Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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Affichage des articles dont le libellé est Robert Redford. Afficher tous les articles
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mardi 14 août 2018

Propriété interdite - This Property Is Condemned, Sydney Pollack (1966)

Durant la Grande Dépression, dans les années 1930, à Dodson dans le Mississippi, une petite ville particulièrement touchée par la crise. L'arrivée d'Owen Legate (Robert Redford), un agent des chemins de fer chargé de licencier une partie des cheminots de la ville, va se révéler dévastatrice. Alva Starr (Natalie Wood) est une coquette jeune fille, la coqueluche de la ville, courtisée par tous mais qui ne souhaite qu'une chose : fuir loin de cette existence étriquée et sans avenir pour tenter l'aventure à La Nouvelle-Orléans.

Second film de Sidney Pollack, Propriété interdite fait partie des films qui achèvent la mode des grandes adaptations de Tennessee Williams à Hollywood. Tous les éléments de la "formule" sont là : cadre sudiste moite et oppressant, sexualité exacerbée et histoires familiales tordues. Le film est plus explicite (dans les situations plus que dans leur illustrations) que les grandes adaptations des années 50 qui donnaient plus dans la métaphore où la facette allusive tout en conservant une forme de classicisme du mélodrame hollywoodien. L'ensemble n'est d'ailleurs pas sans évoquer (le cadre de la Grande Dépression aidant) la noirceur et la crudité des Pré-Codes du début des années 30 et ses figures féminines sacrificielles, Natalie Wood évoquant ici la Barbara Stanwyck de Baby Face (Alfred E. Green, 1933) ou Stella Dallas (King Vidor, 1937). L'interprétation puissante du couple Robert Redford/Natalie Wood inscrit cependant brillamment le film dans son époque.

Owen Legate (Robert Redford) de par sa mission de d'agent des chemins de fer en charge du licenciement est un être froid forcé de ne pas faire dans les sentiments. A l'inverse la belle Alva (Natalie Wood) n'a pour fonction que d'être "docile" envers les hommes servant les intérêts de sa mère (Kate Reid) et suscite le désir de tous les autres. Chacun des deux personnages avance sans culpabilité dans cette attitude avant de s'en interroger à travers le regard de l'autre. La superficialité d'Alva est ainsi percée à jour de manière cinglante par Owen à travers quelques dialogues et situations où son attitude aguicheuse ne provoque pas la même soumission libidineuse que chez les péquenauds locaux. Elle ressent pour la première fois une forme de honte à n'être qu'une jolie chose destinée à racoler les hommes et cela passe par le regard extérieur que pose d'Owen sur elle.

Pollack exprime cela par différent motifs qui culpabilise Natalie Wood. La silhouette de Redford apparait à une hauteur "inquisitrice" dans le cadre lors d'un baiser à un prétendant (et depuis l'ancienne chambre paternelle ans la pension), est une ombre en arrière-plan lorsqu'Alva résiste aux faveurs d'un "sugar daddy" adipeux, et un reflet muet et accusateur dans un miroir alors qu'elle s'apprête à être "sortie" par un pensionnaire nanti de l'hôtel. Natalie Wood dégage une sensualité affolante mais en surface quand elle joue le jeu de la séduction intéressée/forcée, et n'est jamais aussi belle que quand elle tombe le masque pour révéler une vulnérabilité alanguie. La scène où sa mère la couche en début de film révèle ainsi sa plastique sculpturale, mais aussi dans la tendresse pressante de cette mère sa nature d'objet de valeur à polir.

Robert Redford amorce là les grands personnages de taiseux romanesque qu'il incarnera chez Sidney Pollack (Jeremiah Johnson (1972) et Out of Africa (1985) en tête) pour ce qui est leur première collaboration. En apparence glacial et détaché dans sa basse besogne comme dans son regard sur Alva, le personnage ayant l'habitude d'être de passage se laisse pourtant émouvoir progressivement. Lorsqu'il entrevoit la faille rêveuse d'Alva, un éclat dans le regard, une posture légèrement plus empathique et un simple geste traduisent la bascule et fendent l'armure. Pollack met ainsi subtilement l'accent sur une attitude anodine mais marquante lorsque Owen est passé à tabac par des cheminots en colère. Extérieur comme toujours de son environnement il tente difficilement de se relever avant de poser son bras sur l'épaule d'Alva, la confiance et les sentiments nouveaux passant dans ce simple mouvement.

L'ouverture et la conclusion sur la cadette espiègle et lucide Willie (Mary Badham l'inoubliable héroïne de Du silence et des ombres (1962)) forment pourtant la boucle morbide d'un déterminisme social inéluctable avec la fillette suivant en équilibre cette ligne de chemin de fer dont la route ne dévie pas. Les échappatoires à ces lieux et conditions sont trop beaux pour être vrais sous les traits de prince charmant de Robert Redford, la gare synonyme d'ailleurs ne s'observe que de loin et ce monde extérieur n'existe que sous les élans mythomanes et fantasmés d'Alva, ou dans une magnificence éphémère à la Nouvelle Orléans dans la dernière partie.

Tout tend à nous retenir, s'arracher ne peut se faire sans s'avilir (le personnage détestable de Charles Bronson) et c'est bien les siens qui constituent le plus grand obstacle vers l'ailleurs - ce plan lourd de sens de Karen Reid dans l'embrasure de la porte de la chambre, bouchant la vue sur l'extérieur . Le manque de souffle dont parle Alva exprimant symboliquement l'étouffement de ce cadre fini ainsi par être concret, les maux psychiques devenant les maux physiques. Natalie Wood est absolument magnifique et un peu comme dans Daisy Clover tourné l'année précédente (sur l'envers monstrueux du monde du spectacle), on peut se demander si sa propre expérience d'une mère abusive ne joue pas dans la puissance de sa prestation.

Sorti en dvd zone 2 français chez Paramount

jeudi 26 juillet 2018

Daisy Clover - Inside Daisy Clover, Robert Mulligan (1965)


Daisy Clover, du haut de ses quinze ans, rêve de devenir une vedette à Hollywood. Remarquée lors d'une audition par le producteur Raymond Swan, la jeune fille devient très vite une étoile montante. Mais pour mériter sa place, elle doit laisser son passé de côté pour donner à la place à son public une image d'un véritable conte de fées, inventé de toute pièce. Cette fille des quartiers pauvres découvre alors le monde merveilleux du cinéma mais aussi l'envers du décor.

A première vue, Daisy Clover semble s’inscrire dans le courant des grands puddings musicaux et rétro hollywoodiens des années 60 dont l’échec conduira à l’avènement du Nouvel Hollywood. Robert Mulligan perverti pourtant l’emballage clinquant en adaptant le roman de Gavin Lambert paru en 1963. Ce dernier était jusque-là surtout connu pour son travail de scénariste et notamment par le fait de la sensibilité et problématiques gay qu’il y glissait, le roman Inside Daisy Clover étant une manière de montrer frontalement la noirceur de l’envers du décor. Robert Mulligan ajoute à cela sa thématique récurrente de la perte d’innocence et du passage à l’âge adulte.

L’adolescente Daisy Clover (Nathalie Wood) ne se doute pas ainsi de la parenthèse enchantée que constitue sa vie modeste dans une caravane avec sa mère toquée et excentrique (Ruth Gordon). Le contexte de la Grande Dépression appelle ainsi la jeune fille à un ailleurs plus lumineux mais cet environnement lui laisse pourtant encore ce que la célébrité lui refusera toujours : le choix. La scène triviale où un camarade se montre trop entreprenant et qu’elle repousse brutalement annonce la suite du film. Dans le contexte clinquant du monde du spectacle, les assauts sont plus insidieux et tordu avec pour objectif de vous posséder littéralement, au-delà de la seule facette sexuelle. 

Cette possession prend une dimension funeste avec le glacial « prince des ténèbres » Swan (Christopher Plummer) prêt à spolier sa vedette en devenir de son passé, sa famille et son identité pour offrir un joyau vierge à son public. Le visage plus séducteur de la vedette Wade Lewis (Robert Redford) n’en dissimule pas moins un autre prédateur qui apaise ses propres démons – une homosexualité sous-entendue mais qui était explicite dans le roman de Gavin Lambert, atténuée à la demande de Redford – en soumettant les jeunes femmes à son charme.

Robert Mulligan fait de ce monde du spectacle un mausolée (la photo façon musée de cire de Charles lang) fait de gigantesques studios désertiques où se perd la silhouette frêle de Daisy. La célébrité est une chimère qui ne se ressent que par des demandes d’autographes (dont l’aspect factice de bonheur par procuration est annoncé dès le début avec la photo de Myrna Loy) dans les instants les plus sinistres du récit (l’épisode du motel lugubre dans un coin perdu d’Arizona) ou des fondus enchaînés de coupure de journaux. Ce clinquant hollywoodien n’existe que quand il est capturée sur pellicule dans les rares mais brillantes séquences musicales, toujours contrebalancée par un réel sinistre. 

La solitude de l’héroïne se maintient d’ailleurs dans ces numéros musicaux, que ce soit la danse au firmament des étoiles dans le tonitruant You're Gonna Hear from Me où les jeux de miroirs de The Circus is a Wacky World. L’envers du conte de fée se signale dans la continuité de ces maigres moments fastueux, que ce soit la présentation à des spectateurs fantômes ou la crise nerveuse et silencieuse – la bande-son refusant même cette perte de contrôle à l’héroïne, constamment muselée – de Daisy ne pouvant plus masquer son être profond sous les sourires.

 
Nathalie Wood trouve peut-être là son meilleur rôle (s’appuyant certainement sur son vécu d’adolescente vedette et exposée), aussi convaincante dans le registre tourmenté et soumis que celui, indomptable, qui par son seul charisme empêche le film d’être totalement déprimant. Tout est dit dans les dernières minutes avec ce suicide avorté par les circonstances qui conduit à un triomphale reprise en main. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner

samedi 3 mai 2014

Out of Africa - Sydney Pollack (1985)

Karen Christence Dinesen (Meryl Streep), une jeune aristocrate danoise, rejoint le Kenya - à l'époque, colonie britannique - pour épouser le frère de l'amant qui n'a pas voulu d'elle. Par ce mariage, elle devient la baronne Karen Blixen. Elle en vient vite à éprouver un amour profond pour l'Afrique, alors que l'Europe entre dans la Première Guerre mondiale. Elle s'acharne à faire pousser des caféiers sur les terres nues et désolées de sa ferme, dans l'espoir de protéger la tribu africaine qui y vit. Délaissée par son mari volage, Karen s'éprend violemment d'un chasseur, Denys Finch Hatton (Robert Redford), aussi libre et farouche que les fauves qu'il poursuit.

Sidney Pollack réalisait une de ces œuvres les plus célébrées avec ce Out of Africa. Le film est une évocation de la vie de Karen Blixen, jeune danoise ayant vécu et s'étant épanouie durant 17 ans au Kenya et qui fut contrainte de rentrer au Danemark quand elle fut contrainte de vendre la ferme qu'elle y dirigeait. Elle mit de long mois à surmonter ce départ de ce qui avait fini par devenir sa vraie contrée, sombra dans la dépression et fit plusieurs tentatives de suicide. Elle trouva alors refuge dans l'écriture, affrontant ses démons dans le recueil de nouvelles Sept contes gothiques puis en évoquant enfin sa vie au Kenya dans La Ferme Africaine paru en 1937.

C'est cet ouvrage qui lui vaudra le succès et intéressera très tôt Hollywood puisque Greta Garbo puis Audrey Hepburn seront envisagée pour incarner Karen Blixen avant que bien plus tard Meryl Streep endosse le rôle. Sidney Pollack adapte ici La Ferme Africaine mais aussi les deux biographies The Life of a Storyteller de Judith Thurman et Silence Will Speak d'Errol Trzebinski. Le film oscillera ainsi constamment entre la vision idéalisée et romanesque issue des écrits de Karen Blixen et un certain réalisme et vérité sur les évènements amenés par ses biographes.

I had a farm in Africa at the foot of the Ngong Hills... Le voile d'un souvenir béni se dévoile dès cette phrase d'ouverture en voix-off. La silhouette d'un chasseur dans un soleil couchant rougeoyant, un avion survolant des plaines paradisiaques, un kaléidoscope d'images évoque les paysages regrettés et amours perdus sous-entendus par cette tirade. Pollack ramène cette nostalgie au présent en représentant l'évasion et la libération que représenta cette Afrique pour Karen Blixen (Meryl Streep). Déçue dans la passion qu'elle vouait à Hans Blixen et entravée dans une existence aristocratique peu conforme à ses aspirations, Karen va résoudre ces deux problématiques d'un coup. Par le mariage avec le Baron Bror Blixen (Klaus Maria Brandauer), son meilleur ami et frère jumeau de son amant elle gagne la liberté dans cette société conservatrice dont elle n'a rien à attendre et va pouvoir gagner avec lui l'Afrique et le Kenya, terre de toutes les promesses.

Pollack exprime cet immense espoir par la séquence d'arrivée en Afrique par le train et la magnificence du cadre est exprimée par les vues aériennes majestueuses où le train se perd dans les vastes landes traversée. C'est pourtant l'intime qui prévaut avec ces plans sur la silhouette de Meryl Streep ç l'arrière du wagon observant le paysage, tandis que la musique de John Barry joue autant sur la beauté contemplative dans ses envolées (le thème principal reste inoubliable) que d'une certaine dimension de tristesse et de regret pour exprimer la perte de ses lieux. Comme pour annoncer la suite, cette éblouissement s'accompagne ensuite de la brève rencontre avec Denys Finch Hatton (Robert Redford) son futur grand amour.

Sidney Pollack a constamment une double vision de cette Afrique. C'est d'abord et encore une terre sauvage et indomptée où l'on peut venir assouvir sa soif d'aventures et de liberté. Tous les personnages semblent avoir voulu y fuir les contraintes de la civilisation et de ses codes rigides pour s'épanouir dans une vie de chasse et d'exploration au grand air (Denys et Bror), pour aller à la découverte de l'autre et s'enrichir mutuellement (Karen). Seulement ces aspirations semblent incompatibles avec une vie à deux, cette soif de liberté en devenant même l'obstacle principal. Karen et Bror avec leur mariage en forme d'arrangement en commun n'y résistant pas, le caractère indépendant et la force de Karen écrasant littéralement son époux obligé de fuir la ferme. Plus tard les amours entre Karen et Denys ne pourront qu'être épisodiques et sans socle réel pour les mêmes raisons, Denys fuyant la prison d'une vie domestique que Karen appelle.

La prestation de chacun des acteurs va dans ce sens. Meryl Streep (qui n'a sans doute jamais été plus belle à l'écran) est un parfait mélange de douceur et de détermination, à la fois charnelle et indomptable. Robert Redford est quant à lui finalement très en retrait, présence effacée et idéalisée constituant une sorte de fil rouge apaisant au récit au fil de ses réapparitions mais dont toutes les failles apparaissent lorsque ce glissement s'interrompt pour le placer face à un vrai engagement possible. C'est un personnage vecteur d'émotions fugaces et passionnées, dont la présence est synonyme d'éclats romanesques qui ne pourront constituer qu'un magnifique souvenir mais pas une vie à deux.

S'il symbolise les souvenirs amoureux fantasmés de Karen Blixen, cette dernière représente un côté plus humain, terrien et palpable qui nous fait découvrir l'Afrique dans son quotidien avec sa relation aux autochtones, son implication dans leur vie et sa volonté d'améliorer leur quotidien. L'amitié sobre et intense avec le serviteur Farrah (Malick Bowens) ou la reconnaissance du jeune Kamanthe qu'elle soigne et reconverti cuisinier en sont l'illustration la plus concrète, mais Pollack multiplie les moments anodins où cette proximité se ressent tel les plus jeunes Kikuyu piochant régulièrement et librement dans ses poches pour y chercher du sucre qu'elle garde pour eux.

Si la passion ne peut s'assouvir sur le long terme dans ses terres kenyanes, Pollack fonctionnera constamment sur l'éphémère et le simple plaisir du moment pour laisser s'épanouir ses personnages. Cela s'exprimera par la communion intellectuelle (moment feutré absolument parfait où Karen captive Denys par son art de conteuse en début de film), spirituelle (Karen et Denys savourant ensemble l'époustouflant panorama qu'ils survolent en avion en se tenant la main) et bien sûr charnelle avec une première étreinte qui met longtemps à se dessiner puis une seconde plus fougueuse où le thème plus tourmenté de Barry (loin de la ponctuation romantique attendue) exprime de nouveau cette aspect fugace dont il faut profiter dans l'urgence. John Barry signe un de ses scores les plus fameux et flamboyant (récompensé par un Oscar) qui possède un rôle narratif et thématique plus subtil qu'il n'y parait. L'exemple le plus frappant est lorsque Karen décide d'entamer une longue traverser pour apporter des provisions à Bror bloqué avec sa garnison.

La musique prend ses accents les plus inquiétants lorsque tout va bien au début du périple avec une Karen confiante et à l'inverse se fera la plus héroïque et galvanisante lorsque Karen arrive à bon port totalement défaite et épuisée sous les yeux d'hommes circonspects. En orientant le compositeur vers cette construction mélodique, Pollack nous signifie parfaitement que seul le voyage, les expériences et le souvenir qu'elles nous laissent son importantes. Le seul défaut est que par ce choix Pollack instaure une ambiance feutrée, sans vrais enjeux dramatiques puisque tout semble joué.

 Logique mais frustrant et finalement l'émotion atteint son comble lorsque les personnages sont inéluctablement séparés lors du final (on peut en dire autant du peu que l'on aura vu de la romance de Berkeley (Michael Kitchen) avec une belle indigène d'ailleurs jouée par Imam Bowie) alors qu'elle n'aura jamais atteint ces hauteurs dans leurs scène communes aussi belles soit elles. La beauté du continent noir signifiera ainsi jusqu'au bout se raccrocher à l'inaccessible, l'amour déçu se confondant avec le départ forcé lors du poignant final, le tout ne pouvant revivre que par la mémoire et les ouvrages de Karen Blixen.

Sorti en dvd zone 2 français et blu ray chez Universal, pour le blu ray attention privilégiez l'édition américaine multi régions c'est la seule ou le film a été réellement restaurée toutes les autres éditions sont médiocres


jeudi 27 mars 2014

Captain America, le soldat de l'hiver - Captain America: The Winter Soldier, Anthony et Joe Russo (2014)


Après les événements cataclysmiques de New York de The Avengers, Steve Rogers aka Captain America vit tranquillement à Washington, D.C. et essaye de s'adapter au monde moderne. Mais quand un collègue du S.H.I.E.L.D. est attaqué, Steve se retrouve impliqué dans un réseau d'intrigues qui met le monde en danger. S'associant à Black Widow, Captain America lutte pour dénoncer une conspiration grandissante, tout en repoussant des tueurs professionnels envoyés pour le faire taire. Quand l'étendue du plan maléfique est révélée, Captain America et Black Widow sollicite l'aide d'un nouvel allié, le Faucon. Cependant, ils se retrouvent bientôt face à un inattendu et redoutable ennemi - le Soldat de l'Hiver.

Ce deuxième volet des aventures de Captain America constitue, après Iron Man 3 et Thor : le monde des ténèbres, un des jalons de la phase 2 du projet de Marvel devant nous mener à la seconde aventure des Avengers prévu en 2015. Après divers films les présentant de manière individuelle et semant les pièces du puzzle d’une aventure collective à venir, Marvel avait gagné son pari avec le triomphe aussi massif qu’inattendu d’Avengers (2012). L’univers des super-héros acquérait la même ampleur et dimension poreuse que dans les comics, avec des personnages se côtoyant d’une aventure à une autre. La deuxième phase s’entame donc avec la relance des premiers personnages adaptés ainsi que la transposition de nouveaux (Ant Man et Docteur Strange sont annoncés) dont ce Captain America. Captain America : First Avenger (2011) avait constitué à sa sortie la meilleure production Marvel.

Peu vampirisé par le projet global du fait de son cadre rétro de la Deuxième Guerre Mondiale (comme put l’être un Iron Man 2 fort boiteux) mais aussi par son héros échappant aux clichés de personnages torturés, le film avait apporté un vrai sang neuf à sa sortie. Vrai american hero véhiculant des valeurs d’abnégation et d’héroïsme face à l’ennemi nazi, Steve Rogers/ Captain America constituait ainsi un personnage positif en forme de modèle à suivre à la manière d’un Superman chez DC. Cet aspect avait été également plutôt bien exploité dans son temps de présence sur Avengers (le final où sa nature de meneur permet de remobiliser l’équipe face à l’arrivée imminente du danger) et le défi était de garder intacte cette pureté du personnage dans un cadre contemporain et aux choix moraux plus ambigus.

Le scénario de cette suite y parvient en s’appuyant sur la situation telle que laissée à la fin d’Avengers. L’équipe de super-héros a été révélée au monde, mais aussi les dangers monumentaux et d’ordre surnaturels auxquels est exposée la Terre. Un état de fait qui détermine des actions controversées de la part de l’organisation du S.H.I.E.L.D. dont les projets sécuritaires confinent progressivement à une paranoïa totalitaire. Une dérive dans laquelle ne peut souscrire un Steve Rogers esseulé et solitaire dans le monde moderne et dont l’existence n’est rythmée qu’à l’aune de la prochaine mission à effectuer. Notre héros devra pourtant dépasser son statut de simple soldat pour combattre après le nazisme une dictature venant cette foi de l’intérieur.

Un script ambitieux et très post 11 septembre qui marche sur les terres de The Dark Knight (2008) de Christopher Nolan mais qui en délaisse le sérieux pesant et la tonalité crépusculaire pour une approche plus dynamique. Le premier volet était sous haute influence du serial et du pulp en réinventant l’imagerie de propagande que put constituer dans les années 40 les aventures de Captain America. Ce deuxième épisode est lui imprégné d’une ambiance de thriller paranoïaque 70’s où l’on doute de ceux supposés nos protéger (la technologie du S.H.I.E.L.D. étant plus motif de surveillance que de protection de la population) et créant un sentiment de tension constante débouchant sur d’éblouissante scènes de suspense comme celle de l’ascenseur. Ce doute s'emparera même des héros à l'image de Nick Fury ou de la Veuve Noire dont la rédemption morale est soudainement remise en cause.

Tout cela s’avère très fidèle aux comics dont cette tonalité d’espionnage et d’enquête constituera une des périodes les plus passionnantes du personnage sur papier. C’est également de la BD que sera tirée la sous-intrigue donnant une partie de son titre au film avec ce soldat de l’hiver constituant un équivalent né de la Guerre Froide au Captain America et entretenant avec lui un lien qui constituera un des grands rebondissement du film. Chris Evans est toujours aussi bon dans le rôle-titre, véhiculant une droiture et humanité que met constamment en valeur un héroïsme sans faille. C’est ainsi la grande surprise par rapport au premier épisode un peu timoré sur ce point, le film est très spectaculaire et haletant de bout en bout.

Les morceaux de bravoures sont multiples, exploitant autant les facultés surhumaines du Captain que ses qualités de stratège militaire - défiant tour à tour un expert en arts martiaux, s’infiltrant avec discrétion en zone ennemie ou affrontant simultanément une dizaine d’assaillants, sans parler des duels dantesques avec le soldat de l’hiver - et le faisant idéalement seconder par la Veuve Noire (Scarlett Johansson toujours aussi à l’aise et attachante) et le nouvel allié le Faucon (Anthony Mackie). On sent que le succès d’Avengers a incité Marvel à être plus généreux en termes d’action, et la frustration ressentie dans les premières productions tend vraiment à s’estomper. Une grande réussite qui a de plus le mérite dans sa conclusion d’amener un vrai bouleversement dans l’univers et qui aura ses conséquences dans les films à venir, sans parler d’une séquence post-générique introduisant de redoutables adversaires. La meilleure production Marvel avec le premier épisode.

En salle en ce moment

mardi 29 mars 2011

La Descente Infernale - Downhill Racer, Michael Ritchie (1969)

Pour remplacer son champion qui vient de se casser la jambe, l'entraineur de l'équipe américaine de ski alpin, Eugène Clair (Gene Hackman), propose Brian pour former l'équipe olympique de ski. Mais un jeune fermier du Colorado semble avoir un avenir prometteur, David Chappellet (Robert Redford). Clair lui donne sa chance. Mais lors de sa première course internationale, David refuse de prendre le départ, et crée un conflit dans l'équipe.

Downhill Racer est le premier film de Michael Ritchie qui entamait là sa fameuse trilogie sur la société américaine (bientôt suivie de Votez McKay et Smile) mais même s'il saura y apposer sa touche, le projet est à l'origine avant tout porté par Robert Redford. Révélé par La Poursuite Impitoyable de Arthur Penn et rapidement starisé par le succès de Barefoot in the Park, Redford souhaite utiliser le pouvoir acquis grâce à cette notoriété pour produire ses propres films, plus modestes et risqués que les grosses machines de studios. Son intérêt se porte sur le roman de Oakley Hall Downhill racer se déroulant dans le milieu du ski professionnel. Redford souhaite approcher la description de ce milieu sous un angle critique envers un certaine culte de la victoire et du statut d'icônes des athlètes a qui tout est pardonné tant que les résultats sont là. Il fait appel au romancier James Salter pour peaufiner le script tandis que le projet suscite l'intérêt de Roman Polanski lui-même skieur émérite et ayant déjà les idées les plus folles sur le ton qu'il souhaite donner au film (il souhaitait en faire une sorte de Train sifflera trois fois dans le milieu du ski avec la même unité de temps).

La Paramount jusque là réticente au projet finit par céder en échange de la présence de Redford au casting de Rosemary's Baby dans le rôle du mari finalement tenu par John Cassavetes. Trop accaparé par son film sataniste, Polanski fini par quitter le navire et Redford de même dans l'autre sens et il devra pour finalement convaincre le studio aller filmer sur le vif avec le caméraman Gene Gutowski quelques moments de la grande compétition en cours à savoir les Jeux Olympique de Grenoble en 1968. Immergé dans l'équipe de ski américaine, on lui rapporte les méfaits d'une des grandes star montantes des jeux précédents, le skieur Billy Kidd (médaille d'argent en 1964) dont l'arrogance et l'individualisme nourrira grandement son personnage.

Séduit par son style percutant développé à la télévision, Redford engage finalement Michael Ritchie dont ce sera donc la première réalisation au cinéma. Downhill Racer narre l'irrésistible ascension du jeune David Chappellet (Robert Redford) sélectionné dans l'équipe américaine et qui à force de talent va soudainement engranger les victoires. Loin du "rookie" humble et obéissant, Chappellet n'est pas un cadeau. Imbu de lui-même, arrogant et sûr de sa force, il rue dans les brancards avant même d'avoir fait ses preuves et dès les premiers bons résultats adopte d'une attitude détestable. Dans un premier temps le scénario ménage quelques pistes justifiant ce comportement comme son enfance insignifiante dans un Idaho reculé et l'indifférence d'un père qui souhaite voir fier de ses victoire.

Robert Redford fend légèrement l'armure indestructible du personnage par sa prestation en faisant preuve d'une innocence et d'une candeur qui le rend finalement touchant notamment l'histoire d'amour qu'il entretiendra avec l'employée dsexy d'un équipementier (Camilla Sparv). Chappellet se fait ainsi le successeur d'autres grandes figures de l'insoumission dans le Nouvel Hollywood naissant que ce soit Bonnie and Clyde ou les motards de Easy Rider. Le propos du film est cependant bien plus provocateur que cela quand la vraie nature de Chappellet se révèlera. Sous l'individualisme se cache en fait un profond égoïsme, un mépris de l'autre et de l'esprit sportif entièrement au service d'un profond narcissisme (les femmes sont des objets à consommer, les équipiers des pions à éliminer). L'aspect rebelle dissimule en fait un personnage creux, ignorant et sans conversation.

Les passages d'interviews (qui feront encore merveille dans Votez McKay) se montre d'une terrible vérité pour pour montrer le vide de sa pensée et étend finalement cette idée aux sportif les plus compétiteurs incapable de s'exprimer en dehors de leur discipline. Redford est réellement excellent, dévoilant sans détour toutes les failles de ce "héros" peu recommandable notamment dans toute la gestuelle empruntée et le mutisme niais d'un personnage uniquement capable de communiquer via les pistes enneigées. On se demande alors si c'est bien cette froideur indifférente qui fait l'essence des sportifs les plus chevronnés.

L'autre grand exploit du film c'est sa description saisissante du milieu sportif. Rivalités, coup bas divers et petites phrases assassines sont monnaie courante dans la vie de "l'équipe" (dont une terrible réplique Well it's not exactly a team sport is it ? lancée par Redford lorsqu'on lui reproche son attitude). Ritchie filme avec une inventivité constante les différentes épreuve de descente, alternant reprises des schémas de diffusion sportive tv, caméra embarquée sur les skieurs pour d'haletantes descentes (et chutes) en vue subjective ou carrément un caméraman à ski accompagnant les skieur sur la piste (Robert Redford a d'ailleurs pas mal donné de sa personne même si doublé pour les moments les plus dangereux). Le résultat es bluffant grâce également au montage virtuose de Richard Harris et Ritchie y développe déjà son style documentaire et sur le vif qu'il peaufinera encore mieux par la suite.

La réalité contemporaine du ski américain n'est pas oubliée non plus notamment le grand enjeu d'une première médaille d'or américaine dans la discipline qui pousse à cette rivalité exacerbée, et la recherche de subventions par Gene Hackman plus vrai que nature en entraîneur ronchon. Le film souffre finalement très peu de dramatisation artificielle avec quasiment pas de musique, l'intensité de la compétition passant plus par les éléments extérieurs (commentaires, réactions des spectateur) que la pure mise en scène très naturaliste et documentaire. Ritchie mise uniquement sur ces acteurs pour distiller l'émotion et malgré l'issue faussement heureuse, le temps d'un regard perdu de Redford on comprend aisément tout ce qui lui manque pour être un vrai champion en dépit de la victoire lors d'une saisissante conclusion. Une belle réussite pas totalement exempts de défauts (de petites longueurs) mais annonciatrice du vrai chef d'oeuvre de l'association Redford/Ritchie, Votez McKay et sa description sans concession de la politique américaine trois ans plus tard.

Sorti en dvd zone 2 chez Paramount mais ppour les anglophones mieux vaut s'orienter la très belle édition Critérion parue en zone 1 et dotée de sous titres anglais.

mercredi 23 mars 2011

Gatsby le Magnifique - The Great Gatsby, Jack Clayton (1974)


Après la première guerre mondiale dans les années 1920, les « années folles », l'élégant et mystérieux Jay Gatsby (Robert Redford), millionnaire à la fortune douteuse, est obsédé par la belle Daisy Buchanan (Mia Farrow), un amour de jeunesse qu'il tente de reconquérir.

Le film de Jack Clayton est sans doute l'adaptation la plus célèbre du chef d'oeuvre de F. Scott Fitzgerald bien plus que celle qui ont précédée (une muette en 1926 et une autre en 1949 avec Alan Ladd en Gatsby déjà produite par la Paramount) et qui ont suivies (une en opéra en 1999 et un téléfilm en 2000). Adaptation célèbre mais guère célèbrée au vu de l'accueil critique tiède que reçu le film à sa sortie, plus salué pour sa beauté plastique que pour ses qualités dramatiques. Paru en plein faste des années folles le livre de Fitzgerald offrait un regard désenchanté sur cette aristocratie fêtârde et insouciante qui dissimulait son mal être derrière l'opulence, sensé être la voie vers tout leurs désir.

Le film d'une fidélité exemplaire retranscrit à merveille ces thèmes grâce à un script signé Francis Ford Coppola qui prenait le relai de Truman Capote avant de voir sa copie remaniée par Vladimir Nabokov et Philp Roth, rien que ça. La grande différence avec le livre est le regard changeant pour brasser ces différentes questions. Le livre est narré du point de vue du fade Nick Carraway (incarné ici par Sam Waterston dont la présence effacée et le non charisme sont parfait) observateur des évènements dans un ton teinté de regret et de nostalgie. Jack Clayton respecte dans un premier temps cette narration avec une voix off omniprésente reprenant des pans entiers du livre et surtout retranscrivant bien tout le mystère et la fascination inspirée par Gatsby avant son apparition effective à l'écran. Silhouette mystérieuse, objet de toutes les conversations et spéculations sur son passé, le personnage pose son empreinte sur le récit progressivement et apportant un liant au moment de creux volontaire ressenti face à l'existence de cette caste de nantis.

C'est à l'arrivée concrète de Gatsby que Jack Clayton dévoile son projet et la manière dont il va s'approprier le roman. Scott F. Fitzgerald faisait passer tout les évènements et informations par son narrateur, créant un sentiment diffus et distant face aux évènements et aux personnages qui gardait un côté fascinant mais assez éloigné du fait de l'écart de classe avec Carraway mais aussi par la nature nostalgique exprimée par le récit. Il en va autrement ici où les vrais héros reprennent peu à peu les rênes de la dramaturgie. Robert Redford (qui damna le pion à Warren Beatty et Jack Nicholson notamment) incarne un Gatsby parfait, ne commettant pas l'erreur de trop jouer sur son charme naturel et maintenant toujours une raideur inquiète derrière sa prestance flamboyante (qui d'autres pourrait arborer un tel complet veste rose avec autant de classe ?).

Mia Farrow en Daisy arbore une frivolité et superficialité qui sied bien à son exubérance et le couple vedette se dissimule ainsi chacun derrière un masque, de mystère pour Gatsby et de richarde légère pour Daisy. Tout bascule lors de la formidable séquence où il se retrouve, l'impassible et creux Gatsby voyant enfin ses traits s'animer et Daisy tombant alors son attitude tout en posture. Tout les faits devinés au fil du livre par Carraway s'expriment dans le film à travers les échanges entre Daisy et Gatsby, notamment la différences de classe sociale qui causèrent la séparation.

Ce qu'on perd en mystère on le gagne en romantisme avec une mise en image magnifique de Jack Clayton qui idéalise la beauté des décors, la photo diaphane de Douglas Slocombe qui drape les amants dans un voile féérique et cette fameuse nostalgie s'exprimant désormais dans le souvenir du passé idéalisé qu'ils partagent (et qu'on évoquera que par le dialogue) tel ce moment où ils dansent alors que Gatsby a remis son uniforme militaire de l'époque. La caractérisation des autres personnages obéit aussi dans une moindre mesure à ce parti pris notamment Jordan Baker (Lois Chiles qui eu donc un début de carrière intéressant avant de sombrer après avoir fait la James Bond Girl dans Moonraker) dont la fourberie au golf s'affirme le temps d'une scène.

Un des éléments les plus fascinants du livre était la description des fêtes orgiaques de Gatsby et le film offre un luxe et une frénésie flamboyante pour illustrer ces folles soirées, que ce soit la bande son gorgée de standard jazzy ou le soin extrême apporté au décors, bibelots et costumes. Le générique de début (et de fin identique qui lui répond) traversant les lieux vides et les objets sans vie synonyme de la grandeur de Gatsby exprimait pourtant la vacuité de ses possessions toutes au service d'un seul objectif, se montrer digne de Daisy (le générique se terminant sur une de ses photos et signifiant ainsi sa nature d'objectif de tout ses trophées). La discrétion du début laisse place à un étalage très nouveau riche où on devine le goût de l'épate du héros lorsqu'il fait visiter à Daisy sa maison mais une cruelle tournure d'évènement va réduire leur romance à ce qu'elle est : un souvenir.

Clayton parvient à souligner ce fossé par petite touche sans dialogues (le passé commun que ne connaîtra jamais Gatsby représenté la petite fille d'ailleurs jouée par une toute jeune Patsy Kensit !) notamment ce formidable moment où le passé criminel de Gatsby se devine durant un court fraction de seconde (formidable Redford à nouveau) lors d'un échange tendu avec le méprisant Tom Buchanan (excellent Bruce Dern également). Le beau soldat romantique dissimule de drôle de zones d'ombres et la jeune fille d'antan s'accrochera plus volontiers à ses possessions qu'aux risques d'une aventure.

Le drame final ne fait qu'accélérer une situation inéluctable. Le film pêche uniquement par sa toute fin peut être trop fidèle (et qui prolonge même un peu par rapport au livre) quand une conclusion un peu plus abrupte aurait mieux fonctionnée et souffre de petites longueurs. Malgré tout une belle, fidèle et intelligente adaptation qui mérite bien plus qu'une simple simple reconnaissance esthétique. En attendant celle à venir par Baz Luhrmann avec Leonardo Di Caprio en Gatsby, ça promet...

Sorti en dvd zone 2 français chez Paramount