Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mardi 9 juillet 2019

Ceux de Cordura - They Came to Cordura, Robert Rossen (1959)

Fin 1916, des escarmouches ont lieu à la frontière mexicaine entre l’armée américaine et des groupes de révolutionnaires. À la veille de l’entrée en guerre en Europe, le major Thorn (Gary Cooper) a pour mission de distinguer, sur le terrain, cinq soldats pour leur bravoure au combat. Le colonel Rogers (Robert Keith) sait que Thorn a flanché lors d’une bataille, mais veut l’aider à se racheter. Une fois les cinq hommes choisis, Thorn doit les ramener pour recevoir la médaille d’or du Congrès, en compagnie d’une américaine (Rita Hayworth) accusée d’aide aux Mexicains. Au cours de leur longue route, les héros vont montrer un autre visage, alors que Thorn tâche de mener sa mission sans faillir cette fois.

Robert Rossen voit sa carrière basculer en 1953 lorsque, après des années de résistance et s'être vu placé sur la liste noire, il cède à la pression de la Commission des activités anti-américaine et livre 57 noms de sympathisants communistes. L'inactivité et l'angoisse le firent ainsi craquer, cette dénonciation l'aliénant de ses amis de gauche et freinant considérablement sa carrière. Si Elia Kazan, autre célèbre délateur, tentera de "justifier" son acte de façon ambiguë dans Sur les quais (1954), Robert Rossen s'interroge et fait acte d'expiation dans le captivant Ceux de Cordura. Le réalisateur y interroge la mince frontière entre héroïsme et lâcheté à travers le personnage du Major Thorne (Gary Cooper). Dans le contexte du conflit opposant les révolutionnaires mexicains de Pancho Villa au gouvernement américain, Thorne a cédé à la lâcheté en se cachant lors d'une escarmouche ennemie.

Passé entre les filets de la cour martiale grâce à ses relations, Thorne n'en est pas moins un homme meurtri par la culpabilité. Désormais en charge de distinguer les braves aptes à recevoir la Médaille d'honneur pour leur bravoure au combat, Thorne se fait à l'aune de sa propre faute une haute idée de la notion d'héroïsme. Cela va jusqu'à s'opposer au colonel Rogers(Robert Keith) ayant contribué à le dédouaner quand il lui réclamera une recommandation à une récompense après une bataille victorieuse. A la place, Thorne jette son dévolu sur cinq hommes ayant lors de cette même joute fait preuve d'un courage qui en fit basculer l'issue. Il doit donc les escorter jusqu'au fort de Cordura où ils attendront la validation du congrès avant de revoir leur médaille.

L'introduction nous présente ainsi l'impressionnante bataille où Chawk (Van Heflin), Fowler (Tab Hunter), Trubee (Richard Conte) et Renziehausen (Dick York) vont accomplir des hauts faits qui feront basculer l'affrontement sous le regard fasciné et admiratif de Thorne. Cette bravoure dont il n'a su faire preuve, Thorne tente d'en capturer l'essence en interrogeant les héros et en consignant leurs impressions où ils ont bien du mal à rationaliser et expliquer leurs actes glorieux. La tournure malencontreuse de l'expédition va pourtant révéler les bas-instincts des "héros", la révélation prématurée de l'objectif du voyage faisant office de déclic négatif exacerbé par la tournure des évènements.

L'ambition arrogante de Fowler, le passé trouble de Chawk, le machisme de Trubee sont autant d'éléments qui les rendent de moins en moins dignes du sésame militaire au fil du voyage. Ces imperfections sont pourtant d'autant plus précieuses pour Thorne puisqu'ils ont su dans un bref moment les surmonter pour se montrer héroïque. Des actes de natures instinctives qui s'opposent à la noblesse et la haute idée que se fait, en théorie Thorne de la bravoure. Le caractère trop réfléchi du personnage sur ces notions (sa manière méprisante de juger l'assaut initial à la hussarde et sans stratégie) l'empêche justement de céder dans son attitude à l'irrationnel que signifie justement un acte héroïque. Si la mise à nu des soldats révèlent une facette néfaste, celle de Thorne et de la prisonnière accusée de trahison Adelaïde Geary (Rita Hayworth) les rends bien plus touchant dans leur vulnérabilité.

Rita Hayworth (dont le visage plus mûr commence à être marqué par les excès) révèle ainsi les vicissitudes d'une vie qui l'ont conduit à trouver refuge au Mexique tandis que Gary Cooper tout en sobre fragilité compose un personnage mystique dans son idéal voire son sacerdoce héroïque. C'est vraiment à lui que s'identifie Robert Rossen, à travers lui qu'il se convainc que l'individu ne se résume pas à un moment de faiblesse et, à l'inverse pour les autres protagonistes, à un acte glorieux. L'humain est complexe et jamais unidimensionnel dans les hauts comme les bas et le dépassement de soi de Thorne et Adélaïde supplantera au final la vision étriquée et machiste de l'héroïsme par le seul prisme militaire qui montre ses limites. Robert Rossen fait passer toute cette réflexion dans ce curieux post western introspectif et captivant même si parfois un peu appuyé dans son propos.

Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez Sidonis 

dimanche 2 décembre 2018

L'amour vient en dansant - You'll never get rich, Sidney Lanfield (1941)

Un producteur de spectacles, Martin Cortland, est très sensible au charme de ses danseuses. Pour conquérir l’une d’entre elles, Sheila Winthrop, il décide de lui offrir un bracelet gravé à son nom. Mais la femme du producteur découvre le bracelet et le menace de divorce. Martin demande alors à son chorégraphe Robert Curtis de déclarer que le bracelet lui appartient et qu’il est amoureux de Sheila. Robert veut offrir le bracelet à Sheila mais les choses se compliquent quand il découvre que la belle est fiancée avec un officier de l’armée...

L'amour vient en dansant est le premier film de Fred Astaire avec Rita Hayworth, la partenaire ayant le mieux sut combler le vide laissé par Ginger Rogers après la fin de leur glorieuse collaboration à la fin des années 30. Le film s'inscrit dans la série de premiers rôles que la Columbia donne à Rita Hayworth (l'excellent Les Arènes sanglantes de Rouben Mamoulian qu'elle illumine sort la même année) afin de l'établir en tant que star. Cela se ressent d'ailleurs dans la progression du film, assez différente des duos avec Ginger Rogers. Les scènes musicales ne sont là que pour entrecouper une comédie romantique qui aurait parfaitement pu fonctionner sans.

L'aspect "conception d'un spectacle" dans le film typique de la comédie musicale des années 30 est ainsi escamoté d'emblée pour le vaudeville avec le libidineux directeur de théâtre Cortland (Robert Benchley) use de son danseur Curtis (Fred Astaire) pour masquer à son épouse ses tentatives de séduction auprès de la danseuse Sheila Winthrop (Rita Hayworth). Le début du film dans le théâtre et ses répétitions laisse croire à la classique relation mentor/élève entre Curtis et Sheila mais l'escamotage de l'argument musical en fait plus une histoire de séduction. C'est à Curtis de reconquérir une Sheila vexée d'avoir été utilisée et le film prend des bifurcations inattendues dans sa construction romantique.

A mi-parcours le film vire ainsi à la comédie de régiment amusante où le soldat Fred Astaire est aussi inadapté que l'amoureux. Malgré un côté un peu décousu les gags et situations comiques font mouche dans les déconvenues sentimentales et militaire de Curtis (les va et vient en salle de garde, un vol d'uniforme aux conséquences fâcheuses). Les numéros musicaux (pas si nombreux), s'ils ne s'incorporent pas toujours de façon fluide à la narration n'en reste pas moins réussis.
On oscille entre un classicisme (la répétition d'ouverture), spontanéité euphorisante (Shootin' The Works For Uncle Sam endiablé à la gare) et un gigantisme militaire à la Berkeley (sans la folie) pour la parade martiale et nuptiale de The Wedding Cake Walk.

Fred Astaire par son jeu léger et sa grâce corporelle illumine l'écran par sa seule présence (Since I Kissed My Baby Goodbye en salle de garde, chanson nommée aux Oscars) et trouve une partenaire à la hauteur (malgré le peu de scène de danse commune) avec Rita Hayworth dont la formation rend digne du maître. Sidney Lanfield sans génie mais avec efficacité parvient par intermittence à donner l'ampleur attendue aux numéros (le tank géant servant de piste de danse) dans un film dont l'immense succès générera une seconde production (tout aussi agréable) réunissant Fred Astaire et Rita Hayworth avec Ô toi ma charmante l'année suivante.

Sorti en dvd zone 2 français chez Columbia 

mercredi 6 juin 2018

Ô toi ma charmante - You Were Never Lovelier, William A. Seiter (1942)

En Argentine, à Buenos Aires, le danseur Robert Davis (Fred Astaire), à la recherche d’un emploi, se présente chez le propriétaire d’un cabaret Eduardo Acuña (Adolphe Menjou) qui, occupé, refuse de le recevoir. Eduardo est préoccupé par sa fille, Maria (Rita Hayworth), qui au grand désespoir de sa famille ne veut pas se marier. Son père imagine alors un stratagème pour la faire changer d’avis. Il envoie des fleurs et des billets doux à sa fille en lui faisant croire qu'ils viennent d'un admirateur inconnu. Par un concours de circonstance, Maria est persuadée d’avoir rencontré son « inconnu » en la personne de Robert Davis et le présente à sa famille.

Le mythique duo Fred Astaire/Ginger Rogers au terme de 9 films en commun avait pris fin en apothéose avec le superbe La Grande Farandole (1939). Les films suivants de Fred Astaire chercheraient ainsi à retrouver cette complémentarité avec d'autres partenaires comme Broadway qui danse (1940) avec Eleanor Powell et surtout le diptyque L'amour vient en dansant (1941) et Ô toi ma charmante avec Rita Hayworth. Le succès du premier film et l'excellente entente entre Fred Astaire et Rita Hayworth entraîne dont la production de cet autre film dans la foulée. Le film s'inscrit dans un courant "latino" de la comédie musicale des années 40 puisqu'avec la Deuxième Guerre Mondiale et la fermeture du marché européen, l'Amérique du sud constitue un terreau commercial non négligeable pour les studios avec des films comme Sous le ciel d'Argentine (1940), Une nuit à Rio (1941) ou Week-end à la Havane (1941).

Le scénario (auquel participe Delmer Daves) se situe donc dans un Buenos Aire pittoresque qui sera l'occasion de numéros musicaux qui permettent à Fred Astaire de poursuivre les recherches chorégraphiques autour des danses latines initiée dans les films avec Ginger Rogers. La présence de l'orchestre de Xavier Cugat (qui joue son propre rôle dans le film) va dans ce sens et posera problème dans un premier temps à Jerome Kern pour composer des chansons dans cette veine.

La trame délaisse les intrigues autour du monde du spectacle des films avec Ginger Rogers pour une pure comédie romantique. On s'amuse ainsi de ce père intrusif (au point de s'occuper lui-même du trousseau d'une de ses filles future mariée) pris à son propre piège lorsqu'il va se muer en prétendant fantôme épistolaire pour dérider sa cadette glaciale Maria (Rita Hayworth). Le problème c'est que suite à un quiproquo elle va prendre le danseur Robert Davis (Fred Astaire) pour son prétendant anonyme au grand dam de son père. Du coup hormis une scène d'audition totalement virtuose de Fred Astaire, tous les numéros musicaux sont là pour nouer la relation amoureuse des deux héros passant de jouée à sincère. Cela se traduit dans le jeu et donc la gestuelle dansée des personnages.

Rita Hayworth passe d'une sophistication distante à une sensualité affolante passant de tenue recherchée mais glaciale à des robes stylisées épousant magnifiquement ses courbes pour traduire le trouble ardent et le désir de plaire de la femme amoureuse. Il en va de même pour Fred Astaire arrogant et désinvolte ne voyant la danse que comme une obligation pécuniaire avant de se muer en amoureux timide qui se déride dans des danses chaloupée. Rita Hayworth de par sa formation au plus jeune âge à la danse latine dans la tradition familiale s'avère la partenaire idéal d'Astaire pour le film.

Sa sensualité et son allure élancée en font un contrepoint crédible à Ginger Rogers plus véloce et nerveuse et on regrette que finalement les danses communes soient finalement assez rares avec Astaire même si on savoure un tonitruant The Shorty George. Autre sommet avec un délicieux I'm Old Fashioned où la complicité des deux acteurs fait merveille. William A. Seiter accompagne l'ensemble sans génie mais avec efficacité hormis un dernier numéro un peu paresseux pour la réconciliation finale. Un très bon moment en tout cas.

Sorti en dvd zone 2 français chez Columbia 

mardi 3 janvier 2017

Arènes sanglantes - Blood and Sand, Rouben Mamoulian (1941)

Fils de torero, Juan Gallardo rêve de gloire et d’endosser l’illustre habit de lumières à l’image de son père mort dans l’arène. Vivant pauvrement à Séville avec sa famille, il quitte la maison pour faire carrière à Madrid dans la tauromachie. Après quelques années, il réussit à se faire un nom auprès d’aficionados. Auréolé de gloire, il retourne à Séville, retrouve sa famille et son amie d’enfance, Carmen. Ils se déclarent leur amour et se marient. Réalisant de spectaculaires corridas, Juan est maintenant à son apogée. Encensé par tous, il est remarqué par la troublante séductrice Doña Sol, une superbe aristocrate habituée au milieu mondain.

Arènes sanglantes participe à la démarche hollywoodienne de réviser ses classiques les plus spectaculaires du muet à l'aune du parlant. Rouben Mamoulian pour son premier film à la Fox avait donné l'année précédente une relecture à succès du Signe de Zorro de Fred Niblo avec Tyrone Power et Linda Darnell. C'est donc tout naturellement que la même équipe est reconduite à nouveau pour remaker Fred Niblo et sa première adaptation du roman de Vicente Blasco Ibáñez en 1922. Mamoulian poursuit d'ailleurs en plus réussi sa démarche du Signe de Zorro où il retardait et limitait le spectaculaire pour s'attarder sur le contexte et les sentiments qui guidaient les actions des personnages. Ainsi au départ Arènes sanglantes avec son Technicolor flamboyant, son casting prestigieux et le faste de ses décors semble verser dans une pure vision épique et romanesque de ce monde de la tauromachie. Au contraire Mamoulian en contrepoint de ce visuel pétaradant va proposer un film étonnement introspectif.

Cette démarche ne se devine que progressivement tant le film donne dans le portrait plein de panache de Juan Gallardo. L'intrépidité juvénile, le panache et le charme de Juan marquent dès l'adolescence où il est déjà sûr de son talent, de son destin et de ses amours avec Carmen (Linda Darnell). Cette insouciance continue à rendre le personnage attachant dans son ascension où le mépris des autres appuient sa détermination à réussir, tout en nous amusant quand il se voit trop beau et trop vite (hilarante scène où il se croit acclamé à la gare). Pourtant à bien y regarder on constatera finalement la nature assez elliptique de la réussite de Juan, les obstacles venant plus de son orgueil blessé que de son réel apprentissage (et la sagesse possiblement acquise) pour devenir un matador accompli. Juan est poseur et vaniteux alors qu'il n'est rien (la scène où il arrive en maître dans son ancien quartier et distribue les cadeaux) et accentuera ces traits de caractère une fois parvenu au sommet, une nouvelle fois sans apprendre (il restera illettré jusqu'au bout).

Le film ne traite pas d'une figure héroïque mais plutôt de la faiblesse du caractère humain face à une adulation publique versatile. Le journaliste joué par Laird Cregar méprisant ou adulant Juan au gré des évènements représente bien cela mais c'est dans les scènes de tauromachie que Mamoulian l'exprime le mieux. Les postures martiales et l'attitude fière de Juan ont toute leur raison d'être dans cet environnement grandiose, le découpage de Mamoulian soulignant autant la grâce que le danger de tous les instants de la joute. Si Juan est magnifié dans son élément, les inserts sur le public trahissent l'hypocrisie du public plus grisé par la mort omniprésente que la prouesse, Mamoulian l'exprimant autant par la beauté (l'admiratrice jouée par Rita Hayworth) que le grotesque (ce spectateur dégustant son steak en pleine joute). Le toréador ne vaut finalement pas mieux que la viande de sa victime que se partagent les spectateurs après le spectacle. Ce sera bientôt son tour d'être symboliquement dévoré.

Tyrone Power si dominateur dans son arène est littéralement happé par le luxueux et rococo gigantisme de la demeure de Doña Sol de Muire (Rita Hayworth). Les scènes de séduction font preuve d'un raffinement aussi forcé et factice que le sourire de Rita Hayworth qui s'est trouvé un nouveau jouet. Tout cela contribue à rendre Juan étranger à son élément, Mamoulian faisant subtilement passer la déchéance progressive de notre héros. La déchéance morale se dévoile par un simple motif visuel (la bague qui révèle son adultère) puis simplement en escamotant les scènes de tauromachie qui n'ont plus lieux d'être.

La poursuite vaine de la gloire et adrénaline de l'arène se révèlera aussi par ses victimes collatérales présentes (le personnage de John Carradine reportant toujours ses adieux pour le pire) ou future avec le trop ambitieux Anthony Quinn. A l'inverse c'est lorsqu'il convoque magnifiquement l'iconographie religieuse que Mamoulian humanise ses personnages (Linda Darnell en quasi figure de sainte), Mamoulian reconnaissant l'inspiration de Velázquez dans les somptueuses compositions de plan où Juan se recueille avant le combat, ou dans les séquences d'agonie ou les toréadors adoptent des poses de martyrs. Alors que la construction du récit s'avère finalement très classique dans son rise and fall, c'est la finesse du traitement et de l'illustration du réalisateur qui rendent Arènes sanglantes si prenant.

Sorti en dvd zone 2 français chez Opening

 

lundi 6 juillet 2015

La Blonde framboise - The Strawberry Blonde, Raoul Walsh (1941)

Dans le New York des années 1890, au sein d'une atmosphère de musique barbershop et de Biergarten aux pistes de danse bondées, Biff Grimes (James Cagney ) tombe follement amoureux de Virginia Bush (Rita Hayworth, dans le rôle qui la confirma dans son nouveau statut de star). Mais son ami Hugo (Jack Carson ), plus entreprenant, le devance et parvient à séduire cette aristocrate aux cheveux blond vénitien. Par dépit, Biff finit par épouser Amy (Olivia de Havilland ), qui vit dans l’ombre de sa meilleure amie Virginia.

Même si ces œuvres les plus fameuses donnent dans un registre plutôt viril, Raoul Walsh su également faire montre d'une belle veine sentimentale à l'image de ce charmant The Strawberry Blonde. Le film est la seconde et plus célèbre adaptation de la pièce One Sunday Afternoon de James Hagan après celle de 1933 avec Gary Cooper et Fay Wray et avant la dernière à nouveau signé Raoul Walsh en 1948 et réunissant Dennis Morgan, Janis Paige et Dorothy Malone. Walsh se retrouve sur le projet à la demande de James Cagney avec lequel il s'était bien entendu sur Les Fantastiques années 20 (1939) mais doit composer avec la défection d'Anne Sheridan en conflit avec Jack Warner alors que le film était conçu autour d'elle. Walsh va alors se souvenir d'une starlette aperçue dans des séries B de la Columbia et surtout dans un fameux numéro de danse auquel il assista à l’Agua Calienta où elle officiait sous le nom de Cansinos mais qui se nomme désormais Rita Hayworth. Un atout charme qui contribuera au succès du film et lancera définitivement la carrière de la belle.

Modeste dentiste frustré par son quotidien, Biff Grimes (James Cagney) recroise par hasard la route de Hugo (Jack Carson) l'homme qui lui spolia sa situation et la femme qu'il aimait dix ans plus tôt. Tout en méditant sa vengeance, il se souvient des évènements et de sa vie insouciante d'alors. Walsh offre une charmante reconstitution de ce New York populaire de la fin du XIXe et bercée une imagerie bucolique et virile annonçant son Gentleman Jim (1942)  avec le personnage haut en couleur du père de Biff (Alan Hale) et les bagarres épique dont ce dernier doit le sortir. Les apparitions de la "strawberry blonde" Virginia Burns (Rita Hayworth) illuminent ainsi les ruelles du quartier, les regards languissants et les sifflets de satisfaction saluant ses passages pour le plus grand plaisir de la belle.

 Biff la désire plus que tous mais se voit constamment supplanté par son rival Hugo à qui tous réussi. Walsh illustre tous les atours du jeu de la séduction d'une fausseté à double tranchant. Elle se berce toujours d'un charme maladroit chez les figures les plus populaires quand ce ne sera qu'une coquille vide chez les nantis. Biff est ainsi très attachant dans ses rodomontades pour épater Virginia durant leur rendez-vous, tout comme la douce Amy (Olivia de Havilland) craquante lorsqu'elle joue les femmes indépendantes. Lorsque les masques tombent ce sera toujours pour témoigner d'une touchante vulnérabilité tandis que sous l'élégance, la beauté et les richesses Hugo et Virginia ne dégagent aucune personnalité.

Le film constitue ainsi le long cheminement de Biff qui après bien des déconvenues comprendra que sa situation est plus heureuse et que la femme à ces côtés n'est pas un choix par défaut mais la compagne idéale. James Cagney est épatant en homme enfant colérique et insatisfait (géniale scène de dîner où il ne se démonte pas en répondant vainement à la réussite matérielle d'Hugo), tempéré par une espiègle (un clin d'œil sacrément craquant !) et compréhensive Olivia de Havilland qui dégage toujours autant de bienveillance. L'illusion comme la compréhension du bonheur sont astucieusement amené par deux gimmick musicaux reflets des deux figures féminines, illuminant la séduction factice de Virginia comme l'amour complice d'Amy lors du beau final.

 Sorti en dvd zone 2 français chez Warner

jeudi 6 octobre 2011

Tables séparées - Separate Tables, Delbert Mann (1958)


Dans une station balnéaire à Bournemouth sur la côte sud de l’Angleterre, quelques pensionnaires ont élu résidence à l’hôtel Beauregard. L’établissement est tenu par Miss Cooper et parmi ses pensionnaires il y a Mme Railton-Bell et sa fille Sybil jeune fille timide dominée par sa mère, Le major Pollack ancien militaire passant son temps à raconter ses exploits guerriers et John Malcolm écrivain tourmenté, fiancé à Miss Cooper. Sous cette apparente tranquillité débarque une femme très chic Ann Shanland qui se révèle être l’ex-femme de John.


Un joli et touchant mélodrame qui parvient même à surprendre quelque peu par sa manière d'aborder pour l'époque des sujets plutôt tendancieux. Il faut sans doute chercher cette audace dans la pièce anglaise à l'origine du film qui suscita l'intérêt de Burt Lancaster pour sa société de production Hecht-Hill-Lancaster et dont il parvient à embaucher l'auteur Terence Ratigan au scénario en échange des droits. A l'origine la pièce est divisée en deux actes où les deux couples sont dans chacun d'eux joués par les mêmes acteurs. A l'origine Lancaster engage Laurence Olivier pour diriger le film où il jouera le rôle finalement tenu par David Niven tandis que Vivien Leigh suite au départ de son époux pour mésentente avec son producteur star cèdera finalement sa place à Deborah Kerr. Le film s'étoffe de personnages secondaires mais conserve le cadre anglais de la pièce, si important dans ce récit jouant sur les conventions.

Separate tables propose donc un récit choral à huis-clos où les pensionnaires d'une résidence vont pour un temps se déchirer avec leur tourments et leur contradiction. On trouve parmi eux un écrivain porté sur la bouteille (Burt Lancaster), une vieille fille psychologiquement fragile dominée par sa mère (Deborah Kerr), un major retraité moins assuré que ce qu'il parait être ou encore l'apparition d'une élégante femme du monde (Rita Hayworth) qui va s'avérer être l'ex-femme de Lancaster. L'aspect huis-clos et la relative unité de temps renforce le côté théâtral d'origine, d'autant que la mise en scène de Delbert Mann se déleste du moindre effet trop voyant pour principalement mettre en valeur les acteurs, tous remarquables.

Le couple le plus en vue est bien évidemment celui autodestructeur et chargé de rancœurs entre Rita Hayworth et Lancaster. Celui-ci magnifiquement torturé met diablement en valeur une Rita Hayworth qui prend pas mal de risque avec ce rôle jouant de son aura glamour tout abordant la question de son vieillissement et du déclin de ce personnage séducteur qui à l'image de l'actrice a goûté plus que de raisons à tous les plaisirs de la vie.

Ils se font pourtant voler la vedette par Deborah Kerr et David Niven absolument bouleversant. Kerr en godiche ultra-sensible exprime une fragilité à fleur de peau sans tomber dans le ridicule et Niven avec son profond mal être dissimulé sous une fausse assurance et des mensonges qui ne trompent personne offre une de ses plus belles interprétations. Les échanges maladroits de ses deux abîmés de la vie sont très touchants et on est surpris par la manière d'aborder sans fard (sans trop en dire) la nature scabreuse du passé de Niven et globalement tout ce qui touche au sexe (le jeune couple Rod Taylor/Audrey Dalton qui flirte voire plus aux yeux de tous, le désir brûlant entre Hayworth et Lancaster).

Personne n'est totalement ce qu'il parait être et le cadre restreint et la promiscuité produit un effet de loupe sur les travers de chacun dans les jugements moraux qu'il soulève. Mais comme le souligne le très beau final c'est aussi une forme de protection plus tolérante, bienveillante et chaleureuse que le monde extérieur avec cette dernière scène très émouvante dans sa manifestation de solidarité. En levant la tête des fameuses tables séparées du titre on peut aussi rencontrer un regard concerné et amical. Une chose est sûre David Niven a plus que mérité son Oscar.

Sorti en dvd zone 2 français chez MGM

mardi 4 octobre 2011

Opération Opium - The Poppies Are Also Flowers, Terence Young (1966)


Des inspecteurs américains traquent des trafiquants de drogue qui s’approvisionnent en fleurs de pavot en Iran. Grâce aux autorités iraniennes, ils procèdent au marquage radioactif d'une cargaison afin qu’elle les mène aux responsables du réseau. C’est en Italie que les inspecteurs retrouvent la piste du convoi…

A première vue, rien ne semble distinguer cet Opération Opium de la vague de films d‘espionnage pop (et auquel le Coin du cinéphile se pencha en son temps) produits dans le sillage des James Bond : belles jeunes femmes courtes vêtues, décors luxueux, contrées exotiques et atmosphères colorées. Se suivant avec plaisir et sans ennui, le film est un honnête divertissement désuet, typique de son époque, mais guère inoubliable. L’intérêt est ailleurs et la vision s’avère bien plus excitante quand on connaît la nature étonnante de son processus de production.

Opération Opium a en effet la particularité d’être le seul film de cinéma produit par l’ONU. Comme nous l’explique judicieusement l’excellent module en bonus, le film naît de la volonté d’un responsable de l’ONU de montrer de manière pédagogique à travers des fictions les différentes missions remplies par l’organisation. Originellement destiné à la télévision pour laquelle trois téléfilms seront réalisés (dont un par Mankiewicz en personne), Opération Opium aura l’insigne honneur de sortir en salle par la volonté de son réalisateur Terence Young, qui va mettre tous les atouts de son côtés. Young est surtout connu pour avoir mis en scène trois des premières et meilleures aventures de James Bond, Dr No, Bons baisers de Russie et plus tard Opération Tonnerre.

C’est précisément le créateur de James Bond, Ian Fleming, qui lui donne le sujet idéal en s’inspirant du motif d’un de ses livres, où des policiers rendaient radioactifs des diamants afin de remonter la filière d’un réseau de trafiquants. Young remplace les diamants par l’opium pour traiter du travail de l’ONU dans la lutte anti-drogue. Problème : le sujet est finalement trop ambitieux et demande un budget bien plus élevé qu’une simple production télévisée. Qu’à cela ne tienne, le bouche à oreilles des agents les plus influents d’Hollywood parvient à constituer finalement un casting monstrueux venu participer gratuitement au film pour la bonne cause. Défilent donc sous nos yeux pour des rôles plus ou moins consistants Omar Sharif, Trevor Howard, Angie Dickinson, Yul Brynner, Marcello Mastroianni, Eli Wallach et bien d’autres.

Une fois ses données connues, le regard aguerri distingue progressivement divers éléments qui dénotent de la production d’espionnage standard. Terence Young oblige, les éléments bondiens sont omniprésents entre le générique façon Maurice Binder, l’élégance et le luxe ambiant ainsi qu’une nerveuse bagarre dans un train lorgnant sur celle mythique entre Bond et Red Grant dans Bons Baisers de Russie. Sous cette futilité se dévoile une touche de gravité inhabituelle trahissant les attentes de son commanditaire prestigieux.

On n'est ainsi pas loin du film de propagande didactique lorsque la caméra s’attarde longuement sur ces junkies, un échange absolument pas naturel entre les héros nous donnant les chiffres de l’escalade de la toxicomanie aux Etats-Unis. La construction du film surprend également en sacrifiant violemment son héros au deux tiers de l’intrigue de manière inattendue, ornant l’ensemble d’un voile de noirceur qui l’éloigne du divertissement léger apparent.

Sorti en dvd zone 2 franais chez Carlotta

mardi 14 décembre 2010

Salomé - William Dieterle (1953)


Sous le règne de l'empereur Tibère, le prophète galiléen Jean le Baptiste prêche contre le roi Hérode Antipas et son épouse, ex-femme de son frère, la reine Hérodiade. Celle-ci souhaite la mort du prêcheur, mais Hérode craint de lui nuire en raison d'une prophétie. Arrive la belle princesse Salomé, fille d'Hérodiade, bannie de Rome pour avoir eu une liaison avec un Romain.Mais à bord du navire qui l'emporte, elle se trouve face à face avec Ponce Pilate et son second, Claudius... La convoitise naissante du roi pour sa belle-fille et nièce Salomé va être utilisée par Hérodiade pour faire plier le roi à ses désirs.

Un excellent péplum biblique auquel ce touche à tout de William Dieterle, aussi à l'aise dans la fresque historique que dans le drame intimiste (les somptueux Portrait de Jennie et Quasimodo déjà évoqués sur le blog) confère tout son brio.

Le film sort au moment où le genre (surtout dans sa veine biblique) revient en force à Hollywood avec des films comme David et Bethsabée (également déjà traités en ces lieux) ou La Tunique. C'est surtout à ce dernier qu'on pense (en nettement plus réussi) en voyant Salomé, dans la manière de mêler le grand drame hollywoodien avec une relative fidèlité au évangiles (le gros changement est ici de faire de Salomé la responsable involontaire de la mort de Jean Baptiste quand c'est véritablement de son fait dans les écritures).

Les moyens sont conséquents mais pas encore démesurés comme dans les grands péplums à venir les années suivantes, et le film n'est pas particulièrement spectaculaire. Le tout repose essentiellement sur le scénario brillant de Jesse Lasky Jr. et Harry Kleiner. Le film mêle donc récit religieux (avec l'avènement de la religion chrétienne, les premiers fidèles, l'apparition de Jésus Christ...) et intrigue politique de palais (conséquence du nouveau culte sur le pouvoir en place, cohabitation difficile avec les Romains) où se déchirent des personnages aux objectifs différents. Le début fait d'ailleurs un peu peur à ce niveau avec un Stewart Granger rouleur de mécanique qui semble vouloir refaire Scaramouche en toge romaine ou encore Charles Laughton dans un rôle de souverain bouffi et pervers voisin de celui qu'il campait dans le déjanté Signe de la Croix (déjà traité aussi et oui on aime le péplum ici !).

Ca se rééquilibre assez vite puisque hormis l'ambitieuse Herodiade (interprété avec une belle perfidie par Judith Anderson) aucun personnage n'est totalement négatif. Stewart Granger trouve un de ses rôle les plus subtils avec ce romain ouvert et progressivement convaincu par la foi chrétienne, tout comme Rita Hayworth formidable Salomé déchirée l'essentiel du film dans ses contradictions. Même le roi Hérode joué par Charles Laughton n'est pas sans ambiguité, tout à la fois pervers voulant coucher avec sa belle fille, ironiquement seul protection de Jean Baptiste par peur d'une prophétie et bouleversant le temps d'une scène face à ce dernier où il aspire intégrer la foi chrétienne mais ne peut s'y résoudre par peur de perdre son trône. Seul ombre au tableau Alan Badel bien trop théâtral en Jean Baptiste, en gros le cliché du prophète barbu exalté roulant des yeux (Charlton Heston sera bien meilleur plus tard dans le rôle pour La plus grande Histoire Jamais Contée évocation de la vie du Christ par George Stevens).

Une approche fine et psychologique dans la réalisation de Dieterle rend le tout des plus convaincant, avec quelques partis pris intéressant (comme celui de filmer Jésus du point de vu des autres bien avant Ben Hur), de très belles scènes comme la danse des sept voile de Rita Hayworth (qui ne manquera pas de rappeler celle mythique qu'elle effectua dans Gilda) chargée de tension et le sermon sur la montagne en conclusion magistrale. Pas forcément le plus connu des grands péplum de cette époque fleurissante du genre mais sûrement un des plus intéressants.

Sorti en dvd zone 2 français chez Sony Columbia

Extrait de la fameuse danse des sept voiles de Rita Hayworth

dimanche 9 mai 2010

Seuls les Anges ont des Ailes - Only Angels have Wings, Howard Hawks (1939)


La vie d'une équipe d'aviateurs qui traversent la Cordillère des Andes avec des avions délabrés est très perturbée par deux femmes et la météorologie capricieuse de ces contrées.

Un des tout meilleurs Hawks que ce superbe film qui rend hommage aux aventuriers de l'aviation. L'histoire nous plonge dans le quotidien d'une compagnie de transport de courrier dirigée par Cary Grant qui a fort à faire pour tenir un contrat l'obligeant à respecter tout ces envois quoiqu'il arrive. Un rôle surprenant pour Cary Grant (sûrement son plus sérieux avec Les Enchaînés ou Soupçons de Hitchcock) avec cette homme complexe dissimulant sa sensibilité sous des airs bourrus. C'est également la particularité de cette communauté d'aviateur magnifiquement dépeinte par Hawks (lui même ancien pilote) rigolarde et attachante qui préfère oublier dans l'insouciance les danger bien présent entre les appareils vétustes et la météo capricieuse.

Cary Grant se trouve happé dans une histoire d'amour non désirée avec Jean Arthur qui lui rappelle les questionnements auxquels il fut confronté avec son ex Rita Hayworth (pour un de ses premier rôle majeurs) à savoir choisir entre une vie de danger et son amour. Le scénario est une merveille d'écriture et de rythme aux intrigues et personnages secondaires se liant parfaitement à l'intrigue principale, comme la rédemption de l'ex mari de Rita Hayworth et surtout la relation d'amitié entre Kid (très attachant Thomas Mitchell) et Grant.

Ce dernier offre une performance époustouflante, entre goujaterie absolue, timing coming atténué par le ton du film mais toujours là et surtout des manifestation de sensibilité qui n'en sont que plus marquante tel ce moment où il pleure la mort du Kid. Quant à Jean Arthur, c'est probablement (avec Marilyn) l'actrice hollywoodienne de l'âge d'or au capital sympathie le plus fort, ici tout à tour agaçante, craquante et émouvante en amoureuse éperdue de Grant. Ses inflexions de voix, ses regards sa gestuelle tout provoque en elle un attachement immédiat, on a juste envie de traverser l'écran pour la prendre dans nos bras (elle fera encore mieux dans La Scandaleuse de Berlin de Wilder en rendant un personnage au départ antipathique absolument bouleversant).

Les scènes de vol, entre prise de vue réelles en plein air, maquette de d'avion et de décor ainsi que rétro projection sont époustouflantes, en particulier la dernière stressante à souhait. La conclusion est parfaite avec un Hawks qui ne force pas sont héros à changer son mode de vie tout en le faisant évoluer pour le meilleur, la dernière scène et la manière dont il amène Jean Arthur a rester étant tout simplement brillante et cohérente avec le personnage.


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