Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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vendredi 22 avril 2016

Everybody Want Some!! - Richard Linklater (2016)

Dans les années 80, suivez les premières heures de Jake sur un campus universitaire. Avec ses nouveaux amis, étudiants comme lui, il va découvrir les libertés et les responsabilités de l’âge adulte. Il va surtout passer le meilleur week-end de sa vie…

Les meilleurs films de Richard Linklater reposent souvent sur la notion de temporalité. Celle-ci peut à la fois rallonger les apartés amoureux et espacer les retrouvailles du couple Julie Delpy/Ethan Hawke dans la magnifique trilogie Before Sunrise (1995), Before Sunset (2005) et Before Midnight (2013). A l’inverse le passage vers l’âge adulte de Boyhood (2014) capturera les instants de vie dans un ensemble plus vaste, intimiste et ambitieux. Linklater se plaît à jouer sur cette temporalité pour illustrer à la fois une évolution et/ou saisir une attente, le sentiment d’un moment bien défini. C’est précisément à cela qui s’attelait dans un de ses plus beaux films, Dazed and Confused (1993) où il observait les pérégrinations d’un groupe d'ado le dernier jour de lycée 1976.

Everybody want some en constitue une sorte de prolongement tout aussi réussi. Linklater y renoue avec la dimension autobiographique et rétro (l’histoire se déroulant en 1980) ainsi que l’unité de temps et de lieu avant un moment décisif pour les personnages. Dazed and Confused questionnait la fin d'un âge et ses doutes, Everybody want some le début d'un autre et ses espérances dans le cadre d’un weekend de pré rentrée à la fac. Notre héros Jake (Blake Jenner) va intégrer l’équipe de base-ball universitaire découvrir la vie en communauté avec ses futurs coéquipiers.

Ce cadre sportif est propice aux différentes ruptures de ton d’un film constamment léger et dont la profondeur se déploie progressivement. Ces jeunes hommes en rut et toujours en recherche de la conquête d’un soir expriment donc la solidarité et l’avancée en meute qui devrait constituer leur union sportive à travers les techniques de dragues astucieuses, maladroites et pathétiques de chacun. On s’observe, se soutient, se moque et se bat ensemble dans une délicieuse ambiance vintage où la visite de boite de nuit disco, country, d’un concert punk ou d’une soirée arty témoigne aussi sous la futilité de l’hésitation à quoi s’identifier dans ces futures années de fac. Sous les forfanteries et la camaraderie virile permanente, les personnages et en particulier Jake voient leur statut de sportif comme un atout, un mal nécessaire ou un poids. La légèreté et les échanges potaches dissimulent un esprit de compétition permanent dont certains s’accommodent car vivant au jour le jour, certains ayant des espoirs de carrière professionnelle étant beaucoup plus impliqués tandis que d’autres comme Jake semblent chercher autre chose qu’ils ignorent encore. L’ensemble du casting déborde de charisme et d’énergie, Linklater caractérisant avec brio une dizaine de protagonistes de manière fluides et dans le mouvement perpétuel. 

Chacun a donc droit à son moment, les aspirations se révélant dans l’hédonisme et la futilité de façade. L’hésitant Jake est rendu volontairement plus terne par le réalisateur pour exprimer ses doutes et mieux faire exister ses camarades haut en couleur et reflétant les thématiques du film. La peur de grandir s’incarnera avec l’amateur d’herbe détendu Willoughby (Wyatt Russell) – sorte de jumeau immature du  Matthew McConaughey de Dazed and Confused -, l’insouciance maline avec Finn (excellent Glen Powell), l'esprit de compétition dans son versant positif à travers McReynolds (Tyler Hoechlin imposant une belle présence) ou plus problématique avec le très agité Jay (Juston Street). Tout cela s’exprime en filigrane sans être appuyé si ce n’est dans la seule séquence sportive du film, une scène d’entraînement superbement filmée où se concentrent de façon exacerbée toutes les attentes contradictoires des personnages.

Linklater laisse la magie se déployer lorsqu’il donne un tour indistinct à cette attente de quelque chose. Ce sera notamment par le sentiment amoureux naissant entre Jake et Beverly (Zoey Deutch), le scénario orchestrant la rencontre par d’heureux hasards et de charmante tentative de séduction – le sportif supposé lourdaud allant en toute timidité coller une lettre sur la porte de sa dulcinée. Pas d’aparté amoureux cassant l’ambiance pourtant, le mouvement et le dialogue guidant le rapprochement (la logorrhée étant décidément l’idéal pour nouer les liens chez Linklater comme dans Before Sunrise et Before Sunset) et créant la complicité notamment par un premier échange au téléphone. Dès lors quand les moments partagés se font plus silencieux, on devine qu’un même sentiment les lie et rend l’éloquence inutile. 

Linklater escamote le côté charnel trop prononcé (alors que le reste du film est sexy à souhait avec ces look 70’s/80’s tapageurs des jeunes filles, les moustaches et torses velus des garçons) dès lors que l’amour entre dans la danse, un baiser et une coucherie qu’on suppose plus que l’on ne voit – là aussi renouant avec la construction de Before Sunrise – suffisant à tout faire comprendre par la seule image et les attitudes. Le récit s’arrête pile au moment du premier cours sur le sourire béat de Jake. Il ne sait pas de quoi l’avenir sera fait mais ne sera pas balisé par les seuls cours, matchs de base-ball et les fêtes. Cette dernière nuit avant le saut dans le vide aura rendu le futur plus charmant et incertain. C’est aussi cela l’entrée dans l’âge adulte semble nous dire Linklater, des possibilités encore infinies.

En salle 

lundi 16 juin 2014

Génération rebelle - Dazed and Confused, Richard Linklater (1993)

Le dernier jour de cours d'une petite ville du Texas en 1976. Après le bizutage traditionnel des futurs lycéens, les différents protagonistes fêtent le début des vacances en buvant, fumant, faisant les 400 coups… La soirée sera l'occasion pour les personnages de se rapprocher, s'affirmer, évoluer ou tout simplement s'amuser.

Deuxième film de Richard Linklater, Dazed and Confused est aussi une de ses œuvres les plus personnelles.  Le réalisateur après s’être fait la main sur plusieurs court-métrage avait acquis une certaine maîtrise des budgets restreint qui le mènerait à Slackers (1991), première œuvre culte et symbole de la Génération X.  On y retrouvait déjà les motifs communs de tous ses premiers films avec ces héros juvéniles et son unité de temps sur une journée que l’on retrouverait dans Dazed and Confused (on peut ajouter le cadre de son Texas natal pour celui-ci) et Before Sunrise (1995). Linklater signe avec Dazed and Confused un teen movie nostalgique en grande partie inspiré de sa propre adolescence. Nous y suivront en ce dernier jour d’année scolaire 1976 le destin de divers adolescents qui vont fêter dignement l’évènement pour s’amuser, s’affirmer et vivre pour certains leurs premiers émois amoureux. Le réalisateur a souhaité avec ce film réaliser une œuvre en contrepoint total aux films de John Hughes. Ces derniers s’ils avaient pu dépeindre avec émotion et acuité cette période charnière de l’adolescence en donnaient une vision dramatique qui ne correspond pas au ressenti de Linklater de ce moment. 

Le réalisateur se souvient de cette époque comme de celle d’une insouciance et liberté où il ne pensait qu’à faire les les 400 coups avec ses amis et courir les filles. C’est ce sentiment que cherche à communiquer une trame volontairement lâche où ne s’invite à aucun moment le drame. On pourrait penser une sorte de variation d’American Graffiti (1973) mais contrairement à George Lucas, Linklater se déleste de toute aura nostalgique (clairement présente chez Lucas dans une idéalisation des 50’s de sa propre adolescence). Les cheveux sont longs, les pantalons patte d’éléphants légions et la bande-son rock rétro à l’avenant – avec douce ironie l’absence de Led Zeppelin dont l’un des morceaux les plus fameux donne son titre au film mais Robert Plant refusera d’en céder les droits – mais à aucun moment ne s’instaure ici une idéalisation vintage. Linklater ne célèbre pas la jeunesse des 70’s, mais la jeunesse tout court. Pas de questionnement existentiel non plus chez nos jeunes gens, après tout c’est le dernier jour de classe, il fait beau et il n’y a vraiment aucune raison de se prendre la tête.

L’erreur serait de voir par cette approche de Linklater un film creux. La profondeur thématique ne naîtra pas que d’une dramatisation forcée mais de façon plus subtile dans une atmosphère hédoniste et légère. Les moments difficiles trouveront toujours une réponse amusée dans la progression de l’intrigue ou la réaction des personnages. Le bizutage des premières années prend ainsi un tour aussi potache que douloureux, la vision collective parvenant toujours à se faire intime. On s’amuse des « épreuves » subies par les benjamins du lycée et les manœuvres de certains pour y échapper, notamment le jeune Mitch Kramer (Wiley Wiggins) traqué par la brute épaisse O’Bannion (Ben Affleck). L’angoisse est bien là, la raclée sera humiliante et douloureuse mais le réalisateur en retient surtout la dimension de rite de passage de Mitch chez les « grands ». Il ne cautionne ni ne condamne le rituel, accordant même une savoureuse vengeance au personnage qui gagne en assurance en vivant première cuite, premier flirt avec une fille plus âgée et premier savon maternel matinal pour être rentré aux aurores. 

Le questionnement sur la jeunesse paumée de Slacker n’est pas absent non plus avec cette flopées personnages fumant, buvant et traversant tout le film particulièrement perchée à l’image de Ron Slater (Rory Cochrane). Pink (Jason London) superstar de l’équipe de football entraperçoit déjà une forme de soumission à l’autorité en devant signer une clause de « pureté » à son entraîneur et se rebelle contre ce frein à sa liberté. Là encore le réalisateur laisse le bon choix à la libre interprétation en montrant l’esprit de camaraderie tendant vers un objectif des membres de l’équipe mais aussi l’autoritarisme et jugement de valeur injuste de la part de l’entraîneur psychorigide. Chaque fois que les prémisses et les difficultés de la « vraie » vie viennent s’immiscer dans cet instant, un grand éclat de rire vient les désamorcer sans les faire disparaître pour autant. L’avenir sans issue pourrait ainsi inquiéter avec le glandeur désinvolte Wooderson (Matthew McConaughey en grande révélation et texan pur jus comme Linklater) qui ne semble pas faire grand-chose de sa vie après avoir quitté l’école, mais Linklater ne préfère retenir que la cool attitude du personnage plus préoccupé du prochain concert d’Aerosmith et de sa future conquête du jour. 

La mise en scène oscille d’ailleurs entre hauteur bienveillante donnant dans la pure chronique et une attention plus délicate pour les protagonistes. Le champ se restreint au fil du récit avec une caméra arpentant les couloirs du lycée sur fond de rock tonitruant pour saisir tout à la fois l’urgence, l’énergie mais aussi l’insouciance du moment. Avec la nuit tout va soudain moins vite, les regards s’égarent, les attitudes se font plus passionnées et les tirades plus inconsistantes sous l’effet des alcools et drogues diverses consommées, drapant l’ensemble d’une touchante maladresse.

C’est le moment du laisser-aller, où l’on peut se libérer des frustrations (Adam Goldberg osant rendre la pareille à la brute du coin) où les premiers amours semblent les plus fragiles et touchant à l’image de l’échange final entre Tony (Anthony Rapp) et Sabrina (Christin Hinojosa). Demain n’existe pas et chacun vit les instants les plus heureux de sa vie semble nous dire Linklater, qui n’installe d’ailleurs pas le film dans un moment décisif de l’existence de ces jeunes gens, pas encore confrontés aux échéances scolaires et professionnelles. On retrouve ainsi déjà à une échelle plus collective ce sentiment d’attente, d’éphémère et de plénitude en suspend qui fera tout le charme du diptyque Before Sunrise/ Before Sunset (le troisième volet forçant pas forcément pour le meilleur le côté dramatique).

Un film culte qui gagnera en grandeur au fil des années jusqu’à la consécration lorsque Tarantino le classera parmi ses dix films favoris et ranimera son aura puisque le succès fut d’estime à sa sortie en dépit des critiques élogieuse. Un teen movie unique en son genre qui n’a trouvé finalement qu’un seul vrai successeur récemment avec le beau The Myth of The American Sleepover (2010).

Sorti en dvd zone 2 français chez Universal

jeudi 27 juin 2013

Before Midnight - Richard Linklater (2013)


Une île grecque, une villa magnifique, en plein mois d’août. Céline, son mari Jesse et leurs deux filles passent leurs vacances chez des amis. On se promène, on partage des repas arrosés, on refait le monde. La veille du retour à Paris, surprise : les amis offrent au couple une nuit dans un hôtel de charme, sans les enfants. Les conditions sont idylliques mais les vieilles rancoeurs remontent à la surface et la soirée en amoureux tourne vite au règlement de comptes. Céline et Jesse seront-ils encore ensemble le matin de leur départ ? 

18 ans après Before Sunrise et 9 ans après Before Sunset, le fameux diptyque romantique de Richard Linklater devient trilogie avec de nouveau Ethan Hawke et Julie Delpy également impliqués au scénario. Before Sunrise était un vrai idéal de comédie romantique alliant le charme et la candeur des premières fois, la justesse du propos et l’originalité du procédé avec cette romance en temps réel entre le touriste américain Jesse (Ethan Hawke) et l’étudiante française Céline (Julie Delpy) avec Prague comme cadre idéal. Le second volet Before Sunset montrait cette innocence initiale embrumée par les premières souffrances de l’âge adulte lorsque les amoureux se retrouveraient à Paris, conscient que la nuit passée ensemble 9 ans plus tôt constituaient ans doute le moment le plus romantique de leur vie. Le couple allait ainsi se confronter à ces nouvelles fêlures tout en retrouvant la complicité d’antan en discutant et déambulant dans les rues d’un Paris de rêve. Le film s’achevait sur une magnifique fin ouverte où l’on supposait que tout pouvait recommencer. Nous retrouvons donc Céline et Jesse désormais en couple et parents de jumelles.

Le charme des deux premiers films résidait grandement dans le mélange de nonchalance (deux personnages qui marchent et qui parlent pour l’essentiel) et d’urgence avec la narration en temps réel (plus diffuse dans Before Sunrise et plus concrète dans Before Sunset se déroulant sur une après-midi) faisant des moments passés ensembles des instants fugaces et précieux dont  chaque échange s’imprégnait durablement car destiné à être éphémère. Before Midnight, avec son couple installé et son cadre de vacance relâché semble donc au départ perdre des atouts précieux des épisodes précédents. En s’arrêtant à cela on passe à côté de la grande thématique de Before Midnight, l’ultime épreuve à l’amour de Jesse et Céline sera de résister à l’usure, à la routine du temps qui passe, en un mot à la vie.

Ainsi chaque moment qui semble retrouver la légèreté des deux premiers  volets se voit brutalement rattrapé par la réalité. La longue séquence en voiture avec ses échanges piquants, ses apartés amusant est brusquement assombrie lorsque la discussion vire sur la situation compliquée de Jesse souffrant de vivre loin de son fils et Céline pas prête à renoncer à sa vie pour réunir la famille aux USA. Plus tard un simple coup de fil interrompra la soirée romantique (et la scène de sexe la plus crue des trois films renforçant l'ancrage dans le réel et la proximité entretenue par les personnages) prévue et conduira à la longue dispute/confession finale où l’avenir du couple est mis à mal. Ce moment seul à seul concocté par leurs amis retrouve d’ailleurs presque la dimension exceptionnelle des films précédents, pas par la rencontre impromptue mais car comme le soulignera un dialogue c’est une de leurs rares occasions désormais de se trouver en tête à tête et d’échanger de tout et de rien comme avant.

Céline et Jesse se raccrochent désespérément à la magie initiale que furent leur rencontre et  retrouvailles et ne la retrouvant pas dans un quotidien loin de leurs rêves (la longue complainte de Céline choquée de se découvrir femme d’intérieur) font ressurgir toutes leurs frustrations lors de la dispute finale. Le ton est donc nettement plus âpre que dans Before Sunrise et Before Sunset par ce retour douloureux au réel.

Miraculeusement la drôlerie et le côté enlevé demeurent pour exprimer ces questions pourtant  peu joyeuses notamment par le radieux cadre grec ensoleillé. Les répliques vachardes fusent entre Hawke et Delpy (la patte de cette dernière au script se ressentant avec les élans de Woody Allen vus dans ses propres réalisations comme Two Days in Paris) et ont ri plus d’une fois même si à nouveau cela sert un récit acide et doux-amer. Un moment de grâce se dégage néanmoins avec cette longue scène de repas ou différentes idées, générations et proposition de couple se confrontent à nos héros, formant un reflet de ce qu'ils sont (le couple grec rigolard sensiblement du même âge qu'eux) ce à quoi ils aspirent (la sérénité de leur hôte quand il évoque son épouse défunte) et ce qu'il furent avec leur pendant moderne pour ces deux jeunes gens s’endormant ensemble sur Skype.

Même si on peut préférer l’insouciance des deux premiers volets, la justesse des situations et des dialogues offrent un prolongement idéal à la destinée des personnages qu’on a eu tant de bonheur à suivre. On retrouve d’ailleurs cette légèreté dans les tous derniers instants, lorsque le couple se sort de cet impasse douloureuse par une complicité ludique prouvant qu’ils ont un avenir. La fin ouverte (une fois de plus) paraîtra plus apaisée qu’incertaine dans cet ultime ( ?) volet les montrant capable de peut-être vieillir ensemble.

En salle en ce moment

jeudi 7 avril 2011

Before Sunset - Richard Linklater (2005)


Neuf ans auparavant, Jesse et Céline se sont rencontrés par hasard à Vienne, et ont passé une nuit ensemble dans les rues désertes de la ville. En se séparant, quatorze heures plus tard, ils s'étaient promis de se revoir six mois après. Aujourd'hui, il se retrouvent à Paris alors que Jesse est venu présenter son nouveau roman. Ils passent l'après-midi ensemble dans des cafés, des parcs et sur les quais de la Seine, retrouvant instantanément leur ancienne complicité. Comme lors de leur première rencontre, ils ont énormément de choses à se raconter...

A l'occasion du tournage de l'expérimental Waking Life (2001) qui réunissait à nouveau Ethan Hawke et Julie Delpy, Richard Linklater eut l'idée avec les deux acteurs de donner une suite à leur chef d'oeuvre déjà vieux de dix ans Before Sunrise. Si le film avait fait une carrière commerciale relativement confidentielle, il avait durablement marqué tout ceux qui l'avaient vus et acquis au fil des ans un statut culte. L'idée était donc de reprendre le principe du premier film en narrant à nouveau une romance en temps réel et en dépeignant de manière spontanée et naturelle cet éveil du sentiment amoureux. Before Sunset verra une implication plus forte du duo vedette puisque Delpy et Hawke co écrivent cette fois le script avec Linklater, les échanges entre eux se nourissant désormais plus fortement de leur vécu (ce qui plus légèrement le cas dans Before Sunrise notamment lorsque Delpy évoque ces parents soixante-huitard).

La grande interrogation qui nourrissait la conclusion de Before Sunrise (vont-ils se retrouver ?) trouvent en partie son explication dès l'ouverture où on retrouve Jesse (Ethan Hawke). Celui-ci a écrit un livre sur la fameuse nuit passée neuf ans plus tôt et se trouve en pleine promotion dans une petite librairie parisienne. Comme dans un enchantement apparaît alors Céline venu à sa rencontre. Le rendez-vous fixé à l'époque fut manquée pour des raisons que nous découvrirons mais en attendant, ils viennent de se retrouver et avant que Jesse reprenne son avion, la discussion peut reprendre là où ils l'avaient laissés dans un Paris ensoleillé.

Le sentiment de narration en temps réel était plus diffus que manifeste dans Before Sunrise vu la durée du périple (toute une nuit) à retranscrire. Before Sunset s'astreint lui réellement a cette contrainte puisque la durée resserrée du film (1h17 à peine) correspond réellement au rythme de la ballade des héros sans la moindre astuce narrative (ellipse, changement de décor) ou de montage hormis quelques plan de coupe. Linklater reprend donc le principe de mise en scène effacée et fluide du premier film, tout en long plans séquences (bien plus étirés et virtuoses cette fois) accompagnant la marche du couple. Pour qui enchaînera dans la foulée les deux films, le plaisir est d'autant plus appréciable que le réalisateur fait le lien visuels entre eux de manières affichées lors des courts inserts de scènes de Before Sunrise au début et surtout en réutilisant certains motifs communs. Before Sunrise se concluait ainsi sur divers plans fixes montrant les lieux désormais déserts visités tout au long du film par les héros. Before Sunset use de la même idée de manière inversée dans son générique d'ouverture avec les même plans fixes cette fois sur les lieux qui seront traversés plus tard tout au long du récit.

Before Sunrise était une merveille de romantisme spontané, innocent et juvénile. Dix ans plus tard, les personnages ont vécus, fait d'autres rencontre et souffert, on passe de post adolescent à des trentenaires endurcis. Le ton du film s'en ressent et les personnages se livrent moins directement. La discussion part donc du plus commun à travers la situation personnelle de chacun, teinté d'un détachement et d'une distance amusée sur l'idéalisation de cette nuit passée ensemble des années plus tôt. Pourtant l'alchimie entre eux est toujours là et au fil de l'après midi et de l'urgence d'une nouvelle séparation, les sentiments intacts vont de nouveaux effleurer. Les échanges analysent avec une belle justesse les comportements que leur première rencontre et surtout les retrouvailles manquées ont provoquées en eux. Jesse s'est réfugié dans les responsabilités d'un adulte à travers un mariage malheureux tandis que Céline affiche désormais une distance constante dans ses relations avec les hommes.

Ils ont tout deux bien compris qu'ils s'étaient ouvert comme jamais depuis et ont réalisés qu'il ne retrouveraient plus jamais cette connexion avec un autre. Un forte teinte de spleen et de regret s'imprègnent donc progressivement au film tandis qu'ils réalisent ce qu'ils ont perdus. La retenue affichée jusque là s'estompe totalement alors le temps d'une bouleversante scène en voiture où chacun craque complètement en exprimant combien son existence est malheureuse.

Plus mélancolique, Before Sunset n'en est pas moins enlevé et gracieux grâce à la complicité magique et intacte entre Ethan Hawke et Julie Delpy. Toujours aussi écorché vif, Hawke exprime vraiment dans son allure le sentiment d'inachevé de Before Sunrise avec une angoisse qui se mêle au bonheur de retrouver Céline. Julie Delpy plus piquante et en retrait est absolument étincelante dans sa mise à nu progressive et émeut lorsqu'elle exprime enfin sa détresse. Preuve de son investissement, la bande son comporte d'ailleurs plusieurs chansons de son très bel album sorti avant le tournage et offre le plus beau moment du film lorsqu'elle interprète son A Waltz For A Night pour Jesse le temps d'une scène magique. On signalera aussi l'apparition de ses parents lors du final et l'immeuble et l'appartement de Céline seront réutilisés pour son propre film Two days in Paris quelques années plus tard.

Une nouvelle fois Linklater réalise un petit miracle sur le simple principe de deux personnages qui marchent et discutent et inscrit ainsi son diptyque parmi les plus beaux films romantiques jamais réalisés. La fin ouverte ravit par son intimisme caressant et laisse une nouvelle fois le choix à chacun sur les possibilités futures. Avant un 3e film ? Si c'est aussi touchant on en redemande...

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner

mercredi 6 avril 2011

Before Sunrise - Richard Linklater (1995)


Jeune américain de passage en Europe, Jesse aborde Céline, étudiante française, dans un train entre Budapest et Vienne. A Vienne, il lui demande de descendre pour l'accompagner dans une visite de la ville pendant les 14 heures qui le séparent du décollage de son avion pour les Etats-Unis. Amusée, peut-être séduite, Céline accepte.


La grâce, le charme, la simplicité et la poésie pure, c'est tout cela qui nous accompagne tout au long de ce véritable miracle filmé que constitue Before Sunrise. Grande révélation du cinéma indépendant américain du début des 90's Richard Linklater avait avec ses deux premiers films Slacker et Générations Rebelles ancré ses thèmes autour des interrogations d'une jeunesse américaine paumée, en plein doute sur son avenir. Before Sunrise, pure comédie romantique, semble marquer une rupture avec cet immédiat début de carrière mais en offre au contraire un prolongement idéal que ce soit narratif (l'unité de temps et de lieu de Slacker et Dazed and Confused est reprise et encore plus poussée), stylistique (le tournage à la dure des deux premier films a rendu possible l'exploit de mise en scène immersive de Before Sunrise au budget plus élevé) et thématique puisque ces questionnements juvéniles acquièrent une aura universelle dans un type de film tout différent.

Une ligne de train européenne entre Budapest et Vienne. Un wagon agité par la dispute d'un couple bruyant. La jolie voisine française dérangée décide de changer de place et se retrouve à côté d'un jeune touriste américain en vadrouille. La conversation s'engage, ils sympathisent, une certaine alchimie, séduction s'installe mais voici que l'on est déjà arrivé à Vienne où il doit descendre alors qu'elle poursuit sa route jusqu'à Paris. Coup de tête, coup de foudre, il décide de lui demander de passer la journée avec lui jusqu'à son départ le lendemain pour prolonger ce moment et elle accepte. La magie peut commencer... Un pitch simplissime qui n'est finalement qu'une sorte d'étirement (et jusque dans l'idée de la résolution) de la première moitié de la célèbre comédie romantique Elle et Lui. Tellement simple et tellement plus à la fois...

L'argument de la narration en temps réel donne une fougue et une liberté au récit qui se prolonge dans la mise en scène de Linklater, extraordinaire par sa justessse et surtout son invisibilité, entièrement au service des déambulations et des états d'âmes de ses personnages. Ce qui lui importe c'est de capter avec une infinie délicatesse la naissance d'un sentiment amoureux, ce dont il parvient subtilement à plusieurs reprise tel ce court moment dans le train où Jesse (Ethan Hawke) narre un anecdote triste de son enfance et que la caméra s'attarde longuement en plan fixe sur le regard de Céline soudainement attendrie, troublée et amoureuse.

Notre couple arpente donc une Vienne idéalisée et romantique, échangeant réflexions et anecdotes sur leurs vie, le monde dans lequel il vivent, les relations hommes/femmes. L'alchimie entre Ethan Hawke et Julie Delpy est fabuleuse et tout deux sont confondant de simplicité et de naturel. Lui nous touche par sa gouaille dissimulant mal un côté emprunté où se dévoile une vraie fragilité. Quant à Julie Delpy, difficile de ne pas en tomber amoureux durant le visionnage tant elle mêle espièglerie, l'assurance d'une fille de son temps et la pure candeur qui sommeille en toute jeune fille amoureuse. Linklater les accompagne par de longs plans séquences à travers une Vienne rêvée, des plans fixe où rien n'existe plus que le regard de l'un plongé dans celui de l'autre.

Si les échanges sont constamment prenants, c'est pourtant lorsqu'ils s'amenuisent (parler constamment permet finalement d'éviter d'aborder l'essentiel) que le cadre se fait plus intime tel ces aveux touchant sur un banc dans une ruelle sombre, où ce silence à l'écoute d'un disque où les deux se cherchent et se fuient du regard en même temps. Les rencontres anodines et magiques créent des souvenirs inoubliables pour ce moments unique (le poète impovisé, la voyante) et le verbe se fait plus disert au fil de l'arrivée du jour et de la séparation inéluctable. Les derniers instants du film sont un vrai déchirement tant a appréciés cette balade en amoureux et en ces temps pré portable, msn, facebook et autres Linklater ose la chute divinement romantique en forme de point d'interrogation pour la suite de leur histoire. Magnifique.

Le film malgré un Ours d'Or au festival de Berlin (et une nomination au prix du plus beau baiser au MTV Movie Award et oui) ne rencontrera guère de succès mais marquera durablement tout ceux qui le verront et deviendra culte au fil des années grâce à la vidéo. Et grâce au carton de Rock Academy, Linklater pourra en 2005 tourner une suite tardive et tout aussi belle Before Sunset avec les deux acteurs. On en reparle demain !

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner ainsi que sa suite.