Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mardi 14 mai 2019

Ivanhoé - Richard Thorpe (1952)


Le chevalier saxon Ivanhoé, fidèle compagnon de Richard Cœur de Lion, a découvert que son roi est prisonnier en Autriche et qu'une forte rançon est exigée pour sa libération. Pour monter sur le trône, Jean sans Terre, le frère de Richard, a fait courir le bruit de sa mort.

Ivanhoé est une œuvre qui initie toute une série de grand film d’aventures signés Richard Thorpe et interprété par Robert Taylor pour la MGM durant les années 50. Honnête faiseur touche à tout (des Tarzan parmi les plus réussis de Johnny Weissmuller aux rares incursions satisfaisante d’Elvis dans le cinéma comme Le Rock du bagne (1957)) pour certains cinéphiles et vrai maître pour d’autres (comme Patrick Brion qui lui a consacré plus d’un Cinéma de Minuit), Richard Thorpe signe en tout cas à cette période son lot de classique à grand spectacle comme Le Prisonnier de Zenda (1952), Les Chevaliers de la Table ronde (1953), Les Aventures de Quentin Durward (1955).

Si la barbarie et la crasse associée au Moyen Age est passée à la moulinette proprette hollywoodienne, le contexte historique est présenté avec concision et soin. L'antagonisme entre normands et saxons, le fanatisme religieux, la chasse aux sorcières et leurs procès arbitraire sont abordés de front ainsi que, plus surprenant, le sort peu enviable réservé aux juifs à l'époque. 

Le film offre alors un beau message de tolérance et de coexistence entre les peuples même si il n'ose pas aller au bout de son propos, n'importe quel spectateur normalement constitué préférant voir le héros repartir avec le personnage (juif) incarné par Elizabeth Taylor bien plus touchant que le love interest plus conventionnel que représente la très effacée Joan Fontaine. Seul limite à la rigueur de Thorpe par rapport aux plus grands noms du genre, pas de double lecture possible, de sous-entendus sexuels à la revoyure, c'est du terre à terre au service de l'histoire sans fioritures, carré mais sans génie... – là où un Henry King à la Fox savait se démarquer par des détours inattendus.

Doté d'une équipe technique de cadors, Freddie Young à la photo, Alfred Junge aux décors, Miklos Rozsa à la musique (sacré score épique tonitruant d'ailleurs) entre autres, Thorpe nous livre un spectacle fastueux et grandiose à la mise en image alerte et efficace. Les morceaux de bravoures sont fabuleux dans l'ensemble avec un beau crescendo niveau spectaculaire et intensité dramatique : Ivanhoé qui défie cinq chevaliers normands lors d'un tournoi tout de noir vêtu, une attaque de château fort dantesque et un ultime mano à mano avec le méchant tragique incarné par Georges Sanders. 

Robert Taylor est un peu lisse dans le rôle mais suffisamment imposant et charismatique pour susciter l'adhésion. La grosse révélation c'est donc la toute jeune Elizabeth Taylor parfaite dans son premier film à grand spectacle hollywoodien, tandis que Georges Sanders basique impose sa finesse de jeu à ce méchant basique sur le papier. Petit détail amusant le personnage de Robin des Bois fait partie de l'aventure mais n'est jamais nommé comme tel au profit de son vrai nom Locksley, problème de droit avec la Warner ? 

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner 

mercredi 21 décembre 2016

Embuscade - Ambush, Sam Wood (1950)

À la suite de l'enlèvement d'une jeune femme par les Apaches, un groupe de cavalerie commandé par le Capitaine Ben Lorrison se lance à leur poursuite. Ils sont aidés, dans cette affaire, par l'éclaireur Ward Kinsman.

L'inégal Sam Wood signe son dernier film et une de ses plus belles réussites avec ce Ambush, unique incursion dans le western. Le film s'inscrit dans la lignée des films de cavalerie de John Ford mais volontairement délesté de ses éléments les plus marquants, que ce soit la truculence des personnages (pas absente mais largement atténué avec le personnage de John McIntire), l'humanisme et le lyrisme de la mise en scène. A la place, Sam Wood privilégie une sécheresse qui s'exprime autant dans les moments forts que ceux plus creux. Pour le premier point la scène d'ouverture magistrale donne le ton avec ce traveling avant arpentant un sol jonché de cadavres fraîchement massacrés, avant que la caméra dévoile le paysage montagneux et leurs bourreaux apaches fuyant au loin. L'éclaireur Kinsman (Robert Taylor) nous révèle ainsi ses compétences dans l'action, sa connaissance des rocheuses et des mœurs des apaches lui permettant de s'extirper du danger. Pourtant à peine sauvé il est sollicité par Ann Duverall (Arlene Dahl) pour secourir sa sœur enlevée par le redoutable chef apache Diablito (Charles Stevens).

Plutôt que nous embarquer dans l'aventure le scénario use du refus initial de Kinsman pour s'attarder longuement sur le quotidien de la garnison. L'ennui et le comportement excessif que suscitent l'attente, la place fragile des femmes et le poids de la rumeur, tout cela se ressent à travers les différentes sous-intrigues du récit. Le personnage alcoolique et violent Tom Conovan (Bruce Cowling) qui bat son épouse secrètement amoureuse du Lieutenant Delaney (Don Taylor) donne ainsi une idée des passions qui se jouent sous l'étiquette militaire. Il en va de même avec l'autre triangle amoureux où le rigoureux Capitaine Ben Lorrison (John Hodiak) se dispute les faveurs d'Ann Duverall avec le Kinsman dont le tempérament plus libre s'oppose au sien.

Sam Wood ne force jamais son postulat de possible mélodrame, restant dans une retenue qui impose cette notion de quotidien. Ainsi à cheval sur le règlement qu'il soit, Ben Lorrison ne cède jamais à une folie autoritaire (façon Henry Fonda dans Le Massacre de Fort Apache (1948)) lorsque l'action se noue et s'avère même étonnement valeureux le temps d'une scène de bagarre où il surclasse Kinsman. Les deux triangles amoureux trouveront leur résolution à travers les sacrifices au combat mais en amont Sam Wood ne cède pas au mélo ou au romantisme trop appuyé sans pour autant négliger les sentiments (notamment le destin douloureux de l'épouse malmenée jouée par Jean Hagen).

Après cette longue introduction intimiste, Sam Wood retrouve la nervosité de son entrée en matière dans la traque de Diablito. La tension sourde parcours l'ensemble de la traversée de ce panorama montagneux, la violence est sèche et inattendue (la confrontation entre Kinsman et un indien sournois) et le réalisateur se montre constamment inventif pour mettre en valeur son décor. Le film a la justesse de faire jouer de vrais indiens, autant respecté dans leur culture (usage de la vraie langue) que mis en valeur dans leurs aptitudes guerrières avec une mémorable et inventive embuscade finale qui justifie le titre. Robert Taylor est comme souvent excellent et qui amorce là une belle décennie dans le western (Convoi de femmes (1950) de William A. Wellman, La Porte du diable (1950) d'Anthony Mann, Libre comme le vent (1958) de Robert Parrish...).

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner

jeudi 17 juillet 2014

Trois camarades - Three Comrades, Frank Borzage (1938)


Au lendemain de la Première guerre mondiale, la réunion de trois soldats qui décident d'ouvrir une entreprise de réparation automobiles mais, dans cette Allemagne meurtrie par la guerre, le travail manque...

Avec À l'Ouest, rien de nouveau, Erich Maria Remarque avait écrit un des ouvrages les plus marquants sur la Première Guerre Mondiale lui-même adapté au cinéma en 1930 avec le classique réalisé par Lewis Milestone. Le film connaîtrait quelque remous à sa sortie au sein de l'Allemagne nazie et serait interdit une semaine après sa sortie. Remarque serait alors inquiété par le régime et contraint à l'exil en 1932, d'abord pour gagner la Suisse puis quelques années plus tard les Etats-Unis. C'est durant cette période qu'il se pencherait sur Trois Camarades, roman qui se penche en quelque sorte sur l'après à travers le destin de trois amis vétérans de la Grande Guerre durant la montée du nazisme en Allemagne. La MGM achèterait rapidement les droits avant même la sortie du livre en 1937 et en confierait le script à la plume prestigieuse de F. Scott Fitzgerald.

Le film se verra pourtant complètement amputé de sa dimension politique. Les Etats-Unis ne souhaitant pas s'attirer les foudres de l'Allemagne nazie, toutes les allusions directes aux oppressions d'alors contenues dans le livre sont diluées avec une solution radicale : déplacer l'intrigue des années 30 au début des années 20. Fitzgerald se plaindra également des amputations et réécritures de son script (effectuées en partie par celui qui n'était encore alors que producteur, Joseph L. Mankiewicz) dues selon le studio à une écriture et des dialogues trop littéraire.

En dépit de ces entraves au matériau original, Frank Borzage parvient cependant à signer un magnifique mélodrame. Au lendemain de la Première guerre mondiale, les trois amis et vétérans Erich (Robert Taylor), Otto (Franchot Tone) et Gottfried (Robert Young) retrouvent une Allemagne où ils ont bien du mal à trouver leur place. Ce sera un vide existentiel pour Erich, idéologique pour Gottfried qui s'engage dans des groupes gauchiste tandis que le plus solide Otto s'accrochera au travail et à l'affaire de garage que les trois amis ont montés ensemble. La facette politique reste finalement floue et en arrière-plan, Borzage l'exprimant par les états d'âmes des héros dont les espoirs sont symboliquement lié à l'état du pays.

Le retour à la vie civile difficile et le souvenir encore vivace et douloureux de la guerre s'imprègne encore ainsi de la possibilité de possible jours meilleurs à travers la belle histoire entre Erich et Pat (Margaret Sullavan). La nature blessée des deux personnages est exprimée avec finesse par Borzage, notamment Erich évoquant sous forme de boutade les contrées exotiques où il n'est jamais allé (puisqu'il n'a connu que le front au sortir de l'adolescence) ou ses aptitudes et qualités ne reposant que sur des facultés militaires. Il se réfugie sous cette ironie tandis que Pat feindra une certaine frivolité pour éviter de souffrir, notamment par ses fréquentations huppées.

Pourtant si elle n'a évidemment pas combattue, elle a perdu ses deux parents dans le conflit et les privations lui ont causées une santé fragile. Parallèlement Gottfried verra le quotidien se faire menaçant du fait de ses accointances politiques et devra s'en détacher pour protéger ses amis. Le lien unissant les personnages constituera ainsi pour un temps un refuge pour les héros, Borzage ornant la première partie d'un jour jovial, lumineux et romantique où l'alchimie des acteurs fait merveille. Tout cela s'exprime dans une complicité virile pour les hommes où cet attachement s'exprime avec brio grâce à de superbes dialogues et la romance est tout simplement bouleversante grâce notamment à la performance fragile et à fleur de peau de Margaret Sullavan.

Sans que rien ne soit explicitement cité, le mécontentement dû aux Accords de Versailles, la pauvreté et la montée des extrêmes qui en découle, tout cela se dévoile par le regard des protagonistes. Si cette amitié et amour sont indéfectible, le rapport à leur environnement est mis à mal pour ces héros pas à leur place et se répercute sur leur état d'esprit. La santé de Pat semble ainsi décliner avec le climat ambiant, la misère et l'apparition de silhouettes menaçantes et vêtues de noir allant de pair. Les plus déterminés (Gottfried) et fragiles (Pat) sont ainsi condamnés à être des figures sacrificielles ne pouvant survivre.

La dernière partie offre de poignants adieux entre nos héros mais aussi à cette Allemagne dans laquelle ils ne se reconnaissent plus. Les disparus seront des attaches à une nation qui n'existe plus réellement et qui a basculée, à l'image de la scène finale où ils apparaissent sous forme de fantômes accompagnant les survivants désormais en exil et auxquels s'identifiait Erich Maria Remarque. Margaret Sullavan est réellement la plus émouvante et domine par l'émotion dégagée le casting de haut vol. Une œuvre magnifique qui préfigure le plus ouvertement engagé La Tempête qui tue (1940) traitant frontalement des mêmes thématiques.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner dans la collection Trésors Warner

lundi 2 juin 2014

Libre comme le vent - Saddle the Wind, Robert Parrish (1958)

Steve Sinclair est un tireur repenti et coule maintenant des jours paisibles dans son ranch "Double S". Son jeune frère, en revanche, ne s'est pas retiré de la vie tumultueuse des affrontements aux revolvers et se vante d'être un roi de la gâchette. Ayant fait la connaissance de la belle Joan Blake, chanteuse dans un saloon, il vient présenter à son frère sa future fiancée.

Un superbe western qui participe au souffle novateur du genre en cette fin des années 50 avec des œuvres comme Le Gaucher d'Arthur Penn sorti la même année. Avec Robert Parrish cette mutation se fait moins démonstrative que chez Penn, s'inscrivant au cœur d'un récit subtil et intense. Le film traite d'un conflit fraternel entre l'aîné Steve Sinclair (Robert Taylor) et son cadet Tony (John Cassavetes), tous deux dirigeant un ranch dans une vallée paisible. Ancien hors-la-loi repenti, Steve a élevé son frère et fait plus figure de père de substitution dans sa volonté de calmer la fougue de Tony. Robert Taylor sa présence taciturne et son stoïcisme offre un parfait contrepoint adulte et stable à la prestation de John Cassavetes imprégnée de la méthode où il fait preuve d'un agitation permanente dans le phrasé et l'attitude, d'un besoin enfantin d'attirer les regards. On ressent dans cette attitude chez Tony est besoin maladif de d'épater, d'égaler puis de surpasser son frère aîné qu'il admire.

 Cela sera visible lorsqu'il amènera de la ville sa fiancée Joan Blake (Julie London) mais finalement dans l'Ouest le meilleur moyen de se distinguer, de susciter la crainte et l'admiration de tous, c'est par son brio à la gâchette. L'attitude psychotique qu'il a de s'exercer au tir avec son nouveau revolver montrera qu'il suffira d'une occasion pour éveiller ses bas instincts. Celle-ci se présentera lorsqu'un redoutable tueur (Charles McGraw) viendra se venger de Steve et que Tony sous prétexte de protéger son frère ressentira pour la première fois le gout du sang en réussissant à le tuer. Un premier forfait réussi par pure chance (la formidable scène d'introduction inspirée des Tueurs de Robert Siodmak (et de la nouvelle d'Hemingway évidemment) ayant capturée toute la dangerosité et la menace de Charles McGraw), ce dont Tony est conscient sans se l'avouer mais le mal est fait son bouillonnement intérieur a trouvé sa raison d'être en recherchant jusqu'au bout cette adrénaline mortelle.

John Cassavetes s'inscrit dans la veine de ces personnages juvénile, psychotiques et imprévisibles qu'on trouve dans les westerns de cette période comme le Paul Newman du Gaucher ou le Robert Wagner du Brigand bien-aimé (1957). Des êtres qui amènent un malaise et une instabilité dans le genre par des actions reposant plus sur une psychologie torturée qu'un objectif déterminé et un trame classique. Tony s'oppose ainsi à tous les autres protagonistes à l'inverse en quête de cette stabilité, nécessaire suite à un passé qu'on devine pour chacun douloureux. Steve par cette vie d'éleveur souhaite définitivement tourner le dos à son passé de tueur. Joan recherche quant à elle une existence décente et calme après avoir chanté dans les saloons les plus sordides.

Dennis Deneen (Donald Crisp) rêve lui de faire de cette vallée un havre de paix et abhorre la violence qui lui a coûté un fils. Parrish amène cette même conviction au poignant personnage secondaire de Clay Ellison (Royal Dano), ancien soldat nordiste cherchant une terre où enfin s'établir avec sa famille. Ce type de héros perdus, en recherche d'attache, sont typique de Robert Parrish notamment Robert Mitchum dans L'Aventurier du Rio Grande, Gregory Peck dans La Flamme pourpre (1954) ou les exilés de L'Enfer des tropiques (1957). Le réalisateur accorde à chacun une belle séquence intimiste où s'exprimera avec sobriété cette blessure à cicatriser, ce manque à combler. On pense aux échanges entre Robert Taylor et Julie London ou en quelques mots ils sauront reconnaître leur fêlures mutuelles et se rapprocher (tout cela sans vraie scène d'amour le lien se faisant implicite), l'arrivée nocturne et l'attitude digne de Clay Ellison chez Dennis Deneen. Tony est trop jeune, trop dangereux et fougueux pour avoir de tels attentes et sèmera le chaos sans se soucier de personne.

Parrish fait remarquablement s'équilibrer ces volontés divergentes entre quiétude et anarchie. Les scènes de violence sont sèches et douloureuses, contrebalancées par des moments contemplatifs où se dévoile une science du décor impressionnante avec ce scope embrassant le panorama de cette vallée verdoyante et de son arrière-plan montagneux. L'introspection côtoie la furie la plus prononcée d'une scène à l'autre (l'échange apaisé entre Taylor et Julie London directement suivie par l'agression du camp d'intrus par Tony), ces désirs antinomiques finissant par s'entremêler dans le duel final où la prairie inondée de fleur sert de cadre à un affrontement fratricide inéluctable. Le film surprend d'ailleurs jusqu'au bout par l'issue de ce duel avec un anti climax inattendu et poignant. Un captivant western.

Sorti en dvd zone 2 français chez Wild Side

lundi 2 décembre 2013

Johnny, roi des gangsters - Johnny Eager, Mervyn LeRoy (1941)

Johnny Eager est un gangster qui, une fois sorti de prison, semble mener une vie d'honnête homme. Il est devenu chauffeur de taxi et paraît avoir rompu avec toutes ses anciennes relations de la pègre. Cela n'est qu'une apparence, dissimulé derrière cette couverture, il a rapidement reconstitué un empire criminel et attend des autorisations pour ouvrir un champ de course de lévriers. Il s'éprend de Lisbeth Bard, une des étudiantes de son contrôleur judiciaire, M. Verne. Mais le père de Lisbeth est John Benson Farell, le procureur incorruptible, il n'aime pas Johnny et veut protéger sa fille.

Maître du film de gangster dont il contribue à la popularité dans les années 30 avec son Petit César (1931), Mervyn LeRoy signe un brillant et très original avatar du genre avec ce Johnny Eager. Le grand intérêt du film repose sur le personnage titre Johnny Eager (Robert Taylor). En apparence, un repris de justice faisant désormais profil bas dans un modeste emploi de taxi. Une repentance de façade puisque Johnny est en fait à la tête d'un puissant réseau criminel qui s'apprête à ouvrir un champ de courses de lévriers, simplement freiné par le zèle du procureur tenace John Benson Farrell (Edward Arnold). Une dualité qui témoigne de toute l'intelligence et de la détermination criminelle du personnage, l'attitude autoritaire et suspicieuse envers ses sbires contredisant la bonhomie et les airs bienveillants lorsqu'il revêt son uniforme de taxi.

Dans la plupart des films de gangsters les actions des malfrats positives comme négatives résultent d'être emportés par leur émotions et en somme leur humanité malgré leur nature néfaste. Johnny Eager contredit cette idée avec une attitude froidement méthodique où complices comme amantes ne sont que des pions à utiliser. Tout ce qui relève de l'amour, l'amitié et don de soi s'avérera tout simplement incompréhensible pour lui, le scénario multipliant les symboles et situations propre à montrer le détachement du héros : une allusion au dévouement sans condition de Cyrano à sa Roxanne, un chien rapportant fidèlement (ou stupidement pour Johnny) un objet lancé à son maître et bien sûr a maîtresse soumise pour laquelle il n'a pas un regard. Robert Taylor est extraordinaire dans ce registre glacial, regard brillant d'intelligence et capable d'emballement violent si nécessaire.

Cette posture va être mise à mal par la rencontre avec Lisbeth (Lana Turner) étudiante en sociologie intriguée par son ambiguïté et qui va le démasquer. Le danger est d'autant plus grand que celle-ci est la fille du procureur freinant les ambitions de Johnny. Notre héros saura tirer profit de cette parenté à son avantage mais Mervyn LeRoy distille habilement les éléments montrant que Johnny est plus attaché qu'il ne veut bien le montrer à sa nouvelle victime.

L'erreur aurait été de faire de Lana Turner une femme aussi redoutable et intelligente que Taylor mais ici au contraire on cherchera à cultiver leur différence en en faisant une femme aimante et passionnée représentant elle aussi ce dévouement sans attente de retour qui horrifie tant Johnny. LeRoy est réellement un des réalisateurs ayant su mettre le mieux en valeur la beauté de Lana Turner (notamment dans le somptueux Le Retour) loin de son image de vamp séductrice et ici chaque apparition l'orne d'une aura immaculée et innocente adoucissant ses traits et jurant avec les atmosphères sombres et oppressante du monde du crime.

A son contact, le jeu de Taylor se fait moins mécanique et dévoile le déraillement d'un Johnny plus troublé qu'il n'ose se l'avouer et réellement amoureux. Cette conscience aura été interrogée tout au long du film par le fascinant personnage incarné par Van Heflin, alcoolique autodestructeur dont les tirades montrent le recul face à un milieu dont il n'est pas dupe.

Sous ses allures fragiles et vacillantes, c'est le personnage le plus lucide et pendant amical de celui de Lana Turner, même si on peut suggérer une attirance plus trouble ayant passé les mailles du code Hays.. Le final est splendide et surprenant, montrant un héros se mettant à nu et enfin capable de se sacrifier pour l'autre. Robert Taylor avec une finesse remarquable n'adoucit pas pour autant le malfrat dans cette prise de conscience, cette déclaration d'amour ne pouvant s'exprimer que dans la douleur et la violence dans une magnifique scène de conclusion.

Sorti en dvd zone 2 français chez Wild Side

lundi 11 mars 2013

L'Aventure Fantastique - Many Rivers to Cross, Roy Rowland (1955)


Au XVIe siècle, pour le trappeur Bushrod, les plus gros dangers surviennent plus à la ville que dans les contrées sauvages. Il y a par exemple la belle Marie, qui lui sauve la vie et décide illico qu'il est celui qu'elle prendra pour époux...

Si son merveilleux titre original évoque le souffle de la grande aventure, Many rivers to cross lorgne plutôt sur la grosse screwball comedy qu'on aurait transposé dans l'Amérique sauvage des pionniers. En tout cas le mélange est des plus réjouissants. Bushrod Gentry (Robert Taylor) est un trappeur aguerri et qui ne s'épanouit que libre et au grand air, sans attache. Les dangers de ces contrées sauvages sont moins impressionnant que ceux rencontrés lorsqu’il approche la civilisation et plus précisément la gent féminine, surtout lorsque le pasteur effectue son passage annuel dans la région pour les mariages.

Mais même là Bushrod a son discours minutieusement rôdé pour réfréner les ardeurs des jeunes femmes cherchant à lui mettre la bague au doigt : il mène une vie dangereuse à laquelle aucune femme ne pourrait survivre tant qu'il n'est pas fixé. Le film débute donc avec un Robert Taylor plein d'assurance et à la goujaterie irrésistible repoussant avec entrain une prétendante trop énamouré pour le faire vaciller. Il va pourtant trouver à qui parler avec la volcanique Marie Stuart (Eleanor Parker) qui dès sa première apparition allie charme et poigne pour le tirer d'un mauvais pas avec les indiens.

A l'instar (dans un registre plus dramatique) de son rôle dans Quand la marabunta gronde (1954), Eleanor Parker voit son charme ravageur mis à mal par des hommes qui la repoussent, comme si cette séduction agressive et électrique leur faisait peur. Ici elle est à croquer en jeune fille aussi coquette que taillée pour les rudesses de l'Ouest. Cette caractérisation est renforcée par les membres de sa famille écossaise racée où la caricature va bon train avec un Victor McLaglen qui en fait des tonnes en patriarche bougon, téteur de whisky et amateur de bagarre.

C'est d'ailleurs un peu le fond du film que ces hommes à la peau dure décontenancé par une jeune femme ne minaudant pas et aussi teigneuse qu'eux, Eleanor Parker ramenant le "fiancé" fuyard au bercail sous la menace d'un fusil et lui forçant la main pour lui passer la corde au cou. Ce marivaudage musclé est des plus amusants grâce à l'abattage du duo, Eleanor Parker alternant minauderies irrésistibles et comportement de garçon manqué et Robert Taylor dépassé trépignant de rage face à l'enquiquineuse.

Même si l'on profite de quelques jolis extérieurs (et d'un technicolor faisant étinceler la chevelure rousse d'Eleanor Parker) le film est plutôt statique et fait la part belle aux décors studios cheap. Le danger est représenté par des indiens shawnee assez caricaturaux et surtout là pour provoquer la bascule dans les rapports entre Bushrod et Mary Stuart. Comme le souligne un dialogue Bushrod préfère traquer que l'inverse et c'est quand il pourra se lancer au secours de sa dulcinée (ainsi qu'une parenthèse familiale joliment amenée) qu'il se découvrira réellement attaché à elle.

Le côté sans doute un peu machiste (la jeune fille doit forcément être en détresse pour être convenable) est contrebalancé par une empoignade finale avec les indiens où Eleanor Parker est plus qu'active et où finalement c'est bien elle qui sauve Taylor. Très drôle et enlevé, situations tordantes et dialogues vachards du couple vedette, un très bon moment auquel on pardonne une tenue visuelle assez étriquée tout de même.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner

dimanche 30 septembre 2012

Lame de fond - Undercurrent, Vincente Minnelli (1946)


Ann Hamilton rencontre un célèbre inventeur, Alan Garroway. Séduite, elle l'épouse et le couple part à Washington. La jeune femme découvre la haute société où elle se trouve mal à l'aise. Puis, les époux déménagent en Virginie. Là, Ann apprend l'existence de Michael, le frère d'Alan. Un mystère plane sur les relations entre ces deux derniers...

Si son nom évoque plus immédiatement le souvenir de ses merveilleuses comédies musicales, Vincente Minnelli aura tout au long de sa carrière alterné son genre de prédilection et la comédie pure avec des incursions plus variées dans le mélodrame dont le plus célèbres reste la satire hollywoodienne Les Ensorcelés. C'est avec ce Undercurrent réalisé en début de carrière que Minnelli élargi pour la première fois sa palette avec ce curieux mélange de thriller et de mélodrame.

Ann Hamilton (Katharine Hepburn) est une jeune femme vivant encore paisiblement auprès de son père scientifique qu'elle assiste, aucun homme n'étant parvenu à la sortir de ce cocon malgré les nombreuses demandes en mariage. La rencontre avec le magnat de l'industrie Alan Garroway (Robert Taylor) va venir bousculer cette quiétude, ce dernier réunissant toute les qualités dont peut rêver une femme : beauté, charisme et intelligence. Mariés au bout de quelques semaines à peine le couple voit pourtant une ombre se dresser progressivement entre eux avec Michael, le frère disparu d'Alan qui révèle des pans plus sombres de la personnalité de celui-ci.

Minnelli fait preuve de son brio narratif habituel pour semer le trouble dans son intrigue et ce dès le début de film faussement idyllique. La rencontre en forme de coup de foudre puis le mariage se font ainsi de manière très (trop) rapide et même si le réalisateur y distille un pur charme de comédie romantique (l'ellipse où le père de Ann compare l'alchimie amoureuse avec celle des composants d'une formule scientifique passant dans un merveilleux enchaînement directement au mariage de Ann et Alan) l'essentiel est que l'on a pas réellement assisté au déroulement de cette relation et que l'on ne sait finalement pas grand-chose du beau et avenant Alan.

Tout le film fonctionne sur ce principe, nous laissant chercher entre ce qui est dit ou ne l'est pas, ce qui est montré ou pas, les personnages auxquels il est fait allusion ou pas. Tous ces mystères concernent bien sûr le grand absent dont la personnalité hante tout le film, Michael le frère mystérieusement volatilisé. Le script fonctionne comme une sorte de Laura où à la place du le seul portrait ce serait divers éléments disséminés de la personnalité de l'absent qui créerait la fascination et le sentiment amoureux à distance. Ainsi alors que son époux lui semble de plus en plus un étranger par son milieu, ses sautes d'humeurs et son cadre (la visite du bureau) impersonnel, Ann est de plus en plus captivée par ce qu'elle découvre de la personnalité Michael bien loin de l'affreuse description qu'on lui en a faite.

 Amateur de poésie, de musique et s'étant constitué un havre de paix chaleureux dans son ranch désormais abandonné, c'est l'homme qu'il lui faut. Ce motif de l'explicite et de l'implicite fonctionne aussi dans la quête du personnage de Katharine Hepburn qui pense chercher le disparu pour résoudre la névrose et le complexe de son époux alors qu'elle est déjà amoureuse sans se l'avouer de l'absent.

Minnelli exprime cette idée visuellement également par la façon dont il dépeint la personnalité de Robert Taylor. Doux et aimant au départ, on ressent progressivement son emprise et sentiment de possession sur Ann au détour d'un dialogue (une scène d'amour anodine où il lui dit passionné qu'elle est à lui et qu'elle ne doit pas l'oublier) ou de situations dont le sens ne se révèleront que plus tard tel cette présentation d'une Hepburn mal fagotée à la haute société de Washington puis une séquence de shopping où elle se réduit à un mannequin de cire façonné par Taylor, "sa" chose.

Michael se dévoilera à nous avec le même sens du mystère, un simple nom au départ, une personnalité avec la découverte de son univers, une ombre fugace puis enfin sous les traits séduisant d'un Robert Mitchum débutant dont le visage nous est jusqu'à la dernière limite en le faisant passer pour un vulgaire figurant secondaire lors de la première entrevue avec Katharine Hepburn qui ignore qui il est.

Minnelli aura progressivement préparé ses jeux de dissimulations/révélations par sa mise en scène qui révèle brutalement l'obsession de Taylor (le mouvement de caméra où Ann se retrouve face à lui au ranch, sa silhouette menaçante apparaissant à la fin lorsqu'elle cherche à s'enfuir) et la photo de Karl Freund qui s'assombrit soudainement quand les questions deviennent trop insistantes, dissimulant la nervosité de l'époux dans la pénombre.

Fort de cette finesse, c'est paradoxalement lorsque le film adopte un suspense plus frontal et classique qu'il convainc le moins malgré un final rondement mené et palpitant au bord d'une falaise. L'interprétation est parfaite avec un Robert Taylor dont l'aisance s'effrite peu à peu pour révéler un dangereux manipulateur, Katharine Hepburn vibrante et passionnée apporte sa finesse coutumière à la progression de son personnage et Robert Mitchum en une poignée de scène démontre déjà tout le magnétisme qui fera de lui la grande star que l'on sait dans les années à venir.

Sorti en dvd zone 2 français chez Wild Side 

Extrait

samedi 7 juillet 2012

L'île au complot - The Bribe, Robert Z. Leonard (1949)


Un agent fédéral est en mission aux Antilles. Il rencontre une chanteuse et son compagnon, deux suspects dans le trafic de surplus de guerre qu'il tente de démanteler.

The Bribe est un remarquable et assez surprenant film noir qui parvient à apporter une certaines extravagance et des éléments détonants aux archétypes du genre. Tout débute pourtant de manière très classique avec une introduction en flashback tortueuse. Nous découvrons un Robert Taylor seul dans une chambre d'hôtel observant une tempête qui s'annonce au loin tandis que son monologue en voix-off nous fait découvrir son dilemme.

Il s'apprête à envoyer un message à la police locale pour procéder à une arrestation mais quelque chose le freine. Quoi donc ? Robert Z. Leonard fait surgir la réponse comme dans un songe fantasmé lorsque la silhouette d'Ava Gardner se confond en fondu face au reflet de Robert Taylor à sa fenêtre alors qu'un éclair frappe au même moment. Le flashback peut s'amorcer.

Quelques semaines plus tôt Robert Taylor agent fédéral fut envoyé sur une île des Antilles afin de démanteler un réseau de contrebande. La dimension psychologique habituelle s'instaure par les idées visuelles remarquable de Leonard (le cadre de la fenêtre du présent qui demeure pendant le début du flashback lorsqu'on qu'on confie la mission à Taylor avant de disparaître et de nous fondre totalement dans le passé) et une narration épatante. Robert Taylor, détaché et observateur voix ainsi sa neutralité s'estomper lorsqu'entre en scène (littéralement) Ava Gardner, l'assurance de la voix-off contredisant le trouble de son attitude et lui-même revenant avec lucidité sur ses égarements.

La grande originalité du film est de mêler ce cadre exotique au un peu à la manière d'un Gilda. L'ambiance se fait donc poisseuse et oppressante, le pittoresque ambiant dissimulant mille dangers.

En fait, cela anticipe beaucoup l'atmosphère des premiers James Bond et surtout Dr No (voire Opération Tonnerre pour la poursuite finale en plein Mardi-Gras) avec son héros flegmatique détonant avec son environnement et une menace pouvant surgir de partout notamment une paisible scène de pêche qui prend un tour particulièrement menaçant. Robert Taylor est parfait en flic incorruptible aux repères ébranlés par une envoutante Ava Gardner. Encore associée à l'époque à la femme fatale vénéneuse qu'elle incarna dans Les Tueurs, l'actrice dévoile déjà ici un registre plus étendu en épouse fatiguée contrainte de subir l'alcoolisme et les affaires louches de son époux.

Elle est ici au sommet de sa photogénie avec une première apparition saisissante où tout semble s'illuminer soudain lorsqu'elle s'empare du micro dans un night-club et toute résistance est inutile pour Robert Taylor (comme pour le spectateur) lors de cette séquence nocturne à la plage où elle lui susurre Why don't you try to kiss me ?.

Le script tente de la nimber d'une certaine ambiguïté et d'interroger sur sa moralité mais dès le départ elle nous semblera plus victime que comploteuse. Il faut dire que la vilénie est ici monopolisée par un mémorable duo de méchants avec Charles Laughton et Vincent Price. Le premier est une sorte de larve omnisciente à la présence inquiétante bien avant d'être actif dans l'intrigue quand le second sous ses airs avenant un fourbe aux accès de violence terrible (le sort qu'il réserve à John Hodiak).

L'intrigue monte donc lentement en puissance entre la partie d'échec qu'est l'enquête et la romance Taylor/Gardner avant de brutalement s'accélérer pour un final prodigieux.
Robert Z. Leonard lance alors une longue course-poursuite en plein carnaval transcendée par sa mise en scène inventive qui alterne entre ténèbres ( Taylor et Price qui s'empoigne dans une pièce seulement éclairé par des feux d'artifices extérieur) et lumières étincelantes lors du climax où pétards et fusées illuminent jusqu'à l'aveuglement le dernier règlement de compte.

Une conclusion remarquable (hormis une incohérence final où le doute de l'ouverture est contredit par la fin très positive) pour un excellent et très réussi polar dépaysant.

Sorti en dvd zone 1 chez Warner dans la collection Warner Archives et donc sans sous-titres.

Extrait des premières minutes.