Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mercredi 13 août 2014

En quatrième vitesse - Kiss Me Deadly, Robert Aldrich (1955)

Mike Hammer est un détective privé cynique, spécialisé dans les affaires de divorce, qui utilise de temps à autre son assistante pour l’aider dans ses magouilles poisseuses. Quand il prend en stop, de nuit, une femme qui finira torturée à mort, Hammer décide de se lancer dans une enquête que la police lui conseille vivement d’éviter. Hammer passe outre les avertissements; et de cadavres en cadavres découvre une boîte mystérieuse, sujet de toutes les convoitises. Il se rend compte, trop tard, qu’il s’est embarqué dans une affaire qui dépasse ses compétences.

En quatrième vitesse est le troisième film de Robert Aldrich et s’inscrit dans ce fabuleux début de carrière où en deux ans il alignera Bronco Apache (1954), Vera Cruz (1954), Le Grand Couteau (1955) et Attaque (1956). Dans chacun de ces films, il s’agit de s’attaquer un genre hollywoodien emblématique et de le bousculer pour l’emmener ailleurs tout en s’inscrivant dans ses codes. Vera Cruz se dote ainsi d’un cynisme et d’une brutalité préfigurant le western spaghetti, Attaque malmène l’héroïsme et le patriotisme pour faire de l’armée une entité inhumaine et monstrueuse et dans Le Grand Couteau c’est l’industrie hollywoodienne elle-même qui est malmenée, premier volet du cycle qu’il consacrera au monde du spectacle avec Qu’est-il arrivé à Baby Jane (1962), Le Démon des Femmes (1968) et Faut-il tuer Sister George ? (1968). 

Avec En quatrième vitesse, il s’agira pour Aldrich de s’approprier le film noir. Le projet est proposé à Aldrich au sortir du succès de Vera Cruz par le producteur/réalisateur Victor Saville qui possède alors les droits des romans de Mickey Spillane et du personnage de Mike Hammer. Peu friand de ce genre de littérature, Aldrich accepte le projet à condition de pouvoir plier le sujet à sa guise. Demande acceptée par Saville et qui donnera une adaptation aussi particulière que mémorable du Kiss me Deadly de Mickey Spillane.

L’extraordinaire scène d’ouverture nous fait d’emblée comprendre que l’on ne va pas se trouver devant un film noir classique. Une femme dont on verra d’abord les pieds court à perdre haleine et apeurée sur une autoroute déserte, seulement vêtue d’un imperméable. Elle tente en vain d’arrêter une voiture et ce n’est qu’en se plaçant au milieu de la route que dans un crissement de pneu qu'une daigne enfin s’arrêter et l’emmener. Son conducteur : Mike Hammer (Ralph Meeker). Le générique poursuit l’étrangeté du moment en défilant à l’envers au rythme du I'd Rather Have the Blues de Nat King Cole et des halètements essoufflés et très sexués de la passagère tandis que la route est à peine visible dans une nuit noire claustrophobique.

 Après l’étrange, le cauchemar lorsque Hammer et la jeune femme sont capturés par d’inquiétant individus dont on ne verra que les pieds et qui la torture dans une scène suggestive mais glaçante. Laissé pour mort, Hammer survit miraculeusement et va tout faire pour respecter la promesse faite à la malheureuse : « Remember Me ».

Après pareille entrée en matière, Aldrich va exacerber absolument tous les motifs du film noir. Le déroulement de l’enquête va s’avérer encore plus incompréhensible et tortueux que Le Grand Sommeil (1946), la violence plus outrée, l’environnement urbain plus fantomatique et abstrait encore qu’à l’accoutumée. Tout semble poussé à son paroxysme grotesque et inquiétant pour accentuer la sensation de dégénérescence outrée du genre jusqu’à l’implosion. Symbole de cette outrance, le personnage fort malmené de Mike Hammer. 

N’ayant guère d’estime pour son héros, Aldrich lui ôte toute aura héroïque en modifiant grandement le roman. Spillane faisait par exemple sauter Hammer de la voiture en marche lors de la tentative de meurtre d’ouverture alors qu’à l’écran la voiture tombe dans un ravin et qu’une simple ellipse voit notre héros se réveiller miraculeusement à l’hôpital sans que l’on n’ait su comment. Aldrich amène presque une distance ironique dans cette convention affichée de faire survivre Hammer et fera de même lorsqu’il se relève d’une balle à bout portant à la fin. 

Incapable de se sauver lui-même, Hammer est surtout un danger pour son entourage qu’il manipule afin d’atteindre son objectif et sème les cadavres parmi ses amis. Le détachement et le cynisme du personnage n’ont pas de limite, entre autre pour sa fidèle assistante Velda (Maxine Cooper) qu’il envoie dans les pattes de maris infidèles pour de sordides affaires de divorce puis dans ceux des dangereux criminels poursuivis. Aldrich dans un premier temps exacerbe sa virilité toute puissante : les femmes se pâment d’amour à sa seule vue, les hommes de main tombent d’un coup de poing bien sentis et les suspects se mettent à table terrorisés au bout de quelques gifles. Tout cela suffirait dans un film noir de série mais il n’en est rien, notamment par le traitement du cadre du récit.

Le roman de Spillane se déroulait à New York, ville à l’urbanité bien identifiée au cinéma et Aldrich transpose l’intrigue à Los Angeles. La Cité des Anges, plus artificielle se voit dépeinte dans un traitement abstrait où l’horizon semble toujours absente, où le danger et la menace potentielle du hors-champs est permanente. La scène d’ouverture et sa ligne d’autoroute blanche dans l’obscurité annonce le Mulholland Drive (2001) de David Lynch, les extérieurs existent plus par leur symbole marqués (la maison sur la plage) que par les plans d’ensemble absents pour les mettre en valeur et les intérieurs forment constamment des enchâssements de cadre dans le cadre accentuant la claustrophobie.

La tonalité est absolument inédite et s’expliquera par la nature du McGuffin poursuivi qui l’est tout autant. Dans le roman, tous poursuivent une cargaison de drogues et d’argent quand Aldrich convoque carrément la menace nucléaire (jamais ouvertement nommé) avec une mystérieuse boite dégageant une chaleur et lumière aveuglante ainsi qu’une puissance qui s’avérera dévastatrice dans la scène finale. 

Mike Hammer, sa brutalité, son égoïsme et inculture va s’avérer totalement dépassé face à ce danger et une démonstration de puissance qui convoque la mythologie et la religion pour exprimer ses peurs (la boite de Pandore ouvertement citée, tout comme la femme de Loth préfigurant le Sodome et Gomorrhe que réalisera Aldrich en 1962). Outrancier, imprévisible et étrange, Kiss Me Deadly est un classique sans équivalent du film noir.

Sorti en dvd zone 2 français et en bluray chez Carlotta

vendredi 23 décembre 2011

El Perdido - The Last Sunset, Robert Aldrich (1961)


O'Malley, coupable de meurtre, est poursuivi par le shérif Dana Stribling. Alors qu'il fuit vers le Mexique, O'Malley décide de rendre visite à Belle Breckenridge, qu'il a aimée, seize ans plus tôt. Quand il la retrouve, il apprend qu'elle est mariée et qu'elle a une fille de seize ans, Missy. John Breckenridge, un ivrogne et un lâche, cherche des hommes pour conduire son troupeau jusqu'au Texas. O'Malley accepte, contre le cinquième de ce troupeau. Quand Stribling le rejoint, O'Malley lui propose de reprendre son ancien métier de cow-boy et de l'aider à conduire les bêtes jusqu'à la ville où il est justement recherché pour meurtre...

The Last Sunset se situe dans une période creuse de la carrière de Robert Aldrich. Après avoir aligné les chefs d'œuvres dans la première moitié des années 50, le réalisateur marquait le pas après l'échec du Grand Couteau. La fermeture de sa société de production Associates and Aldrich (qui renaîtra de ses cendres grâce au succès des Douze Salopards) l'obligeait à accepter des projets impersonnels où il ne s'impliquera guère (Sodome et Gomorrhe officieusement dirigé par Sergio Leone) et lui faisant perdre de son pouvoir de décision sur ses films.

Cela s'avérera particulièrement vrai sur El Perdido où Kirk Douglas acteur et producteur via sa société Bryna (en difficulté à l'époque par la production couteuse de Spartacus) s'oppose dès le départ à son réalisateur qu'il ne juge pas assez impliqué Aldrich convoquant (selon Douglas) sur le tournage des scénaristes avec qui il travaille sur ses futurs projets. Tout cela donnera un résultat bancal mais néanmoins réussi et très significatif avec notamment La Vengeance aux deux visages de Brando sur les mutations en cours du western américain.

On sent bien les entraves posées par Kirk Douglas à Aldrich dont le sens de l'excès et la violence ne surgissent que par intermittences, notamment lors des accès de rage de O'Malley (ce moment où il tente d'étrangler un chien) où une terrible scène révélant la lâcheté de l'époux alcoolique joué par Joseph Cotten. Ici la violence est plus sourde et retenue que véritablement active mais n'en est pas moins intense. Les liens passés tumultueux qui lient les personnages instaurent ainsi une tension de tous les instants.

Rock Hudson pourchasse ainsi le criminel Kirk Douglas meurtrier de son beau-frère et les deux vont devoir s'associer en attendant de passer la frontière mexicaine pour convoyer le troupeau conduit par Joseph Cotten, époux claudiquant de Dorothy Malone amour de jeunesse de Douglas. La tension entre Hudson et Douglas n'atteint pas tout à fait les sommets attendus malgré l'interprétation irréprochable car le personnage d'Hudson semble moins fouillé et mis en valeur mais la rivalité amoureuse qui interviendra à mi film exprime bien ce qui oppose et rapproche les deux héros.

Kirk Douglas avec son allure d'archange noir et ses instincts de tueurs sans remords évoquent immédiatement le Lancaster de Vera Cruz. On découvrira pourtant progressivement un être passionné, romantique et figé dans le passé où Dorothy Malone adolescente fit chavirer son cœur. L'acteur délivre là une de ses prestations les plus sensibles, la dureté masquant toujours une âme écorchée vive (magnifique déclaration nocturne dans le désert).

Hudson est lui une figure solide et rassurante (qui représente plus l'avenir que la nostalgie douloureuse qu'éveille Douglas) pour une touchante Dorothy Malone dans un superbe rôle de femme mûre et marquée par la vie.

Ce nœud d'intrigues confère une tonalité romanesque inhabituelle chez Aldrich, qui vire même au psychanalytique dans une dernière partie audacieuse où flotte un parfum d'inceste. L'action se fait finalement assez rare (hormis un fulgurant affrontement en pleine tempête de sable) et le ton très introspectif et rêvé des dernières scènes envoute totalement : l'arrivée d'une sublime et virginale Carole Linley en robe jaune éveillée à la féminité, le regard chargé de souvenir et de désir de Douglas prêt à commettre l'irréparable...

Une révélation finale renforce encore la teneur mélodramatique de l'histoire et lorsqu’Aldrich daigne enfin céder aux canons du genre lors du duel final, c'est une profonde mélancolie qui en guide l'issue avec un sacrifice déchirant. Malgré les défauts dû à sa gestation houleuse (rythme très inégal) un beau western qui n'a pas à rougir face aux autres tentatives d'Aldrich dans le genre.

Sorti en dvd zone 2 françcais chez Sidonis dans la collection western.

jeudi 15 septembre 2011

Trop tard pour les héros - Too Late the Hero, Robert Aldrich (1970)


En 1942, dans une île des Nouvelles-Hébrides, une patrouille britannique est chargée de neutraliser un émetteur radio situé dans la partie nord de l'île, occupée par les Japonais. Le lieutenant américain Lawson se joint à la patrouille. Les soldats s'élancent à travers la jungle pour ce qui s'annonce comme une véritable mission suicide.

Ultime incursion de Aldrich dans le film de guerre, ce film conclut en quelque sorte le cycle entamé avec Attaque et poursuivi avec Les Douze Salopards. On y retrouve certains thèmes tels que les supérieurs défaillants mettant en danger la mission (e personnage de Denholm Elliott) ou encore la réalité du terrain révélant la bassesse de la nature humaine (avec les soldats pris au piège prêts à répondre à l'appel du Japonais). La première partie évoque un peu le méconnu Enfant de salauds de André De Toth (on en reparlera bientôt ici), avec un Cliff Robertson véritable tir au flanc oisif, contraint bien à ses dépends de participer à une mission suicide aux côtés de l'armée britannique. La différence étant que ses compagnons s'avèrent aussi peu motivés que lui, le personnage blasé de Michael Caine en tête. Le générique annonce d'ailleurs la couleur : musique tonitruante sur fond de drapeaux américain, anglais et japonais, avant que l'hymne ne tourne au ralenti et que ces drapeaux ne finissent en lambeaux.

Le début est assez comique et détendu, avec un Robertson débraillé, revenant de la plage ou échangeant des blagues salaces avec son supérieur Henry Fonda. Les soldats anglais ne valent guère mieux, galerie de freaks occupant leur temps en pariant sur des courses de cafards donnant un sérieux coup à la rigueur de l’armée. Contrairement aux films précédents, le ver est cette fois dans le fruit : ce ne sont pas des pièces rapportées qui viendront semer la discorde, mais le corps même de l’armée, qui s’avère déphasé. Une nouvelle fois, l‘usure d’une guerre du Vietnam aux enjeux concrets peu galvanisant pour le soldat s’inscrit en filigrane.

Dès l'entame de la mission, Aldrich distille une atmosphère des plus tendue et parvient à livrer nombre de situations originales telles que cette erreur stratégique voyant le commando s’entretuer à cause d’un placement malheureux lors d’une embuscade. Après un déroulement assez classique, devenir palpitant dans la seconde partie, avec nos héros traqués dans la jungle par les Japonais et se voyant soumis à de cruels dilemmes.

Ses membres étant amenés à choisir entre leur instinct de survie et leur patriotisme, le commando se désagrège et les vraies natures se révèlent, avec un surprenant revirement de Robertson, dont la culpabilité fait ressortir les vertus héroïque. Une belle idée que ce chef japonais (joué par le grand Ken Takakura) les harcelant et semant la discorde quand il les interpelle dans la jungle avec ses haut-parleurs, tel une mauvaise conscience venant titiller leur lâcheté. Aldrich semble avoir opéré différemment cette fois, en exposant longuement les mauvais penchants et la lâcheté de son personnage principal avant de lui offrir la stature des grands héros dont il désirait s’éloigner dans Attaque et Les Douze Salopards.

On ressent ainsi le grand frisson lors du final, où Caine et Robertson (qui lancera à Caine un mémorable « You zig, I zag » avant d’entamer la course folle), pilonnés par les Japonais, doivent traverser un champ à découvert pour rejoindre leur camp, encouragés par leurs camarades et la musique galvanisante de Franck De Vol. Robertson devient ainsi, par la force des choses, une icône, se détache en tant qu’individualité alors que les précédents films vantaient les vertus collectives d'un groupe soudé.

Certainement pas plus patriotique que ses autres films de commando, Trop tard pour les héros met une nouvelle fois le manichéisme à mal, et ce n’est que quelques minutes avant la conclusion qu’il faudra le chercher, lorsque Caine et Robertson tuent Takakura qui avait pourtant épargné leurs compagnons, malgré le chantage qu’il avait opéré. Derrière le héros se cache toujours un secret où un acte inavouables.

Sorti en dvd zone 1 chez MGM et doté de sous-titres français

mercredi 27 juillet 2011

Fureur Apache - Ulzana's Raid, Robert Aldrich (1972)


Ulzana est un apache qui s'échappe d'une réserve indienne pour se livrer à la violence. Une escouade est lancée à sa poursuite, dirigée par un jeune lieutenant, un vieux guide et son éclaireur apache.

Avec son second film Bronco Apache (1954), Robert Aldrich avait réalisé un des premiers westerns pro indien où sans manichéisme il montrait le conflit entre un guerrier massai rebelle (et joué par Burt Lancaster) et l'homme blanc raciste. Cependant la fin radicale qu'il envisageait lui fut refusée par le studio, ce à quoi le réalisateur novice qu'il était ne pu s'opposer. 18 ans plus tard, l'occasion lui était donnée de délivrer sa vision sans concession du sujet avec ce Fureur Apache (le titre français entretien encore plus fortement le lien avec le film de 1954) où il retrouvait justement Burt Lancaster.

Bronco Apache humanisait (notamment par la romance avec Jean Peters) mais montrait aussi l'attitude extrême de son héros indien, cette dernière justifiée par le mépris et la haine des blancs qui dans l'ensemble étaient nettement moins caractérisés. Aldrich prend ici le parti pris inverse pour exprimer une même idée, nous suivrons donc le parcours d'une escouade de l'armée lancée à la poursuites d'apaches évadés qui mené par un leader sanguinaire font un carnage sur leur passage. La vision du film est particulièrement pessimiste et à l'heure des westerns bien pensant de l'époque Aldrich démontre avec crudité une paix impossible entre les deux peuples. Pour l'obtenir, il faut en passer par le sang et les armes et faire plier l'autre. Sortant du cliché voyant les indiens faisant (pour simplifier) office de chair à canon indistincte ou de caution comique légère, Aldrich montre ses apaches comme des guerriers impitoyables sur le sentier de la guerre et ne reculant devant aucune exactions.

Cette vision lui sera reprochée et il se verra injustement accusé de racisme alors que c'est la nature de cette guerre en elle-même qui engendre ces comportements. Cette barbarie se propage d'ailleurs à l'homme blanc lors de cette séquence où les soldats mutilent le corps du fils de celui qu'ils pourchassent, preuve que cette violence s'inscrit dans la nature humaine et n'a pas de frontières.

Ce constat se fait à travers le regard d'un jeune lieutenant inexpérimenté et idéaliste dont les convictions vont être sérieusement ébranlées. Bruce Davison exprime parfaitement cette innocence brisée par son agitation qui se complète parfaitement avec la force tranquille du pragmatique vieux guide superbement joué par Burt Lancaster. L'apprentissage et le sens des responsabilité sera durement acquis par le jeune officier tout au long d'un récit chargé en tueries parfois insoutenables, Aldrich menant son film sur un rythme soutenu et fort bien documenté dans sa description du pistage (l'épisode du crottin de cheval...). Les morceaux de bravoures sont rares et quand ils surviennent volontairement secs et sans éclats (le carnage final) tandis que la tension et le malaise sont eux constant.

Le personnage le plus héroïque sera donc aussi le plus détaché avec l'éclaireur apache Ke-Ni-Tay, qui comprenant où est son intérêt use de sa culture pour traquer les siens. Seule figure lucide du film (avec Lancaster) il ne se laisse pas guider par ses émotions et applique simplement les directives du plus puissant, tout en respectant ceux qui sont désormais ses ennemis avec un superbe face à face final. Un des très grands et plus audacieux western des années 70 et un des meilleurs Aldrich.

Sorti en dvd zone 2 français chez Universal

jeudi 30 juin 2011

Les Douze Salopards - The Dirty Dozen, Robert Aldrich (1967)


Pendant la Seconde Guerre mondiale, quelques temps avant le débarquement, douze criminels, tous condamnés à mort ou à perpétuité, se voient proposer une mission suicide en échange d'une amnistie: attaquer un château en France où se sont installés une trentaine de généraux nazis et en massacrer le plus possible.

Plus de dix ans après son brulot Attaque, Aldrich revient au film de guerre avec ce qui reste sans doute son oeuvre la plus populaire. Après des films comme Les Sept Mercenaires ou Les professionnels, la mode est au casting masculin collectif, chargé en testostérone, ici illustré par les présences viriles de Charles Bronson, Lee Marvin, John Cassavetes ou encore Telly Savalas. Cela, ajouté à la tonalité en apparence bien plus guerrière véhiculée par la promotion du film, tendrait à laisser croire que Aldrich a changé son fusil d’épaule depuis Attaque mais il n’en est rien.

Avec Les Douze Salopards, Aldrich compte bien inscrire ses thématiques et la tonalité générale dans les préoccupations du moment, au point de rejeter la première mouture du scénario de Nunnaly Johnson qui avait, selon lui, écrit « un film de 1945 ».

La construction est étonnante pour qui s’attend à un pur récit guerrier, puisque l’essentiel du film est consacré à l’entraînement des « salopards » qui, une fois prêts, iront effectuer leur mission à la fin du film. Les personnalités hautes en couleurs du groupe, leur statut à part au sein de l’armée, s’inscrivent dans une volonté de rébellion particulièrement communicative contre l’autorité. Lee Marvin (lui-même isolé au sein de l’armée) est parfait en mentor intraitable souhaitant faire de ses hommes des soldats sans pour autant dénaturer ce qui fait leur particularité et force, cette sauvagerie et rage féroce les rendant plus dangereux que de gentils soldats disciplinés. Le moment clé serait sans doute celui où le groupe se concerte pour ne pas se raser, afin d’accéder à de meilleures conditions, formant ainsi une entité enfin unie.

Si, dans Attaque, c’était l’ambition qui emmenait des personnalités perturbatrices sur le terrain, ce sera cette fois la nature même du conflit qui les révèlera. La séquence, lors de la mission finale, où notre commando asperge d’essence des nazis enfermés dans une cave et les fait brûler vif sans état d’âme, allusion directe aux attaques au napalm usitées au Vietnam, est explicite. Aldrich fait en partie ici la même chose que Robert Altman qui, plus tard dans M.A.S.H., parlera du Vietnam en prenant pour cadre prétexte la guerre de Corée. Les figures de soldats héroïques exemplaires sont pour un temps oubliées : elles n’étaient utiles que dans des conflits « justes », comme la 2e guerre mondiale. Pour des guerres aux enjeux plus ambigus, des barbares plus enclins à sauver leur peau que motivés par la bannière étoilée font autrement mieux l’affaire.

Les critiques américains ne comprendront pas la démarche d’Aldrich et taxeront le film de fasciste. Le malentendu vient certainement du fait que, contrairement à Attaque, plus austère, Les Douze Salopards ne se cache jamais de son statut de divertissement spectaculaire. L’anticonformisme des personnages leurs confère un charisme inédit pour l’époque, le film imposant ainsi un nouveau type de héros. Hormis d'ailleurs le psychopathe en puissance incarné avec délectation par Telly Savalas, les autres « salopards » doivent pour la plupart leur situation à un malheureux concours de circonstance, plutôt qu’à une réelle nature criminelle.

L’interprétation est remarquable, entre un John Cassavetes en rebelle individualiste, la force de la nature Clint Walker, Jim Brown en soldat noir en quête de respect et bien sûr un Charles Bronson impérial dans un rôle proche de celui du Jack Palance d'Attaque. Grand succès à l’époque, Les Douze Salopards demeure le mètre étalon du film de commando, qui par ses multiples degrés de lecture dépasse d’autres films plus ouvertement divertissant et spectaculaires comme Quand les aigles attaquent.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner

vendredi 17 juin 2011

Attaque - Attack !, Robert Aldrich (1956)


Durant la Seconde Guerre Mondiale en 1944, le lieutenant Joe Costa (Jack Palance) se trouve sous les ordres du capitaine Erskine Cooney (Eddie Albert). Ce dernier, terrifié par le combat, fait tuer par sa lâcheté un groupe de la section commandée par Costa.

En l’espace de trois premiers films exceptionnels, Robert Aldrich se révéla un auteur complet à tout les égards, à l’aise dans tous les genres (western pour Vera Cruz et Bronco Apache, film noir avec En Quatrième Vitesse, drame sur Le Grand Couteau) et aux thèmes forts : entre autres son cycle sur la critique de Hollywood et le monde du spectacle, entamé avec Le Grand Couteau puis poursuivi dans Qu’est -il arrivé à Baby Jane ? et Le Démon des femmes.

Auréolé du succès public et critique des films précités, Robert Aldrich bénéficie donc d’une liberté sans précédent, qui lui permettra de livrer un des films de guerre les plus virulents qui soit. Jusque là, les films de guerre s’étaient contentés de livrer des récits humanistes et/ou patriotiques où, en dépit de l’invention formelle (le fameux Aventure en Birmanie, qui redéfinit la manière de filmer la jungle), l’engagement des USA dans divers conflits en parallèle (2e Guerre Mondiale puis Guerre de Corée dans les 50’s) empêchait d'aborder de manière critique le fonctionnement de l’armée américaine. Conflit "juste", la Seconde Guerre Mondiale n'autorisait pas une vision ambiguë de l'armée mais la plus discutable Guerre de Corée (et plus encore le Vietnam plus tard) amenait enfin son lot d'interrogations notamment dans le très bon La Gloire et La Peur de Lewis Milestone. Parmi tout les films de cet époque, c'est pourtant bien Attaque qui change radicalement la donne avec une rare noirceur.

La pathétique séquence de boucherie humaine ouvrant le film suffit à définir les deux personnages principaux. Jack Palance, en soldat modèle, vit la perte de chacun de ses hommes de manière viscérale tandis que Eddie Albert apparaît immédiatement comme le fils à papa couard qu'il est. On voit comment le privilège des classes et l’ambition personnelle prennent le pas sur le collectif, poussant le Colonel incarné par Lee Marvin à maintenir en place un incompétent, causant ainsi la perte de son unité.

La seconde mission se soldera ainsi par un immense désastre exacerbant les traits de caractère de chacun. Cooney, totalement dépassé, se révèle tour à tour pitoyable et détestable, petit garçon jamais sorti du giron d’un père violent et castrateur mais également véritable ordure méprisable, suscitant la haine la plus profonde du spectateur lors de la séquence où Palance, à bout de force, essaie de le tuer après qu'il l'ait nargué sans vergogne. A ce degré de dégoût, on ne peut que saluer l’interprétation extraordinaire de Eddie Albert.

Habitué ailleurs aux seconds rôles de méchants, Jack Palance trouve en Costa l'écorché vif, après le réalisateur dépressif du Grand Couteau, un nouveau très grand rôle chez Aldrich. Lee Marvin, quant à lui, sourire goguenard et cigare au bec, est sans doute le personnage le plus odieux du film. Théâtral et spectaculaire, Attaque n’est sauvé du nihilisme total que par sa conclusion, où l’humanisme dépasse enfin l’arrivisme, lorsque Woodruf (très bon William Smithers) se décide malgré la menace à relater les événements en haut lieu.

Sorti en dvd zone 2 français chez MGM