Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mardi 9 février 2016

Panique dans la rue - Panic in the Streets, Elia Kazan (1950)

Kochak, un émigré venant d'arriver clandestinement par bateau à la Nouvelle-Orléans, est assassiné par ses partenaires de poker alors qu'il venait d'empocher la mise et souhaitait se retirer, ne se sentant pas bien. Le lendemain, la police découvre son corps. L'affaire, d'apparence banale, prend des proportions inattendues lorsque l'autopsie révèle qu'il était atteint de la peste pulmonaire (pneumonique). Le Dr Reed, représentant du service sanitaire, et le capitaine Warren vont effectuer une course contre la montre pour retrouver les personnes ayant pu être en contact avec Kochak, en particulier ses assassins, avant que l'épidémie devienne incontrôlable...

Les premiers films d'Elia Kazan comportaient déjà de belles réussites dans le registre du mélodrame avec les superbes Le Lys de Brooklyn (1945), Le Mur invisible (1947 et qui lui vaudra l'Oscar du meilleur réalisateur) et L'Héritage de la chair (1949). Cependant ces films s'inscrivaient dans un certain classicisme bien éloigné de ses expérimentations au théâtre et bien sûr de sa filmographie à venir. Panique dans la rue sera le film de l'émancipation où il trouvera vraiment son style. Le postulat est très original pour un film noir avec cette épidémie de peste répandue dans les bas-fonds de la Nouvelle-Orléans et qu'un médecin du service sanitaire (Richard Widmark) et un policier (Paul Douglas) vont tenter d'empêcher de s'étendre. Cela autorise un donc une approche entre atmosphères typique du genre (voir la poursuite et le meurtre brutal en ouverture où l'on passe d'une salle de jeu mal famée à une ruelle plongée dans les ténèbres) et un style documentaire typique de la Fox.

Kazan n'invente d'ailleurs pas cette veine au sein du studio (qui est plutôt tributaire de Henry Hathaway) mais se l'approprie à sa manière. En plus de filmer admirablement des environnements réels, il y plonge son casting sans filet entouré d'autochtones, la vie et l'énergie des séquences (l'interrogatoire à la gare, les trognes de travailleurs fatigués que l'on croise dans les bars miteux) se conjuguant au réalisme du décor. A cela s'ajoute un style fluide mêlant sobre virtuosité avec l'usage du plan-séquence et une approche sur le vif conférant une urgence où l'acteur dispose d'une plus grande liberté de mouvement, où une plus grande part est laissée à l'improvisation (même si on sent encore un certain contrôle par rapport à ce qu'on verra dans les films à venir). Dès lors la ville constitue autant un nid de dangers imprévisibles qu'un vrai terrain de jeu aux environnements variés (la cinégénie de La Nouvelle Orléans aidant) qui culmine lors de l'haletante poursuite finale entre immeubles insalubres, hangar et docks.

Le duo formé par Paul Douglas et Richard Widmark témoigne d'une remarquable écriture par l'efficacité d'un antagonisme cédant au respect puis à la possible amitié. Widmark déjà devenu star laisse la place du psychopathe à un débutant nommé Jack Palance qui crève l'écran avec ce premier rôle au cinéma. L'allure de colosse, le vice véhiculé par ce visage anguleux et marqué et les explosions de violences dérangeantes (la manière dont il malmène un acolyte fiévreux sur la fin) en font une menace sacrément intimidante.

Une belle réussite donc pour un Kazan nouvelle manière qui suscitera après coup des interprétations contradictoires avec selon les points de vue une peste parabole du Maccarthysme (car synonyme de méfiance et suspicion envers son voisin contaminé) ou du communisme (le virus apporté et propagé par des migrants aux noms à consonance étrangères).

Sorti en dvd zone 2 français chez Carlotta 

lundi 20 avril 2015

La Toile d'araignée - The Cobweb, Vincente Minnelli (1955)

Le Dr Stewart McIver dirige une clinique psychiatrique qui s'efforce de faire participer ses patients à la vie quotidienne. Le sujet du moment est le remplacement de rideaux à partir de motifs dessinés par l'un d'eux. Sa jeune épouse se sent délaissée par son mari et s'oppose indirectement au projet. L'intendante Mlle Inch perçoit tout cela comme une intrusion dans ses prérogatives. Rapidement, tout ce petit monde se retrouve en porte-à-faux, se battant pour des rideaux et au-delà, pour affirmer sa place dans ce microcosme.

Vincente Minnelli aura su capturer le mal-être et les fêlures de ses personnages de la manière la plus flamboyante qui soit dans ses meilleurs films, avec un sens du lyrisme qui n'appartient qu'à lui. L'exercice est différent avec ce nettement plus feutré The Cobweb, adaptation éponyme du roman de William Gibson. Le film constitue une étude de caractères subtile où le drame ne naîtra pas d'une destinée cruelle mais au contraire de l'humain à travers une somme de petits détails faits d'incompréhensions, de manque de communications et d'ambitions. Le cadre du récit ne se prête guère pourtant à une telle instabilité avec cette clinique psychiatrique dirigée par le Docteur McIver (Richard Widmark).

Quelle que soit la volonté de bien faire et la compétence, les vies personnelles et les conflits animant les dirigeants constitueront un miroir de plus en plus dévastateur pour les malades. On partira donc ici l'insignifiant et d'une démarche positive pour tisser justement une toile d'araignée fatale à l'ensemble des protagonistes. Adepte d'une thérapie par l'autonomie progressive des patients, McIver profite du remplacement des rideaux de la clinique pour en confier le projet à ses pensionnaires qui en dessineront les motifs pour leur salle commune. L'initiative va pourtant susciter l'intérêt et le conflit entre son épouse (Gloria Grahame) qu'il délaisse, l'ancien directeur toujours en poste ne souhaitant pas perdre la face, une employée historique se sentant dépassée (Lilian Gish) et bien sûr les malades, en particulier le doué mais vulnérable Steven Holte (John Kerr).

Minnelli tisse cette toile avec une grande finesse, les séquences anodines du quotidien de la clinique s'enchaînant avant que la vision d'ensemble ne révèle les problèmes à venir. L'intimité des personnages offre également un reflet néfaste de leur dévouement à la clinique, celle-ci finissant par constituer la seule planche de salut à une vie sinistrée. McIver fuit ainsi le mal-être de son épouse peu habituée à cette vie provinciale et tentant maladroitement de se mêler à ses travaux. Lilian Gish incarne une figure historiquement attachée à la clinique dont le grand-père fut le fondateur et la scène de la visite nocturne de Widmark la montrant seule dans un foyer solitaire où trône le portrait du disparu témoigne de cela. Le personnage en devient émouvant en dépit de son caractère inflexible alors que Charles Boyer en directeur déchu est plus pathétique, trompant dans les femmes et l'alcool son dépit.

Quant à Lauren Bacall, ce sacerdoce lui permet d'oublier la disparition tragique de ses époux et fils, son appartement en désordre signifiant comme elle n'a plus rien à attendre de son foyer désert. La facette la plus touchante concernera néanmoins les malades. Minnelli illustre la fragilité psychologique de manière contrastée et toujours juste. Spectaculaire avec les crises de violence de Holte, plus feutrée avec cette malade souffrant d'agoraphobie ou encore cet adepte du sarcasme qui s'avérera le plus fragile et en attente d'affection de tous. C'est en capturant ce mal-être que Minnelli laisse s'exprimer sobrement son lyrisme : la photo de George Folsey faisant disparaître Widmark dans les ténèbres et la solitude de son foyer, Holte et la jeune fille soufrant d'agoraphobie seuls au monde et confiant en sortant du cinéma et l'échange de regard finissant en baiser entre Widmark et Lauren Bacall.

L'ensemble du prestigieux casting est excellent de bout en bout mais on retiendra plus particulièrement un Richard Widmark formidable d'humanité, dans sa compassion comme dans ses erreurs. Il prouvait une fois de plus que son registre était loin de se limiter aux rôles de psychopathe qui ont fait sa renommée.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner

mercredi 25 juin 2014

Les Forbans de la nuit - Night and the City, Jules Dassin (1950)

Suite à la rencontre de Gregorius, un champion de lutte, Harry Fabian décide d'organiser des combats. Ce dernier utilise toujours des combines louches ou compliquées pour mener à bien ses projets et cette fois-ci n'échappe pas à la règle... Il fait appel à des personnes peu recommandables auprès desquelles il doit rapidement en découdre.

Les Forbans de la nuit voit Jules Dassin conclure une trilogie urbaine entamée avec La Cité sans voiles (1948) et Les bas-fonds de Frisco (1949). Adapté d’un roman de Gerald Kersh, le film s’avère précurseur du mode qui aura surtout cours quelques années plus tard à Hollywood avec un tournage en Europe et plus précisément délocalisé à Londres. La première raison est économique puisqu’à l’époque les bénéfices engrangés au box-office pour les films US sont législativement bloqués en Angleterre et afin de ne pas perdre cet argent disponible, mieux vaut produire un film sur place, pur film de studio ou coproduction locale. Jules Dassin se trouve également déjà dans le collimateur de la Commission Hays pour ses sympathies communiste et le studio voit d’un bon œil de l’éloigner un temps d’Hollywood et le réalisateur s’installera d’ailleurs définitivement en Europe après le tournage.
Dans la lignée de ses deux œuvres précédentes, Dassin se déleste de toute velléité et imagerie touristique dans sa description de Londres pour privilégier le versant sordide des bas-fonds de la ville. 

C’est le Londres des petites frappes, des vendeurs à la sauvette, mendiant et gangster qui nous est dépeint ici dans toute sa crudité (les anglais détesteront d’ailleurs le film à sa sortie). Le sentiment de grouillement et d’urgence frappe d’entrée et va se concrétiser à travers le personnage d’Harry Fabian (Richard Widmark) fuyant dans les ruelles sombres et désertes un créancier tenace. Tout est déjà résumé là, les ennuis affleurent vite après un Harry pour lequel le récit sera une fuite en avant concrète ou sen suspens. Harry a des rêves de grandeur et de réussite (I want to be somebody), de l’énergie à revendre pour les réaliser mais empruntera constamment des chemins et pratiques dangereux pour atteindre son but. La même filouterie et bagout de rabatteur de de nightclub lui sert ainsi pour se lancer dans un projet hasardeux de combats de lutte dont il serait le grand promoteur. 

La quête de réussite du personnage est sans but concret si ce n’est celle des apparences et il s’adapte ainsi aux opportunités qui se présentent à lui. C’est ainsi au hasard et selon ses méthodes d’arnaqueur à la petite semaine qu’il montera cette affaire qui naît d’emblée de la manipulation et du mensonge. Embobinant le très puriste père (Stanislaus Zbyszko vrai champion de lutte) du boss du circuit de la lutte à Londres (Herbert Lom charismatique et inquiétant), Fabian entraîne une âme pure son échec annoncé puisqu’il s’acoquinera à un patron de club peu recommandable (Francis L. Sullivan) et son épouse veule (Googie Withers) pour se financer. Ces fondations branlantes l’entraîneront dans la spirale d’un échec annoncé ou toutes les petites trahisons, mensonges et reniement l’aliéneront de ceux croyant en lui (Gregorius mais aussi sa fiancée jouée par Gene Tierney dans un petit rôle) et déchaîneront sur lui ses accointances les plus douteuses.

Richard Widmark promène une nouvelle fois sa folie et sa nervosité avec un brio certain. Une sourde angoisse pointe ainsi constamment sous une assurance de façade, Harry Fabian étant constamment en parade et en faisant trop comme pour se rassurer inconsciemment. Lorsque les évènements tournent en sa défaveur, cette tension peut alors exploser. Pas dans la violence comme certains rôles fameux de l’acteur (Carrefour de la Mort (1947) en tête) mais dans une détermination fiévreuse à endiguer la fatalité qui le rend méprisable comme lorsqu’il ira voler les économies de sa fiancée pour se sortir d’affaire. Il n’y a que les proportions des ennuis qui changent finalement puisqu’en début de film il fouille le sac de Gene Tierney en quête de 5 livres pour à la fin et aux abois lui en voler 200.

Fabian est un perdant dont l’échec était annoncé en dépit de toutes ses manigances comme le résumera cette réplique cinglante au plus fort de sa détresse : « You've got it all. But you're a dead man. ». Jules Dassin au fil de cette déchéance perd la silhouette frêle de Widmark dans des environnements urbains de plus en plus oppressant où la photo de Max Greene le fait disparaître dans les recoins sombres de l’image.

 Dassin prend un tour expressionniste pour capturer le visage révulsé, terrifié et en nage d’un Widmark de plus en plus conscient de sa mort imminente. Le fantastique n’est pas loin dans la manière furtive de faire apparaître ses poursuivants (le splendide final ou Herbert Lom et ses acolyte le guette depuis le pont), ombres et spectres prêt à fondre sur lui. La conclusion est aussi saisissante que pathétique dans le terrible sort qu’elle réserve à son héros. Une des très grandes réussites de Dassin.

Sorti en dvd zone 2 français chez Carlotta

mercredi 28 mai 2014

Le Carrefour de la mort - Kiss of Death, Henry Hathaway (1947)


Sans le sou, Nick Bianco décide de cambrioler une bijouterie pour offrir un Noël décent à sa famille. Arrêté par la police, il se voir proposer par l'assistant du District Attorney Louie D'Angelo une réduction de peine s'il dénonce ses acolytes. Nick refuse, pensant que ses amis aideront sa famille à survivre. Apprenant trois ans plus tard que sa femme s'est suicidée et que ses deux filles ont été placées dans un orphelinat, il se met à table, et recouvre sa liberté. Alors qu'il tente de reconstruire sa vie loin du milieu du crime, Nick apprend que le psychotique Tommy Udo, qu'il a pourtant dénoncé, est en liberté, sur ses traces...

Kiss of Death s'inscrit dans la veine des polars réalistes produit au sein de la Fox et qui se démarquaient par un tournage délaissant les studios pour des cadres urbains réels renforçant l'immersion. Henry Hathaway en fut le chantre et signa de nombreuse réussites dans le genre dont notamment l'excellent Appelez nord 777 (1948). Le Carrefour de la mort est tout aussi brillant même si l'aspect urbain s'avère plus sous-jacent que dans d'autres polar de la Fox, Henry Hathaway inscrivant cette tonalité réaliste dans un dessein plus global que le seul environnement. Ici il est plutôt question de la fatalité liée à l'appartenance, à l'évolution dans un cadre misérable destinant au monde du crime et la possibilité d'échapper à ce destin.

C'est problématique qui hantera tout le film notre héros Nick Bianco (Victor Mature), la voix-off présente dans la première partie du film appuyant cette idée de fatalité. Nick est un fils de malfrat dont le père fut tué sous ses yeux enfant et il aura tout naturellement embrassé la voie du crime une fois adulte. Marqué de ce passif, les employeurs se refusent à lui donner sa chance et le ramène vers l'illégalité, seul moyen de nourrir sa famille. C'est dans cet état d'esprit que nous le retrouvons dans la scène d'ouverture où il est arrêté suite à un cambriolage de bijouterie qui tourne mal. Engoncé dans le code d'honneur de la rue, Nick va repousser l'offre du procureur Louie D'Angelo (Brian Donlevy) lui promettant la clémence s'il dénonce ses complices. Nick reste inflexible pensant que ses acolytes prendront en charge sa famille mais il n'en sera rien, la misère poussant sa femme au suicide et ses deux fillettes étant placées à l'orphelinat.

Le scénario très moral de Ben Hecht et Philip Dunne montre ainsi le cheminement de Nick dépassant son éducation et environnement pour assumer ses responsabilités. Victor Mature dans ce type de personnage au bon fait mais dépassé est formidable d'authenticité (magnifique scène de retrouvailles avec ses deux petites filles), un roc qui dissimule une grande vulnérabilité. Face à lui par contre une véritable ordure irrécupérable avec le terrifiant Tommy Udo (Richard Widmark), psychopathe en puissance et chargé des basses œuvres quand il s'agit de réduire les balances au silence définitif.

Hathaway nous place dans une communauté italo-américaine populaire où le meilleur (la sollicitude de Nettie (Coleen Gray) envers Nick en prison, le procureur joué par Brian Donlevy en appelant à la famille pour remettre notre héros sur la bonne voie) côtoie le pire en la personne de Tommy Udo, où l'on passe d'une ruelle paisible aux bouges les plus mal famés voyant se dérouler le pire dans leurs arrières salles. Le stoïcisme et la détermination paisible de Victor Mature va ainsi s'opposer à la pure démence de Richard Widmark qui crève l'écran pour son premier rôle au cinéma. Visage en lame de couteau gorgé de tics nerveux, regard dément et rire glaçant caractérisent ce Tommy Udo imprévisible et sadique.

Il suffira d'une scène terrifiante où il balance une femme en fauteuil roulant dans un escalier pour situer son degré de folie et dès lors Hathaway n'a nul besoin de donner dans la surenchère pour rendre angoissante la simple promesse d'une réapparition de ce monstre. Nick ayant été démasqué, la vengeance de Tommy semble inévitable et sa silhouette comme son rire se profilant comme une terrible menace pour notre héros ayant refait sa vie. Cela constituera la dernière étape du film, très américaine dans l'idée ou plutôt que la voie du crime (sans issue) ou celle de la loi (boiteuse puisque libérant son pire ennemi) Nick devra faire face à ses actes et son passé dans une dimension héroïque et sacrificielle qui permettra enfin une réelle renaissance et la paix pour lui et ses proches. Il ne sera plus marqué.

Le face à face final, faussement amené comme un règlement de compte désamorce complètement cela et signe la définitive rédemption de Nick par un astucieux et symbolique rebondissement, réécrit d'ailleurs par Philip Dunne quand le scénario initial voyait Nick se cacher plutôt qu'aller au-devant de la menace. Un des meilleurs films d'Henry Hathaway qui connaîtra deux remakes : The Friend Who Walked the West (1958) de Gordon Douglas transposant l'intrigue en western et le plus récent Kiss of Death (1995) de Barbet Schroeder où Nicolas Cage offre une mémorable relecture du personnage de Richard Widmark.

Sorti en dvd zone 2 français chez Catlotta

mardi 4 février 2014

Le Port de la drogue - Pickup on South Street, Samuel Fuller (1953)


Dans le métro, Candy se fait voler son portefeuille par Skip Mc Coy, un pickpocket aguerri. Des policiers qui suivaient la jeune femme soupçonnée d'être un agent de liaison communiste, assistent à la scène sans pouvoir intervenir. De retour chez lui, Mc Coy découvre que le portefeuille contient un microfilm. Policiers et communistes vont essayer de le récupérer.

Fuller réalise un des fleurons du film noir avec ce mémorable Pickup on South Street brutal et sensuel. Ancien reporter criminel à ses débuts, Fuller connaît comme sa poche les us et coutume de ce petit monde de la pègre ordinaire et n'aura de cesse dans ses meilleurs polars d'extraire une certaine humanité de cette fange et de montrer ces truands comme des êtres plus complexes à résumer que leurs seuls mauvais penchants. On en aura plus tard un bel exemple avec son mémorable Underworld U.S.A. (1961 où son impitoyable héros vengeur se montrera finalement plus fragile et faillible que la tentaculaire et glaciale organisation mafieuse.

On en a une première idée ici où nos héros tout hors-la-loi qu'ils sont s'avèrent pourtant bien plus attachant dans le défaut que l'impitoyable ennemi communiste. Depuis le 24 novembre 1947 et la réunion du Waldorf-Astoria, les studios américains dont la Fox s'engagèrent à ne plus employer de communistes et à sortir des productions stigmatisant la menace rouge. Samuel Fuller s'y frottera avec des films de guerre comme J'ai vécu l'enfer de Corée (1951), Baïonnette au canon (1951), Le Démon des eaux troubles (1954) où malgré le sous-texte il réussira toujours à mettre en avant l'humain et ses peurs face au combat. C'est également le cas dans Pickup on South Street où face à un ennemi indéfinissable et menaçant tout comme les soldats anonymes de ses films de guerre Fuller fait de ses laissés pour compte des bas-fonds les vrais héros.

Le scénario montre d'abord les personnages sous leur jour le plus douteux et brutal. Skip Mc Coy (Richard Widmark) pickpocket multi récidiviste commet son dernier méfait en plein métro en dérobant du sac à main de la belle Candy (Jean Peters) un portefeuille contenant le microfilm d'une arme nucléaire. Candy est sans le savoir la passeuse d'un réseau communiste et les attitudes provocantes et l'assurance de Jean Peters nous laisse facilement comprendre qu'un parcours cabossé l'a menée à cette situation. Elle est finalement le pendant féminin parfait de Richard Widmark, les deux étant présentés sous leurs plus mauvais jour en pures créatures de la nuit : sensuelle et au passé probablement peu chaste pour Candy et avide et arrogant pour Skip.

Leurs rencontres sont ainsi violentes et torride en exploitant cette facette d'eux, Candy lascive et séductrice pour soutirer le microfilm à Skip et ce dernier agressif et brutal quand il sent venir la manipulation alors qu'il souhaite titrer un maximum de son butin. L'humanité des personnages avec tous leur défauts et passions nous apparaît avec le contrepoint des communistes, anonymes si ce n'est l'inquiétant et angoissé Joey (Richard Kiley) et n'existant que par leurs objectifs et leurs actions sanglantes.

Widmark dans une performance nerveuse et outrée dont il a le secret est absolument parfait en petite frappe se découvrant progressivement une conscience et Jean Peters est aussi poignante que troublante en Candy magnifiquement passionnée en femme fatale sacrificielle et amoureuse. Fuller joue ainsi habilement des deux tableaux avec un anticommunisme jouant à plein dans l'intrigue mais qui n'est prétexte servant de révélateur aux héros.

La preuve en est la fameuse VF faisant disparaître la trame anti-communiste (la France étant un pays votant alors massivement pour le Parti) pour remplacer le contenu du microfilm par la formule d'une nouvelle drogue et si ce n'est les réactions un peu trop outrées pour un tel enjeu, l'ensemble fonctionne malgré ce changement car c'est avant tout le cheminement de ses petites frappes qui importe à Fuller.

On pourra ainsi voler, se vendre ou dénoncer l'autre en suivant les codes du milieu connus et admis mais ne jamais les abandonner aux mains des vrais monstres que sont ici les communistes. Le superbe personnage de Thelma Ritter et sa fin cruelle l'illustre de la plus belle façon et amorce ainsi la rédemption de Skip et Candy. Un voyage au bout de la nuit où les coups pleuvent, les morts s'amoncèlent et les courses poursuites s'enchaînent dans une urbanité saisissante (alors qu'on devine plus d'une fois les nombreux passages tournés en studio) et le tout sur un rythme trépidant, le film étant d'une densité narrative rare sur 80 minutes. Un grand polar.

  
Sorti en dvd zone  français chez Carlotta

mardi 12 novembre 2013

Troublez-moi ce soir - Don't Bother to Knock, Roy Ward Baker (1952)

Des clients fortunés d’un grand hôtel, appelés à se rendre à une soirée, font appel à une baby-sitter pour garder leur fille. Leur choix se porte sur Nell, la nièce du garçon d’ascenseur, une jeune femme gentille et discrète d’apparence. Mais Nell se révèle vite être une personne psychologiquement instable. Ce que va découvrir un voisin de chambre, d’abord attiré par sa beauté et son mystère.

Après une série de second rôles remarqués où elle sut faire apprécier ses talents d'ingénue au sex-appeal ravageur (Quand la ville dort de John Huston en 1950, All About Eve de Mankiewicz (1950), Chérie, je me sens rajeunir de Howard Hawks (1952)) Don't Bother to Knock était donc pour la Fox un véhicule idéal pour mettre en valeur la star montante qu'était Marilyn Monroe. Celle-ci saura exploiter son physique avantageux vers une noirceur surprenante l'année suivante en jouant la vénéneuse femme fatale de Niagara (Henry Hathaway, 1953) et annonce déjà son penchant pour les personnages troubles en jouant cette fois de sa vulnérabilité dans Troublez-moi ce soir. Elle est d'ailleurs le principal atout de ce petit thriller à l'intrigue simple.

Elle campe ici Nell, une jeune femme appelée pour faire la baby-sitter des riches clients d'un hôtel par à l'entremise de son oncle garçon d'ascenseur. Dès sa première apparition, une sourde angoisse et un certain malaise semble se dissimuler derrière ses manières douces, ce qui va dangereusement se vérifier. D'une gentillesse forcée avec la fillette qu'elle garde, elle va d'abord arborer tenues et bijoux de ses patrons et prolonger son fantasme en séduisant le voisin d'en face, Jed (Richard Widmark) en froid avec sa petite amie.

Il faut toute la conviction de Richard Widmark et Anne Bancroft (dans son premier rôle) pour s'intéresser au sort du couple au second plan dans ce récit en huis-clos alors que l'on est captivé dès que Marilyn est à l'écran. De son visage triste et allure fragile peuvent surgir en un instant le regard et le geste le plus menaçant (glaçant moment où la petite fille est suspendue à la fenêtre) et quand elle fait son numéro de vamp séductrice parait constamment ailleurs, extérieure aux évènements dans une quête indistincte d'affection.

Il en faudrait peu pour que le film s'aventure dans des territoires plus inquiétants mais la mise en scène trop sage d'un Roy Ward Baker qu'on a vu plus inspiré (malgré quelques moments réussis comme la silhouette de Nell formant une ombre terrifiante pour la petite fille recroquevillée dans son lit) et le script unidimensionnel atténue tout ce potentiel. Reste donc une Marilyn fébrile qui déjà brille à susciter la compassion et l'empathie malgré les actions néfastes de son personnage, plus victime que criminelle. Il est vraiment dommage qu'elle n'ait pas eu l'occasion creuser ce registre par la suite mais à elle seule elle assure la postérité de ce Troublez-moi ce soir.

Sorti en dvd zone 2 français chez Fox

vendredi 30 mars 2012

Le Jardin du Diable - Garden of Evil, Henry Hathaway (1954)


Trois passagers d'un bateau se trouvent coincés dans une petite bourgade du Mexique après une avarie de machines. Alors qu'ils prennent un verre, une femme aux cheveux roux surgit et les supplie contre récompense de secourir son mari bloqué au fond d'une mine par un éboulement. Les trois hommes ainsi qu'un client du bar acceptent. Ils l'accompagnent dans une région isolée aux mains des Apaches.

Hathaway réalise un des plus singuliers westerns des années 50 avec ce Jardin du Diable où le déroutant scénario de Frank Fenton nous emmène de surprise en surprise. Le film démarre comme un western d'aventures picaresque façon Vera Cruz (réalisé cette même année 1954 et où Gary Cooper campe un personnage assez proche) où trois hommes coincés dans une bourgade mexicaine acceptent de suivre une femme dont le mari est coincé dans une mine d'or.

Tout les les archétypes sont là, personnages comme décors spectaculaire pour mener un récit mouvementé. Gary Cooper est ici un homme droit mystérieux et taciturne sur son passé, Cameron Mitchell serait plutôt le jeune chien fou à la gâchette facile et le grand Richard Widmark aux antipodes de ses rôles de psychotique est le désinvolte posant un regard distancié sur le danger. On comprend déjà que l'on est ailleurs avec le personnage de Susan Hayward qui ne tombe dans aucun clichés du genre (la vamp, la femme effacée et aimante) pour composer une femme à poigne qui ne lève pas un regard sur les hommes ayant accepté de l'accompagner.

Seul compte pour de sauver son époux enseveli et aucun obstacle ne se posera en travers de sa route. Une scène définit cette détermination lorsqu'elle traverse la première et en sautant à cheval et sans la moindre hésitation la crevasse d'un chemin sinueux en flanc de montagne. Ce passage accompagne aussi le basculement du film dans un territoire inconnu, autant dans l'espace traversé que par la tournure de l'intrigue.

Le rythme et l'atmosphère sont des plus étranges. Hathaway effectue un grand écart étonnant avec ces cadrages amples dévoilant toute la majesté des somptueux et très variés décors naturels contrebalancé par une caméra statique qui instaure progressivement une ambiance des plus oppressantes. On ne sait pas vraiment ce que l'on doit craindre le plus, les indiens tapis dans l'ombre dont c'est le territoire ou alors les passions des protagonistes que ce soit l'appât du gain ou l'attirance pour Susan Hayward. Pas d'action donc mais une tension sourde où l'on explore les failles des personnages et devine dans quel travers ils tomberont lorsque les choses se gâteront.

L'interprétation est exceptionnelle au sein du trio vedette. Gary Cooper taiseux et droit comme la justice fait passer une gamme d'émotions subtiles à un personnage dont on ne saura rien jusqu'au bout. Richard Widmark est lui fascinant en homme lucide sachant lire l'esprit des autres et qui malgré cela se montrera prêt à céder à une Susan Hayward ambiguë. Hathaway saisit magnifique la séduction et le pouvoir de conviction de cette femme sensible mais prête à capable de pousser les hommes à leur perte si besoin.

L'arrivée à la mine et les retrouvailles avec son mari l'éclaire sous un nouveau jour où on saisit toutes les nuances du script de Fenton. On a là des êtres vide de toute humanité dans leur simple quête de richesse et finalement les plus attachants seront ceux qui sauront se sacrifier où survivre pour une plus noble cause.

Le mari (Hugh Marlowe) saura ainsi rendre tragiquement à son épouse l'abnégation qu'elle a mis à le sauver, Richard Widmark exprimera sa flamme au travers du hasard d'un jeu de carte (même si une belle scène de de déclaration aura précédé) et Gary Cooper dans la belle scène finale rejoindra Susan Hayward dans un soleil couchant sachant lui aussi où est l'essentiel.

L'action est entièrement soumise à cette évolution des personnages et n'arrive finalement que dans les tous derniers instants du film. Là Hathaway récompense notre attente avec un sacré morceau de bravoure où une course poursuite nerveuse s'enchaîne avec une embuscade en montagne.

L'ennemi indien n'est qu'un prétexte et un révélateur qu'Hathaway film comme des silhouettes indistinctes et sans visages, une menace omniprésente dont les flèches peuvent surgir de partout amenant une dimension fantastique et psychologique appuyée. Formellement c'est somptueux de bout en bout et un des Hathaway les plus aboutis visuellement où les images marquantes sont multiples. Vraiment surprenant dans sa manière de contredire un argument attendu, un superbe western pour peu qu'on accepte d'être happé dans son étrangeté.


Sorti en dvd zone 2 français chez Sidonis dans la collection western

jeudi 23 décembre 2010

La Ville abandonnée - Yellow Sky, William A. Wellman (1948)


Après avoir pillé une banque, des hors-la-loi s’enfoncent dans le désert de sel pour échapper à leurs poursuivants. Exténués, ils échouent dans une ville fantôme, Yellow Sky, où vivent un vieux chercheur d’or et sa fille. L’appât de l’or divise la bande...

Très grand western de Wellman où ses thèmes de prédilection et son style visuel atteignent des sommets pour offrir un objet précurseur en tout point dans le genre. L'ouverture donne dans le classique sans surprise avec cette bande de hors la loi sans scrupule qui arrive en ville, pille une banque et déguerpit aussi sec. Ce début nous montre ainsi les malfrats sous leur jour le plus désincarné et fonctionnel afin que soit appuyé l'aspect révélateur de la tournure plus surprenante de la suite du récit. Ce sera tout d'abord par une terrible scène de traversée de désert, qui révèle les dissensions sous jacente de la bande mais aussi la profonde autorité qu'exerce Gregory Peck sur ses hommes prêt à le suivre dans cette fournaise ardente. Un beau morceau de bravoure (qui inspirera sûrement Leone pour une séquence similaire dans Le Bon, La Brute et Le Truand) où les personnalités les plus valeureuses, lâche ou tenace se dévoile nous permettant d'anticiper certaines réactions de la seconde partie.

Cette traversée du désert qui laisse nos héros exsangues n'est que la première étape d'une mise à nu de chacun dans le cadre surprenant de la ville fantôme de Yellow Sky. Filmé dans le décor naturel de la Vallée de la Mort, le film distille une atmosphère inhabituelle dans le western américain de l'époque avec ces rocheuses imposantes dessinant des ombres de plus en plus oppressantes sur cette mystérieuse ville fantôme. L'action se trouve réduite au strict nécessaire dans une tonalité exclusivement psychologique où toutes les facettes de Wellman se dévoilent. Le grand attrait pour les personnages féminins fort (célébrés dans Convois de Femmes notamment) avec une Anne Baxter teigneuse faisant face sans férir aux malfrats et qui au terme d'un relation tumultueuse avec Gregory Peck découvre peu à peu sa féminité.

Plus surprenant, le message sur les méfaits de la guerre et la manière dont elle détruit les hommes, thème récurrent de Wellman (vétéran de la Première Guerre Mondiale) mais qu'on a pas vu venir ici. En effet sous les premiers abord patibulaires, la bande se révèle peu à peu comme une suite de destins brisés par la Guerre de Sécession. Diverses lignes de dialogues révèlent pour certains un passé plus simple et rural que la guerre et que la nécessité a poussée vers une voie criminelle, le moment le plus significatif étant la touchante séquence d'aveux où Peck conclu un marché en narrant son enfance difficile soucieux de démontrer que le vrai lui réside dans cette existence dont il a été détournée.

Plus qu'à un groupe de malfrat néfaste c'est sous la forme d'une bande de garçons perdus qu'apparaît la bande, la façon autoritaire et presque paternelle dont Peck résout tout les conflits et la crainte qu'il inspire à ses hommes (qui multiplient les volte face pour ou contre lui, indécis) soulignant ce fait. Au final hormis un très inquiétant Richard Widmark (et sans doute aussi John Russel et son regard vicieux) avide de revanche, il n'y a pas de vrai figure malfaisante et négative qui se distingue. Le pouvoir de suivisme dans un collectivité que fustigeait Wellman dans son puissant L'étrange accident est donc vu sous un jour plus nuancé ici quoique désespérant avec ses hommes condamnés à suivre un leader bon ou mauvais.

La forme est assez exceptionnelle et déborde d'inventivité. Tout les jeux vidéos FPS naissent lors de ce plan insensé où Anne Baxter arme son fusil sur un adversaire avec vue subjective depuis l'intérieur du canon, la manière d'aligner les personnages dans un décor et surtout le jeu d'ombre sur leur visages se découpant dans le cadre dans le jeu sur la profondeur de champs annonce elle le western spaghetti.

Le sommet est atteint en conclusion où Peck, Widmark et Russel se traquent longuement dans les ruines, rien ne nous étant caché de leurs progression alors que l'explosion de violence clôturant la séquence est elle vue en hors champs de puis l'extérieur (le western spaghetti Keoma de Castellari calquera quasiment son final sur celui de Wellman) laissant planer le doute sur le vainqueur. Grâce à toute cette finesse déployée, la scène final en forme de repentance et de nouveau départ aurait pu paraître trop simpliste ou appuyée mais fonctionne parfaitement. Juste brillant!

Sorti en dvd zone 2 français, pour les anglophones le zone 1 est cependant beaucoup moins cher et doté de sous titres anglais.

Pas pu trouver de bande annonce donc petit panorama des meilleurs moments mais mieux vaut couper le son vu la musique hors sujet...


vendredi 10 septembre 2010

La Lance Brisée - Broken Lance, Edward Dmytryk (1954)


Riche éleveur, Matt Devereaux dirige avec une poigne de fer un véritable empire en Arizona, secondé par ses quatre fils, Ben, Mike, Danny et Joe. L'ainé, Ben, a fini par haïr son père, dont la seule affection va à son cadet Joe qu'il a eu avec sa seconde femme, fille d'un chef comanche. Tandis que Joe se fiance avec Barbara, la fille du gouverneur, un incident se produit: les déchets de la mine de cuivre de l'endroit polluent la rivière et empoisonnent quelques bêtes. Matt dirige une expédition punitive à la mine et saccage les installations...

La lance Brisée est le remake du film de Mankiewicz La Maison des Etrangers transposé d'une époque contemporaine à un cadre de western pour un puissant drame familial. Les thèmes classiques du genre se mêle admirablement au récit plus intime. La figure imposante du personnage de Spencer Tracy s'imprègne bien avant son apparition effective à l'écran, par symbole (ce portrait le magnifiant) et l'antagonisme régnant entre les quatre frères et plus particulièrement l'aîné (Richard Widmark) et le benjamin (Robert Wagner) né d'une indienne. Tracy est un propriétaire qui s'est élevé à la force du poignet par la violence, que son intransigeance et sa dureté rendent dépassé à l'ère moderne et qui surtout l'éloigne de ses fils au caractère faible hormis Robert Wagner.

Le problème racial et la jalousie se créent par ce dernier, fils modèle et métis seul à même de succéder à son père. Robert Wagner même si très convaincant est un peu lisse en bon fils mais occasionnent quelques réflexion intéressante quant à son rapport aux autres personnage, l'amitié (l'avocat qui ne souhaite pas le voir fréquenter sa fille) et les liens fraternels ne pouvant dépasser le racisme. A l'opposé, Richard Widmark transcende ce qui aurait pu être un méchant basique en exprimant toute la détresse de ce fils méprisé qui a tout sacrifié et qui voit son héritage lui échapper.

Les confrontations entre lui et Spencer Tracy où il se fait malmener puis se venge face à un père diminué sont d'une grande intensité et noirceur (au point de voir dans le film une variation western du "Roi Lear" comme le souligne Tavernier en bonus) le clou étant atteint lors de la magnifique scène de mort de Tracy. Spencer Tracy est assez incroyable, produit de l'Ouest à l'attitude discutable mais à la sincérité qui le rendent plus attachant qu'un Widmark plus aigri. Dmytryk donne ainsi toute sa mesure dans sa direction d'acteurs, sa mise en scène plus mesurée n'offrant de moments visuellement marquants que par intermittence tel l'esprit de Tracy qui semble presque posséder la vieille demeure avant que ne s'amorce le flashback.

En dépit d'une ultime confrontation pas forcément utile (et amenée pour compenser un relatif manque d'action alors que tout devrait s'arrêter une fois Wagner apaisé) un superbe western donc.

Sorti en dvd zone 2 français dans la collection western de SGCC. Bonus très interessant avec tavernier racontant les origines étonnantes du script du film.

Extrait