressent ainsi par le passage de la tenue stricte et la couleur noire de sa robe de veuve à celle tout en volant et de couleur blanche arborée lors de la scène de bal. L’étiquette et les mœurs codées de ce début de XXe siècle inscrivent ainsi la reconstitution dans le cheminement émotionnel des personnages.

Orietta Nasalli-Rocca, ancienne assistante de Piero Gherardi (fameux costumier du cinéma italien pour Fellini entre autre) effectue un remarquable travail qui culmine lors de la superbe séquence de bal. Le cadre de cette villa campagnarde, sans avoir les moyens ni la flamboyance des reconstitutions à venir de Bolognini sert pourtant l’intrigue par les sa mise en place, la manière de le faire arpenter par les protagonistes oppressés ou épanoui et la photo de Carlo Carlini. C’est réellement ce visuel qui transcende le classicisme attendu du drame et la faiblesse relative de l’interprétation. Perfectible mais prometteur donc pour un Mauro Bolognini qui exploitera par la suite bien mieux ces thèmes (la relation mère/fils trouble que l’on retrouvera dans Agostino (1962)) et atmosphères.

Sorti en dvd zone 2 français chez SNC/M6 vidéo

Extrait