Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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Affichage des articles dont le libellé est Robert Wagner. Afficher tous les articles
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dimanche 24 février 2013

Le Temps de la colère - Between Heaven and Hell, Richard Fleischer (1956)


Sam Gifford est un riche propriétaire de champs de coton dans le sud des États-Unis. Il est marié avec Jenny Cousins, la fille d'un militaire. Imbu de lui-même, il mène une vie de plaisir et montre un mépris évident pour ses ouvriers. Lorsque la guerre éclate, il est mobilisé comme sergent. Suite à une violente altercation avec le lieutenant de son groupe, il est dégradé et envoyé dans une enclave disciplinaire au cœur de la jungle.

Richard Fleischer délivre une des visions les plus puissante de La Guerre du Pacifique dans Between Heaven and Hell, sommet de ce mouvement de film de guerres américains des années 50 (Attack de Robert Aldrich, La Gloire et la peur de Lewis Milestone, Baïonnettes au canons de Fuller) où La Guerre de Corée avait semé l'angoisse et le doute dans les intrigues même lorsqu'elle traitaient de conflits antérieurs. Le ton belliqueux laisse donc place à une atmosphère oppressante et dépressive à travers le parcours du soldat Sam Gifford (Robert Wagner). On le découvre désinvolte et détaché après qu'il se soit rendu coupable d'une agression sur un officier.

En guise de punition, il est envoyé dans une section constitué de rebus plus pathétique encore, à commencer par son supérieur Waco Grimes (Broderick Crawford) lâche cherchant avant tout à sauver sa peau dans cette enclave dangereuse au cœur de la jungle. Là, isolé et abattu, Gifford va pouvoir se souvenir des évènements l'ayant mené jusque-là dans des flashbacks remarquablement introduit par Fleischer.

Riche et arrogant propriétaire de plantations de cotons dans le sud des États-Unis, il est aussi aimant avec son épouse Jenny (Terry Cook) qu'il est impitoyable et froid avec ses métayers auxquels il mène la vie dure. Mobilisé en tant que soldat réserve de la Garde Nationale, c'est pourtant en ceux qu'il a tant rudoyé qu'il va se trouver les compagnons les plus solides et fidèles sur le front. Le scénario n'exploite pas les frictions pouvant naître des cartes de l'autorité redistribuée entre le patron et ses employés pour au contraire célébrer l'amitié et l'unité du groupe, le changement qui s'opère chez Sam Gifford. Cela se manifeste par le premier grand morceau de bravoure où soudés comme jamais, Gifford et ses compagnons réalise un grand acte d'héroïsme en tuant des snipers embusqués dans une grotte qui décimait leur compagnie.

 Les mains tremblantes de Gifford après l'exploit annoncent pourtant que la mort et la peur vont hanter l'ensemble du film. Un officier pétrifié qui va mitrailler ses propres soldats, un moment de camaraderie interrompue par une mine piégée, une balle perdue stoppant net dans son élan, des embuscades japonaises traîtresses à la tombée de la nuit : il y a mille façons de mourir dans cette jungle suffocante toutes plus éprouvantes les unes que les autres. Fleischer filme avec force ces moments guerriers brutaux, alternant crudité inattendue et mise en scène virtuose avec notamment ses travellings véloce accompagnant les avancées éperdues au cœur de cette jungle, la plus intense étant la dernière où Wagner traverse les lignes japonaise comme un dératé.

Le film évite le désespoir complet en donnant du sens à l'héroïsme de Gifford, qui en devant sauver un compagnon retrouve le courage qu'il n'avait plus à donner la mort envahissante de part en part. Robert Wagner jeune premier de la Fox est remarquable et trouve un de ses meilleurs rôles tandis que Fleischer démontre une fois de plus son brio avec ce film annonçant le Trop tard pour les héros de Robert Aldrich aux thèmes voisins.

Sorti en dvd zone 2 français chez Fox

Bande-annonce assez décalée du film par son ton belliqueux

mercredi 16 novembre 2011

Un refrain dans mon cœur - With a Song in My Heart, Walter Lang (1952)



La vie de la chanteuse américaine Jane Froman.

Walter Lang signe là un joli biopic de la chanteuse Jane Froman qui donne l'occasion à Susan Hayward de donner une de ses plus belles prestations. Le film pêche dans un premier temps par une touche conventionnelle qui ne le démarque guère du commun des biopics. On assiste donc à l'irrésistible ascension de la jeune chanteuse et des divers problèmes personnels qui vont découler de cette célébrité naissante tel le mal être de son mari et mentor Don Ross (David Wayne) lui-même musicien en quête de reconnaissance.

Il s'en suivra également un assez classique triangle amoureux avec un pilote incarné par Rory Calhoun. Si l'on n'est guère surpris, le film est très agréable à suivre grâce à l'interprétation pleine d'allant du casting qui offre quelques savoureux moments comme la première audition de Jane Froman où se dévoile ce qui la détache des autres artistes formatée et fera son succès, sa sincérité conjuguée à ses talents vocaux.

Visuellement c'est un régal pour les yeux avec comme souvent à la Fox une photo technicolor somptueuse de Leon Shamroy donnant un tour luxueux et chatoyant aux différents environnements mettant surtout en valeur des numéros musicaux de toutes beauté qui forment une sorte d'apogée d'une Jane Froman au sommet de son art.

On évite l'écueil de la jolie coquille vide avec la deuxième partie plus dramatique. Le film s'ouvrait sur une remise de prix à Jane Froman pour l'étonnant titre d'artiste "la plus courageuse de l'année" avant que (à la manière du Eve de Mankiewicz) on ne la découvre en flashback à travers les souvenirs de convives proche présent.

Le tout gagne en intérêt en s'intéressant aux évènements plus singulier et grave associée à Jane Froman avec un terrible crash aérien (alors qu'elle se rendait à Londres donner un concert aux troupes américaines) dont elle survit mais au prix d'une grave blessure à la jambe droite menacée d'être amputée.

On a donc une belle leçon de courage avec l'artiste soumise à de multiples interventions chirurgicale qui tente envers et contre tout d'assurer son art. L'émotion peut enfin se faire jour lors de cette belle séquence de retour sur scène où émue (et contrainte d'être assise) elle est triomphalement accueillie par le public. Jane Froman fut saluée par sa contribution à l'effort de guerre où même handicapée elle traversa l'Europe pour réconforter les soldats américains.

C'est ce qui compose la dernière demi-heure et le meilleur moment du film avec un tourbillon musical et émotionnel où l'héroïne se reconstruit et retrouve confiance tout en apportant une étincelle de bonheur aux blessés. La double rencontre avec un tout jeune Robert Wagner (c'est vraiment le rôle qui le lança apparemment) une première fois en soldat timide et attachant puis plus tard hébété par un choc traumatique est vraiment très belle et naïve. Le final triomphal et jubilatoire où Jane Froman entame les hymnes des différents Etats américains auprès d'un public survolté est des plus galvanisants également.

Susan Hayward dégage une belle aisance et est touchante de bout en bout, on notera que les parties vocales sont assurées par la vraie Jane Froman très impliquée dans la production. Thelma Ritter fait également apprécier sa gouaille franche dans un énergique rôle d'infirmière. Après toutes ses péripéties on aura compris et acquiescera au titre d'artiste la plus courageuse lors du retour au présent final où Jane Froman enfin en pleine possession de ses moyens entonne un grandiose With a song in a heart.

Sorti en dvd zone 1 chez Fox et doté de sous-titres français

Extrait d'un des meilleurs passages musicaux

vendredi 19 août 2011

Flammes sur l'Asie - The Hunters, Dick Powell (1958)


Le major Saville est affecté en Corée, où il rencontre un lieutenant et sa charmante épouse, Kristina, dont il tombe amoureux. Cela va compliquer les relations professionnelles des deux hommes

Dernier film de la mince mais efficace carrière de réalisateur de Dick Powell, The Hunters constitue un solide et prenant film de guerre aérien. Le film est adapté du premier roman éponyme de James Salter qui y relatait son expérience de pilote au sein d'une unité renommée durant la Guerre de Corée. Sans forcément trahir sur le fond le propos de Salter, le film est bien plus romanesque et nettement moins sombre. L'intrigue du livre est largement remaniée et prend un tour plus positif dans les changements effectués. Le Major Saville (ici joué par Robert Mitchum parfait de droiture) est plus proche du très torturé Lieutenant Abbott (Lee Philips) du film, Pell (Robert Wagner) est antipathique jusqu'au bout, pas de trace des épouses des pilotes et le livre semblait plutôt dénoncer la vacuité de la recherche de la gloire et de l'héroïsme au combat.

Malgré tout sur fond donc le film saisit bien le coeur des thèmes Salter. Robert Mitchum, pilote chevronné fraîchement affecté en Corée doit d'emblée gérer deux problème dans son escadron. D'un côté le Lieutenant Abbott pilote torturé et peu sûr de lui cachant sa peur dans l'alcool et à l'inverse le trop satisfait Pell, vrai chien fou ne pensant qu'à améliorer son tableau de chasse. A cela s'ajoute un début de romance entre Mitchum et l'épouse délaissée d'Abott (May Britt) qui dans sa culpabilité lui demande de veiller sur son époux dans les airs. Ces différents éléments alimentent grandement la tension et le suspense des séquences aérienne qui sont à couper le souffle.

La logistique du film est largement soutenue par l'US Air Force même si certains modèle contemporain son maquillés pour ressembler à ceux en usage durant le conflit, tel les Republic F84 Thunderstreak retouchés pour faire figure de Mig15 coréens. Powell qui avait déjà démontré un sacré brio technique dans un récit guerrier en mer avec Torpilles sous l'atlantique récidive dans les airs avec ces combats aérien virtuose et un gestion parfaite du montage entre transparences (toutes les vues du cockpit impressionnante) vraies scènes de vol et stock shot pour un crash spectaculaire.

Dénué de patriotisme prononcé, le film étonne par on côté désabusé sur le conflit et ses acteurs. Les jeunes pilotes semblent vouloir prendre une revanche sur la Seconde Guerre Mondiale où ils n'ont pu briller, les plus anciens comme Mitchum retrouver l'exaltation de ces instants mais les enjeux nébuleux de cette guerre semble retirer tout panache à leurs actes. Ce n'est que lors de l'étonnante dernière partie en forme de survival en territoire ennemi où ils se battent pour leur survie et non plus la gloire et les sensations fortes que les sentiments, l'héroïsme et l'entraide peuvent se manifester.

Robert Mitchum est aussi convaincant et charismatique sous un jour héroïque ou sentimentalement résigné (très jolies et sobres scène avec May Britt) et Robert Wagner moins subtil apporte une belle énergie à son fougueux personnage. Lee Philips qui incarne la figure la plus intéressante ne convainc pas totalement néanmoins, en faisant peut être un peu trop dans le mal être. Un jolie réussite donc...

Sorti en dvd zone 2 français chez Fox

mardi 28 juin 2011

Prince Vaillant - Prince Valiant, Henry Hathaway (1954)


Prince Vaillant, fils du roi de Scandie détrôné par des usurpateurs, se rend à la cour du roi Arthur pour y être adoubé. Sur les côtes d'Angleterre, il surprend les préparatifs d'un complot visant le souverain.

Adapté du célèbre comics de Harold Foster, Prince Vaillant est une sorte de réponse de la Fox aux films médiévaux à succès de la MGM réalisés par Richard Thorpe, Ivanohé et Les Chevaliers de La Table Ronde. Le résultat est tout de même moins excitant ici, la faute à une orientation plus pensée pour la jeunesse et qui édulcore pas mal la teneur fantastique de la bd et simplifie grandement la personnalité de son héros. Le film n'en reste pas moins plutôt agréable à suivre grâce au talent de Henry Hathaway et de l'ampleur des moyens déployés.

L'histoire est assez classique et dénué de surprise avec ce parcours initiatique de Valiant destiné à devenir chevalier au bout de ses multiples aventures. Le tout jeune Robert Wagner malgré une coiffure ridicule (coupe au bol détonante qui offre une sorte de mix entre Mireille Mathieu et le Professeur Spock) campe un prince innocent et plein d'allant, compensant son manque d'expérience au combat par une bonne dose d'astuce, ainsi qu'un agilité largement exploitée tout au long du film.

James Mason le domine pourtant nettement pas sa présence ténébreuse et imposante, et le scrip peine dissimuler sa nature de fêlon avant qu'elle ne soit effective dans le récit. C'est clairement le personnage le plus consistant en dehors de Valiant (ainsi que Sterling Hayden excellent en Gauvain), les autres ayant plus de mal à exister notamment une Janet Leigh assez transparente malheureusement.

Visuellement, c'est un Moyen Age Hollywoodien dans toute sa splendeur, kitsch par son débordement de couleur et de postiches improbables, mais aussi très impressionnant par ses moyens démesurés. Décors studio somptueux, reconstitution imposante de château fort en dur ou matte painting soigné en arrière plan et batailles aux figurants innombrables, le film est un plaisir des yeux de tout les instants (notamment de magnifiques séquences en forêt) dans un scope maîtrisé et un technicolor chatoyant mis en valeur par un Haathaway dont le savoir-faire n'est plus à démontrer.

C'est plutôt au niveau du scénario que cela pêche. La jeunesse de Valiant oriente les enjeux vers le film pour enfant d'où le choix d'un Robert Wagner alors inconnu, lloin du charisme du plus rugueux Robert Taylor. La première partie est ainsi très longuette et poussive lorsque l'histoire s'attarde sur l'histoire d'amour plutôt niaise entre Valiant et Aleta, totalement dénuée de piquant puisque l'innocence est privilégiée au détriment des mots d'esprits.

La deuxième partie chez les viking est nettement plus prenante, avec un Valiant multipliant les ruses pour s'évader et renverser l'usurpateur, au terme de nombreuses péripéties dont une scène de siège très réussie. Quand à la conclusion, elle est assez mémorable avec un long duel à l'épée entre Wagner et James Mason, palpitante et superbement filmé par Hathaway, qui fait enfin montre de l'agressivité et du punch qui manque au reste du film. Pas un grand film donc, mais néanmoins une fort agréable sucrerie typique du grand spectacle Hollywodien de la grande époque. La bd quant à elle connaîtra bien plus tard une seconde adaptation en 1997 réalisée par Anthony Hickox peut-être plus fidèle, à voir sans doute...

Sorti en dvd zone 2 français chez Wild Side dans une belle édition et un bluray (uniquement sous-titré anglais) est paru à l'import également.

jeudi 21 avril 2011

Le Brigand bien-aimé - The True Story of Jesse James, Nicholas Ray (1957)


En 1876, la bande de Jesse James attaque la banque de Northfield, mais elle est défaite et mise en fuite par le shériff de la ville, qui se lance à leur poursuite. Seul son frère Frank échappe aux poursuivants: désormais à deux, les frères en viennent aux confidences, notamment au sujet de la formation de leur bande et des aventures de Jesse lors de la Guerre de Sécession, où il a été blessé...

18 ans après le classique de Henry King, la Fox lançait son remake cette fois mis en scène par Nicholas Ray. Difficile néanmoins de parler de remake tant malgré les entraves du studio Ray a fait le film sien en offrant un contrepoint presque total à celui de Henry King et prolongeant finalement bien plus les idées de Lang dans sa suite directe Le Retour de Frank James.

Le film s'ouvre dans la confusion et le chaos sur le hold up raté de Northfield qui démantela le gang James/Younger. Les balles pleuvent de toutes part, les corps s'écroulent sous les impacts dans cette ouverture stupéfiante qui anticipe celle de La Horde Sauvage. Les frères James restent presque à l'état de silhouette durant ce moment et c'est à travers le regard de leur poursuivants et d'autres personnages parallèles que ce fait notre première approche d'eux. L'entreprise de démystification que constitue le film s'exprime d'emblée dès ces premières minutes. Alors qu'on a pas un vrai souvenir d'un réel meurtre de sang froid dans le film de King, les James en vrai hors la loi sans remord tire dans le tas dès la fameuse première scène, les dialogues des traqueurs révèlent d'autres tueries tout aussi peu glorieuse et parallèlement une figure d'éditorialiste (faisant écho à celui truculent joué par Henry Hull dans les films de King et Lang) balaie d'un revers de la main l'association de Jesse James à Robin des Bois.

Juste après des personnage nettement plus bienveillant envers Jesse James (sa femme et sa mère alitée) interviennent en le posant en victime et une narration en flashback d'après les souvenirs de chacun (et plus tard de Jesse et Frank eux même) va tenter de répondre à la fameuse question : qui est Jesse James ? Comme l'annonce le panneau en ouverture, le film semble vouloir approcher une certaine réalité des faits et aborde (ce qui était totalement éludé chez King mais traité par Lang) la violence du conflit Nord/Sud durant la Guerre de Sécession qui plonge Jesse James dans la violence dès l'adolescence. La guerre passée, les rancoeurs et les haines enfouies du voisinage nordiste amènent Jesse James et ses amis sur le chemin du banditisme pour survivre. Alors que l'approche de King nous fait prendre fait et cause pour Jesse James celle crépusculaire et désenchantée de Ray provoque un sentiment plus mitigé.

Une des premières causes est l'interprétation de Robert Wagner (alors que Ray barré par la Fox envisageait Elvis Presley et il en reste quelque chose dans l'allure de Wagner durant le film) bien plus intériorisé et taciturne que le lumineux Tyrone Power. Autoritaire, orageux et prompt à jouer de la gâchette à la moindre contrariété, son Jesse James retrouve une dangerosité animale absente chez King. Une des scènes les plus mémorables tue magistralement dans l'oeuf la supposée image de Robin des Bois de notre héros. Se restaurant chez une vieille femme après un casse, James apprend que celle ci est menacée d'expulsion par un créancier. Poussé par défi par ses acolytes, il règle la dette de la femme pour dès la séquence suivante récupérer son dû auprès de l'homme ayant encaissé la dette. Si sur le papier la chose à un certain panache, la mise en scène de Ray lui confère un cynisme absolu.

Finalement Nicholas Ray associe clairement son Jesse James aux personnages de révoltés flamboyant et sans but qui peuplent sa filmographie, des Amants de la Nuit à La Fureur de Vivre. C'est donc uniquement dans cette optique là qu'il daigne donner une réelle stature héroïque à ses héros. Robert Wagner (et dans une moindre mesure Jeffrey Hunter très bon en Frank James) arbore une allure séduisante et est filmé sous les angles les plus avantageux, les gros plans mette constamment en valeur sa photogénie et sa jeunesse. Les acolytes incarnent également des figures marquantes notamment un excellent Alan Hale en Cole Younger.

Ray vit son film film mutilé par la Fox et alors qu'il envisageait une approche moderne où défileraient les différents moments de la vie de Jesse James dans un montage guidé par les émotions des personnages, le studio l'oblige à insérer lourdement ses flashback à coup de nuages et fondu enchaînés mêlés à la phrase introductive d'un narrateur. C'est bien le seul élément qui date le film, tant l'ensemble s'avère moderne, percutant et annonce le cinéma des Peckinpah, Leone ou Don Siegel. Ray paie même son tribut à Henry King en reprenant deux scène de son Jesse James à l'identique, le fameux saut de carrière à cheval (même là le trucage est pas loin d'être invisible) et l'attaque de train où il utilise carrément le même découpage que King (même à nouveau en atténuant tout la touche héroïque et galvanisante) tout du long, beau clin d'oeil.

C'est à nouveau à Peckinpah qu'on pense lors de la magnifique conclusion, l'Ouest des outcast disparaît avec la mort de Jesse pour laisser place à celui des sournois en quête de célébrité (remarquable moment où Bob Ford parade dans la rue après son acte). C'est précisément à ce moment là, lorsque tout est perdu que Ray choisit de faire enfin entrer son héros dans la légende au son de la chanson du folklore traditionnel américain qui lui est consacré entonnée par un musicien noir.

Jesse James was a lad that killed many a man,
He robbed the Glendale train,
He stole from the rich and he gave to the poor,
He'd a hand and a heart and a brain.

Well it was Robert Ford, that dirty little coward,
I wonder how he feels,
For he ate of Jesse's bread and he slept in Jesse's bed,
And he laid poor Jesse in his grave.

(chorus)
Well Jesse had a wife to mourn for his life,
Three children, [now] they were brave,
Well that dirty little coward that shot Mr. [Mister] Howard,
He laid poor Jesse [Has laid Jesse James] in his grave.

Jesse was a man, a friend to the poor,
He'd never rob a mother or a child,
There never was a man with the law in his hand,
That could take Jesse James alive.

Jesse was a man, a friend to the poor,
He'd never see a man suffer pain,
And with his brother Frank he robbed the Chicago bank,
And stopped the Glendale train.

It was on a Saturday night and the moon was shining bright,
They robbed the Glendale train,
And people they did say o'er many miles away
It was those outlaws, they're Frank and Jesse James

(chorus)
Now the people held their breath when they heard of Jesse's death,
And wondered how he ever came to fall
Robert Ford, it was a fact, he shot Jesse in the back
While Jesse hung a picture on the wall

Now Jesse went to rest with his hand on his breast,
The devil will be upon his knee.
He was born one day in the County Clay,
And he came from a solitary race.
(chorus)


Des films mutilés comme celui-ci on en redemande !

Sorti en dvd zone 2 français chez Sidonis

Comparatif intéressant sur l'approche différente d'une scène similaire dans l'original de Henry King et le remake de Nicholas Ray.

vendredi 10 septembre 2010

La Lance Brisée - Broken Lance, Edward Dmytryk (1954)


Riche éleveur, Matt Devereaux dirige avec une poigne de fer un véritable empire en Arizona, secondé par ses quatre fils, Ben, Mike, Danny et Joe. L'ainé, Ben, a fini par haïr son père, dont la seule affection va à son cadet Joe qu'il a eu avec sa seconde femme, fille d'un chef comanche. Tandis que Joe se fiance avec Barbara, la fille du gouverneur, un incident se produit: les déchets de la mine de cuivre de l'endroit polluent la rivière et empoisonnent quelques bêtes. Matt dirige une expédition punitive à la mine et saccage les installations...

La lance Brisée est le remake du film de Mankiewicz La Maison des Etrangers transposé d'une époque contemporaine à un cadre de western pour un puissant drame familial. Les thèmes classiques du genre se mêle admirablement au récit plus intime. La figure imposante du personnage de Spencer Tracy s'imprègne bien avant son apparition effective à l'écran, par symbole (ce portrait le magnifiant) et l'antagonisme régnant entre les quatre frères et plus particulièrement l'aîné (Richard Widmark) et le benjamin (Robert Wagner) né d'une indienne. Tracy est un propriétaire qui s'est élevé à la force du poignet par la violence, que son intransigeance et sa dureté rendent dépassé à l'ère moderne et qui surtout l'éloigne de ses fils au caractère faible hormis Robert Wagner.

Le problème racial et la jalousie se créent par ce dernier, fils modèle et métis seul à même de succéder à son père. Robert Wagner même si très convaincant est un peu lisse en bon fils mais occasionnent quelques réflexion intéressante quant à son rapport aux autres personnage, l'amitié (l'avocat qui ne souhaite pas le voir fréquenter sa fille) et les liens fraternels ne pouvant dépasser le racisme. A l'opposé, Richard Widmark transcende ce qui aurait pu être un méchant basique en exprimant toute la détresse de ce fils méprisé qui a tout sacrifié et qui voit son héritage lui échapper.

Les confrontations entre lui et Spencer Tracy où il se fait malmener puis se venge face à un père diminué sont d'une grande intensité et noirceur (au point de voir dans le film une variation western du "Roi Lear" comme le souligne Tavernier en bonus) le clou étant atteint lors de la magnifique scène de mort de Tracy. Spencer Tracy est assez incroyable, produit de l'Ouest à l'attitude discutable mais à la sincérité qui le rendent plus attachant qu'un Widmark plus aigri. Dmytryk donne ainsi toute sa mesure dans sa direction d'acteurs, sa mise en scène plus mesurée n'offrant de moments visuellement marquants que par intermittence tel l'esprit de Tracy qui semble presque posséder la vieille demeure avant que ne s'amorce le flashback.

En dépit d'une ultime confrontation pas forcément utile (et amenée pour compenser un relatif manque d'action alors que tout devrait s'arrêter une fois Wagner apaisé) un superbe western donc.

Sorti en dvd zone 2 français dans la collection western de SGCC. Bonus très interessant avec tavernier racontant les origines étonnantes du script du film.

Extrait