Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com et suivre le blog sur twitter à http://twitter.com/#!/JustinKwedi

Pages

Affichage des articles dont le libellé est Richard Burton. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Richard Burton. Afficher tous les articles

mercredi 28 juin 2017

Les Corps sauvages - Look Back in Anger, Tony Richardson (1958)

Jimmy a épousé Allison contre la volonté de ses parents. Le jeune couple mène une existence précaire dans une petite ville du nord de l'Angleterre, en compagnie de Cliff. Les deux hommes sont des marchands ambulants, passionnés de jazz. Jimmy est un éternel insatisfait et ses accès de tendresse alternent avec des scènes violentes. Il reproche à Allison sa passivité. La jeune femme n'ose lui avouer qu'elle attend un enfant...

Look back in anger peut en quelque sorte être considéré comme le film fondateur du Free Cinema britannique. Le mouvement naît de la rencontre de Tony Richardson et Karel Reisz au sein de la revue Sequence les deux jeunes hommes partagent une même volonté de bousculer le cinéma anglais trop traditionnel. Plus tard rejoint par Lindsay Anderson, ils fondent donc le Free Cinema en 1955 et l'un de leurs premiers travaux sera le court-métrage documentaire Momma Don't Allow sur les clubs de jazz du nord londonien. En attendant d'avoir sa chance au cinéma, Tony Richardson intègre le Royal Court Theatre de Londres où il popularisera l'œuvre du dramaturge John Osborne en mettant en scène Look back in anger. John Osborne peut être considéré avec notamment Alan Sillitoe comme un des pères littéraire du Free Cinema, élevant la figure contestataire du angry young man dans le paysage anglais. Lorsque la J. Arthur Rank achète les droits de Look back in anger, la production capotera car John Osborne impose Tony Richardson à la réalisation malgré son inexpérience au cinéma car il estime qu'il est le seul à pouvoir la transposer fidèlement. Harry Saltzman tout aussi dubitatif sur les capacités de Richardson mais grand admirateur de la pièce accepte le deal et produira donc le film.

Look back in anger est donc un kitchen sink drama se nouant autour du couple tumultueux formé par Jimmy (Richard Burton qui a accepté de baisser ses émoluments hollywoodien pour le rôle) et Allison Potter (Mary Ure). Jimmy a arraché Allison d'un milieu nanti pour un modeste foyer conjugal dans un meublé et gagne sa vie en vendant des confiseries sur un marché. Jimmy nourrit à la fois un complexe, une insatisfaction et un doute perpétuel quant à cette union "illégitime" et la vie qu'il offre à son épouse. Dès lors toute allusion, souvenir des origines ou de la famille d'Allison est sources de rages intense et de crise de jalousie fiévreuse et infantile de la part de Jimmy. La tendresse et le désir ardent alternent ainsi avec cette furie et ce dès le début du film. Jimmy de retour d'un concert de jazz semble déjà comme exalté à la seule idée de retrouver sa femme qu'il dévorera ardemment des yeux avant de la réveiller tendrement pour une étreinte.

Ce moment fusionnel vole pourtant en éclat au réveil quand il tombe sur une lettre d'Allison à sa mère, le foyer devenant un nœud de rancœurs que peine à calmer le meilleur ami et colocataire Cliff (Gary Raymond). A cette fureur perpétuelle de Jimmy répond une soumission et apathie constante d'Allison qui ne fera qu'envenimer la situation. Cela laisse en effet croire à une résignation qui ne fait que renforcer le doute de son époux. Tony Richardson instaure une atmosphère d'une incroyable tension psychologique, porté par une prestation électrique de Richard Burton. La dimension sociale reste habilement sous-jacente, le verbe assez recherché de Burton jurant avec son métier modeste. On peut donc supposer une éducation supérieure (les autres protagonistes l'appelant constamment à changer de métier) mais dont les origines prolétaires empêche d'exploiter. C'est en partie une des raisons de la rage du personnage dont finalement le seul signe d'élévation sociale est cette épouse aristocrate qu'il a "kidnappé".

 La situation s'envenimera à la fois par la grossesse qu'Allison n'ose avouer à son tempétueux mari, mais aussi par la présence de la meilleure amie Helena (Claire Bloom qui retrouve Richard Burton après Alexandre le Grand (1956) et avant L'Espion qui venait du froid (1965) actrice dont la prestance et diction bourgeoise ravive les complexes de Jimmy. Tony Richardson parvient bien à dynamiser la structure théâtrale en se reposant sur la présence animale et imprévisible de Richard Burton dans toutes les scènes d'appartement. Hargneux, aimant et toujours inconstant, Burton est étincelant en écorché vif ne sachant pas où il va. On saisit bien que toute cette haine qu'il dégage se dirige avant tout vers lui malgré ce qu'il fait subir à son épouse. Par de jolies trouvailles sur les jeux d'ombres, sur la manière de séparer les personnages dans ce décor unique (notamment lorsque Jimmy s'isole pour jouer de la trompette), Tony Richardson échappe à un côté trop figé malgré la dominance du dialogue.

Mieux, il donne à voir pour le pire et le meilleur une photographie de l'Angleterre cosmopolite d'alors. Les clubs de jazz enfumés et à la festivité mixte et interraciale alterne ainsi avec le racisme ordinaire où un émigrant indien est rejeté et harcelé (Donald Pleasence détestable agent de contrôle tatillon) dans le marché où travaille Jimmy. Notre héros voit sa rébellion sans but tourner à vide faute de vrais antagoniste dans cette Angleterre endormie et nostalgique de son passé colonial évoqué avec le père de Allison. C'est donc très subtil, captivant et déroutant (le triangle amoureux inattendu) dans un récit où se disputent constamment la passion et la résignation, notamment dans un très beau final. Même si le film ne rencontrera pas forcément un grand succès, les graines du Free Cinema étaient plantées et annonçaient les chefs d'œuvre à venir.

Sorti en dvd zone 2 français chez Doriane Films 

lundi 21 décembre 2015

Anne des mille jours - Anne of the Thousand Days, Charles Jarrot (1969)

Roi depuis près de vingt ans, Henri VIII d'Angleterre, marié à Catherine d'Aragon qui ne lui a donné qu'une fille, se console auprès de maîtresses occasionnelles. Au cours d'une fête, il fait la connaissance d'une dame de compagnie de sa femme, Anne Boleyn, fille de Thomas Boleyn et sœur d'une de ses anciennes maîtresses. Le roi tombe sous le charme et demande alors à son chancelier, le cardinal Wolsey, de faire le nécessaire.

A l'instar du célèbre La Vie privée d’Henry VIII (1933) d'Alexander Korda, Anne des mille jours est un film historique se penchant sur les amours tumultueuses d'Henry VIII. Alors que chez Korda la romance tragique avec Anne Boleyn, seconde épouse d'Henry, en restait à une fulgurante scène d'ouverture (et une magistrale interprétation de Merle Oberon) dépeignant son exécution elle est au centre du film de Charles Jarrot. Le film adapte la pièce éponyme de de Maxwell Anderson jouée en 1948 à Broadway et dont les tentatives d'adaptations échouèrent vingt ans durant au vu des thèmes sulfureux abordés et que le Code Hays n'aurait pas laissé passer. Au croisement de l'amour fou, du désir, de la revanche et de l'ambition, cette vision du couple Henry VIII/Anne Boleyn est captivante de bout en bout.

Tout au long du récit, la passion guidera l'exercice de la souveraineté et inversement, faisant de l'Angleterre et son peuple les jouets des amours et intrigues de palais des puissants. Henry VIII (Richard Burton) est un souverain éteint et las d'un mariage d'alliance avec Catherine d'Aragon (Irène Papas) qui en vingt ans ne lui a pas donné l'héritier tant attendu. Il va tomber sous le charme d'une nouvelle venue, Anne Boleyn (Geneviève Bujold) de retour de la cour de France et sœur d'une de ses anciennes maîtresses.

Promise à un jeune homme qu'elle aime, Anne va voir son avenir entravé par ce soudain désir du roi mais, témoin du triste sort de sa sœur et de la soumission de ses parents prêts à la livrer en pâtures par peur et ambition, elle va se rebeller contre ce destin. Richard Burton interprète au départ un Henry dans la lignée du "Barbe Bleue" à la Charles Laughton, un souverain capricieux, paillard et tout puissant auquel on ne refuse rien.

Pouvant à tout moment imposer son désir à une Anne Boleyn réticente, le dédain de celle-ci va l'obliger à un semblant de tentative de séduction voué à l'échec. Le désir se transforme en obsession amoureuse et il devra "prouver" par la mise en danger de sa monarchie qu'il est digne de posséder Anne. Le film prend presque des élans féministes, Anne prenant ainsi sa revanche sur les institutions ayant cherché à la piéger. L'église, si fière et vraie régente du pouvoir sous les traits du cardinal Thomas Wolsey (Anthony Quayle) va ainsi subir le joug de la fierté d'Henry prêt à défier Rome pour se libérer de son union avec Catherine et fonder l'église protestante.

La démonstration de force et de réels sentiments se disputent d'ailleurs peu à peu chez Anne, enfin subjuguée par les risques pris par son prétendant couronné. C'est cet entre-deux que capture le mieux Charles Jarrot, que ce soit ce moment où l'hilarité se confond aux larmes chez Anne lorsqu'elle assiste à la confrontation infructueuse entre Henry et un agent du Vatican. L'instant où elle abandonne son masque distant face à un Henry dépité qui lui a tout sacrifié est superbe également, grâce à la prestation incandescente d'une magnifique Geneviève Bujold.

Toutes les petites entraves à la grande Histoire (Henry empêchant le mariage d'Anne, l'apparition d'Henry au procès d'Anne, leur ultime entrevue) tendent à établir le thème d’un équilibre obligatoire entre exercice du pouvoir, amour et plaisir des sens. En ne parvenant pas à donner l'héritier tant attendu, Anne rompt cet équilibre et relance la quête d'un Henry toujours aussi bouillonnant et inconstant. Richard Burton parvient à amener sa nature d'écorché vif au personnage, rendant tragique également cet amour ardent rattrapé par le rang.

S'il se montre très académique pour illustrer cette période magnifiquement reconstituée (Oscar des meilleurs costume à la clé, on retrouve tout le lustre attendu d'une production Hal B. Wallis), tout ce qui touche à l'intime est joliment capturé, y compris la destinée grandiose d'une Elizabeth encore enfant. Une jolie et bien prenante fresque à laquelle la même équipe donnera une "suite" avec un tout aussi réussi Marie Stuart, Reine d'Ecosse (1971).

Sorti en dvd zone 2 français chez Universal

vendredi 10 janvier 2014

La Tunique - The Robe, Henry Koster (1953)


A Rome, le tribun Marcellus a gravement offensé Caligula, maître de la cité, en osant soutenir les enchères contre lui pour l'achat de l'esclave Démétrius. Pour le punir de cet affront, Caligula envoie Marcellus à Jérusalem. Il se débarrasse ainsi de son rival auprès de la belle Diane. Arrivé à Jérusalem, Marcellus fait crucifier Jésus, gagne sa tunique aux dés et perd la raison...

Suite à la baisse de fréquentation salle en ce début des années 50,  Hollywood invente le cinémascope, nouveau format destiné à démontrer toute la différence avec la télévision grâce à son image panoramique et se prêtant particulièrement aux superproductions. La Tunique sera le premier film tourné en cinémascope, amorçant avec Quo Vadis (1951) de Mervyn LeRoy le renouveau du péplum durant la décennie. Même s'il n'est pas dépourvu de qualités le film est très inégal. Déjà Henry Koster semble ne savoir que faire du cinémascope, sa mise en scène est particulièrement figée n'offrant jamais la profondeur et l'amplitude que permet le format, les longs tunnels de dialogues se succédant dans des décors de studio plus ou moins imposant et loin du faste qu’offriront d’autres titres une fois le genre relancé.

La scène de la crucifixion de Jésus sur le mont Golgotha ou encore le sauvetage final de Démétrius dans une prison romaine font ainsi particulièrement cheap, autant à cause du manque de talent de Koster que de la Fox dont la direction artistique n’offrant pas un écrin méritant d’être mis en valeur par le scope (la comparaison avec le luxueux Quo Vadis de la MGM sorti trois ans plus tôt est plutôt douloureuse). Péplum biblique oblige, le ton religieux se fait particulièrement pompeux et grandiloquent mais faute d’une imagerie évocatrice puissante pour l’accompagner ce choix finit par lasser.

Pourtant miracle (!) arrivé à mi-parcours ces multiples défauts finissent par servir peu à peu le film. Le manque d'ampleur donne en fait le ton intimiste adéquat à l’intrigue puissante du roman de Lloyd C. Douglas (auteur à qui l’on doit notamment Le Secret Magnifique adapté par John Stahl puis Douglas Sirk). On suit donc la rédemption du tribun Marcellus formidablement interprété par Richard Burton qui passe du romain arrogant et oisif au croyant exalté. 

Le traitement très juste infligé au personnage et sa lente déchéance rendent cette transformation crédible et poignante puisqu’au-delà de la question religieuse, c'est juste l'éveil et la prise de conscience d'un homme face aux injustices qui l'entoure. Le ton religieux exalté se fait donc plus prenant au fur et à mesure que Marcellus accepte la foi (même si on n’évite pas une dernière image ridicule) et sa métamorphose s'effectue lors d'un superbe combat au glaive avec un centurion lorsqu'il décide de défendre des villageois chrétien dont le contact l'a transformé.   

De la même façon que le fera Ben-Hur (1959) la figure de Jésus est omniprésente sans être concrètement présent à l'image et constitue la conscience et la culpabilité du héros.  Jay Robinson est la seule grosse tâche du casting en Caligula  qui cabotine tant qu'il peut mais on retiendra surtout la noblesse et la prestance de Victor Mature et Jean Simmons qui livrent de belles prestations. Le film connaitra une suite bien supérieure (tournée simultanément) et vrai classique du péplum avec Les Gladiateurs réalisé par Delmer Daves  qui sortira l'année.  Bien que sa place importante dans l’histoire du cinéma  n’en fasse pas un chef d’œuvre, loin s’en faut, La Tunique est une œuvre imparfaite mais méritant le coup d’œil. 

Sorti en dvd zone 2 français et bluray chez Fox

samedi 17 août 2013

La Nuit de l'iguane - The Night of the Iguana, John Huston (1964)


Larry Shannon (Richard Burton), un pasteur alcoolique suspendu pour « fornication et blasphème » est contraint de se reconvertir en guide de voyage organisé sur le thème : « Le monde de Dieu vu par un homme de Dieu. » Au Mexique, à la tête d'un groupe de vieilles Américaines, il est l'objet des avances d'une nymphette (Sue Lyon), au grand désespoir de son chaperon (Mary Boylan), une bigote hystérique et frustrée qui tente alors de le faire renvoyer en contactant son employeur. Affolé, Shannon "échoue" le groupe au Costa Verde Hotel à Mismaloya, hôtel de son vieil ami Fred et de son épouse Maxine Faulk (Ava Gardner), qu'il espère dénué de moyens de communications.

Fidèle à son goût de l'aventure, John Huston instaurait un contexte explosif à la production de La Nuit de l'iguane afin de pouvoir créer toute la tension propice à cette adaptation fiévreuse de la pièce de Tennessee Williams. Le réalisateur embarque ainsi son équipe et trio de star (Richard Burton, Ava Gardner et Deborah Kerr) loin du confort des studios dans la zone portuaire alors sauvage (mais devenu un incontournable touristique grâce au film) de Puerto Vallarta surplombée par une jungle épaisse.

A cela s'ajoute la présence sur le tournage d'Elizabeth Taylor accompagnant Richard Burton (et veillant sans doute au grain au vu de la présence de cette croqueuse d'hommes d'Ava Gardner) et le couple encore illégitime après les soubresauts de Cléopâtre entraine avec lui une armée de paparazzi qui ajoute encore à la tension ambiante sur le plateau. Huston jamais aussi à l'aise que dans le chaos calmera tout le monde avec humour en offrant à chaque membre du casting un pistolet en or avec le nombre de balles correspondant aux partenaires, cette solution extrême amusant tout le monde et détendant l'atmosphère.

Ce contexte sert donc parfaitement un récit intense et en huis-clos. Dans un hôtel isolé, différents personnages devront faire face à leurs démons en pleine moiteur mexicaine. En premier lieu Larry Shannon (Richard Burton) prêtre défroqué et déchiré entre sa foi, ses désirs charnels et son attrait pour la boisson et se trouve au bord de la rupture. Cet intenable dilemme place le personnage dans des accès de rage et d'hystérie épique où Burton peut donner sa pleine mesure dans le registre excessif qu'on lui connaît, notamment la mémorable ouverture où il craque face au regard accusateur de ses paroissiens ou encore le trop plein d'émotion qui le voit marcher pieds nus sur du verre brisé, n'y tenant plus face aux assauts de la nymphette Charlotte (Sue Lyon de nouveau en tentatrice juvénile après Lolita).

La problématique de Burton est la plus explicite, portée par l'exubérance de l'acteur mais Huston s'y prendra de façon plus subtile avec celles qui complètent ce curieux triangle amoureux, Ava Gardner (son amour) et Deborah Kerr (sa conscience, Sue Lyon plus en retrait étant son désir et sa culpabilité). Loin de la beauté inaccessible qu'elle sut si bien incarner, Ava Gardner mise en confiance par Huston joue sans doute le personnage le plus proche de sa vraie personnalité.

Garçon manqué durant son enfance et jusque la manifestation de sa féminité, Ava Gardner en aura gardé des traces une fois star puisque capable de jurer et lancer les pires plaisanteries grivoises dénotant avec son aura glamour et on retrouve tout cela dans ce personnage de Maxine débraillée et rigolarde. L'actrice assume pleinement sa quarantaine entamée et sous l'excès apparent distille subtilement au détour d'un dialogue ou d'un regard la profonde solitude de Maxine, son amour non avoué pour Shannon tout en laissant exploser sa sensualité lorsqu'elle s'abandonne aux bras de ses "boys".

Face à ses deux monstres Deborah Kerr, s'illustre avec un personnage tout en retenue et subtilité qui a trouvé la paix et sera une béquille pour ses compagnons torturés. Ce calme intérieur et cette compréhension la condamne aux seuls plaisirs spirituels mais c'est bien elle qui s'allègera le plus simplement de sa croix avec la fin de son grand-père poète (Cyril Delevanti) trouvant enfin ses ultimes vers dans une scène magnifique.

Huston confère une énergie formidable à l'ensemble qui évite constamment le théâtre filmé tout en donnant tout l'espace aux acteurs pour déclamer avec passion les tirades de Tennessee Williams le tout étant largement connoté d'aspect et situations scabreux explicité comme ce moment où Ava Gardner est sur le point de mettre à jour l'homosexualité latente de Mrs Fellowes (Grayson Hall).

Huston capte à merveille l'atmosphère nocturne, la moiteur ambiante et l'étrangeté de ce moment qui verra enfin chacun se révéler à lui-même. On quasiment l'impression de se réveiller dans un lieu tout différent lorsque le jour fait son apparition lors de l'épilogue, voyant s'éloigner la détachée Deborah Kerr et donnant un futur possible à ses héros enfin apaisés.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner

jeudi 16 mai 2013

Alexandre le Grand - Alexander the Great, Robert Rossen (1956)


Alexandre nait et grandit en Macédoine où il apprend le métier de roi. Il pense qu'il descend d'Achille. Il participe à la Bataille de Chéronée. À la mort de son père, il devient roi à 20 ans. Chef de guerre redoutable, Alexandre le Grand cherchera à étendre son empire au-delà des limites du monde connu. Mais, trahi par ses passions et par ses hommes, celui qui voulut être l’égal des dieux courut tant vers sa chute que vers sa gloire.

Il fallut le retour de l’engouement pour les grandes fresques antiques durant les années 50 pour avoir enfin ce premier film occidental consacré à Alexandre le Grand, figure historique dont l’odyssée est pourtant hautement cinématographique. On associe plus Robert Rossen au film noir (Sang et Or, L'Arnaqueur avec Paul Newman) qu’à ce type de grand spectacle et une production compliquée ne laissera pas complètement voir dans le résultat ses réelles aptitudes en la matière, le film alternant idées brillantes et vrais ratages.

La première partie constitue les meilleurs moments du film. La narration se fait linéaire avec l'ouverture sur la naissance d'Alexandre, immédiatement adulé par sa mère et traité en dieu vivant. Le contexte historique est plutôt bien posé, avec Philippe roi macédonien et tyran assoiffé de pouvoir contesté par les peuples conquis et qui a des vues sur la Grèce. Fredric March incarne parfaitement ce despote barbare et inculte, le contraste total de son fils. Richard Burton incarne un Alexandre parfait (bien que beaucoup trop âgé pour le rôle), arrogant et assoiffé d'ambition et (si on fait abstraction de sa moumoute blonde  certes moins laide que celle de Colin Farell dans la version d’Oliver Stone mais quand même) il dégage un sacré charisme. 

L’acteur est suffisamment subtil pour faire passer le côté torturé et fragile d'Alexandre cherchant autant à sortir de l'ombre de son père que d'échapper à l'influence de sa mère. La dimension homosexuelle associée à Alexandre et largement exploitée par Oliver Stone bien qu’impossible à exprimer explicitement se ressent néanmoins dans certaines situations (le culte de la perfection physique, la fascination pour les corps dans les scènes de luttes notamment)  et par ce mélange d’autorité virile et de vulnérabilité qu’exprime Burton. Pas sûr que Charlton Heston initialement envisagé ait pu être aussi fin.

Le jeu de pouvoir et le conflit dont Alexandre est l'objet s'avère très bien traité aussi, Danielle Darrieux étant très convaincante en mère manipulatrice, sans la dimension un peu incestueuse vue plus tard chez  Stone avec Angelina Jolie malgré le peu d'écart entre Burton et Darrieux. Les tensions psychologiques, la rivalité galopante entre Philippe et Alexandre, l'attraction du pouvoir, le refus de la vieille garde de céder la place à la jeune génération, cette première partie brasse une foule de thèmes intéressants et captivants. La quasi absence de bataille ne se fait pas sentir, pris que nous somme dans les intrigues de palais, les déchirements familiaux et le conflit des générations.

C'est donc dans la deuxième partie avec l'accession au trône d'Alexandre que le bât blesse. Rossen avait construit son film dans l’esprit des superproductions de l’époque avec une odyssée de plus de trois heures entrecoupées d’un entracte. Pour d’obscures raisons le studio changea d’optique et le montage échappa à Rossen, les producteurs se livrant à un vrai massacre en coupant pour ramener le film à une durée de 141 minutes. Cela se ressent malheureusement à l’image avec un spectacle incapable de nous proposer une bataille épique digne de ce nom : elles sont le plus souvent elliptique (quelques fondus enchainé sur cartes avec de vagues scènes de combats, maquettes de cités en flammes voire même uniquement narrées en voix off) ou alors très brouillonne. 

L’opposition contre la grande armée perse de Darius est des plus décevantes à ce titre,  surtout si à nouveau on repense la merveille de stratégie et de violence que donnera ce moment chez Oliver Stone bien plus tard. Le film par sa durée trop brève survole à peine la conquête l'Inde pour passer de manière un peu artificielle sur un Alexandre contesté par son armée lasse de longues années de batailles que l’on n’a presque pas vues.

Un vrai gâchis alors que l’on devine le squelette du vrai grand film potentiel, à moins que ressurgisse une version complète un jour qui sait ? L’Alexandre d’Oliver Stone (dans son Final Cut et pas son montage cinéma bancal) aura en tout cas récemment su donner toute la flamboyance qu’il mérite au personnage.

Sorti en dvd zone 2 français chez MGM

vendredi 4 janvier 2013

Salaud - Villain, Michael Tuchner (1971)

Vic Dakin, un truand londonien extrêmement violent, met sur pied un hold-up avec d'anciens compagnons. Le tempérament agité, frisant la psychopathie, de Vic, qui ne parvient à s'entendre qu'avec sa mère et son jeune amant, l'oppose aux autres malfrats et risque de menacer le succès de l'entreprise.

Au début des années 70, un grand désir de polar se fait jour dans une production anglaise un peu à la traîne sur les évolutions récente du genre (Inspecteur Harry, French Connection...). Trois films majeurs sont donc produits coup sur coup en deux ans avec les mémorables La Loi du milieu de Michael Hodges (1971), Villain de Michael Tuchner et The Offence de Sidney Lumet (1972).

Cette nouvelle vague est pourtant tuée dans l'œuf par l'échec commercial de ces films (qui deviendront pourtant culte avec le temps surtout le Hodges) et il faudrait quasiment attendre 10 ans et le succès de The Long Good Friday (1980) pour relancer le genre même s'il ne disparaît pas complètement des écrans anglais. Les raisons de ces échecs sont l'extrême noirceur et la violence prononcée de ces trois films à laquelle le public anglais n'était pas prêt et bien qu'inférieur aux films précités, Villain s'avère particulièrement gratiné dans la déviance.

Villain adapte le roman The Burden of Proof de James Barlow et est surtout inspiré de la vie du vrai gangster Ronnie Kray qui avec son frère jumeau Regie domina la pègre londonienne durant les années 50 et 60 (et source d'inspiration également de The Long Good Friday). On retrouve donc de ces caractéristiques dans le truand Vic Dakin incarné par Richard Burton, à savoir un psychopathe en puissance, homosexuel et maladivement attaché à sa mère. L'intrigue est assez conventionnelle avec le gang de Dakin réalisant un violent hold-up mais oppressé par la police et peut-être infiltré par une taupe ne parvenant pas à récupérer son butin. Ce postulat efficace mais assez mince offre donc un écrin idéal à Richard Burton pour une prestation mémorable en gangster hargneux et imprévisible. C'est dans son royaume, les ténèbres d'une chambre qu'on le découvre alors qu'il tend une embuscade chez un croupier trop bavard qu'il va atrocement mutiler et tuer sous nos yeux.

Burton mêle froideur et rage extrême à une sensibilité et fragilité surprenante, la tendresse de sa mère (qui semble tout ignorer de ses activités) semblant tout juste apaiser la bête qui sommeille en lui. L'autre point d'ancrage est son amant Wolfe (Ian McShane) mais aucune douceur à attendre de ce côté-là avec une relation dominant/dominé quasi SM où le malheureux Wolfe est soumis au bon vouloir, la violence et jalousie de Dakin à tout moment. Burton prenait un énorme risque avec cette facette du personnage, écornant son image de macho coureur de jupon (les scènes trop explicites finissant par être coupées au montage comme un baiser avec Ian McShane) et ce sera une des raisons de l'insuccès du film.

L'originalité du film tient donc surtout à ce héros haut en couleur et la mine menaçante, le regard fou de Burton hante longtemps après le visionnage. Sans être captivante l'intrigue est plutôt bien menée et comporte son lot de morceau de bravoure dont un braquage routiers des plus brutal et à l'ancienne (pas d'armes à feu mais des gourdins et batte de base-ball au fracas douloureux), des moments de cruauté mémorable (cette scène d'ouverture qui pose l'ambiance) et un casting de trognes intimidantes faisant son petit effet. Le tout jeune Ian McShane tire bien son épingle du jeu face à Burton, minet plus frêle que les brutes épaisses qui l'entoure mais tout aussi peu recommandable avec un penchant pour le chantage et le proxénétisme. Il reste néanmoins plus humain et engageant que les autres, tout comme l'inspecteur déterminé joué par Nigel Davenport.

C'est donc surtout par son ton et son ambiance que le film innove (avec ses décors fait d'usines désaffectées et de docks inquiétant) grâce notamment à son écriture inhabituelle où le duo d'auteurs comique de télévision Dick Clement et Ian La Frenais (notamment célèbre en Angleterre pour leur série culte The Likely Lads) collabora avec l'acteur américain Al Lettieri connu pour ses rôles de malfrats (Le Parrain, Guet-apens, Mr Majestyk) et aussi ses vrais liens avec le Milieu.

La mise en scène nerveuse de Michael Tuchner et la splendide photo de Christopher Challis apporte également une solide assise visuelle à l'ensemble. Tous ces éléments contribue au ton réaliste et à la fois décalé du film trop novateur à sa sortie mais qui pose les bases de The Long Good Friday qui hissera ces qualités vers un excès et une folie plus grands encore.

Sorti en dvd zone 2 anglais sans sous-titres

mercredi 20 juin 2012

Ma cousine Rachel - My cousin Rachel, Henry Koster (1952)

Lorsque son riche cousin Ambrose meurt dans des circonstances mystérieuses, Philip Ashley soupçonne sa nouvelle épouse, Rachel, de l'avoir empoisonné pour toucher sa fortune. Or le mobile du meurtre ne semble pas valable puisque c'est Philip qui hérite de son cousin. Philip, soupçonneux, cherche quand même à la démasquer mais lors de leur première rencontre il tombe immédiatement sous le charme de la veuve...

Henry Koster signe avec My Cousin Rachel l'adaptation d'un des plus fameux roman de la grande Daphné Du Maurier. On peut aisément situer le livre dans la tendance gothique et psychologique d'autres de ses ouvrages célèbres comme Rebecca ou encore L'Auberge de la Jamaïque. My cousin Rachel se démarque pourtant quelque peu malgré des atmosphères très proches. Dans Rebecca comme dans L'Auberge de la Jamaïque, Du Maurier optait pour des points de vue féminin dans ces récits, et plus précisément des jeunes femmes innocentes dont l'arrivée dans un monde inconnu et peuplés de noirs secrets sous-entendait également une découverte de leur sexualité.

Ma Cousine Rachel s'avérait fascinant par la capacité de Daphné Du Maurier à revisiter ses éléments par une narration à la première personne d'un héros masculin tout autant victime d'un éveil des sens nouveau. Le danger ne viendrait plus des mystères enfouit dans un lieu, mais chez l'autre à savoir la figure fascinante de cette cousine Rachel si ambigüe et insaisissable. La tonalité gothique et l'influence du cadre laissait donc place à une pure tension psychologique teintée d'amours contrariés, de calcul et de paranoïa. Autant d'élément à côté desquels passent en grande partie cette adaptation pourtant quasi littérale du livre.

Un des éléments fondamentaux du livre, c'est la méconnaissance totale des femmes de Philip (Richard Burton) élevé dans un univers masculin par son cousin Ambrose et totalement à la merci d'une séduction féminine sournoise. Dans le film, Richard Burton tente de rendre cela par son jeu nerveux et ses moues qui l’associent à un petit garçon capricieux face à l'expérience de Rachel (Olivia De Havilland). Malheureusement le script ne souligne pas assez cet aspect et si l’on n’a pas lu le livre on pense surtout à un coup de foudre plus commun. Olivia De Havilland par sa mine bienveillante ne révélant son ambition que subrepticement au détour d'un regard est formidable de dualité et forme un couple captivant avec Burton, le feu et la glace. Malheureusement la mise en scène d'une rare platitude de Koster atténue progressivement l'intérêt.

Comme déjà dit, appuyer sur l'atmosphère gothique n'était pas primordial mais pourquoi pas (le Jane Eyre de Stevenson qui renforçait cette touche y gagnait grandement) sauf que là hormis quelques joli cadrages et idées visuelle intéressantes (le fondu enchaîné de Rachel et Philip malade et cloué au lit avec la mer illustrant son emprise sur lui) la comparaison avec l'autrement plus immersif Rebecca d'Hitchcock est cruelle. La psychologie est tout aussi décevante puisque la relative linéarité du récit était transcendée par le doute et la paranoïa constante amenée par le dialogue intérieur de Philip rongé par ses émotions contradictoires dans le livre.

Il y a bien une voix-off très présente ici mais il est impossible de reproduire tel quel les sensations du livre. Du coup il aurait sans doute mieux valu malmener un peu plus la structure du livre (à la Hitchcock toujours qui dynamitait l'intrigue de L'Auberge de la Jamaïque plus palpitante à l'écran que sur papier pour le coup) pour dynamiser la narration alors que là la fidélité à la virgule rend le tout attendu et prévisible sans les apports que l'écrit pouvait ajouter.

Plusieurs scènes tombent totalement à plat, que ce soit par un surlignage inutile (le portrait d'Ambrose derrière Philip lors de la première entrevue avec Rachel), la dimension sexuelle totalement ratée (aucun sentiment de montée en puissance du désir pendant tout ce qui précédera le premier baiser qui tombe comme un cheveux sur la soupe) et les grands élans dramatiques sont plombés par le manque de talent de Koster en particulier le final si marquant sur papier et quelconque ici. Seule l'introduction est plutôt réussie avec ce long mystère planant autour de Rachel avant sa première apparition où Olivia de Havilland est assez fascinante tout de noir vêtue. Avis un peu sévère, ça se laisse néanmoins regarder mais on ne peut qu'être déçu du résultat avec pareil matière. Une nouvelle adaptation serait la bienvenue.

Sorti en dvd zone 1 chez Fox dans leur collection Twilight Time et dénué de sous-titres anglais comme français.

Extrait

mercredi 16 mai 2012

La Mousson - The Rains of Ranchipur, Jean Negulesco (1955)


1938. En Inde la Maharani de Ranchipur fait ses derniers adieux à son défunt mari, le Mahârâja Man Singh Bahadur. Quelques dignitaires ont fait le déplacement pour les obsèques. Parmi eux, Lord Albert Esketh et sa femme, Lady Edwina. Cette dernière va tomber amoureuse du Dr Rama Safti, un jeune homme autrefois adopté par les suzerains de la région, et que la Maharani considère comme son propre fils. Une idylle que refuse la veuve, et que les éléments déchaînés vont mettre à mal.

The Rains of Ranchipur est la seconde adaptation du roman de Louis Bromfield et constitue donc un remake de The Rain Came, fabuleuse version réalisée par Clarence Brown deux ans après la parution du livre. Pour la Fox qui produit le film, on est là dans une démarche proche de celle de la MGM lorsqu'elle remaka La Belle de Saigon pour en faire le Mogambo de John Ford.

Il s'agit donc de revisiter un ancien classique à l'aune des techniques et éléments en vogue du moment, ici le cinémascope et le visuel monumental qui en découle, l'exotisme tapageur magnifié par le technicolor flamboyant. On le saisit dès l'ouverture où Negulesco multiplie les vues grandioses de cités et paysage à perte de vue, fait déambuler les personnages dans des palais gigantesque et luxueux.

L'histoire est sensiblement la même que l'original mais avec plusieurs modifications essentiellement dues à la présence de Lana Turner qui monopolise bien plus l'attention que Myrna Loy chez Clarence Brown qui avait réalisé un vrai film choral. On en est loin ici où l'histoire d'amour entre l'ingénieur alcoolique joué par Fred MacMurray et la jeune Joan Caulfield (George Brent et Brenda Joyce dans l'original) est nettement plus en retrait et moins intéressante la faute notamment à la prestation un peu transparente de Joan Caulfield.

L'attention sera donc essentiellement portée sur Lana Turner et ses amours coupables avec le Docteur Safti. Le personnage de Lady Edwina est d'ailleurs nettement plus chargé ici dans ses mœurs dissolues : mariée à son époux uniquement pour son titre de noblesse, elle lui mène la vie dure par ses infidélités qu'il ne peut discuter puisqu'il dépend d'elle financièrement.

Invités à la cour de la Maharani de Ranchipur, elle jette son dévolu sur le vertueux et innocent Docteur Safti (Richard Burton), futur héritier et dévoué à son peuple. Lana Turner excelle dans ce registre de séductrice vénéneuse et sans cœur, que ce soit le début du film dans le train où elle humilie son mari (Michael Rennie) ou encore la séduction tout en œillades brûlante qu'elle fait auprès de Richard Burton. Le problème survient quand l'histoire d'amour surgit et qui si elle fonctionne paraît bien fade pour qui a vu le film de Clarence Brown.

Dans le film de 1939, Safti bien que troublé par les avances d'Edwina ne cède pas car devinant l'égoïsme de cette dernière. Ce n'est que dans la dernière partie lorsqu'Edwina ayant elle-même connu la souffrance se dévoue aux autres qu'elle éveille des réels sentiments chez Safti. La prestance et la noblesse dégagée par Tyrone Power et l'intensité dégagée par Myrna Loy y était pour beaucoup. De plus la mise en scène de Brown regorgeait d'idée prodigieuse (cette allumette éteinte qui plonge l'image dans l'obscurité, Myrna Loy qui découvre qu'elle est empoisonnée...) transcendant encore la prestation des acteurs.

Jean Negulesco n'a pas ce talent et fait finalement reposer l'évolution des personnages par le seul dialogue, Lana Turner devenant amoureuse éperdue d'une scène à l'autre sans que l'on ait trop vu la transition, tout comme Richard Burton qui lui cède bien trop facilement. On sent d'ailleurs Burton prêt à amener sa personnalité avec un Safti plus dur par rapport à l'interprétation bienveillante de Tyrone Power mais cela ne sera qu'esquissé. L'histoire d'amour fonctionne donc néanmoins mais on est plus devant un mélo exotique conventionnel que face au drame poignant de Clarence Brown.

La scène de catastrophe naturelle résume à elle seul le fossé qui sépare les deux films. Elle est aussi spectaculaire dans les deux œuvres mais là où chez Negulesco on a le sentiment d'une démonstration du département des effets spéciaux, avec Brown on a un vrai point de vue sur cette apocalypse aquatique en marche bien plus douloureuse et intense par les choix du réalisateur, la capture bien plus terrifiante de cette panique ambiante.

Le seul vrai démarcage se situe dans la conclusion et est assez discutable. Le choix entre devoir et passion constitue l'enjeu final dans chaque film mais là où en 1939 ces responsabilités sont vues comme nécessaires malgré les sacrifices, elles sont un poids et presque une source de culpabilité en adoptant le seul point de vue égoïste de Lana Turner comme en témoigne le dialogue final avec la Maharani.

La fin de The Rain Came était un déchirement où le héros abandonnait tout douloureusement à sa patrie et là ce serait plutôt le renoncement d'une Lana Turner jamais soucieuse de ce qui l'entoure qui l'emporte (même si la séparation finale est très belle). Un choix assez curieux tout de même.

Donc chez Brown on aura eu un film d'une vraie subtilité porté par un regard personnel (et probablement plus fidèle au livre) quand Negulesco propose une production façonné par le studio et phagocytée par sa star. Ceci dit le film est fort dépaysant, romanesque et agréable à suivre si l'on a pas vu le premier film dont la connaissance biaise un peu l'avis au désavantage de son remake.


Film assez dur à trouver, uniquement sorti dans une édition espagnole trouvable sur amazon même si un peu chère mais ça vaut le coup voyez les captures. Quant à l'original de Clarence Brown c'est plus simple, sorti en dvd zone 1 chez Fox et doté de sous-titres anglais. J'ai parlé du film en novembre et je l'ai mis en lien dans le texte pour ceux qui souhaitent avoir un avis détaillé dessus.