Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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samedi 17 mars 2018

A Place to Go - Basil Dearden (1963)

Au début des années 1960, dans l'East End londonien, la famille Flint vivote dans une petite maison de briques. Autour du couple des parents usés par la vie, trois jeunes adultes et un bébé s'accommodent tant bien que mal de la promiscuité. Parmi eux, Ricky — le fils — ne rêve que du moment où il pourra voler de ses propres ailes pour aller découvrir le vaste monde. Pas de vie de famille pour lui, pas d'attaches. Jusqu'au soir où — au cours d'une de ses virées au cynodrome — il fait la connaissance de Catherine Donnovan, une jeune fille au caractère bien trempé...

Il y a une sorte d'évidence à voir Basil Dearden signer ce A Place to Go, archétype du kitchen sink drama si en vogue dans le cinéma anglais du début 60's. Dearden est un précurseur en tout point du mouvement dont il anticipe les principes de réalisme et problématique sociale à travers l'argument du polar dans The Blue Lamp (1950) et Pool of London (1951) au sein de la Ealing. Par la suite quand il créera sa société de production avec Michael Relph, l'aspect polar même si toujours présent cède largement le pas à cette question sociale pour explorer des thèmes aussi audacieux que le racisme dans Sapphire (1959), la délinquance juvénile dans Violent Playground (1958) ou l'homosexualité avec Victim (1961). Au regard de ces réussites, A Place to Go parait nettement moins audacieux et novateur tant il s'inscrit dans les éléments classique du kitchen sink drama.

On suit ainsi le destin de Ricky (Michael Sarne), aîné de la famille Flint vivant dans l'East londonien et qui ne rêve que d'échapper à cet environnement. On découvre les difficultés de cette famille, entre l'usure et l'alcoolisme du patriarche (Bernard Lee), le dépit de sa petite sœur Betsy (Barbara Ferris) enceinte qui désespère de vivre dans son propre foyer avec son époux. Le job ennuyeux dans une usine à cigarettes pour Ricky, le chômage pour le père, tout cela constitue un réel pénible que les moments de joie ne peuvent contrebalancer et auxquels Dearden donne une tournure souvent amère comme cette séquence de nouvel an ou les sorties de pub peu glorieuses. 

L'échappée pour Ricky passe par des chemins plus ou moins honorables comme le jeu, la criminalité ou peut-être l'amour avec le revêche Catherine (Rita Tushingham). Ricky parait donc un angry young man typique du genre, mais sans l'excentricité du Albert Finney de Samedi soir, dimanche matin (1960), la rage taciturne de Tom Courtenay dans La Solitude du coureur de fond (1962) ou le tempérament rêveur du même Courtenay dans Billy le menteur (1963). Le film semble être à la traîne de ces grands films vraiment révolutionnaires, y compris dans le casting assez facile de Rita Tushingham, actrice immédiatement associée à ce courant depuis Un goût de miel (1961).

Si Dearden est paradoxalement suiveur de procédés qu'il a contribué à créer, il garde son talent pour concevoir un contexte réaliste et brosser des personnages attachant. Michael Sarne existe finalement dans ce tempérament faible et irrésolu, hésitant entre les futurs possibles sans faire les bons choix. Bernard Lee est très touchant également en ancien docker dépassé par les changements de mentalités, que ce soit en voyant son fils s'acoquiner au gangster local ou sa famille expulsée de son logement pour une barre d'immeuble de béton anonyme. Cette dimension intime se répercute dans la scène de casse, loin du suspense virtuose de Pool of London et recherchant avant tout à traduire le dilemme moral de Ricky. Un Dearden assez mineur donc et qui sans être inintéressant manque de personnalité par rapport à ses grandes réussites de cinéma engagé. 

Sorti en dvd zone 2 anglais sans sous-titres

Extrait

lundi 16 octobre 2017

Un goût de miel - A Taste of Honey, Tony Richardson (1961)


Jo, une petite lycéenne un peu gauche, vit à Manchester avec sa mère Helen qui se soucie plus de trouver un nouvel amant que de s'occuper de sa fille. Un soir que sa mère l'a mise dehors pour vivre une nouvelle aventure amoureuse, Jo vit une brève idylle avec un marin noir. Enceinte et abandonnée par sa mère qui s'est mariée, elle rencontre Geoffrey, jeune homosexuel qui lui propose de vivre à ses côtés. Mais la mère ne l'entend pas de cette oreille...

Les héros incarnés par Albert Finney dans Samedi soir, dimanche matin (1960) ou encore Tom Courtenay dans La Solitude du coureur de fond et Billy le menteur (1963) semblent associer les grandes figures du Free Cinema a des incarnations uniquement masculines. L’origine littéraire des angry young men du mouvement en découle effectivement mais celui-ci sut aussi se préoccuper d’une gent féminine tout aussi étouffée dans le conformisme et déterminisme social de l’Angleterre d’après-guerre. Là aussi les plus belles réussites cinématographiques s’appuient sur une base littéraire, notamment la romancière irlandaise Edna O'Brien à travers sa trilogie des Filles de la campagne dont le deuxième volet sera adapté en 1964 avec The Girl with green eyes de Desmond Davis dont elle signe le scénario. Elle poursuivra cette réflexion sur la condition féminine avec le scénario original de I was happy here (1966) de nouveau réalisé par Desmond Davis. Cette base féministe se trouve déjà dans A taste of honey film fondateur du Free Cinema  où l’on trouve déjà au générique Desmond Davis encore cadreur et la jeune actrice Rita Tushingham future héroïnes de The Girl with green eyes. Après son premier film Les Corps sauvages (1958) adapté de John Osborne, Tony Richardson transpose à nouveau une pièce dirigée du temps où il travaillait au Royal Court Theatre. Elle fut écrite par Shelagh Delaney figure majeure du théâtre britannique qui amena ce réalisme cru et cette contemporanéité dès sa première œuvre A Taste of Honey, dont le succès en fit une des pièces les plus jouées d’après-guerre.

La pièce fut pour la première fois jouée dans le cadre du Theatre Workshop, un groupe se caractérisant par autant par le réalisme que l’excentricité truculente des milieux populaires dépeint. La sinistrose se ressent dans la durée, dans une précarité stagnante tandis que les désagréments du quotidien sont acceptés avec un rire gras et désabusé. Ce sera le ressenti dans la relation aigre et tendre entre Jo (Rita Tushingham) et sa mère Helen (Helen). Habituée aux pensions de famille sommaire, aux déménagements intempestifs et aux défilés d’amants de sa mère, Jo vit cette existence chaotique avec une ironie et résignation, la détresse se traduisant par les bons mots et le visage si expressif de Rita Tushingham. Le « couple » fille/mère nous amuse ainsi un temps entre la coquetterie de la beauté fanée Helen et le ton vindicatif de Jo, jusqu’à ce que cet équilibre soit bouleversé par le nouvel amour d’Helen, Peter (Robert Stephens). Ce dernier symbolise la figure masculine rétrograde et machiste (Helen réduite au silence, tâches ménagères et chantage une fois mariés) suscitant la soumission ou le rejet. 

L’affection ne peut naître qu’entre les rejetés de la société à divers degrés. Le récit donne donc à voir des communautés peu visibles dans le cinéma anglais à travers la romance interraciale entre Jo et le marin noir Jimmy (Paul Danquah) et son amitié avec l’homosexuel Geoffrey (Murray Melvin). Seul un Basil Dearden laissait voir jusqu’ici cette diversité, mais toujours dans un climat anxiogène de polar quand Richardson fait de cette promiscuité des « exclus » le seul rayon de lumière. La beauté formelle peut ainsi surgir de l’environ urbain sinistre avec l’émergence des sentiments, la photo de Walter Lassally et les cadres de Richardson offrant plusieurs instants de grâce. Le baiser dans méandres du bateau ou encore la première fois sur les hauteurs de la ville amène ainsi un lâcher prise touchant. L’aveu de sa grossesse de Jo à Geoffrey dans une alcôve illuminée de la ville avec une décharge en arrière-plan définit également ce décalage entre l’environnement dépressif et la bonté qui le surmonte.

La différence et l’exclusion latente de chacun nourrit ainsi une singularité qui par l’entraide permet de se distinguer dans la grisaille. Tony Richardson transcende le cliché (les attitudes maniérées de Geoffrey), rend touchante l’excentricité (qui constitue en fait une armure secrète) et défie le déterminisme - la scène où Jo observe un jeune attardé, s'interroge sur une possible déficience héréditaire la guidant vers son malheur. Cette union des laissés pour compte ne saura pourtant pas tout résoudre comme le moindre un final doux-amer renvoyant à la situation initiale et un avenir incertain. Les injustices étouffées et le propos direct du film contribuera à affirmer l’identité du Free Cinema tout en proposant une vision plus singulière du kitchen sink drama. Le film rencontrera une reconnaissance majeure – Prix d’interprétation pour Rita Tushingham et Murray Melvin à Cannes en 1962, meilleur film et scénario au BAFTA – et marquera durablement la culture anglaise notamment par le groupe The Smiths dont le texte de la chanson This night i opened my eyes en reprend la trame. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Doriane Film et ressortira en salle le 18 octobre 


mardi 15 septembre 2015

Girl with green eyes - Desmond Davis (1964)

La première douloureuse expérience amoureuse d'une jeune fille qui jette son dévolu sur un écrivain quadragénaire et marie. Sortant d'une école tenue par des religieuses, Kate vit à Dublin avec une amie, et devient la maitresse d’Eugène Gaillard. Mais celui-ci se lasse de Kate qui n'est pour lui qu'une gamine...

Le mouvement du Free Cinema ne s'intéressa pas qu'aux états d'âmes des "angry Young men" mais aussi à l'émancipation des jeunes filles avec ce beau Girl with green eyes. Le film est l'adaptation du roman The Lonely Girl de Edna O'Brien (qui en signe également le scénario), deuxième volet de sa trilogie consacrée aux Filles de la campagne. Edna O'Brien bousculait les mœurs archaïques de la société irlandaise avec cette série d'ouvrage qui dépeignait l'émancipation de Baba et Kate, deux jeunes filles quittant leur campagne irlandaise pour vivre s'installer à Dublin. La modernité du sujet et la liberté de ton des romans provoquèrent un scandale en Irlande notamment par les descriptions sans fard des aventures sexuelles de ses héroïnes. Le film de Desmond Davis est produit deux ans après la parution du roman sous le patronage d'un des maître du Free Cinema, Tony Richardson (Un goût de miel (1961) et La Solitude du coureur de fond (1962) sur lesquels Desmond Davis fut directeur photo).

Kate (Rita Tushingham) et Baba (Lynn Redgrave) sont donc deux jeunes filles ayant à la fois échappé à une existence austère de la vie rurale irlandaise mais aussi de leur éducation en couvent pour venir s'installer à Londres. La délurée Baba suit une formation de dactylo tandis que la plus rêveuse Kate travaille dans une épicerie, le tout au rythme des bals populaire et des sorties insouciantes avec des jeunes hommes tout aussi insouciant. Tout bascule pour Kate avec la rencontre d’Eugene Gaillard (Peter Finch), un homme plus âgé et fascinant qui réveille tous les fantasmes romanesques de la jeune fille. Edna O'Brien qui s'éveilla au monde extérieur par la lecture et se rebella contre ses parents s'identifie donc clairement à Kate, notamment par la description de son attrait pour la lecture puisque l'on voit le personnage lire Tendre est la nuit de F. Scott Fitzgerald et citer James Joyce.

Après une première rencontre en campagne, c'est d'ailleurs en recroisant Eugene dans une librairie qu'elle tombera définitivement sous le charme et le poursuivra de ses assiduités. La fougue et l'innocence de Kate vont pourtant se confronter au caractère taciturne d’Eugene, sous le charme mais après un divorce ne préférant pas s'impliquer dans une romance. Leur apprivoisement mutuel offre certains des plus beaux moments du film, Desmond Davis multipliant les belles idées formelles comme l'invitation écrite de Kate s'incrustant à l'image, le montage faisant rebondir la continuité d'un dialogue d'un lieu à l'autre (effet typique du cinéma moderniste des 60's) ou cette magnifique entrevue au crépuscule face à la mer. Les hésitations de Kate avant sa "première fois" offre de jolis moments aussi, l'expérience ironique et bienveillante de Eugene se complétant à merveille de la maladresse juvénile de Kate.

Le plus grand obstacle à cette romance sera pourtant les entraves de cette société irlandaise où Edna O'Brien renvoie dos à dos les milieux populaires comme nantis. Pour les premiers, la médisance causera les premiers troubles à travers les regards inquisiteurs (une lettre anonyme dénonçant la liaison scandaleuse) et une brutalité archaïque pouvant se réveiller à tout moment, le père de Kate venant avec virulence arracher sa fille à la dépravation de la ville. Kate se confrontera ensuite au snobisme ordinaire et au dédain des amis bourgeois d'Eugene, sa jeunesse et son manque de conversation la renvoyant avec un naturel cruel aux tâches subalternes lors d'une scène anodine.

Tout cela avait été subtilement amorcé en amont tut au long du récit, la fougue de Kate ayant été progressivement éteinte par Eugene plus mentor paternaliste que complice voyant en elle une amante soumise. Kate devra donc apprendre à faire son chemin seule, s'aguerrir par le savoir et l'expérience, par un ailleurs symbolisé par le départ final à Londres lieu de tous les possibles à l'aube du Swinging London. Une belle réussite qui en appellera une plus grande encore deux ans plus tard lors de la seconde collaboration entre Desmond Davis et Edna O'Brien (cette fois sur un scénario original) avec le magnifique I was happy here (1966). Desmond Davis réunira par ailleurs de nouveau le duo Lynn Redgrave/ Rita Tushingham dans Smashing Time (1967) pure comédie pop 60's.

 Sorti en dvd zone 1 chez MGM et doté de sus-titres français