Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!
Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com et suivre le blog sur twitter à http://twitter.com/#!/JustinKwedi
Montauban, 1944. Julien Dandieu, chirurgien, envoie son épouse et sa fille dans un château à la campagne pour les mettre à l'abri des Allemands. Au bout d'une semaine, il se décide à les rejoindre et découvre avec effroi que les soldats ont investi le village...
Un film que je voulais voir depuis longtemps, le "César des césar" un des grands chef d'oeuvre du cinéma français et la déception est un peu à la hauteur de l'attente. Le film s'inspire sans l'évoquer directement du terrible massacre d'Oradour sur Glane mais également pour la thématique au coeur du récit d'une anecdote racontée au scénariste Pascal Jardin sur un paysan qui avait trouvé un allemand ivre dans sa cave après qu'il ait violé et tué sa femme. C'est donc précisément l'idée de faire ressentir ce qui se passe dans l'esprit d'un homme face à une perte si violente, injuste et barbare qui intéressera Robert Enrico.
Le cadre du récit avec cette armée allemande en déroute et aux abois donnent le ton dès les premières images où on aperçoit une rangée de milicien pendus le long d'une route. Un peu plus tard, ce sentiment de danger omniprésent se reproduira lors de la violente arrestation d'un résistant dans l'hôpital où officie Philippe Noiret effectué par des français. Le seul refuge dans ce monde sombrant dans le chaos est pour Noiret sa famille avec une Romy Schneider qui n'a jamais été plus belle et sa fille. En quelques courtes scène, l'amour unissant ce couple, cette famille offre un contrepoint saisissant à l'enfer de l'extérieur qui pour un temps n'existe plus. Et c'est en voulant préserver ce cocon que Noiret le perdra à jamais.
C'est à la fois la grande qualité mais aussi le plus gros défaut du film, tout miser sur l'émotion. La séquence où Noiret découvre le sort réservé à sa famille par les SS est absolument insoutenable et la douleur ressentie dans son hurlement muet est réellement poignante. Arrive donc l'heure de la vengeance et le film perd progressivement de son intérêt... L'idée est d'apporter un contrepoint à la violence implacable déployé par Noiret avec des flashbacks reproduisant ce bonheur serein aperçu au début, mais dans un passé idéalisé et figé désormais disparu à jamais. La prestation habitée de Philippe Noiret est le principal point d'ancrage de Enrico dans cette approche. Le regard perdu qu'il arbore lorsque caché il observe les allemands regardant ses films de vacances ou encore la rencontre en forme de coup de foudre avec Romy Schneider sont de vrais beaux moment mais ces retours en arrière se répètent trop sans égaler ces deux moments et donnant finalement l'impression qu'on joue avec nos sentiment pour justifier les actions de Noiret.
La manière caricaturale dont sont présenté les nazis assassins (si on sait la violence avérée par les faits historiques et leur monstruosité pourquoi cette interprétation grotesque), la façon limite "ludique" dont il les piège (on serait presque tenté d'y voir un Piège de Cristal sur le mode drame intimiste) et les explosions de violence vraiment plus extravagantes (le lance flamme final) que cathartique finissent par faire décrocher du film. La réelle virtuosité de l'action (la gestion de l'espace est remarquable) pose problème car Enrico n'a que cette émotion crue et ces flashbacks à proposer en réponse, jamais l'escalade de cet homme calme et réfléchi en vengeur impitoyable n'est questionnée, le souvenir du regard bleu azur de Romy Schneider devant balayer toute interrogation.
Ca marche en partie et c'est ce qui a fait le succès et la renommée du film, le rendant sans doute de plus en plus difficilement attaquable avec le temps. Pourtant le film paraît bizarrement trop court ou trop long pour ce qu'il cherche à raconter (car appelant par moment une hauteur qui ne vient jamais) , soit trop simple ou trop complexe pour les réflexions qu'il peut être amené à susciter. Les Chiens de paille de Sam Peckinpah est autrement plus ambigu et intéressant sur un sujet similaire. On est en droit d'en ressortir insatisfait même si les motifs qui ont justifiés le film sont finalement atteints, en témoigne la déchirante scène finale ou Noiret réalise soudainement que plus rien ne sera comme avant et fige une dernière fois le souvenir d'une paisible ballade à vélo. La réelle émotion ressentie par intermittence ne suffit pas à écarter l'approche trop simpliste de Enrico dont l'humanisme s'exprime bien mieux dans d'autres de ses films comme Les Grandes Gueules ou Les Aventuriers...
Longtemps indisponible à cause de problème de droits, le film est enfin sorti récemment chez MGM.
Ex-coureur automobile, François Holin, est aussi le chauffeur d'une équipe de malfrats qui n'ont pas beaucoup de respect pour lui et le considèrent comme un minus. Un jour, l'occasion se présente pour lui de diriger une opération, mais les autres ne veulent rien entendre. Tant pis, Ho ira seul.Un film de gangster tout à fait atypique pour ce qui reste un des meilleurs rôle de Jean-Paul Belmondo. Celui-ci campe un ex coureur automobile déchu pour magouille reconverti chauffeur de gangster aspirant à la grande vie. En soif de reconnaissance, il est traité en larbin et méprisé par ses complices. Un concours de circonstance lui permet d'avoir la possibilité de prendre le pouvoir, qu'il va totalement rater avant qu'un coup d'éclat inattendu le transforme en ennemi public numéro 1.
Belmondo est génial en gangster flambeur qui se voit plus beau qu'il n'est, et le scénario adapté d'un roman de José Giovanni anticipe les contours de deux des plus grande figures du crime des années à venir en France. Robert Spaggiari (massacré récemment dans le biopic signé Jean-Paul Rouve) pour l'image de caïd faussée qu'il dégage et Mesrine pour le jeu avec les médias. Le film sans construction linéaire narre l'errance de Ho, incapable de concevoir un plan sur le long terme contrairement aux bandits endurcis, multipliant ainsi les escarmouches et s'affichant avec crânerie.
Belmondo est génial, se moquant presque sans le savoir des héros rouleur de mécaniques qu'il incarnera plusieurs fois à l'avenir. Le film joue autant ainsi sur la rouerie de son héros (avec une des scène d'évasion parmi les plus géniales jamais filmée où mimétisme et duperie de la lourdeur administrative font merveilles) que sur un vrai aspect hard-boiled méchant tel cette fusillade éclatant en pleine rue et surtout un face à face final assez mémorable et filmé au cordeau par Robert Enrico.
Diaporama sur l'excellente musique signé François de Roubaix