Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!
Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com et suivre le blog sur twitter à http://twitter.com/#!/JustinKwedi
A Brighton, La femme d'un propriétaire
de pub veut se débarrasser de son mari violent. Elle obtient l'aide d'un
jeune homme qui travaille dans une pharmacie ...
Robert Hamer avait eu sa première expérience en tant que réalisateur au sein de la Ealing avec Dead of Night(1945), mémorable film à sketch dont il signa Le miroir hanté, l'un des segments les plus terrifiants. Fort de cette réussite, Hamer est prêt à passer au long-métrage avec Pink String and Sealing Wax.
Le film adapte la pièce éponyme de Roland Pertwee sur un scénario de
Diana Morgan et Robert Hamer. On y retrouve déjà tous les éléments qui
feront la réussite des grands films à venir, que ce soit le cadre de
l'Angleterre Victorienne de Noblesse Oblige (1949), la veine intimiste de Il pleut toujours le dimanche
(1947) et bien sûr les préoccupations sociales qu'on trouvent dans les
deux œuvres. La solution criminelle et/ou la résignation des films
suivant à ce climat social oppressant trouvent déjà leurs expressions
dans Pink String and Sealing Wax.
Edward Sutton (Mervyn Johns) campe ainsi un pharmacien bigot et
tyrannique féru de droiture morale qui mène la vie dure à sa famille. Il
étouffe les premiers amours épistolaires de son fils David (Gordon
Jackson) et empêche les velléités artistiques de sa fille Victoria (Jean
Ireland) rêvant d'une carrière à l'opéra. Par son masque impassible, sa
raideur et son timbre glacial, Sutton incarne toute la rigueur
implacable de cette Angleterre Victorienne où il ne faut surtout pas
s'écarter de sa condition. Le film dépeint ainsi la manière dont les
protagonistes vont malgré tout chercher à assouvir leurs passions,
désirs et ambitions.
Hamer pas encore totalement soumis au cynisme de Noblesse oblige
offre encore une certaine tendresse et innocence à l'intrigue sur
l'aspirante chanteuse, la candeur de Jean Ireland et le charme simple de
son ascension donnant de beaux moments tel cette scène où elle charmera
une cantatrice en chantant dans la rue. C'est pourtant quand il plonge
dans la fange et la noirceur que le film marque. Le jeune David soigne
sa frustration en s'immergeant au sein de la populace d'une taverne et
va tomber amoureux de Pearl (Googie Withers) la femme du tenancier. Même
si tout reste sous-jacent, on devine bien le mélange douteux de
prostituée et d'escrocs en tout genre qui fréquente les lieux, Hamer ne
distinguant pas la fange.
Pearl femme adultère et jouée avec un vice
séducteur par Googie Withers (qui donne une veine plus noire à la femme
au foyer dépressive qu'elle jouera dans Il pleut toujours le dimanche)
est aussi peu recommandable que son époux (Garry Marsh) alcoolique qui
la bat pour punir ses aventures. La perte des repères moraux, la
violence et finalement le crime seront ainsi les seules solutions pour
aspirer à autre chose, Hamer tissant une tragédie progressive dans le
cadre apaisé et étouffant de Brighton. La photo de Stanley Pavey oscille d'ailleurs entre le chatoiement victorien des scènes de jours où les douleurs sont étouffées et la stylisation sombre des scènes nocturnes laissant les vices s'exprimer.
Les moments de cruautés sont
saisissants tant par leur approche inscrite dans le quotidien (Sutton
tourmentant ses enfants de versets religieux à réciter) que de violence
surprenante (le hors-champs lourd de sens où Googie empoisonne son mari)
où se dessine une spirale implacable. Il semble cependant que la
rigueur morale du producteur Michael Balcon ait pris le dessus cette
fois tant le final semble punir les perdus du récit et offrir une issue
inattendue aux opprimés. Le happy-end en forme de dépêche de presse fait
preuve de suffisamment de désinvolture pour ne pas faire tiquer,
l'ambiguïté et le désespoir des conclusions de Noblesse Oblige et Il pleut toujours le dimanche
permettant à Hamer d'exprimer son vrai point de vue par la suite. En
dépit de petites longueurs, un galop d'essai prometteur pour ce météore
du cinéma anglais que fut Robert Hamer.
Sorti en dvd zone 2 anglais et bluray chez Studiocanal, doté de sous-titres anglais
L'anglais John Barratt visite la
France. En se baladant dans les rues du Mans, il croise son sosie. La
ressemblance entre les deux hommes est tellement extraordinaire qu'ils
passent ensemble une soirée bien arrosée. Le lendemain matin, Barratt se
réveille dégrisé dans une chambre d'hôtel, et s'aperçoit affolé qu'il a
été dépouillé de ses vêtements et de son identité. Il est devenu son
sosie : le Comte Jean de Gué. Son histoire est tellement invraisemblable
que personne ne veut y croire. Barratt se retrouve acculé à vivre la
vie d'un autre, une vie qui lui réserve quelques surprises...
Robert Hamer retrouvait Alec Guinness pour la quatrième fois avec The Scapegoat,
adaptation d'un roman de Daphné Du Maurier. On devine ce qui a pu
attirer le réalisateur et sa star dans le matériau original. Pour Alec
Guinness c'est l'occasion de se livrer à un nouvel exercice de
dédoublement entre le solitaire et humaniste John Barrat et séducteur et
égoïste Jean de Gué. Pour Robert Hamer il y a matière à scruter à la
manière de son Noblesse Oblige
(le cynisme en moins) la décadence de la haute société à travers cette
description d'une famille fort torturée de noble français. Le film pèche
par un vrai parti pris d'adaptation. Le roman de Daphné Du Maurier
plongeait une âme suicidaire au cœur d'une famille au penchant
autodestructeur et au lourd passé, et John Barrat reprenait gout à la
vie en endossant les responsabilités qui accablait son double car se
sentant enfin utile.
Le roman était une vraie étude de caractères où le
vide intérieur du héros suicidaire se nourrissait des maux de sa famille d'adoption
pour renaître en les guérissant. Robert Hamer reprend cette idée dans
le film mais avec un acteur aussi charismatique qu'Alec Guinness (à
l'insistance de Daphné Du Maurier alors que la production envisageait
Cary Grant) la lumière est bien plus placée sur lui que sur le défilé de
névrosés que constituait la famille dans le roman. Les protagonistes
sont réduits ou simplifiés, Bette Davis en matriarche morphinomane et la
jeune et pétillante Annabel Bartlett s'imposent donc mais ce choix
simplifient la portée de certains rebondissements qui suivent fidèlement
le roman dont il aurait fallu mieux assumer de s'éloigner.
L'autre
déséquilibre est d'avoir greffé une tonalité de thriller absente du
livre et qui surgit sans trop d'explication au début et la fin du film.
La rencontre entre John Barrat et son sosie Jean de Gué est introduite
dans une logique d suspense à travers les jeux d'ombres dans la filature
nocturne et l'attitude lus ouvertement inquiétante de Jean de Gué. La
confrontation finale sera nettement mieux gérée mais gâchée par un
épilogue un peu expédié. Du coup l'aspect social et humaniste du livre
est tout juste survolé et la volonté de thriller du film pas assez
appuyée. Les deux facettes auraient cependant pu fonctionner en laissant
plus la narration respirer quand tout file ici trop vite en 90 minutes à
peine qui ne laissent pas l'atmosphère s'installer. On peut sans doute
imputer cela à l'alcoolisme de plus en plus aggravé de Robert Hamer
parfois incapable de tourner et qui laissera le filmage de certaines
scènes à Alec Guinness.
Ce dernier sauve le film par son épatante double
performance. Lors de la première entrevue des sosies, il les
différencie par son jeu subtil notamment ce passage où la présence
penaude de John Barrat ne parvient pas à attirer l'attention d'un barman
quand le charismatique Jean de Gué s'impose d'un simple geste de la
main. Faute d'antagonistes consistant (le personnage de Blanche
passionnant dans le livre et pourtant incarné par l'excellente Pamela
Brown n'existe pas vraiment) l'argument du livre est inversé, la
bonhomie et bienveillance de l'imposteur transformant les membres de la
famille plutôt que les problèmes de cette dernière éveillant son
empathie. Pas inintéressant mais pas assez creusé pour convaincre,
dommage mais le livre se prêtait sans doute mieux à une adaptation en
feuilleton tv. Une adaptation plus récente a d'ailleurs été produite par
la BBC, à tenter éventuellement.
Sorti en dvd zone 1 (mais le disque est multizone) chez Warner dans la collection Warner Archives et sans sous-titres
On comprend un peu le problème avec cette bande annonce jouant essentiellement sur le suspense
Le jeune Henry Palfrey
tente de faire impression sur son patron, sur les jolies filles... Peine
perdue. Invariablement, le désagréable Raymond Delauney, son ennemi juré, lui
dame le pion. En désespoir de cause, Palfrey s'inscrit dans une école dont
l'enseignement peu orthodoxe vise à faire découvrir aux élèves les clefs du
succès, sans regarder de trop près aux moyens d'y parvenir...
Robert Hamer s’était montré un des réalisateurs les plus
provocateurs et socialement engagé du Studio Ealing, autant dans le registre du
drame avec Il pleut toujours le dimanche
(1947) que celui de la comédie avec le classique Noblesse Oblige (1949). C’est à ce dernier que Robert Hamer doit
d’être resté à la postérité avec un jeu de massacre virtuose où il fustigeait
les clivages de classes de la société anglaise. Le cadre Victorien du film
était une manière de ne pas évoquer directement une Angleterre d’après-guerre
où passée l’entraide et le relatif égalitarisme du Blitz ces clivages
refaisaient surface comme si rien n’avait changé. Le héros de Noblesse Oblige était un aristocrate
déchu de son statut qui allait le reconquérir par le meurtre mais qui avait
déjà toutes les attitudes hautaines et fières de la classe dominante. School for Scoundrels revisite la
question avec plus de légèreté mais le propos d’Hamer n’en restera as moins
cinglant.
Le film est l’adaptation du Gamesmanship, une série de livres de développement personnel
ironiques de Stephen Potter. Le succès des livres incite aussitôt à une
transposition cinématographique mais la difficulté sera de leur accoler une
vraie trame narrative. Hollywood s’y intéressera en premier, le producteur Carl
Foreman tentant d’en tirer une version avec Cary Grant mais l’humour
typiquement anglais et truffé de néologismes s’avérera inadaptable pour un
public américain. Le projet revient donc dans le giron anglais et Peter Ustinov
en rédigera une première version mais pris par d’autres projets il en délèguera
l’écriture à son ancienne secrétaire Patricia Moyes qui le remaniera avec le
producteur Hal E. Chester. Dans Noblesse
Oblige le héros ne cherchait qu’à regagner un titre dont il s’estimait
spolié mais s’en estimait légitime par son comportement arrogant. School for Scoundrels nous montre avec
le malheureux Henry Palfrey (Ian Carmichael) un personnage pour qui lequel
l’identité et la confiance en soi est entièrement à reconstruire.
Le scénario
nous fait entrer de plein pied dans les années 60 où la figure masculine
conquérante est à façonner dans une attitude détachée qui anticipe Alfie le dragueur (1966). Le titre
suffisait à définir une supériorité naturelle dans Noblesse Oblige, mais à l’ère moderne il suffit simplement de
mépriser l’autre, de chercher par tous les moyens à le dominer et l’écraser. Le
gaffeur et naïf Henry Palfrey est totalement dénué de cet instinct et va subir
toutes les humiliations possibles. Amoureux de la belle April Smith (Janette
Scott), il se voit surclassé par son rival Raymond Delaney (Terry-Thomas) dont
la désinvolture et la roublardise le place constamment en situation de
faiblesse. Le frêle et gauche Henry ne peut soutenir la comparaison avec le
mâle alpha que symbolise Raymond, s’immisçant dans son rendez-vous galant et
draguant impunément April sous ses yeux ou plus tard le dominant outrageusement
durant un match de tennis. Robert Hamer établit ce statut dominant/dominé par
l’image et par le verbe. Durant dîner au restaurant, la gestuelle assurée de
Raymond enlaçant April s’inscrit dans le cadrage mettant immédiatement Henry en
retrait dans la disposition des personnages à table.
Le montage construit un
quasi tête à tête de Raymond et April avec en contrechamps un Henry à l’écart
qu’on pourrait presque croire situé à une table différente, intrus à son propre
rendez-vous amoureux. L’art de l’éloquence joue aussi, Henry perdu face à la
carte des vins et menus devant laisser le choix à Raymond connaissant la
signification de tous les termes imagés désignant les mets. Cette assurance
autorise ainsi une audace méprisante pour Raymond qui après avoir parasité le
rendez-vous fait payer la note à Henry et repart avec April ! On aura la
même approche durant la scène du match de tennis où par les mots, la façon de
se mouvoir et l’assurance méprisante Raymond déstabilise notre héros. Robert
Hamer écrase Henry dans sa mise en scène, soleil dans les yeux, mettant toutes
ses balles out et forcé de courir comme un dératé tandis que le contrechamps
nous montre un Raymond stoïque, renvoyant chaque balle avec un minimum d’effort
et outrageusement avancé dans le carré de service. Cette faiblesse se traduira
aussi au quotidien durant des scènes aussi drôles que pathétique où Henry sera
tour à tour soumis à son propre comptable (Edward Chapman), victime de vendeurs
de voitures arnaqueurs et incapable de s’imposer pour obtenir une table au
restaurant.
Si le meurtre était nécessaire pour reconquérir son honneur
dans l’Angleterre Victorienne de Noblesse
Oblige, au XXe siècle il suffit de s’adjuger une sorte d’ancêtre du coach
avec Alastair Sim endossant carrément le rôle de Stephen Potter, directeur de
la «School of Lifemanship ». Les scènes d’apprentissages sont hilarantes
et assez glaçante puisqu’il n’a pas juste question d’être à l’aise en société
mais d’en être le centre d’attention en écrasant l’autre par tous les moyens. Les
stratagèmes s’appliquent ainsi autant à éliminer un rival trop éloquent, faire
perdre ses moyens à un adversaire en pleine partie de billard ou encore avoir
le mot juste pour alléger une femme de sa robe et l’emmener jusqu’à sa chambre.
Alastair Sim par sa présence charismatique et malicieuse rend bien toute la
subtilité sournoise de l’art du Gamesmanship,
notamment une mémorable première entrevue avec Henry. Tout l’art de plier un
esprit faible par les mots (Potter passant de « Monsieur Palfrey », « Palfrey »
puis un familier « Henry » au fil de son ascendant dans la
conversation), le langage corporel et le regard avec en point d’orgue Henry
s’excusant d’oser redemander son propre stylo que Potter s’était approprié. Une
leçon de mépris magistrale filmé avec un brio sobre et précis par Robert Hamer.
La dernière partie est assez jubilatoire avec la mise en pratique
des préceptes par un Henry s’avérant un disciple surdoué. Robert Hamer retourne
tous les partis pris évoqués précédemment pour cette fois servir la revanche
d’Henry, notamment l’éloquence (pour se payer les vendeurs de voitures escrocs)
et l’attitude dédaigneuse et supérieure pour ramener le comptable à son statut
d’employé servile et craintif. C’est bien sûr le retour de bâton face à Raymond
qui sera la plus jubilatoire. Henry brise son adversaire en mettant à mal son
assurance tranquille (par l’attente forcée qu’il lui fait subir), en fissurant
ses signes extérieurs de virilité avec son bolide mis en pièce et en titillant
sa jalousie par un habile mensonge. Là aussi cette bascule passe par l’image
avec ce significatif moment où Henry domine du haut de son balcon un Raymond en
bas, levant la tête pour lui parler en contre-plongée.
Ainsi sorti de ses gonds
par cette série de viles astuces, le match de tennis s’avère une cruelle leçon
pour Raymond. Robert Hamer n’ose cependant pas aller jusqu’à l’extrême noirceur
de Noblesse Oblige où la fin
justifiait les moyens (malgré un semblant de pirouette morale finale), et si le
Gamesmanship s’avérera une tout aussi
redoutable arme de séduction, la sincérité et l’amour évite de sombrer dans le
cynisme le plus total. Réellement amoureux, Henry vacillera au moment de faire
de son aimée sa « chose ». L’interprétation évite de donner une
dimension moralisatrice à ce final. Ian Carmichael habitué à jouer les benêts
chez les frères Boulting (Private's Progress, 1956), Après moi le déluge
(1959), Heavens Above (1963))
amène ici une vulnérabilité attachante qui l’éloigne de ses emplois d’ahuris,
Terry-Thomas revisite sa figure de calculateur là aussi bien exploité par les
Boulting et le grand Alastair Sim est une fois de plus génial en mentor
espiègle. Il est bien dommage que ce fut le dernier film de Robert Hamer,
encore jeune mais fauché par son alcoolisme notoire (une partie du film sera
tourné par Cyril Frankel et Hal E. Chester) tant cette réussite trouve sa place
dans sa courte mais passionnante filmographie.
Le père Brown, un prêtre catholique, se
voit confier la mission de soustraire une croix de grande valeur à la
convoitise d'un voleur réputé. Or, l'ecclésiastique entend contrecarrer
le vol, tout en sauvant l'âme du malfaiteur.
Father Brown
est la troisième adaptation du célèbre personnage de prêtre détective
créé par G.K. Chesterton. Le film est en fait le remake de Father Brown, Detective (1934)
première transposition de Edward Sedgwick avec Walter Connolly dans le
rôle-titre. Le film de Robert Hamer reprend le principe du scénario de
cette première version en adaptant la nouvelle La croix bleue
(première des 51 nouvelles consacrée au personnage) mélangée à
l'intrigue d'autres nouvelles. Le mélange d'humour anglais et de vraie
intrigue policière alambiquée offre donc une illustration réussie du
personnage, bien aidé par l'interprétation facétieuse d'Alec Guinness.
La
scène d'ouverture donne une bonne idée de la singularité des enquêtes
du père Brown. Alerté par un cambriolage, des policiers ne voient pas le
vrai voleur s'échapper et trouve notre héros en train de remettre le
butin en place. On découvrira que le voleur était un paroissien que le
prêtre a couvert et remis sur le droit chemin avec humour en lui
signifiant qu'il était un bien piètre criminel. En effet, le goût pour
les énigmes criminelles du père Brown n'est pas un passe-temps mais au
contraire une part entière de son sacerdoce religieux où il s'entend à
remettre les malfrats qu'il coince sur la voie de l'honnêteté. On évite
tout prêchi-prêcha religieux grâce à l'humour des situations et de la
truculence du personnage, gaffeur, lunaire et inoffensif en apparence
mais à l'intelligence redoutable. Il va avoir à faire à forte partie
lorsqu'il devra mettre à l'abri de Flambeau, un voleur chevronné et
caméléon la prestigieuse croix de sa paroisse.
Le duel entre le père
Brown et Flambeau est amené avec brio, le voleur étant interprété par
Peter Finch. Les deux rivalisent de subtilité pour duper l'autre et sans
trop en dire le moment où les masques tombent est savoureux, l'acuité
de Brown fonctionnant pas sur l'observation des lieux et des objets mais
de celles des âmes humaines qu'il sait observer et souhaite apaiser.
Dès lors, tout en ayant démasqué Flambeau, Brown décèle la fragilité
secrète en lui et décide de lui éviter l'arrestation, le traquant pour
mieux l'absoudre. On aura ainsi une intrigue très ludique où la police
piste le père Brown afin de remonter jusqu'à Flambeau. Peter Finch en
simili Arsène Lupin volant pour le plaisir de l'adrénaline offre une
prestation à la vulnérabilité subtile et dégage une classe folle. Le duo
formé avec Guinness fonctionne à merveille et finalement on regrettera
que le film soit si court tant il y avait matière à pousser plus loin le
jeu.
Très agréable même s'il y avait matière à rendre la chose
plus tortueuse (d'autant que certaines résolutions des nouvelles s'avère
très inventives) mais on passe un bon moment. A noter une curiosité,
une partie de l'intrigue se déroulant en France on trouve Gérard Oury
encore acteur dans un rôle de flic franchouillard amusant.
Héritier éloigné de la
maison ducale d'Ascoyne-Chalfont, Louis Mazzini élimine successivement, par des
méthodes aussi variées qu'inventives, tous les prétendants qui le séparent du
titre, avant finalement de tuer le duc lui-même lors d'une partie de chasse, en
maquillant l'assassinat en accident. Le soir où il est enfin proclamé duc, un
officier de police vient l'arrêter pour un meurtre qu'il n'a pas commis, celui
du mari de sa maîtresse. Condamné à mort, il écrit dans sa cellule de prison
des mémoires où il relate ses crimes réels.
Très loin de se résumer à la performance multiple d’Alec Guinness
qui y joue huit rôles, Kind Hearts and
Coronets est un des chefs d’œuvres du studio Ealing et un grand classique
du cinéma anglais. Sorti la même année que Passeport pour Pimlico, le film incarne avec celui-ci le grand virage du studio vers
la comédie caustique fustigeant la société anglaise. Pourtant Noblesse Oblige par son amoralité, la
virulence du propos et sa manière de bousculer absolument toutes les valeurs
anglaises détone même par rapport à d’autres productions Ealing qui suivront. Le
film sort durant les difficiles années d’après-guerre où le pays se reconstruit
et souffre encore des privations, ces valeurs et cette identité anglaise ayant
justement constitués un socle afin d’unifier le peuple face à l’adversité. Noblesse Oblige vient bousculer cet état
d’esprit avec son héros au froid individualisme, symbole de ce que la guerre a
bousculé à savoir l’impitoyable système de classe de la société anglaise.
Un
retour à cette injustice est impossible et Robert Hamer, certainement le
réalisateur Ealing aux préoccupations sociales les plus marquées (se souvenir
de son remarquable Il pleut toujours le dimanche(1947)) s’avère le plus indiqué pour donner un coup de pied dans
la fourmilière. Le film s’inspire du roman Israel
Rank: the autobiography of a criminal de Roy Horniman paru en 1907. Le scénario
reprend le postulat ainsi que le cadre de l’Angleterre édouardienne (symbole d’une
injustice remontant loin dans l’histoire du pays) mais effectue plusieurs
changements majeurs. Le héros meurtrier du roman était à moitié juif et cette
caractéristique pouvait autant signifier l’antisémitisme d’alors ou dénoncer au
contraire l’image intéressée que l’on se faisait des juifs à l’époque. Une
ambiguïté impossible à entretenir alors que se sont dévoilées récemment les
horreur d’Auschwitz mais Hamer souhaitant associer cette lutte des classe d’une
certaine forme de racisme fera du héros un italien. La cruauté du roman (où le
héros n’hésitait pas à tuer des enfants pour parvenir à ses fins) est
retranscrite par une ironie et un humour noir savoureux s’exprimant notamment
par la voix-off détachée de Dennis Price.
Sa mère ayant choisie l’amour plutôt que le rang en épousant
un ténor italien, Louis Mazzini (Dennis Price) se voit détourné de la
prestigieuse lignée des Ascoyne-Chalfont, prestigieuse famille noble anglaise.
Il aura malgré son milieu modeste été élevé dans le souvenir de cette parenté,
étudiant les arbres généalogique et interdit de se mêler aux autres enfants
indignes de son rang. Les D’Ascoyne n’ont pourtant que faire de cette famille
embarrassante, refusant d’aider financièrement Louis et sa mère ou de
contribuer à sa carrière. Forcé de travailler comme simple commis de magasin,
Louis voit pourtant sans rancœur prendre une toute autre dimension lorsqu’il
sera refusé à sa mère tragiquement décédée de reposer dans le caveau familial.
Il va alors radicalement reconquérir son rang, assassinant les huit héritiers
Ascoyne qui le sépare du duché.
Les D’Ascoyne représentent différentes facettes de l’éloignement
des réalités de cette aristocratie (arrogance, snobisme, bêtise, sens de l’honneur
par l’absurde l’amiral) et toutes endossent le visage d’un Alec Guinness qui s’en
donne à cœur joie dans un transformisme loufoque. « L’ennemi » nanti
par cette incarnation uniforme représente donc une métaphore de l’aristocratie
imbue d’elle-même tandis que Hamer proposera une illustration plus hétérogène
de la populace qui ne vaut guère mieux. Louis Mazzini représente le pont entre
les deux classes sociales, partageant la condescendance des riches pour les
classes inférieures et l’avidité des pauvres pour s’élever à tout prix dans la
société.
Dennis Price est parfait pour exprimer cette dualité. Si l’on peut
être tout d’abord touché par ses déconvenues (notamment la mort de sa mère,
seule scène où il semble exprimer une émotion sincère), sa froide détermination
dans le crime, les manières de plus en plus arrogantes de sa prestance de
gentleman et les répliques distanciées finissent par le rendre aussi
antipathique que ceux qu’il combat. Ce renvoi dos à dos s’exprime également à
travers les deux personnages féminins. La dépravation, l’ambition et le calcul
de l’amie d’enfance Sibella (Joan Greenwood) n’a d’égal que la pudibonderie, la
naïveté et la conscience de son rang de la belle Edith d'Ascoyne (Valerie
Hobson). La séduction provocante de la première répond à la prestance et à la
beauté élégante de la seconde, manifestation des deux mondes dont est issus
notre héros.
La mise en scène de Robert Hamer participe de cette approche
par son inventivité. Le visions majestueuses du luxe dans lequel vivent les D’Ascoyne
sont non seulement atténuée par leurs attitudes arrogantes mais aussi par leurs
morts ridicules que le réalisateur filme avec un sens du gag (l’amiral noyé, la
chute dans la cascade) et des situations grotesques (le prêtre empoisonné) qui
transforme l’ensemble en un réjouissant jeu de massacre où le rire atténue la
violence des situations – mais pas toujours comme ce coup de fusil dénué du
moindre trait d’humour. Bêtes, imbus d’eux-mêmes et éloigné des réalités dans
les hautes sphères et prêts à tout pour
réussir, froidement intéressés et immoraux au sein du peuple.
Les aristocrates
accrochés à leurs privilèges s’avèrent aussi méprisables que les roturiers qui
ne rêvent que de prendre leurs places. Telle est l’Angleterre bousculée que
nous dépeint Robert Hamer. Le final salue ainsi ce triomphe de la vilenie (et
le prolongement de façade de ces valeurs avec le bourreau et le personnel de la
prison si déférents envers le duc) et du cynisme calculateur, la luxure comme
le confort s’offrant à notre héros avec ces deux prétendantes dont une devra
radicalement s’effacer. Le montage américain tentera bien d’édulcorer l’ensemble
avec l’ajout d’un épilogue où le journal de confession est découvert mais c’est
bien le regard malicieux de Dennis Price qui marquera l’impression d’ensemble.
Un classique absolu.
Sorti en dvd zone 2 français et bluray chez Studiocanal
Phillip Davidson (John Mills) sort de
prison après avoir purgé une peine de douze ans. Accusé de meurtre à
tort, il compte bien aller demander des explications à deux des témoins
(dont son ex fiancée) qui ont fourni un faux témoignage.
Surtout connu pour ses classiques signés au sein du studio Ealing (Au cœur de la nuit (1945) où il signe le mémorable sketch du miroir hanté, Noblesse oblige (1949), Il pleut toujours e dimanche
(1947)), Robert Hamer aura dans sa courte filmographie exercé son
talent également hors Ealing à l'image de cet excellent polar. Hamer
adapte ici un roman de Howard Clewes pour récit de vengeance surprenant.
Philip Davidson sort de prison la rage au ventre après avoir purgé une
peine de douze ans. On découvre d'abord un John Mills à l'allure
inquiétante trouvant une demeure de fortune dans un cimetière de bateau
avant qu'un flashback nous révèle les raisons de ce sort.
Cherchant à
couvrir les activités frauduleuses de son père alcoolique, Fay
(Elizabeth Sellars) aura avec un autre acolyte fourni le faux témoignage
qui condamna Davidson en faisant de lui le coupable d'un meurtre. Le
vrai assassin, l'inquiétant Boyd (John Chandos) s'est volatilisé et a
laissé un cadavre dans l'épave d'un bateau et la responsabilité du crime
à Davidson. John Mills, le regard glacial et la mine taciturne semble
tout entier dédié à sa revanche, sans un regard sur les témoignages
d'amitié et les possibilités de rédemption qui s'offre à lui avec la
belle Illse (Eva Bergh) autre âme blessée ou le vieillard bienveillant
Jackson (Michael Martin Harvey).
Visuellement, Hamer fait de
l'atmosphère du film une sorte de reflet de l'âme sèche et meurtrie de
Davidson. On alterne ainsi entre des paysages ruraux désertiques où ne
surnagent que des carcasses de bateau rongées par la rouille (et où l'on
aperçoit jamais la mer dans cet horizon fermé t sans avenir) et une
tonalité plus urbaine et nocturne oppressante offrant des vues
inquiétantes des quais voisinant Tower Bridge.
Hamer fait véritablement
de Davidson une silhouette maléfique à travers les cadrages et la photo
d'Harry Waxman, le visage dur et impassible de Mills amenant la dernière
touche de tension. On pense grandement aux ambiances inquiétantes qu'il
parvenait à mettre en place dans Il pleut toujours le dimanche
et le lien avec le film Ealing n'est pas qu'esthétique. On retrouve cette
approche de film choral ainsi que l'humanité dont sait faire preuve
Hamer envers ses personnages, complexes et jamais manichéens en dépit de
leurs actions discutables.
On pense à l'ex fiancée jouée par Elizabeth
Sellars, qui a depuis refait sa vie avec le chef de la police (John
McCallum) et est mère d'un petit garçon. Rongée par le remord de sa
trahison passée, elle craint également de tout perdre à travers la
vengeance de Davidson ou la découverte de son parjure, Hamer orchestrant
de subtiles scènes de dialogues avec son époux où chacun devine
l'angoisse de l'autre sans oser aborder le sujet.
La dimension sociale
fréquente chez le réalisateur (même pour rire jaune comme dans Noblesse Oblige)
se retrouve également en liant Davidson à la jeune serveuse Ills, tous
deux sont des meurtris de la vie pouvant se sauver l'un l'autre. Ills
(Eva Berg très touchante) trouvant enfin un homme sincère et protecteur
et Davidson trouvant dans cet amour un autre futur que la vengeance. Le
ton très dur et très noir vacille ainsi constamment à l'aune des
hésitations du héros, Hamer alternant constamment mélodrame intimiste et
polar haletant.
Tout cela se confond idéalement dans la
trépidante course poursuite final où le réalisateur allie suspense
virtuose et vraie émotion. Un très beau film noir à l'ambiance assez
unique.
Sorti en dvd zone 2 anglais au sein d'un coffret ITV consacré à John Mills et doté de sous-tites anglais ou alors à l'unité en dvd zone 1 également doté de sous-titres anglais Extrait
Evadé de prison, Tommy Swann se réfugie chez Rose, une ancienne conquête. Mariée et mère de famille, Rose accepte alors de bouleverser sa vie rangée pour cacher le fugitif.
Cinéaste au parcours fulgurant et tragique, on ne retient généralement de Robert Hamer que le brillantissime Noblesse Oblige, féroce et caustique jeu de massacre qui occasionna une des performance les plus marquantes de Alec Guiness qui y jouait neuf rôles. Il pleut toujours le dimanche est un de ses chef d'oeuvre, atypique de l'approche habituelle du studio Ealing.
Un dimanche dans le quartier d'une bourgade anglaise ordinaire va être troublé par l'annonce de l'évasion de Tommy Swann, voyou local qu'on soupçonne de revenir en ville au cours de sa cavale. Le récit choral nous dépeint donc la manière dont Tommy Swann va influencer le destin de divers personnages plus ou moins important et lié à lui. Cela va des petites frappes du cru cherchant à refourguer le fruit de leur dernier larcin à la police locale aux en aguets et surtout Rose (Googie Withers) ex fiancée de Tommy aujourd'hui mère de famille étouffant dans son foyer. Ayant retrouvée Tommy, elle ne peut s'empêcher de l'aider tandis que les souvenirs du passé afflue et que la frustration du présent se fait plus forte que jamais.
Mélange de film noir, drame et chronique sociale, It Always Rain on Sunday propose finalement un instantané peu reluisant de l'Angleterre de l'immédiat après guerre. Chacun des différents personnage qu'on accompagne tout au long de l'histoire est ainsi prétexte à soulever un aspect social marqué en toile de fond. L'enquête des policiers nous mène ainsi dans un sordide foyer d'accueil ou en quelque plan Hamer soulève une misère insoutenable. Le puritanisme ambiant pèse tel une chape de plomb sur la jeunesse le temps d'une scène où deux amoureux ne peuvent se réfugier de la pluie chez le garçon, la faute à une logeuse trop tatillonne et inquisitrice. Les rues ne sont pas sûre avec des voyous dont la bêtise poussera à un acte de violence révoltant en conclusion. Enfin, c'est la cellule familiale elle même qui s'avère instable avec une Rose frustrée et malheureuse lâchant sa rancoeur sur ses belles-filles.
Robert Hamer, grand amateur de cinéma français semble clairement avoir voulu donner un équivalent anglais au cinéma français des années 30 et du réalisme poétique qu'il admirait tant. L'esthétique évoque ainsi clairement les oeuvres de Carné au niveau de la photo tout en jeu d'ombres (excellent travail de Douglas Slocombe) et l'agencement de la ville et des décors qui rappelle (à une échelle plus réduite) Les Portes de la Nuit notamment. L'authenticité des situations, la gouaille conférée aux personnages et l'aspect grouillant de l'ensemble sont quant à eux marqués par l'empreinte de Renoir. Hamer digère toute ses influence pour un film qui ne ressemble qu'à lui finalement.
Le studio Ealing était réputé malgré ses audaces être particulièrement frileux sur la question du sexe à cause des inhibitions de son patron Michael Balcon. Hamer fait pourtant tout tourner autour de la question que ce soit les intrigues secondaires (les tromperies du patron du drugstore, l'intérêt porté sur l'avenir d'une jeune fille par parrain local) et surtout celle de Rose. Formidablement incarné par Googie Withers, ce personnage qu'on pourrait détester s'avère finalement poignant dans le réveil de son désir pour son ancien amant, qu'on ressent vraiment physiquement dans la rigidité de ses postures et son regard terne retrouvant une flamme oublié lorsqu'il se met torse nu face à elle. Le film ne peut bien évidemment pas aller trop loin mais Hamer instaure une tension sexuelle indéniable.
La facette polar n'est pas oubliée non plus et surgi réellement le temps d'une formidable course poursuite en conclusion. Une très belle réussite qui cache une grande richesse sous son récit minimaliste et sans vrais héros, anticipant grandement ce que fera bien plus tard un Robert Altman.
Sorti en dvd zone 2 français chez Studio canal dans la collection Ealing, coffret indispensable pour tout amateur de cinéma anglais !