Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com et suivre le blog sur twitter à http://twitter.com/#!/JustinKwedi

Pages

Affichage des articles dont le libellé est Robert Mitchum. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Robert Mitchum. Afficher tous les articles

mardi 17 janvier 2017

Les Copains d'Eddie Coyle - The Friends of Eddie Coyle, Peter Yates (1973)

Eddie Coyle est un bandit sans envergure qui vit de petits boulots, de trafic d’armes et de contrebande. Pour échapper à une condamnation et éviter de finir ses jours derrière les barreaux il accepte de travailler comme indic pour Dave Foley, un agent du FBI.

Le méconnu The Friends of Eddie Coyle est pourtant un des meilleurs polars des 70's tout en constituant un des très grands rôles de Robert Mitchum. La star avait remarquablement su se réinventer avec l'âge mûr, délaissant la séduction et la dangerosité virile d'antan pour des rôles où il se montre plus vulnérable et joue de sa vieillesse dans La Fille de Ryan de David Lean (1970), Yakuza de Sidney Pollack (1975) ou plus tard Maria's Lovers de Andreï Kontchalovski (1984). The Friends of Eddie Coyle est la plus belle illustration de cette grandeur dans la modestie avec ce rôle de petite main de la criminalité de Boston. Le film adapte le roman éponyme de George V. Higgins.

C'est le premier ouvrage de l'auteur qui comme dans le reste de son œuvre s'inspire grandement de son expérience de procureur adjoint général du Massachusetts où il plaida devant la cour suprême une soixantaine d'affaires impliquant des activités illégales de la mafia. Cette connaissance du milieu donnait une réalité palpable aux mœurs et langage criminel dépeint et The Friends of Eddie Coyle revisite la tragique fin de Billy O'Brien, petit malfrat de Boston assassiné en 1967. Le coupable était le psychotique et paranoïaque James "Whitey" Bulger (récemment incarné brillamment par Johnny Depp dans Strictly Criminal (2015)) qui le soupçonnait d'être un informateur - ironiquement Bulger s'avéra lui une vraie balance du FBI donnant ses rivaux pour asseoir son pouvoir.

L'histoire part donc du même postulat avec un Eddie Coyle (Robert Mitchum) en sursis et pris entre deux feux. Sous le coup d'une condamnation qu'il cherche à éviter pour préserver sa famille, son seul espoir serait d'être indic pour le manipulateur agent du FBI Dave Foley (Richard Jordan). Cela l'exposerait pourtant s'il était démasqué à des représailles fatales de la part de ses acolytes criminels. Coyle joue ainsi sur les deux tableaux en étant l'entremetteur pour fournir les armes à un gang de braqueur de banque tout en négociant sa survie avec le FBI. Peter Yates rend remarquablement justice à George V. Higgins (tout comme le fera bien plus tard et dans un registre plus ironique le très bon Cogan: Killing Them Softly (2012) seule autre adaptation de l'auteur) par sa déglamourisation du monde criminel. Les rencontres et deal se font dans les squares abandonnés, les parkings de supermarchés et les bars les plus miteux. Les rapports et la hiérarchie des malfrats se fait à travers le degré d'intimidation et une place progressivement déployée sur l'échiquier criminel où chacun es constamment le jouet d'un autre plus aguerris, expérimenté et dangereux.

Coyle en impose ainsi le temps de quelques tirades viriles au minable vendeur d'armes Jackie (Steven Keats) qui lui-même joue les dure à cuire face à sa clientèle la plus minable (un couple de marginaux en quête d'arme lourde et des voleurs minables). Coyle est quant à lui dans ses petits souliers face aux braqueurs qu'il alimente en armes, ces derniers s'avérant aussi pathétiques dans leur quotidien (l'entrevue avec un acolyte louant un mobile-home avec une bimbo vulgaire) que dans l'exécution de leurs métier avec une méthode (prendre en otage la famille du directeur de banque pour le soumettre, argument réutilisé d'ailleurs bien plus tard et en plus léger dans le Bandits (2000) de Barry Levinson) manquant singulièrement de panache.

Tous et plus particulièrement Coyle sont les jouets de haute sphères manipulatrice qui remportent une mise bien plus ambitieuse, que ce soit l'avancement pour l'agent Dave Foley ou la disparition de comparses trop gourmand et imprévisible pour le fascinant personnage de Dillon (Peter Boyle). Celui-ci est clairement inspiré de James "Whitey" Bulger par son double jeu et sa dangerosité d'homme de main de la mafia. L'interprétation glaçante de Peter Boyle tout comme l'aura dont l'entoure Peter Yates le rendent sacrément menaçant sans qu'on l'ait vu en action- si ce n'est de façon tout aussi abjecte que ses comparses durant l'épilogue .

Robert Mitchum traîne une carcasse fatiguée et arbore une allure résignée qui semble le condamner dès le départ. Hormis quelques scènes de braquage tendue et à la violence sèche, Peter Yates déploie ainsi un polar urbain sinistre dans le Boston le plus crapoteux possible baigné dans la photo autmanle et dépressive de Victor J. Kemper - seul le score groovy de Dave Grusin amène un semblant d'allant. Le final tragique attendu se montrera minable, sans emphase et finalement poignant dans le destin du héros.

Sorti en BR et dvd zone 2 anglais chez Eureka et doté de sous-titres anglais

jeudi 8 septembre 2016

Till the End of Time - Edward Dmytryk (1946)

Cliff, William et Perry, trois marines, rentrent à la maison, à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Blessés moralement ou physiquement, ils doivent réapprendre à vivre dans la vie civile. Jolie veuve d'un pilote, Pat Ruscomb, très perturbée par la disparition de son mari, s'intéresse à l'un d'eux, Cliff.

Les plus belles années de notre vie (1946) de William Wyler est le grand film multi oscarisé évoquant la difficile réinsertion des vétérans de la Deuxième Guerre Mondiale. Ce ne fut cependant pas le seul film hollywoodien à évoquer ce thème puisque de belles réussites comme Le Retour de Mervyn LeRoy (1948), Étranges Vacances de William Dieterle (1944) et donc ce Till the End of Time apportèrent chacun un regard sensible et complémentaire au classique de Wyler. Le film est l'adaptation du roman They Dream of Home de Niven Busch avec une trame voisine mais moins immédiatement démonstrative que Les plus belles années de notre vie dont le récit choral explorait tous les grands traumatismes possibles vécus par les vétérans.

Cliff Harper (Guy Madison) et William Tabeshaw (Robert Mitchum pas encore star mais qui crève l'écran de charisme), anciens marines et héros de guerre sont rendus à la vie civile en ouverture du film. Edward Dmytryk illustre avec une rigueur quasi documentaire tous le processus de cette "libération", accompagnée d'un entretien à la fois psychologique et professionnel, d'un calcul et d'une donation de la pension due à chacun des vétérans. Cette séquence permet d'apprendre les séquelles physiques de certains forcément visibles (la plaque de fer sous le crâne de Robert Mitchum), le passé et le futur possible vers lequel ils retournent (l'université d'ingénieur interrompue par la mobilisation pour Guy Madison) mais surtout de nous faire comprendre à quel point l'armée gère encore leur existence et le vide qu'il s'apprêtent à connaître en retrouvant un quotidien incertain.

La camaraderie avant la séparation puis le bonheur des retrouvailles avec la famille nous montre donc une entrée en matière joyeuse et insouciante. Tout le déroulement du film se proposera donc de ramener les personnages et plus particulièrement Cliff Harper à la peur du vide que constitue ce retour à la vie civile. Physique avenant et sourire désinvolte, Cliff sous ce masque voit tout son environnement lui rappeler que la vie s'est poursuivie dans son environnement pendant ses trois ans au front. Souhaitant surprendre ses parents par son arrivée, il les trouve sorti. Tentant d'enfiler une ancienne veste, il constate qu'elle est désormais trop grande pour lui et remet son uniforme. Même le fonctionnement de la radio familiale lui est inconnu et il va l'éteindre après avoir déclenché un son assourdissant. Harassé par cette journée de retour, il git les yeux baignés de larmes dans sa chambre et feint de dormir paisiblement lorsque ses parents viendront le voir.

Le malaise va s'étendre par son refus de reprendre sa vie en main et penser au futur à travers ses journées oisives où il erre et dépense sa pension en sortie. Le scénario est très subtil pour exprimer le fossé régnant entre Cliff et ses parents. Dmytryk s'arrête sur le visage choqué de la mère de Cliff lorsqu'elle entend son fils parti adolescent parler femmes et alcool dans la plus grande familiarité machiste de régiment avec Tabeshaw venu lui rendre visite. De même les des parents remontrances sur son existence sans but ne passe plus sur ce fils désormais devenu un homme.

Cliff est incité à reprendre le cours de sa vie par un entourage incapable d'entendre ce qu'il a vécu, chaque conversation où il essaie d'évoquer un souvenir du front douloureux étant interrompu par ses interlocuteurs. Cette approche s'avère d'autant plus intéressante par l'allure séduisante de Guy Madison et le fait que le personnage ne souffre d'aucune séquelle physiques ou traumatisme de guerre marqué. Même quand le film aborde frontalement cette facette, la faille sera toujours essentiellement psychologique. Le personnage de Mitchum dilapide sa pension en alcool et parties de carte sans concrétiser son projet d'acheter une ferme, et ce n'est que par la suite qu'on apprend les douleurs que lui causent sa plaquent dans le crâne.

De même le vétéran Perry (Bill Willliams) promis à une brillante carrière de boxeur préfère se lamenter sur ses jambes amputées plutôt que de se reprendre en main. Tout cela semblait surmontable au sein du corps de l'armée mais sans l'esprit collectif qui les soudait face au danger et aux pertes, qui les mettait tous sur un pied d'égalité et les guidait, les vétérans sont démunis face au monde normal et ses exigences. Dorothy McGuire offre également une très belle interprétation où elle donne à voir aussi la douleur de "l'après" pour les héroïnes du home front (sources de beaux mélodrames romantiques comme Depuis ton départ de John Cromwell (1944)) où après avoir été le doux souvenir du soldat avant la mobilisation, elle se retrouve veuve après son décès au front. Cherchant le visage du disparu dans tous les vétérans revenus aux pays, elle se donne à eux pour oublier sa solitude. La scène où elle avoue enfin sa détresse est un des plus beaux instants du film. Même les rencontres furtives proposent des pics d'émotions inattendus comme lorsque Cliff remarque dans un bar un vétéran pris de tremblements nerveux et qu'l va tenter de l'apaiser en lui parlant.

Toute la finesse d'observation de Dmytryk et sa remarquable direction d'acteur offre un intérêt constant au film où il laisse apparaître ses convictions politiques (qui lui couteront chers plus tard) dans une des dernières scènes où les héros sont sollicités par une association de vétéran raciste. Le contexte de l'armée sera ainsi abordé de manière bien moins solidaire dans son film suivant Feux croisés (1947) où il traitera de la question de l'antisémitisme. Une grande réussite qui ne mérite pas d'être autant restée dans l'ombre de Les Plus belles années de notre vie.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner 

Extrait

mercredi 13 janvier 2016

Rivière sans retour - River of No Return, Otto Preminger (1954)

1875, quelque part dans les Rocheuses de l’Ouest américain. Matt Calder est un ancien détenu récemment libéré de prison qui aspire à la paix de la vie de fermier en compagnie de son fils Mark, neuf ans, qui ne le connaît pas. L’enfant a récemment perdu sa mère et vivote dans la jungle humaine d’un camp de chercheurs d’or transformé en cité champignon constituée de baraquements de fortune et de toiles de tentes. La chanteuse du ‘‘saloon’’ local, Kay, l’a plus ou moins recueilli. Kay et son amant Harry Weston, un joueur, rêvent tous deux d’une autre vie.

Rivière sans retour est une œuvre singulière qui marque la rencontre d’un couple de cinéma mythique avec Marilyn Monroe et Robert Mitchum. Unique western d’Otto Preminger, le film constitue pour le réalisateur une commande après laquelle il gagnera son indépendance en créant sa propre société de production. Darryl Zanuck impose le projet à celui qui est le réalisateur le plus prestigieux de la Fox à l’époque car l’enjeu est de taille. Il s’agit d’asseoir le statut de star fraîchement acquis de Marilyn Monroe (Niagara d’Henry Hathaway, Les hommes préfèrent les blondes d’Howard Hawks et Comment épouser un millionnaire ont remporté un fulgurant succès l’année précédente) dans une production à grand spectacle. Le prestige est d’autant plus renforcé avec l’engagement de Robert Mitchum qui retrouve Preminger après l’excellent film noir Un si doux visage (1952).

Le spectaculaire et l’ampleur du film repose plus sur son splendide environnement naturel que par ses péripéties. Le scénario de Frank Fenton reprend la construction et le ton d’autres de ses westerns comme Le Jardin du diable (1954) de Henry Hathaway ou Vaquero (1953) de John Farrow où l’aventure est un prétexte au cheminement plus intimiste des personnages et à leurs amours complexes. Ici il s’agira de la construction d’une famille improvisée à travers un Matt Calder (Robert Mitchum), son jeune fils Mark (Tommy Rettig) qu’il connaît à peine et Kay (Marilyn Monroe), fille de saloon amante de l’escroc Weston (Rory Calhoun). Le trio est au trousses de Weston qui les as laissé sans défense en volant le fusil et le cheval de Calder dans un territoire sauvage arpenté par les indiens, afin de valider au plus vite une concession d’or. 

Seul moyen d’échapper à ce danger, en affronter un autre tout aussi grand en traversant une rivière sauvage en radeau pour rattraper le voleur. L’ensemble des protagonistes poursuit un rêve (symbolisé par ce camp de chercheurs d’or foisonnant) plus ou moins superficiel et qui va être mis à mal durant l’odyssée. Calder aspire à être un modèle pour ce fils dont il a été longtemps éloigné, mais la découverte du motif de cette longue séparation va jeter le trouble sur l’image émerveillée que se fait Mark de ce père. Kay quant à elle aspire à quitter les saloons miteux de l’Ouest où elle chante pour mener la grande vie, raison pour laquelle elle défend et se raccroche au pourtant peu recommandable Weston. Les rapports initiaux des protagonistes sont ainsi guidés par leurs aspirations. Matt souillé par un passé criminel et en quête de vertu méprise la « traînée » qu’il voit en Kay, cette dernière semblant prête à toute les séductions pour protéger son amant de la fureur de Matt.

L’enfant sera l’élément qui va les lier et les faire changer d’opinion l’un sur l’autre à travers les attentions maternelles de Kay et la bienveillance virile de Matt. Robert Mitchum est remarquable pour exprimer la dualité entre l’animalité et la brutalité passée du personnage et cet amour paternel qui doit les réfréner. Sa réaction lorsque son fils apprendra par accident son passé est remarquablement subtil et poignante, voyant son regard passer de l’admiration enfantine à l’incompréhension.

Marilyn Monroe trouve là un de ses plus beaux rôles bien que les relations avec Otto Preminger (agacé par les nombreuses prises nécessaires à sa star) aient été orageuses. C’est le rôle (avec Les Désaxés (1961) de John Huston) où elle apparait comme la plus naturelle, le cadre sauvage autant à sa beauté toute sophistication pour une présence charnelle plus libre. Si elle retrouve en partie par instants son emploi de femme enfant inconséquente, Marilyn arbore également un registre plus mature à travers le sentiment protecteur et maternel qu’elle noue avec le petit garçon. 

La séduction n’est plus feinte (la femme fatale qu’elle joue dans Niagara), décalée (ses rôles d’attachante délurée dans Sept ans de réflexion (1955) et Certains l’aiment chaud (1959) de Billy Wilder) ou subie (les assauts où regards masculins concupiscents présents dans tous ses rôles) mais semble plus authentique et sincère. Les registres précités sont tous abordés à un moment ou un autre dans le film avant de s’estomper à travers la romance naissante des personnages et la merveilleuse alchimie dégagée par le couple qu’elle forme avec Mitchum.

Preminger peut alors laisser s’exprimer un érotisme trouble à travers les sentiments changeants, exprimés avec une douceur anodine (Marilyn engourdie frictionnée par Robert Mitchum fixé par un regard énamouré) ou un désir plus violent où Calder doit maîtriser ses bas-instincts. La magnifique prestation de Marilyn est rehaussée par ses prestations vocales, chaque chanson étant un prolongement des facettes de Kay : ambitieuse sur One silver dollar, séductrice sur I’m gonna file my claim, maternelle avec Down in the meadow ou et mélancolique sur la sublime interprétation finale de River of no return.

Les péripéties sont anodines et semblent presque là pour agrémenter le récit d’action tant bien que mal (les indiens, la rencontre avec les deux prospecteurs) si ce n’est les tumultueuses scènes en radeau. Preminger déploie un scope majestueux qui met superbement en valeur le décor naturel (tournage dans parcs nationaux de Banff et de Jasper au Canada) dans un somptueux panorama où cette rivière agitée offre une vue aussi imprenable que dangereuse sur la nature environnante. 

Hormis les plans rapprochés des scènes de radeau filmées en studio (et plutôt bien intégrés aux extérieur par un montage habile), Preminger accompagne la descente de cette rivière de façon spectaculaire, à coup de travelling latéral lointain mettant en valeur toute la dangerosité du parcours. Le morceau de bravoure réside bien là, confondant le défi physique et mental des protagonistes remontant le courant de leurs aspirations factices pour découvrir leurs vraies attentes au bout du chemin. C’est le sentiment qui nous anime au terme d’une ultime séquence génialement machiste en façade mais l’expression d’une tendresse rompue aux rudesses de l’Ouest. Superbe ! 

 Sorti en dvd zone 2 français chez Fox

lundi 6 avril 2015

L’Aventurier du Rio Grande - The Wonderful Country, Robert Parrish (1959)

Martin Brady, qui a abattu l'assassin de son père, a fui le Texas pour le Mexique, où il est devenu le "pistolero" des frères Castro, dont l'un d'eux, Cipriano, devient le gouverneur de la province qui jouxte le Rio Grande. Alors qu'il achemine des armes vers l'autre Castro, le général Marcos, le cheval de Brady fait une embardée et retombe sur lui. La jambe fracturée, Brady est immobilisé durant deux mois dans un fort de l'armée fédérale américaine. Là, il lie connaissance avec la belle Ellen Colton, l'épouse du commandant. Ce dernier voudrait l'employer à son service afin d'obtenir des renseignements sur la position des Apaches dans la région et sur les intentions des frères Castro.

Robert Parrish offre à Robert Mitchum un de ses plus beaux rôles avec ce western atypique. A l’origine on trouve le beau roman de Tom Lea The Wonderful Country dont Robert Parrish découvre avant même son écriture. Alors qu’il monte La Corrida de la peur (1951) de Robert Rossen et adapté d’une œuvre de Tom Lea, Parrish échange avec l’auteur qui lui fait le récit de ce qui sera The Wonderful Country. Captivé par cette histoire, Parrish n’aura de cesse d’en titrer un film une fois le livre paru d’autant qu’il aura réussi à entamer une carrière de réalisateur entretemps. Cela lui prendra sept ans avec quelques péripéties comme le désistement de Gregory Peck qui s’était engagé à jouer et produire le film. Après le refus d’Henry Fonda, Parrish se rabat sur celui qu’il venait de diriger sur le film d’aventures L’Enfer des tropiques (1957), Robert Mitchum. La star s’engage à son tour à produire également le film et le projet peut enfin prendre forme avec un tournage au Mexique dans la région de Durango.

The Wonderful Country est un western introspectif, un récit d’errance à la fois intérieure et physique matérialisée par cette frontière que constitue la rivière du Rio Grande. Coupable d’avoir plus jeune abattu l’assassin de son père, Martin Brady (Robert Mitchum) dû fuir au Mexique pour vendre ses services au plus offrant à savoir les frères Castro qui domine le pays. Paria recherché dans son pays et éternellement vu comme un étranger, un « gringo » au Mexique, Brady est un être qui se cherche, nulle part à sa place. Contraint de brièvement traverser le Rio Grande et retourner aux Etats-Unis pour transporter des armes il se brise la jambe par accident et se retrouve coincé sur place.

Il va ainsi reprendre gout à la vie, retrouver son humanité et rêver d’une autre existence mais son passé violent va le rattraper. Cette reconstruction sera d’abord physique. Dans la scène d’ouverture, Parrish filme Mitchum dont la silhouette se confond avec celle de ses comparses mexicains sans que l’on distingue ses origines différentes. Brady s’est laissé happé par cette terre d’adoption au point d’y abandonner son identité et même de se laisser aller à une certaines déchéance physique dont il est inconscient. Sa longue convalescence et le regard des autres lui fera prendre conscience de son état, la guérison passant aussi par une hygiène et un souci de soi nouveau pour lui. 

Dégageant désormais une aura différente, il devient le citoyen américain qu’il n’aura jamais pu être et est sollicité par les autorités pour les aider dans leur lutte face aux apaches de la frontière mexicaine. Il reste pourtant pour eux un pistolero à la solde des mexicains et c’est le regard de Ellen Colton (Julie London déjà dans l’excellent Libre comme le vent (1958) autre western de Parrish) épouse de l’officier de garnison (Gary Merrill) dont il est amoureux qui servira réellement de déclencheur moral pour lui. Pour la première fois, il est vu autrement que par la crainte ou le profit qu’éveille sa dextérité au pistolet, mais comme un homme. Ayant déjà sacrifiée son couple à un homme dévoué à son devoir de soldat, Ellen saura déceler et éveiller l’humain sensible et aimant sous les attitudes bourrues de Martin. Robert Mitchum est excellent, traînant sa nonchalance teintée de mélancolie avec brio et se montrant vulnérable comme rarement. Son personnage immobilisé d’entrée est à contrecourant du héros de western classique car dans l’impossibilité d’exister par l’action. 

Moteur des bas-instincts qu’il essaie de refréner, la violence n’est que sporadique tout au long du film Parrish exprimant l’agitation qui anime ses personnages par les acteurs bien sûr mais par le rôle de l’environnement. Inspiré par les descriptions du roman de Tom Lea mais aussi par ses peintures et illustrations (Lea originaire d’El Paso étant d’ailleurs plus connu pour son travail de peintre que pour ses écrits), Parrish donne un tour métaphorique et crépusculaire à son décor avec cette rivière aux rives symboles de son hésitation, de sa dualité. Par le soin apporté au décor et à la réalité historique, Parrish exprime d’emblée l’absence de manichéisme et d’opposition entre Etats-Unis et Mexique. 

Le meilleur et le pire des deux contrées offre un miroir de ce que le héros est prêt à leur offrir. Il peut ainsi reprendre gout à la vie, tomber amoureux et nouer de nouvelles amitiés aux USA mais aussi y abattre un homme à la première provocation. Il peut être le bras armé des Castro (dont l’un est campé par Pedro Armendriz) mais aussi aimé du peuple (son ami dans l’armée mexicaine, la famille qui l’accueille dans sa fuite). Il en va de même pour la romance où le regard aimant de Julie London reste chaste dans la contrainte morale américaine mais dont le corps s’abandonne passionnément à Martin dans le tumulte mexicain.

Faute de choisir, Brady est condamné à une damnation et errance éternelle où se répète inlassablement le cycle de violence et de fuite. Les évènements agités le pousseront à s’impliquer et choisir son camp pour qu’il puisse enfin trouver sa place. La dernière partie plus nerveuse laisse à Parrish l’occasion de montrer sa virtuosité (incroyable course poursuite dans une plaine avec des travellings fluides ainsi qu’une nervosité et énergie où on sent son passé de monteur) même si c’est bien en posant les armes que Brady remportera sa plus belle victoire. Superbe idée aussi de manifester cette bascule avec le seul élément qu’il aimait vraiment dans ce Mexique, son cheval. Un beau western, loin des clichés habituels qu’on peut trouver dans la représentation du Mexique et qui fait montre d’une atmosphère très originale. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Sidonis

vendredi 6 décembre 2013

La Griffe du passé - Out of the Past, Jacques Tourneur (1947)


Jeff Bailey (Robert Mitchum), pompiste dans une petite ville californienne, retrouve par hasard Joe Stephanos, un homme de main de son ancien employeur, Witt Sterling (Kirk Douglas). Le jeune affranchi lui fait comprendre que Sterling souhaite le revoir au plus vite. Joe va au rendez-vous avec sa fiancée, à laquelle il raconte son trouble passé de détective...

Classique absolu du film noir, Out of the Past est une œuvre qui témoigne de l’ascension de la plupart de ses protagonistes.  Jacques Tourneur, consacré maître de la terreur suggestive grâce au trio de production Val Newton – La Féline (1942), L’Homme léopard (1943 et Vaudou (1943)- allait là prouver sa versatilité et aisance dans tous les genres (déjà prouvée l’année précédente avec l’excellent western  Le Passage du canyon (1946)). Avec le Feux Croisés (1947) de Edward Dmytryk, Robert Mitchum est pour la première fois en tête d’affiche et Kirk Douglas ici en homme d’affaire manipulateur trouve lui son second rôle au cinéma. 

Out of the Past se situe à l’âge d’or du genre et condense dans son intrigue différentes situations et grand archétypes aperçus dans des réussites l’ayant précédé dans les années 40 : un héros reclus voyant son passé ressurgir (l’ouverture des Tueurs (1946) de Robert Siodmak), une narration en flashback dressant une sorte de fatalité inéluctable et une femme fatale vénéneuse (Assurance sur la mort (1944) que fondateur). Robert Mitchum et son détective privé désinvolte, astucieux et tout en bagout doit bien sûr beaucoup au Philip Marlowe du Grand Sommeil (Howard Hawks, 1947). En croisant tout cela on plonge ainsi dans le récit d’un modeste pompiste et ex détective privé convoqué par un ancien client (Kirk Douglas) pour un nouveau job. Une mission à laquelle il ne peut se soustraire, lui qui avait succombé aux charmes de Kathie Moffett (Jane Greer), fiancée de Douglas qu’il était chargé de retrouver.

Jacques Tourneur défini ainsi deux monde entre le passé et le présent de Mitchum. Lumineux, apaisé, aéré et synonyme de romance pure et sincère pour le présent de la petite ville californienne où est désormais établit le héros. On découvrira ainsi Mitchum alanguit en pleine nature avec son nouvel amour. Les ténèbres viennent investir cette plénitude lorsque s’amorce le flashback avec ses environnements claustrophobes et surchargés de la demeure de Douglas ou des séquences aux Mexique. L’allure avenante et mystérieuse de Jane Greer est le pendant négatif de la petite amie simple du présent et la supposé pureté de sa robe blanche est contredite par sa féminité agressive et un visage aux émotions indéchiffrable. 

Les scènes d’amour entre Mitchum et Greer font ainsi preuve d’une beauté mais aussi d’une sophistication qui préviennent d’emblée de la nature viciée de cette relation. Les retrouvailles sur la plage, entre ombre et majestueuses lueurs du crépuscule montre ainsi le croisement de calculs et du lien affectif réel. Robert Mitchum est tout d’un bloc capable de tout abandonner pour elle qui au contraire s’adapte et survit aux circonstances quel que soit ses sentiments, comme le montrera son retour auprès de Kirk Douglas qu’elle déteste pourtant.

La Griffe du passé est aussi en quelque sorte l’acte de naissance du personnage cinématographique de Robert Mitchum. Quelques acteurs furent envisagés avant qu’il n’obtienne le rôle (John Garfield et Dick Powell pour les plus fameux) mais le film n’aurait pas atteint cette aura culte sans lui. Daniel Mainwaring au scénario (avec James Cain) adapte ici son propre roman Build My Gallows High paru en 1946. Grand ami d’Humphrey Bogart, il s’inspire largement de son interprétation de Philip Marlowe pour définir un de ses héros récurrents de papier tout naturellement appelé Humphrey Campbell. Nouant également une amitié par la suite avec Robert Mitchum, il contribuera largement ici et dans Ça commence à Vera Cruz (1949) à l’établir comme un  grand acteur de film noir. 

Comme déjà dit, les situations et une partie de sa caractérisation associe Mitchum ici à de grandes figures passé du genre. Sous les attitudes de tough guy (jubilatoire moment où il stoppe un homme de main qu’il a berné qui voulait le corriger) et l’art de la réplique cinglante, l’acteur dégage une nonchalance et une mélancolie faisant toute l’émotion du film. Une passion irraisonnée l’a fait passer du mauvais côté et l’ensemble du film est une vaine poursuite pour repasser de l’ombre à la lumière. On est loin ici des héros bernés et pris à leur propre piège de certains film noir, Mitchum fait preuve ici d’une intelligence (on repense à Marlowe) et d’une psychologie lui permettant d’anticiper la plupart des pièges qu’on lui tend. Tourneur en fait une silhouette furtive et imposante dans la nuit urbaine qui ne le domine jamais et dans laquelle il se fond avec grâce. Malgré tous ses efforts, son erreur initiale a fait de cette nuit son élément et tous ses efforts n’y feront rien. 

La fatalité du film noir n’a rien à voir ici dans la chute du héros, c’est bien la prise de conscience lue à travers le regard lucide de Mitchum lors de la conclusion qui la provoque. Plus malin que ses ennemis et insaisissables pour les autorités, un fossé semble le séparer d sa fiancé innocente. Ce contraste se ressentira dans leur ultime rencontre s’opposant à leur scène commune en ouverture : à nouveau enlacé en pleine nature, Ann (Virginia Huston) conserve la tenue rustre du début quand Mitchum est désormais emmitouflé dans son imper de détective, ils ne seront jamais du même monde.

A l’inverse l’instinct de survie et la malice de Jane Greer ressemblent dangereusement aux siens et l’ayant compris, Mitchum se saborde volontairement alors qu’il pourrait s’en sortir une fois de plus. La conclusion est une des plus magistrales du film noir et annonce celle fameuse également d’une autre incursion de Mitchum dans le genre avec Un si doux visage (1952) d’Otto Preminger. Le titre français est pour le coup particulièrement bien vu, cette griffe du passé laissant une marque indélébile dont on n pourra jamais se défaire.

Sorti en dvd zone 2 français aux Editions Montparnasse dans la collection RKO 

Extrait

lundi 15 juillet 2013

Ça commence à Vera Cruz - The Big Steal, Don Siegel (1949)


Poursuivi par le capitaine Blake (William Bendix), le lieutenant Duke Halliday (Robert Mitchum) débarque à Vera Cruz. Ce dernier, accusé d'avoir volé de l'argent à l'armée, doit prouver son innocence au plus vite. La charmante Jane (Jane Greer) lui vient en aide.

The Big Steal est seulement le troisième film d'un Don Siegel débutant mais qui trousse une série B trépidante reflétant bien la décontraction dans laquelle elle a été conçue. Le film sert en effet de justificatif pour faire sortir plus vite de prison un Robert Mitchum en bisbille avec la justice pour possession de marijuana. La RKO lance donc la production dans l'urgence au Mexique, Siegel démarrant le tournage sans sa star et contraint de filmer d'abord toutes les fins de scènes avec William Bendix jusqu'à l'arrivée de Mitchum qui débarquera fin saoul au Mexique.

Le film navigue ainsi constamment entre l'efficacité et la nervosité typique des séries B RKO (le tout dure à peine plus d'une heure sans le moindre temps mort) et une nonchalance des plus agréables qui confère une forme de respiration à l'ensemble ce qui est assez paradoxal dans une histoire reposant sur les courses poursuites. Siegel parvient à cet équilibre en caractérisant toujours ses personnages dans l'action, la mise en scène nerveuse du réalisateur contrebalançant toujours avec l'attitude détachée de ceux-ci (voir le badinage entre Mitchum et Jane Greer en pleine poursuite en voiture échevelée) et donc d'une folle modernité.

Le scénario fantaisiste nous rend donc cette bonne humeur contagieuse avec ses bons mots, son Mexique pittoresque et rural, ses autochtones truculents (le chef de police, les deux paysans forts avenant après avoir quand même tenté de détrousser Robert Mitchum) qui viennent nous distraire entre deux bagarres.

Dans ce registre Robert Mitchum est bien sûr parfait, imposant une présence virile et blasée qui se complète bien avec la raideur distinguée d'une Jane Greer qu'on prend plaisir à voir se dérider au cours de l'aventure. C'est cette même tonalité qui distingue les deux méchants avec un Patric Knowles séducteur et menaçant tandis que William Bendix fait plus office de bouffon à ridiculiser. Bien emballé et léger, un modèle du genre.

Sorti en dvd zone 2 français aux Editions Montparnasse dans la collection RKO

dimanche 3 mars 2013

El Dorado - Howard Hawks (1966)


En arrivant à El Dorado, l'aventurier Cole Thornton retrouve un ancien ami, JP Harrah, qui est aujourd'hui le shérif de la ville. Engagé par un propriétaire terrien, Thornton renonce à sa mission quand Harrah lui apprend qu'elle a pour but de chasser les McDonald de leurs terres...

En 1959, Howard Hawks atteignait la quintessence de son art avec Rio Bravo, sorte de synthèse parfaite de son approche narrative et de ses thématiques.  Intrigue archétypale réduite à sa plus simple expression permettant de mettre en valeur les personnages, célébration d’une unité et camaraderie masculine révolue, comédie romantique piquante,  Rio Bravo était tout cela : un grand divertissement et un classique instantané. 

On ne le savait pas encore mais Rio Bravo était aussi le dernier chef d’œuvre de son réalisateur qui par la suite allait alterner honnête divertissement (Hatari, Ligne Rouge 7000) et variation sur le même thème avec  notamment Le Sport favori del’homme (1964) où il reprend des éléments de ses plus fameuses screwball comedy (L’Impossible Monsieur Bébé, La Dame du vendredi) avec un casting rajeuni dont Rock Hudson prenant le relai de Cary Grant. El Dorado appartient à cette dernière catégorie en offrant un remake à peine masqué de Rio Bravo. La différence se fera en grande partie par le contexte de production des deux films. 

 A l’époque de Rio Bravo, Hawks signait son grand retour à Hollywood après un long exil en Europe suite à l’échec de La Terre des Pharaons (1955). Malgré son expérience et ses succès, il se retrouve à nouveau dans la peau de celui qui a tout à prouver et ainsi rassemble tous les éléments qui firent les particularités de ses films dans une épure, une efficacité voire tout simplement une perfection inégalée. Rio Bravo n’était pas seulement un retour, mais un testament, rien de ce qui viendrait après ne pourrait s’y mesurer.

El Dorado est quant à lui signé par un Hawks en fin de carrière (c’est son avant-dernier film), enfin reconnu par la critique mais aussi dépassé par la jeune génération montante du Nouvel Hollywood. Rio Bravo constituait une preuve vivace et moderne de ses capacités, El Dorado jette plutôt un regard nostalgique et tendre sur les valeurs célébrées dans le film de 1959. Rio Bravo était la vision du monde selon Hawks, El Dorado celle d’un paradis perdu comme en atteste le générique chanté nostalgique et traversé de dessin figeant ce passé dans la légende. Bien évidemment, El Dorado n’approche à aucun moment les hauteurs de son modèle et évoquerait plutôt un champion sportif sur le retour : moins véloce, quelques kilos en trop mais ayant toujours fière allure et capables de quelques éclats. 

Le noyau dur de la trame de Rio Bravo (shérif seul contre tous, riche propriétaire et son armée de tueurs) est ici repris, tout comme la caractérisation des personnages : John Wayne reste John Wayne, Robert Mitchum remplace Dean Martin en alcoolique repenti, James Caan lui Ricky Nelson en jeune premier fougueux et Arthur Hunnicutt assure brillamment la caution comique autrefois tenue par Walter Brennan. 

Une nouvelle fois l’union et la remise en question de tous ses personnages permettra de faire face à l’adversité mais quelque chose a changé, les héros sont fatigués. Dean Martin était montré comme une épave avant de se reprendre au fil de l’intrigue, ici c’est l’inverse avec un Robert Mitchum d’abord fringant puis alcoolique tout aussi pathétique mais provoquant plus l’hilarité que la pitié (la réaction à la décoction contre la gueule de bois, le fait qu’il mette la moitié du film à se souvenir de James Caan). John Wayne au sommet de sa prestance au départ termine le récit lourdement amoindri par une balle dans le dos et c’est à un dernier baroud d’estropiés qu’on assistera au final avec un Mitchum en béquille et Wayne à moitié paralysé.

Par ce choix, Hawks semble estimer que l’ère des « vrais hommes » tel que dépeint dans Rio Bravo est révolue (et par extension la sienne aussi dans l’industrie Hollywoodienne) et que si leur vaillance et leur courage demeurent intacts les ravages du temps ont fait leurs œuvres, ce sont des dinosaures. A l’image de ses héros ayant perdus de leur superbe tout semble un peu plus forcé également dans ce film, le scénario artificiellement étoffé par rapport à la trame de Rio Bravo (et qui en reprend des pans entiers à l’identique pour de nombreuses scènes), l’humour plus présent et plus lourd.

C’est pourtant ses nombreux défauts qui rendent El Dorado si attachant. Ses héros déclinant jettent une dernière fois leurs forces dans la bataille au nom de l’amitié passée et le film certes maladroitement nous rappelle une approche et un ton désormais révolu au moment de sa production. Cela n’empêchera pas l’ensemble d’être traversé de nombreuses fulgurances dignes du meilleur Hawks (excellente course poursuite nocturne et fusillade dans l’église abandonnée) même si l’on sait que c’est pour la dernière fois et bien que le ton d’ensemble soit bon enfant et se garde bien de la solennité dont se draperont Il était une fois dans l’Ouest ou La Horde sauvage sur des thèmes voisins. Ici l’adieu se fait dans la bonne humeur, à la Hawks. Le presqu’adieu d’ailleurs puisque l’ultime Rio Lobo (1970) offrira une nouvelle et dernière variation sur la question avec John Wayne et toujours Leigh Brackett au scénario.

Sorti en dvd zone 2 français chez Paramount et le film est ressorti en salle cette semaine