Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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Affichage des articles dont le libellé est Robert Ryan. Afficher tous les articles
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mardi 25 septembre 2018

Le Petit Arpent du bon Dieu - God's Little Acre, Anthony Mann (1958)


Ty Ty, fermier pauvre du Sud des États-Unis, creuse depuis quinze ans les champs qui entourent la maison familiale à la recherche de l'or que le grand-père y aurait enfoui. Un candidat au poste de shérif, amoureux de sa fille, lui conseille de capturer un albinos pour l'aider dans cette tâche : les albinos auraient le pouvoir de voir ce qu'il y a sous la terre. Tout en s'appauvrissant en cherchant l'or au lieu de cultiver sa terre, le fermier tente de maintenir sa famille unie, mais les conflits s'enveniment.

Par sa description d’un Sud poisseux et agité par le désir et les pulsions violentes, God’s little acre semble s’inscrire dans le courant lucratif des transpositions de pièces de Tennessee Williams reposant sur les même motifs. Il s’agit pourtant d’un succès littéraire bien antérieur avec le sulfureux roman éponyme d’Erskine Caldwell paru en 1933. L’écriture truculente et imagée de l’auteur, notamment sur tout ce qui aux trait aux situations sexuelles et vertus de l’anatomie féminine, amenèrent l’ouvrage à avoir maille à partir avec les ligues de vertu ce qui constitua une formidable publicité. Le roman s’avère donc un énorme best-seller connu de tous, tant par les adultes que les adolescents qui s’émoustillent de ses passages les plus corsés. Si la fortune d’Erskine Caldwell est faite grâce à ce livre, cette provocation en fait un inadaptable notoire pour une version filmée. La Fox s’y essaiera à ses dépens avec La Route du tabac de John Ford (1941) dont elle espère faire une « suite » aux Raisins de la colère (1940) mais le film est un échec qui laissera Caldwell amer.

La tentative suivante sera la bonne avec une adaptation prestigieuse de God’s little acre produite par la compagnie indépendante Security Pictures et distribuée par United Artist. Anthony Mann avait signé son précédent film au sein de Security Pictures avec Cote 365 (1957) et en reprend en grande partie le casting et l’équipe technique. La nature indépendante du projet le soustrait à la l’autocensure des studios plus frileux et si Mann et son scénariste Philip Yordan (même le script est officieusement dû au blacklisté Ben Maddow) atténue l’outrance salace du roman, ce ne sera qu’à des fins dramatiques. L’histoire nous dépeint un Sud sinistré où les personnages se réfugient dans un rêve et/ou comportement irrationnel les laissant rêver à de jours meilleurs, ou leur faisant oublier leur condition. Le plus emblématique de cette situation sera le patriarche Ty Ty (Robert Ryan), creusant ses terres de multiple trou depuis des années en recherche de l’hypothétique trésor que son grand-père y aurait enterré. Sa famille le suit dans sa folie tout en étant agitée de ses propres troubles intimes telle la cadette nymphomane Darling Jill (Fay Spain) ou l’aîné Buck (Jack Lord) est rongé par la jalousie pour sa femme Griselda (Tina Louise) qui n’a jamais vraiment oublié son premier amour Will (Aldo Ray) marié à Rosamond (Helen Westcott) fille aînée de Ty Ty.

Le film s’avère inclassable dans son mélange de drame, de farce et d’érotisme. Le fil conducteur sera l’amour indéfectible de Ty Ty et sa volonté de maintenir sa famille soudée mais ce vœux est régulièrement mise à mal par sa quête obsessionnelle du trésor. Ce fol espoir est finalement une échappatoire au labeur ordinaire du cultivateur de coton qui l’attendrait autrement. Cette union dans l’objectif hors-normes maintien certes la famille unie mais l’égare aussi dans une folie douce que Mann traduit par le jeu outré de l’ensemble du casting. On frise et cède au grotesque plus d’une fois dans des séquences hautes en couleurs (l’enlèvement de l’albinos joué par Michael Landon peroxydé) et les visions surréalistes tel ce travelling d’ouverture nous révélant ce terrain aux trous s’étendant à perte de vue. Cette fuite du réel se traduit par d’autres lubies pour les autres protagonistes, parfois comique avec la cour pataude du voisin Pluto (Buddy Hackett) fou amoureux de Darling Jill et rêvant d’être shérif, mais surtout tragique. La campagne autorise un refuge par l’effort certes invraisemblable consistant à creuser des trous, la ville impose une oisiveté qui mène à l’autodestruction (Will sombrant dans l’alcoolisme avec la fermeture de l’usine qui le laisse sans emploi) ou une ambition froide et déshumanisée avec le fils indigne Jim Leslie (Lance Fuller) honteux de ses origines. 

 Ce tourbillons de sentiments exacerbés et contradictoires explose dans la dimension sexuelle du film. Tina Louise dégage un sex-appeal affolant qui s’exprime de façon naturelle par l’image (cette première apparition en robe de coton transparente), subie avec les regards et assauts concupiscents de John Leslie et par un désir aussi brûlant que coupable dans ses rapports avec Will. Anthony Mann surprend dans ce registre, entrevu avec le striptease forcé de Julie London dans L’Homme de l’ouest (1958) et surtout les grandes romances de ses superproductions Le Cid (1961) et La Chute de l’empire romain (1964). Aldo Ray véhicule un mélange d’animalité et sensibilité incroyable associé à une même dualité entre formes affolantes et exposées (on ne lésine pas sur les décolletés vertigineux de Tina Louise) avec la passion contenue de Griselda. La rencontre nocturne des deux personnages, tout en rapprochement érotiques et fondu enchaînés fuyants/ellipses traduit magnifiquement cet aspect.

C’est d’ailleurs tous le film qui offre une double lecture lumineuse/ténébreuses de chaque sentiments et symboles obsessionnels. Le sexe peut être coupable/oppressant ou innocemment joyeux entre Darling Jill et l’albinos, les trous signent la déchéance familiale mais aussi son union dans cet espoir vain et l’usine synonyme de ville morte ramène de manière éphémère la ville chez les habitants le temps d’une scène où elle est remise en route. Les bas-instincts profonds tout comme les rêves sont une respiration ou une prison selon notre degré de servitude à eux, selon les moyens que l’on se donne pour les assouvir. C’est toute l’ambiguïté d’une dernière scène apaisée mais ou un Robert Ryan (assez extraordinaire tout du long) troque ses bonnes intentions pour s’accorder une dernière chance d’assouvir sa quête. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Wild Side

 

mardi 17 mai 2016

Les Professionnels - The Professionals, Richard Brooks (1966)

1917. Ancien soldat de Théodore Roosevelt et de Pancho Villa, Henry 'Rico' Fardan est engagé par Grant, un magnat texan du pétrole, pour retrouver sa femme Maria, enlevée par des révolutionnaires mexicains conduits par Jesus Raza. En échange, Grant offre une récompense de 100 000 $. Fardan est épaulé dans sa mission par trois autres 'spécialistes' : Hans Ehrengard, ancien cavalier et éleveur de chevaux, Jacob 'Jake' Sharp passé maître dans l'art de manier n'importe quelle arme et enfin Bill Dolworth, spécialiste en explosifs et ami de Fardan avec qui il a opéré nombre de coups de main au Mexique deux ans auparavant...

Au premier abord, The Professionals avec sa promesse d’action et d’aventures portées par un étincelant casting viril semble creuser le sillon des Sept Mercenaires (1960) qui a popularisé ce type de structure dans le western. C’est mal connaître Richard Brooks qui, tout en assurant le quota de grand spectacle livre une œuvre plus subtile qu’il n’y parait. Le côté divertissant semble dominer au départ avec une caractérisation des « professionnels » se faisant dans l’action à travers un générique pétaradant présentant leurs compétences : Rico (Lee Marvin) ex-militaire introduit en instructeur de mitrailleurs, Hans (Robert Ryan) l’expert en chevaux et Jake (Woody Strode) maître en maniement d’armes et plus précisément l’arc. Seul Bill (Burt Lancaster) a droit à une introduction plus comique, sa science des explosifs ne se révélant que plus tard. Avec Burt Lancaster et le cadre du Mexique où se déroulera la mission, on pense immédiatement au classique de Robert Aldrich, Vera Cruz (1954). Ce dernier film obéit à une construction proche du film de Brooks, avec ces deux aventuriers cyniques (Gary Cooper et Burt Lancaster) finissant par s’affronter dans un Mexique à feu et à sang, l’appât du gain de l’un s’opposant à la noblesse d’âme retrouvée de l’autre.

Les héros de Richard Brooks suivent un même cheminement où cependant leur lien au Mexique est plus fort. Rico et Bill sont des anciens compagnons d’armes qui furent gagnés par la fièvre de la révolution. Ce retour sur la terre de leurs combats n’est désormais plus guidé par la cause mais par une lucrative récompense. Brooks met donc en valeur leurs aptitudes militaires qu’il croise à celle plus associée au western classique de leurs acolytes avec le pistage pour Woody Strode et le soin des chevaux pour Robert Ryan. Le froid professionnalisme des soldats s’oppose ainsi à l’humanisme d’un Robert Ryan novice, que ce soit dans la résistance au rude climat du désert ou au sort à accorder aux chevaux ennemis après une embuscade. La raison est en tout cas toujours donnée aux deux soldats, dans la science du combat comme dans l’attitude détachée. 

Le sourire goguenard et carnassier de Burt Lancaster (proche de son personnage de Vera Cruz) se complète ainsi à l’autorité naturelle et au bon sens stratégique de Lee Marvin (qui quant à lui annonce son rôle d’instructeur dans Les Douze Salopards (1967)). L’objectif de la mission se déroulera dans une même maîtrise avant qu’un coup de théâtre fasse tout voler en éclat. Sous la distance de façade, toute cette première partie aura développé en filigrane une certaine nostalgie des hauts faits guerriers qui eurent un sens, un engagement et un certain romantisme pour les personnages. Réprimant ce sentiment par le simple appât du gain, nos héros sont ramenés à leurs doutes quand la mission ne sera pas ce qu’elle parait être avec la vraie nature de la kidnappée (Claudia Cardinale) et du kidnappeur (Jack Palance), ex frères d’armes aussi.

Tout le film change avec ce vacillement. Les scènes d’actions impressionnantes mais mécanique car simples démonstrations du « savoir-faire » militaire des héros prennent un tour plus déchirant. On pense à l’époustouflante embuscade à un contre cinq que mène Burt Lancaster dans un canyon et où sous l’aspect rigolard, chaque exécution est douloureuse notamment Chiquita (Marie Gomez) cessant d’être une simple silhouette pulpeuse par sa mort déchirante. Jack Palance lancera d’ailleurs une superbe tirade en comparant la Révolution aux atours d’une femme dont on est amoureux et recelant plus de plaisir que la maîtresse éphémère que constitue le seul attrait pécuniaire. Aldrich célébrait l’héroïsme américain avec Gary Cooper tout en donnant de beaux atours à l’amoralité symbolisée par Lancaster dans Vera Cruz

Plus tard Sam Peckinpah donnera dans l’approche crépusculaire et la nostalgie des « vrais » hommes avec La Horde sauvage (1969) pour rester au Mexique, et dans Pat Garret et Billy le Kid (1973) si on l’étend au western au sens large. Le propos de Richard Brooks est bien plus concret et politisé, Rico et Bill étant une métaphore de la politique américaine. Les personnages auront participé à la Révolution Mexicaine par engagement et volonté de libération comme on pourrait l’interpréter l’action des Etats-Unis durant la Deuxième Guerre Mondiale. 

Leur retour au Mexique pour cette mission les rapprocherait plus de l’impérialisme calculé associé à l’Amérique en ce milieu des années 60 avec la Guerre du Vietnam, les missiles de Cuba. Tout comme dans son précédent et magnifique Lord Jim (1965), l’héroïsme naît cependant du renoncement et peut faire retrouver grandeur d’âme aux héros de Richard Brooks. C'est le sentiment qui domine la cinglante conclusion et qui en fait un film à part, plus proche du sous-genre du « western Zapata » qu’on trouve dans le western spaghetti et une œuvre comme El Chuncho (1966) sorti la même année.

Sorti en dvd zone 2 français chez Sony

 

mercredi 2 juillet 2014

La Maison de bambou - House of Bamboo, Samuel Fuller (1955)

Au Japon, au pied du Mont Fuji, un homme est tué lors de l'attaque d'un train de munitions dans la banlieue de Tokyo. Eddie Spanier, un américain fraîchement débarqué, décide de mener sa propre enquête en essayant de survivre, tant bien que mal, dans les bas-fonds de la ville...

La Maison de Bambou est le premier film Hollywoodien intégralement tourné au Japon et inaugure d'ailleurs cette sorte de sous-genre du polar américain voyant un héros isolé découvrant les mœurs du japonaise comme dans Yakuza (Sydney Pollack, 1975) ou Black Rain (Ridley Scott, 1989). C'est précisément ce dépaysement qui a intéressé Fuller dans ce polar qui transpose au pays du soleil levant le scénario de Harry Kleiner déjà adapté dans La Dernière Rafale de William Keighley (1948). Suite au meurtre à Tokyo d'un américain possiblement lié à un hold-up son ami et ancien compagnon d'armes Eddie Spanier débarque au Japon pour le venger. Après avoir fait la connaissance de sa veuve japonaise Mariko (Shirley Yamaguchi) il va infiltrer la bande du redoutable Sandy (Robert Ryan) afin de remonter la piste de meurtrier.

La découverte de la culture nippone reste assez sommaire que ce soit par la nature soumise du personnage de Mariko associé à la femme japonaise, le folklore local reste en arrière-plan carte postale et finalement on ne quitte pas le point de vue des protagonistes américain qui reste entre eux. Néanmoins Fuller offre des vues superbes de ce Tokyo des 50's, capturant l'urgence des rues encombrées de kermesse agitées ou le port maritime, le choix de Robert Stack justifiant même cette approche documentaire. Gary Cooper était initialement prévu pour le rôle principal mais la notoriété de l'acteur aurait rendue impossible un tournage en pleine rue sans qu'il soit reconnu par les passants. Le technicolor, les cadrages et la recherche visuelle offrent réellement des moments captivant esthétiquement (magnifique photo de Joseph MacDonald) notamment les scènes intimistes entre Robert Stack et Shirley Yamaguchi.

L'aspect le plus curieux et original du film reste cependant les sous-entendus homosexuels entre Robert Ryan et Robert Stack. Ryan offre un jeu tout à la fois menaçant et tendre à travers sa bienveillance envers Stack, Sandy dérogeant à sa règle de tuer ses acolyte blessés pour lui et provoquant la jalousie tendancieuse de son second joué par Cameron Mitchell.

Les situations sont parfois sans équivoque (Ryan malmenant Mariko, se montrant presque tendre envers Griff agonisant juste après l'avoir criblé de balles) et par moments plus subtiles grâce au jeu trouble de Robert Ryan. Il faut voir son désarroi d'amant trahi lorsqu'il découvrira la couverture de Robert Stack et le procédé d'humiliation alambiqué qu'il lui réserve et causera sa perdre au final car il ne peut l'abattre froidement. Pas le meilleur polar de Fuller loin de là mais dépaysant et efficace.

Sorti en dvd zone 2 français chez Carlotta



jeudi 22 novembre 2012

Échec à l'organisation - The Outfit, John Flynn (1973)


Sorti de prison où il a passé cinq ans, Macklin décide de venger son frère, tué par la Mafia de Chicago.

The Outfit est un polar assez emblématique du genre à cette période et offre une des belles réussites de la trop mince filmographie de l'excellent John Flynn. Le film adapte le roman éponyme de Richard Stark alias Donald E. Westlake. C'est d'ailleurs à une fameuse autre adaptation de Richard Stark qu'on pense ici à savoir Le Point de non-retour (1967) de John Boorman qui révolutionna le polar à sa sortie. Si John Flynn goute peu aux expérimentations psychédéliques à la Boorman, l'intrigue minimaliste quasi abstraite et le héros taciturne entièrement voué à son objectif (vengeur ici pécuniaire chez Boorman) entretiennent grandement la parenté entre les deux œuvres. Robert Duvall incarne ici Macklin (dans le roman Parker même héros que Point Blank personnage récurrent de Westlake et joué par Lee Marvin dans le Boorman), ancien braqueur fraîchement sorti de prison et qui va immédiatement se trouver la cible de tueur de la mafia.

Remontant la piste des commanditaires, il découvre que la cause du contrat planant sur sa tête est un ancien hold-up où il avait avec son frère dévalisé une banque blanchissant de l'argent pour la Mafia. Son frère est froidement assassiné avant sa sortie (dans une glaciale scène d'ouverture muette) et dès lors Macklin entame une vengeance impitoyable en pillant tous les tripots locaux de la Mafia jusqu'à remonter au boss Mailer (Robert Ryan).

The Outfit est clairement au carrefour du style des polars de l'époque avec plusieurs autre classiques qui viennent à l'esprit. La vengeance fraternelle implacable de Duvall penche vers le Get Carter de John Hodges (1971), l'entité criminelle assez nébuleuse poursuivie rappellera à nouveau Le Point de non-retour (tendance due à Richard Stark sans doute) et le cadre rural loin des ambiances urbaines coutumières est lui dans l'esprit du génial Tuez Charley Varrick de Don Siegel sorti la même année avec aussi Joe Don Don Baker en tueur décontracté. Flynn n'égale aucun de ses films à cause d'un certain manque d'identité et des choix artistiques moins radicaux mais trousse tout de même une très plaisante série noire. Robert Duvall, loin du consigliere qui le rendit célèbre dans Le Parrain en impose un maximum ici en truand badass et taciturne, une vraie teigne brutale et méticuleuse qui cogne d'abord et discute ensuite.

 A ces côtés Joe Don Baker tout aussi imposant (et tout de même moins rigolard que dans Tuez Charley Varrick) en acolyte fidèle, le film étant une succession de confrontations musclées, poursuites et fusillades en tout genre. Flynn également au scénario épure son intrigue au maximum, pas de sous-intrigue ou de respirations superflues dans la narration entièrement vouée (à l'image de son héros) aux règlements de compte.

Seul exception, et qui humanise un peu le personnage de Duvall, la petite amie incarnée par Karen Black. En une poignée de scènes intimistes, cet être fragile plongés dans un monde d'hommes violent touche grandement et montre à quel point les préoccupations de ces tueurs sont éloignées de toute réalité par son histoire d'amour malheureuse avec Macklin, lorgnant sur le Guet-apens de Peckinpah. Le côté abstrait de ce monde criminel refermé sur lui-même nous apparaît par elle.

Parmi les quelques points décevants on regrettera un Robert Ryan un peu mou en méchant (alors qu'il excelle dans ces rôles d'ordures détestable mais il était déjà bien atteint par son cancer au moment du tournage ce qui peut expliquer) et un final pas aussi tendu qu'on pouvait l l'espérer mais qui a peut-être inspiré Michael Mann pour celui fabuleux du Solitaire. Un bon moment donc même si Flynn fera mieux dès le suivant et mémorable Rolling Thunder (1977).

Sorti en dvd zone 1 chez Warner dans la collection Warner Archives et donc sans sous-titres mais le film est annoncé prochainement en zone 2 chez Wild Side.

mercredi 17 octobre 2012

La Chevauchée des Bannis - Day of the Outlaw, André de Toth (1959)


 Dans un village montagneux du Wyoming, enfoncé dans la neige, l'éleveur Blaise Starret s'oppose farouchement à des fermiers, dont l'un d'eux a épousé son ancienne compagne Helen. L'arrivée soudaine de sept bandits, commandés par un certain Jack Bruhn, quémandant secours, suite à une blessure, fait taire les hostilités et contraint fermiers et éleveurs à s'unir contre le danger. Blaise Starret imagine un piège susceptible d'égarer Jack Bruhn et ses hors-la-loi indésirables...

La Chevauchée des bannis participe à l’évolution du western américain des années 50 où le manichéisme d’antan (qui put déjà être bousculé dans des films précurseurs) se diluerait pour une plus grande ambiguïté de ses personnages. La frontière entre « bon » et « méchant » se ferait plus floue notamment dans des films comme Vera Cruz e Robert Aldrich (avec son Burt Lancaster rigolard, sympathique et vrai meurtrier) ou à travers les personnages torturés et ambigus de La Ville abandonnée de William A. Wellman. Tout comme le film de Wellman, le décor a une importance fondamentale dans La Chevauchée des Bannis où l’ambiance hivernale et les paysages enneigés du Wyoming confèrent une tonalité singulière à ce western.

L’épure de cet environnement répond à celle du cadre où évoluent les personnages, un village coupé de toute civilisation par ce rude hiver. Les enjeux sont tout aussi restreints au départ avec un conflit opposant l’éleveur Blaise Starret (Robert Ryan) aux fermiers locaux ne souhaitant plus lui accorder le passage sur leur terre. Ce conflit en cache un autre plus secret puisque Starret entretient une liaison avec l’épouse (Tina Louise) du plus acharné de ses ennemis. L’affrontement semble inévitable mais il est stoppé par l’irruption d’un danger plus vaste avec l’arrivée d’une troupe de soldats renégats en fuite, qui vont prendre le village en otage.

Ce minimalisme va permettre de dresser un portrait des deux personnages principaux dont la situation réveille les vieux démons. Starret voit dans les preneurs d’otages un miroir de la propre brutalité dont il est capable et va se remettre en question, tandis que le meneur des bandits incarné par Burl Ives, affaibli par une blessure et hanté par le souvenir d’un massacre inutile qu’il ordonna, ne souhaite plus se rendre responsable d’un tel chaos.

De Toth contrebalance la complexité de ses deux héros avec des acolytes traités dans toute leur simplicité rugueuse, avec un casting riche en mines patibulaires et qui occasionne nombre de séquences dérangeantes comme cette danse improvisée où des femmes sont soumises à leur regard libidineux et gestes déplacés. La neige et sa blancheur immaculée (superbe photo de Russel Harlan) fera office d'élément purificateur pour ces hommes, avec une longue et intense traversée finale où seules les âmes innocentes, ou sur le chemin du repentir, échapperont à la punition de ce froid implacable.

Une des grandes réussites de De Toth qui en réalisera un pendant plus cynique avec son avant-dernier film Enfants de salauds (où un commando affronte cette fois la chaleur et l’immensité du désert tout en s’entredéchirant) et qui nourrira sans doute l’inspiration de Sergio Corbucci pour Le Grand Silence, autre fameux western enneigé.

Sorti en dvd zone 2 français chez Wild Side et pour les parisiens le film ressort en salle cette semaine

Extrait

jeudi 12 avril 2012

Le Coup de l'escalier - Odds Against Tomorrow, Robert Wise (1959)


Dave Burke, ancien policier viré injustement, décide de préparer un casse dont le plan semble facilement réalisable. Pour cela, il a besoin d’Earle Slater, un ancien soldat ne réussissant pas à retrouver sa place dans la société, et Johnny Ingram, un chanteur noir criblé de dettes. Mais Slater est un raciste et Ingram est réticent à l'idée de sombrer dans la criminalité...

Robert Wise signait un de ses tout meilleurs films avec ce Odds Against Tomorrow, véritable fleuron de ce sous-genre du polar qu'est le film de casse dont les réussites étaient nombreuses à l'époque (L'Ultime Razzia, Quand la ville dort...). Wise adapte ici le un roman de John O. Killens dont le chanteur Harry Belafonte avait acheté les droits en vue de le produire et d'y jouer, lui dont la seule prestation marquante se résumait au Carmen Jones de Preminger. Wise s'adjoindra les services du blacklisté Abraham Polonski pour revoir le script avec comme changement le plus notable l'amitié naissante entre les personnages de Robert Ryan et Harry Belafonte disparaissant en conclusion (car trop proche de La Chaîne de Stanley Kramer sorti l'année précédente) pour un final bien plus sombre et sans espoir.

Le casse en lui-même, son organisation et son procédé ne sont pas particulièrement innovant dans l'idée (pour l'exécution le résultat sera mémorable par contre) car ce n'est pas ce qui intéresse Wise en premier lieu. Le réalisateur joue plutôt sur l'attente, la destinée inéluctable qui va entraîner les personnages sur cette voie criminelle qu'on devine fatale. Cela se fait tout d'abord par la caractérisation des personnages, tous aux abois et pour qui le coup est synonyme de dernière chance.

Dernière chance de retrouver son honneur et une existence décente pour le flic retraité déchu Ed Begley. Il est également question d'honneur pour l'ex soldat Slater (Rober Ryan) qui peine à trouver sa place dans la société et est meurtri dans son amour propre d'être entretenu par sa femme (Shelley Winters). Les raisons sont plus terre à terre pour Johnny Ingram (Harry Belafonte) qui doit un paquet à un mafieux local. Cependant son individualisme rompant les liens avec son ex épouse souhaitant s'intégrer et son rapport tendu avec Slater soulève de manière intéressante la question raciale le concernant.

Wise dévoile avec finesse les fêlures et faiblesse de ces personnages lors de courts moments tout en non-dits lourd de sens : la réaction diamétralement opposé de Ryan et Belafonte face au jovial portier d'ascenseur en ouverture, la reconnaissance et la honte se lisant sur le visage de Ryan lorsque son épouse lui donne de l'argent pour sortir ou encore la mine de Belafonte face aux invités blancs de son ex épouse...

Après avoir posé la nature autodestructrice de ses personnages, Wise va instaurer la fatalité de son récit à travers une atmosphère très particulière. Le réalisateur aura usé d'une pellicule très sensible aux infras rouges sur le tournage et qui imprègne les images d'une étrangeté imperceptible et rêvée.

Les paysages ruraux traversés par les héros offrent des visions de désolation (le vert des arbres désaturés qui vire au blanc) qui instaure un ton oppressant de tous les instants. Ce parti pris atteint des sommets lors de la magnifique séquence muette en forme de veillées d'armes ou les personnages séparés admirent la nature environnante sur le score jazzy et minimaliste de John Lewis, plein d'espoir alors que la mise en scène ne leur en laisse aucun.

Le hold-up est un fulgurant morceau de bravoure filmé au cordeau par Wise qui laisse échapper de saisissant éclair de violence (la brutalité de Ryan, le gunfight en pleine rue) et dont l'issue est logique et inéluctable. Après avoir été si longtemps contenues, le dépit, la frustration et les rancœurs peuvent enfin (littéralement) exploser lors d'un final flamboyant lorgnant sur L'Enfer est à lui de Walsh. Grand film noir.


Sorti en dvd zone 2 français chez Wild Side


jeudi 23 février 2012

Les rubis du prince birman - Escape to Burma, Allan Dwan (1955)

En Birmanie, un prince demande à la police britannique de retrouver le meurtrier de son fils. Un officier de la sécurité se lance à sa recherche et le retrouve chez la propriétaire d'un élevage d'éléphants. Cette dernière, amoureuse de lui, l'aide à s'évader...Les Rubis du Prince Birman est une excellente série B d'aventures réalisée par un Allan Dwan qui fait une nouvelle fois des miracles avec des bouts de ficelle. Le film possède une facture visuelle très impressionnante malgré un budget dérisoire. Recyclant une partie des décors du film Le Conquérant de Dick Powell, Dwan et son équipe, par une meilleure utilisation, rendent paradoxalement le film bien plus abouti que la superproduction qui valut son cancer à John Wayne. Composition de plan grandiose (l'assaut nocturne sur le temple bouddhiste est fabuleux) photo de toute beauté de John Alton, jungle de studio foisonnante et décors luxuriants, même l'utilisation de stock shots animaliers est faite avec maestria pour un affrontement avec un tigre très efficace.

En revanche, le film pêche par le faible nombre de scènes d'action, manquant d’ampleur même si elles ont été réalisées avec savoir-faire (notamment l'assaut final sur la ferme de Barbara Stanwyck). Le scénario, remarquable, rattrape ce petit défaut avec un Robert Ryan ambigu (son passif filmique en héros comme en ordure participe de cette ambiguïté), traqué pour un meurtre dont il ne se défendra jamais, le début du film le montrant sous un jour sombre avec foule d'actes violents et répréhensibles.

La suite illustre pourtant la vraie noblesse du personnage, lorsqu'il aide le policier venu l'arrêter (campé par l’anglais David Farrar) face à des assassins, ou les sentiments qu'il montre à l'égard de Barbara Stanwyck, notamment le final où il se rend pour l'épargner. La conclusion apportera bien sûr une explication habile et bien trouvée à cette situation de départ. Pas inoubliable et loin des grandes heures de Dwan mais plutôt sympathique donc.

Sorti en dvd chez Carlotta au sein d'un coffret consacré à Allan Dwan

Florilège décalé en musique

dimanche 11 septembre 2011

Pris au piège - Caught, Max Ophuls (1949)


Leonora, une jeune fille qui rêve de réussite sociale, rencontre Smith Olhrig, un homme très riche, séduisant et froid, qui décide de l'épouser pour contredire son psychanalyste à qui il raconte sa déception après qu'elle n'ait point cédé à ses avances conquérantes. La jeune fille se laisse prendre au piège, et épouse son vrai-faux prince charmant, qui la délaisse aussitôt qu'il en a fait sa chose, la considérant plus comme un accessoire décoratif, que comme sa femme.


Sans être le meilleur de la période américaine d'Ophuls, Caught est un film tout à fait prenant. Comme souvent chez Ophuls, il est question d'une jeune fille jouet des hommes où au drame va s'ajouter une fable morale un peu lourde par moments mais rendue limpide par la mise en scène inspirée d'Ophuls. Leonora Eames (Barbara Bel Geddes) est donc une jeune fille frivole rêvant de château en Espagne et de réussite sociale, une artificialité de caractère appuyée dès le générique faisant défiler les pages d'un catalogue de mode.

Ses vœux semblent s'exaucer lorsqu'elle croise la route du magnat Smith Olhrig (Robert Ryan) mais réellement amoureuse elle découvre bientôt qu'elle ne dépasse pas pour lui le statut d'objet qui une fois acquis, n'a plus aucun intérêt. La scène du psychanalyste où il décide de se marier par défi est ainsi lourde de sens sur la nature du personnage de Olhrig, véritable enfant gâté dont le monde n'est qu'un magasin de jouet où il peut se servir, la moindre contrariété le faisant trépigner avec de psychosomatique alerte cardiaque.

On a parfois associé le portrait de ce magnat à William Randolph Hearst (inspirateur de Citizen Kane comme on le sait) mais il semble que Libbie Block auteur du livre dont Caught s'inspirait d'un autre excentrique tyrannique notoire à savoir Howard Hughes. Ophuls qui eut maille à partir avec Hughes lors du tournage de Vendetta dont il fut renvoyé (tout comme un Preston Sturges déclinant) dû donc se délecter de cette discrète revanche et l'interprétation extraordinaire d'un odieux Robert Ryan est là pour le souligner.


Lasse des brimades de son époux, Leonora décide de de retourner à la "vraie" vie et va s'amouracher de James Mason, médecin idéaliste et en tout point l'opposé de Olhrig. Le script a la main un peu lourde dans les dialogues sentencieux, personnages (la meilleur amie de Leonora...) et situation un peu caricaturale pour asséner le message qu'on a bien compris (Et Leonora assez vite aussi) : non l'argent et la richesses seuls ne font pas le bonheur. Il faut tout le brio de James Mason parfait en médecin concerné des quartiers populaires pour ne pas tourner à la démonstration. Barbara Bel Geddes s'avère moins convaincante, sa fadeur sied bien au personnage au départ mais lorsqu'elle se reprend en main on ne sent jamais s'estomper cette fragilité finalement.

C'est lorsque Ophuls exprime ces thématiques par sa mise en scène que le film trouve toute sa force. On a donc clairement là avec cette dichotomie monde des nantis/milieux populaires une sorte de métaphore entre la vie et la mort. Dès sa première apparition, la voix d'Olhrig surgit des ténèbres avant de se dévoiler tout de noir vêtu, spectral et inhumain.

Dans l'immense résidence de Long Island où vivent les époux Ophuls multiplie les plans-séquences, travelling et mouvement d'appareils soulignant le vide et l'absence de vie des lieux. Les cadrages amples séparent constamment les personnages dans les décors pour appuyer le fossé affectif entre eux. A l'inverse la chaleur et la tendresse de la relation entre Barbara Bel Geddes et James Mason se ressent par les décors plus exigus ou plus peuplés tendant toujours à les rapprocher, que ce soit la très bruyante salle d'attente du cabinet, le bar et sa piste de danse bondées.


Le film déçoit néanmoins dans une dernière partie un peu laborieuse à la conclusion expédiée qui ne parvient pas tout à fait à équilibrer son happy-end qui résulte quand même d'un élément tragique, une fausse couche. La seconde collaboration entre Ophuls et Mason sera la bonne avec Les Désemparés bien meilleur que cette inégale tentative desservie par sa production mouvementée.
Sorti en dvd zone 2 français chez Wild side

Extrait

mercredi 14 juillet 2010

Billy Budd - Peter Ustinov (1962)


En 1797, sur L'Avenger, l'équipage du capitaine Vere (Peter Ustinov) enrôle de force un gabier de vingt ans, Billy Budd (Terence Stamp). Billy découvre la violence et la tyrannie du maître d'équipage, Claggart (Robert Ryan).

Une adaptation d'un roman de Melville (ou plutôt une transposition d'une pièce adapté du roman) dont on peut soupçonner Peter Weir d'avoir visionné pour son Master and Commander tant sa description d'un équipage anglais durant les guerre Napolénienne s'en rapproche. Le navire se trouve ici le cadre de tension palpable avec des matelots enrôlé de forces subissant la tyrannie du maître d'arme sadique incarné par un Robert Ryan se délectant de ce type de rôle de pourriture.

Parallèlement on trouve le capitaine joué par Peter Ustinov qui laisse faire car il a besoin de ce bras armé pour faire respecter la discipline et l'élément perturbateur en la personne du jeune matelot Billy Budd. Terence Stamp dans son premier rôle au cinéma interprète donc ce personnage hors norme, illétré et presque simple d'esprit mais dont l'innocence, le sens de la justice et la totale absence de sentiment négatif bouleverse l'équilibre des forces sur le bateau. Il se fait aimer immédiatement de ses compagnons et des officiers et perturbe totalement Robert Ryan qui voit toute ses tentatives de lui nuire échouer à cause de sa pureté d'âme (notamment lorsque Billy refuse de participer à une fausse mutinerie contre lui).

La première partie du film voit la tension lentement monter jusqu'à l'explosion avec les multiples coup bas de Ryan avant de prendre un tour étonnant dans sa conclusion. sans trop en dévoiler, les personnages doivent faire face à un conflit moral révoltant où il doivent choisir entre apliquer froidement le règlement ou laisser parler leur coeur avec quelques interrogations passionnante entre la loi et la justice, la morale et la conscience. Malgré une amorce de bataille en conclusion, le ton est plus psychologique que spectaculaire ce qui n'empêche pas Ustinov de délivrer quelques superbes vues maritimes et une reconstitution splendides du navire de guerre.


Trouvable en dvd zone 2 chez Warner