Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!
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Au XVIIIe siècle, en Angleterre. A 17 ans, Moll Flanders entre au service d'un seigneur. Grâce à sa beauté, elle est bien traitée par les hommes de la famille. Elle épouse le fils cadet mais celui-ci meurt peu après la cérémonie. Moll part alors à Londres chercher l'aventure...
Si on fait exception de certains rôles chez son mentor Richard Quine (L'Inquiétante Dame en noir surtout), le Embrasse-moi idiotde Wilder ou Jeanne Eagles dans un registre plus dramatique, l'image de Kim Novak est plutôt associée dans l'inconscient cinéphile à un mélange de fragilité, de mystère et de séduction insaisissable et fascinante. L'actrice balaie cette étiquette avec une prestation comique de haut vol dans cette adaptation délurée du Heurs et Malheurs de la fameuse Moll Flanders de Daniel Defoe.
Si les élans picaresques provocateurs sous couvert de morale du livre sont respecté, l'intrigue du film en est quelque peu éloigné même si nombre de péripéties demeurent. Le rebondissement le plus scandaleux (le mariage accidentel de Moll avec son frère et l'enfant fruit de leur union) est ainsi judicieusement évité pour en rester une sensualité joyeuse et débridée tout au long du film.
La tonalité de Moll Flanders découle directement du succès du Tom Jones de Tony Richardson deux ans plus tôt et on y retrouve (avec moins de génie et d'excès) cette volonté de malmener le récit romanesque en costume à coup d'idées visuelles et narratives détonantes. On suit donc ici la vaine quête d'élévation sociale et de respectabilité de Moll Flanders (Kim Novak) orpheline d'origine modeste qui passe d'amant en amants pour atteindre son objectif. La nature innocente de Kim Novak ne disparait pas complètement et est même utilisée à des fins comiques comme lors de cette ouverture où en voix off elle narre sa vie vertueuse et éduquée quand à l'image on la découvre servante peu farouche assaillie par ses maîtres.
Kim Novak remplaçait Diane Cilento initialement prévue (et déjà dans Tom Jones) initialement prévue au côté de Sean Connery finalement remplacé par Richard Johnson (marié à Kim Novak à ce moment là). L'actrice semble donc s'en donner à coeur joie avec ce rôle décomplexé où le décolleté pigeonnant elle minaude, surjoue et dévoile une palette comique trop peu exploitée, un régal. Pour l'accompagner un joyeux casting ou on croise George Sanders en vieux pervers, Lili Palmer reine de l'arnaque ou encore un hilarant couple de noble surendetté Angela Lansbury/Vittorio De Sica (qui en fait des tonnes).
La narration décousue se divise en grands épisodes plaçant Moll dans un nouvel environnement où ses charmes l'aident ou lui portent préjudice. Le meilleur moment demeure la séduction avec la canaille Jemmy (Richard Johnson) où chacun pense l'autre riche et pense l'exploiter par un mariage et où la cupidité à bien du mal à prendre le pas sur le vrai amour naissant quand le subterfuge sera découvert.
La reconstitution est somptueuse dans un superbe technicolor et Terence Young dynamise l'ensemble par un rythme enlevé notamment une course poursuite finale survoltée et jubilatoire. Malgré un rythme inégal un sacré divertissement et Kim Novak sous l'aspect léger du rôle trouve sans doute en partie ses marques pour sa fascinante prestation schizophrène du Démon des Femmes de Aldrich trois ans plus tard...
Et malheureusement c'est pour l'instant inédit en dvd donc guetter éventuellement une diffusion sur TCM où il y a eu un cycle Kim Novak récemment.
Une série d'accidents inexplicable surviennent à des personnes responsables du premier avion de ligne supersonique, le SST1. Un agent secret britannique, Hugh Drummond, est envoyé pour enquêter avec l'aide d'un autre agent (Ronnie Stevens). Ils découvrent un complot organisé par Carl Petersen qui doit gagner huit milllion de livres sterling si l'avion n'est pas prêt à une certaine date.
"Bulldog" Drummond est relancé et une suite Some Girls Do sort deux ans plus tard en 1969. Dans l'ensemble c'est assez en dessous du premier volet sans être désagréable pour autant. L'absence de Jimmy Sangster au scénario se fait ressentir avec pas mal de flottement et d'ennui par instants alors que le film fait la même durée que le premier volet était trépidant de bout en bout. L'autre gros défaut est la réorientation très Bondienne du personnage de Bulldog Drummond.
Malgré l'univers qui pouvait évoquer le héros de Ian Flemming, Drummond trouvait vraiment son identité propre dans le premier film, usant plus de son intelligence que de ses muscles et au final pas si séducteur que ça. Richard Johnson conscient de ne pas pouvoir concurrencer un Sean Connery sur ce terrain avait judicieusement esquivé cette approche dans Plus féroce que lesmâles mais cette fois (sans doute à la demande des producteurs) enchaîne les postures et répliques macho à des conquêtes énamourées. Un choix malheureux d'autant que la Bondmania retombait à ce moment et que l'épisode en cours Au Service Secret de Sa Majesté tentait déjà une rénovation du personnage.
Autre soucis, les ennemis. Le duo de tueuses était un des points fort du premier, on tente ici de remettre ça mais ça ne fonctionne pas complètement. Si Dahlia Lavi (connue pour avoir tâté de la cravache de Christopher Lee dans Le Corps et le Fouet, épouvante gothique teintée de SM signée Mario Bava) est excellente de vice et de méchanceté en Baronne Helga Hagen, on ne retrouve pas la même complémentarité que le duo infernal du premier volet avec la jolie mais quelconque Pandora joué par Bebe Loncar.
D'ailleurs sans doute conscient de la faiblesse du nouveau duo, le scénario multiplie les personnages féminins secondaires (dont une toute jeune Joanna Lumley avant même Au Service Secret de Sa Majesté), notamment Flicky une jeune délurée blonde traînant dans les pattes de Bulldog Drummond. Sinon le méchant Carl Peterson pourtant mort dans le précédent fait son grand retour, cette fois incarné par James Villiers qui a bien du mal à faire oublier Nigel Green.
Pour le reste si on est amateur de ce genre de série B pop d'espionnage, le film reste tout de même très sympathique. Les scènes d'actions sont une nouvelles fois très réussies (même si lorgnant trop sur Bond une nouvelle fois) avec un duel aérien en planeur où Drummond tombe dans le vide sans parachute ou encore une très dynamique course en hors-bord. Les idées délirantes sont légion avec l'armée d'androïde féminins sexy et indestructible du méchant, le dévastateur émetteur d'ultra son tuant dans d'atroces souffrances et un Ralph Thomas qui dénude son casting à la moindre occasion. Un dytique inégal donc mais plaisant pour l’amateur de ce type de sucrerie estampillées 60’s.
Sorti dans le même coffret que précédemment cité regroupant les deux films et dépourvu de sous-titres français.
Henry Keller est un magnat du pétrole. Alors qu’il voyage à bord de son Boeing personnel, un cigare piégé l’envoie ad patres, la faute à l’hôtesse qui n’en est pas vraiment une, mais plutôt une tueuse redoutable, Irma Eckman (Elke Sommer), travaillant pour une organisation secrète. Après avoir mis en route le détonateur d’une bombe, elle saute en parachute, près des côtes où l’attend un hors-bord piloté par sa complice Penelope (Sylva Koscina).A la suite de l’explosion de l’avion, le détective privé Hugh « Bulldog » Drummond (Richard Johnson) est engagé par une compagnie d’assurances afin de déterminer ce qui a pu provoquer l’accident. Au milieu des années 60, la plaque tournante de la culture populaire est incontestablement le Swinging London. Mode vestimentaire, musique pop initiée par les groupes de la British Invasion comme les Beatles, les Who ou les Rolling Stones, toutes les révolutions et idées ayant vu le jour au cours de cette décennie magique imprègnent encore le paysage culturel contemporain. Au cinéma, le symbole de la domination anglaise sur le monde du divertissement est sans conteste la série des James Bond. Alors que le cinéma américain s’enfonce dans des superproductions boursouflées et que le Nouvel Hollywood des Coppola et Lucas n’a pas encore éclos, l’agent secret de sa majesté représente à lui seul le cinéma d’entertainment, divertissant et dépaysant. La série vit son âge d’or avec les mythiques premiers épisodes de Sean Connery et en cette année 1967 sort l’un de ses plus flamboyants volets, On ne vit que deux fois.
Un tel succès ne pouvait que susciter des clones moins inspirés. Aux USA, la réplique viendra de la série des Flint avec James Coburn et des Matt Helm joué par Dean Martin. On ne compte plus les copies venues d’Europe comme les Coplan ou l’ovni Opération frère cadet (avec Neil Connery, propre frère de Sean !) et même la télévision paiera son tribut à Bond avec la série Des agents très spéciaux. Si certaines de ses œuvres peuvent s’avérer vaguement amusante, dans l’ensemble, elles ne sont que des décalques sans idées des James Bond. Parmi la rangée de suiveurs, Plus féroces que les mâles se détache pourtant incontestablement.
Le film adapte les aventures de Bulldog Drummond, personnage de roman créé par H. C. Mc Neil dans les années 20. Très populaires à l'époque, les pérégrinations du héros furent même poursuivies de longues années après la mort de l'écrivain par d'autres auteurs. Des adaptations virent le jour dès le temps du muet et le héros fut incarné par quatre acteurs (Jack Buchanan, Ronald Colman, John Howard, Walter Pidgeon ) avant le film de Ralph Thomas. Le succès énorme des James Bond initie donc le grand retour de Bulldog Drummond sur les écrans. En dépit d’un relifting destiné à le rendre conforme à l'époque, le personnage n’est pas dénaturé. Richard Johnson évoque physiquement Sean Connery, sans le côté menaçant, le charisme et la présence animale de ce dernier, mais fait preuve d'une classe et d'une élégance folles tout en étant très convaincant dans les scènes d'action (dont un combat durant lequel il corrige deux adversaires dans un parking). Il incarne donc un Bulldog Drummond parfait, distinguant bien ce qui le détache d’un Bond, les talents d’enquêteurs et la place plus importante accordée à la réflexion.
Bien que s'inscrivant dans la vague de tous les films d'espionnage mi-sérieux, mi-légers sortis dans le sillage des James Bond cités plus haut, Plus féroce que les mâles ne tombe jamais dans la parodie absurde à la Flint. L'intrigue se suit avec intérêt de bout en bout, tout en maintenant le côté pop et délirant bien prononcé de l'ensemble. Scénariste de quelques-uns des plus fameux films de la Hammer, Jimmy Sangster offre un récit parfaitement équilibré entre tension et dérision tandis que derrière la caméra, le vétéran du cinéma britannique Ralph Thomas assure le spectacle avec efficacité.
Un des grands atouts du film est évidemment son redoutable duo de tueuses, aguicheur et menaçant, que les amateurs de série B italiennes connaissent bien. La blonde et allemande Elke Sommer qu'on a pu voir entre autres chez Bava (Baron Vampire, Lisa et le Diable) est la redoutable Irma, tueuse froide et méthodique. La brune Sylva Koscina (femme d'Hercule dans les deux premiers volets de Pietro Francisi Les Travaux d'Hercule et Hercule et la Reine de Lydie) est quant à elle Pénélope, séductrice, kleptomane et adepte de la torture raffinée.
Diablement sexy et complémentaires, elles illuminent l'écran à chaque apparition. La plus mémorable reste une des premières séquences : une cible est brutalement abattue à coup de harpon et ce, avec le sourire. Le grand méchant à la Blofed est quant à lui remarquablement incarné par Nigel Green dans un rôle voisin (mais en plus fou et excessif évidemment) de celui qu'il jouait dans Ipcress, danger Immédiat, grand classique de l’espionnage des années 60 avec Michael Caine.
Trépidant et élégant (le générique est chanté par les Walker Brothers), le film s’offre quelques réjouissants moments d'excès. Les pièges meurtriers des deux tueuses débordent d'inventions (comme le fameux cigare tueur) et la découverte du harem multi ethnique du méchant dans un manoir gothique offre un décalage étonnant, entre l’épouvante de la Hammer et le conte des Mille et une nuits. Le tout culmine lors d’une incroyable scène de partie d'échecs grandeur nature avec un décor fabuleux, digne des constructions les plus folles de Ken Adam sur les Bond.
Le film connaîtra un grand succès amplement mérité, une suite étant même produite deux ans plus tard avec la même équipe (sans les deux tueuses et le personnage du neveu) intitulée Some Girls Do. Moins réussie car cédant à tous les clichés « Bondien » (Drummond s’y transformant en séducteur macho) que le premier film avait sut habilement esquiver, elle signa le glas du personnage au cinéma, pour un temps du moins. Néanmoins, Plus féroce que les mâles demeurent un des avatars les plus réussis des James Bond, témoin d’une période plus légère et insouciante et ne mérite en aucun cas l’oubli relatif dans lequel il est tombé.
Sorti uniquement en dvd zone 2 anglais dans un coffret contenant le film et sa suite dont on reparle très vite sur le blog...