Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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jeudi 10 mai 2018

La Loi de la prairie - Tribute to a Bad Man, Robert Wise (1956)

1875. L'intraitable Rodock, éleveur de chevaux, n'hésite pas à lyncher tout voleur surpris sur ses terres. Mais un jour, cerné par une bande de malfrats, il ne doit son salut qu'à l'arrivée de Steve Miller. Reconnaissant, il l'engage dans son ranch…

Le touche à tout Robert Wise aura finalement peu donné dans le western, La Loi de la prairie constituant sa troisième (Ciel Rouge (1948) et Les Rebelles de Fort Thorn (1950) ayant précédé) et dernière incursion dans le genre. La star initiale du film est supposée être Spencer Tracy mais une mésentente avec Wise ainsi qu'une difficulté à supporter le tournage en altitude l'amène à jeter l'éponge au profit de James Cagney dont l'identité filmique n'est guère associée au western non plus. Il va pourtant brillamment s'insérer dans le genre dans le rôle de Rodock, impitoyable éleveur de chevaux. Le scénario de Michael Blankfort développe une trame assez classique mais assez démystificatrice du genre. C'est un sentiment qui naît à travers le regard du jeune "pied-tendre" Steve Miller (Don Dubbins), épicier à la ville et aspirant à la vie de cowboy. Après l'avoir sorti d'un mauvais pas, Rodock le prend sous son aile pour lui apprendre le métier.

La rigueur et l'excitation s'incarne donc à travers le charisme de Rodock pour le jeune homme, mais il va peu à peu en découvrir la face sombre. Son élevage se trouvant loin de toute civilisation et donc autorité légale, Rodock a appris avec le temps à se protéger des voleurs en appliquant sa propre loi. Il n'hésite donc pas à impitoyablement pendre les voleurs de chevaux, la sentence radicale servant de dissuasion aux autres comme le souligne les dialogues :

It's fear that keeps men honest. And with that hangin' today, I laid fear like a fence ten feet high, around my property !
Rodock est une figure ambivalente entre cette férocité qu'il applique à l'extérieur et la sensibilité dont il fait preuve dans l'intimité avec sa compagne Jocasta (Irène Papas dans son premier rôle hollywoodien) symbolisé par ce piano, objet délicat incongru dans ces terres sauvages. Cette dualité semble pourtant de plus en plus dure à tenir, Jocasta sentant bien que chaque tuerie altère toujours un peu plus la facette lumineuse de Rodock. La galerie de second rôles remarquables (Lee Van Cleef, Stephen McNally, Royal Dano) jouant les associés passés ou présent de Rodock représentent ainsi la dérive néfaste -et se reflétant physiquement et dans les attitudes- de l'existence de cowboy, là encore souligné par ce remarquable dialogue de Jocasta mettant en garde Steve :

This is not your kind of life. Look at the men in the bunkhouse : Baldy, and Fat Jones, and Abe. Never a chance for a family, or a home. In ten years, you're gonna' be like them - a "nobody" on a horse. That's what a wrangler is : a "nobody" on a horse. With bad teeth, broken bones, double hernia, and lice !

 Le déchirement représenté par la schizophrénie de Rodock s'affirme d'abord par le déchirement de chaque sortie pour le couple, avant la vraie scène choc de la pendaison qui fait basculer le film et amorce un triangle amoureux. La mise en scène de Robert Wise fait ainsi souffler sur toutes les scènes d'extérieur un vent de menace, les grands espaces voyant leur splendeur altéré par la photo contrastée de Robert Surtees qui imprègne ainsi le récit du caractère tempétueux de Rodock.

Tout peut voler en éclat à tout moment par la moindre de ses sautes d'humeurs si les évènements tournent en sa défaveur, si une attitude lui déplaît à travers une violence physique autant que psychologique. L'interprétation de James Cagney est remarquable, culminant dans un long final où sa sentence ne sera pas meurtrière mais particulièrement douloureuse dans une idée reprise plus tard par Sergio Leone dans Le Bon, La Brute et le truand (1966). Au bout de la souffrance et de la cruauté, c'est le moment de vérité qui verra notre héros se remettre enfin en question. Une belle réussite qui sur un postulat archétypal se montre finalement singulier et captivant.

 Sorti en dvd zone  français chez Warner

mardi 19 décembre 2017

La Maison sur la colline - The House on Telegraph Hill, Robert Wise (1951)

Une femme, rescapée d'un camp de concentration, prend l'identité d'une amie pour s'occuper de son fils. Un mystérieux ennemi la menace constamment.

The House on Telegraph Hill est une œuvre reprenant dans un cadre contemporain le motif du film gothique avec héroïne en détresse dans la lignée de Rebecca d'Alfred Hitchcock ou encore Hantise de George Cukor (1944). Comme dans ces films, la menace vient autant d'un secret et d'un mal tapi dans la demeure que d'un conjoint transformé et soudainement inquiétant au contact de ces lieux. Le film trouve son originalité par son argument de départ qui évoque frontalement les camps de concentration à travers le passé douloureux de son héroïne Victoria Kowelska (Valentina Cortese). Ayant perdu toute sa famille dans les camps et n'ayant plus rien à espérer en Pologne, elle endosse l'identité d'une amie disparue qui a envoyé son bébé à sa famille aux Etats-Unis. Celle-ci ne l'ayant pas revue depuis l'enfance, le subterfuge peut fonctionner et Victoria va même tomber sous le charme du tuteur de l'enfant, Alan Spender (Richard Baseheart).

On savoure donc les réminiscences et habiles variations de Rebecca, notamment les relations tendues entre Victoria et la sournoise gouvernante incarnée par Fay Baker. Cependant à l'inverse, la maitresse de maison disparue dont on apercevra un imposant portrait constitue une présence bienveillante (qui sera même l'élément lumineux de la séquence nocturne dans la demeure en début de film avec une très belle photo de Lucien Ballard) qui guide notre héroïne. L'aspect gothique et élégant contribue surtout à l'atmosphère pesante et qui se prolonge plus concrètement par les vrais dangers du monde extérieur moderne. La remarquable direction artistique confronte ainsi cet environnement d'un autre âge à l'urbanité de San Francisco dans de superbes vues surplombant la ville depuis les hauteurs. Le passé traumatisant de l'héroïne n'est pas anodin et creuse la culpabilité de son mensonge en filigrane, l'interprétation de Valentina Cortese jouant subtilement de l'opportunisme "compréhensible" de la survivante mais aussi de ses états d'âmes.

Ce n'est qu'en se confrontant au vrai crime étouffé dans cette maison qu'elle pourra surmonter son dilemme. Richard Baseheart est très bon en époux aimant mais de plus en plus manipulateur, Robert Wise excellant à graduer sa dimension inquiétante. Après le mythique et douteux verre de lait du Soupçon d'Alfred Hitchcock (1941), un rebondissement a pour objet ici un verre de jus d'orange dans un efficace final à suspense. Le scénario contourne ici intelligemment les attentes, l'amour maternel plus que la rivalité amoureuse servant les enjeux et questionnements des personnages. Il manque tout de même un grain de folie et de malaise au film pour égaler ses illustres modèles mais l'ensemble se laisse très bien regarder.

Sorti en dv zone 2 franàais chez Fox

jeudi 15 septembre 2016

Né pour tuer - Born to kill, Robert Wise (1947)

Sur le point de quitter Reno pour gagner San Francisco, où l'attend son riche fiancé, Helen Brent découvre que deux des clients de l'hôtel où elle est descendue ont été assassinés pendant la nuit. Elle choisit de se taire pour protéger sa réputation et conserver la considération de son fiancé. Dans le train qui la conduit en Californie, elle fait la connaissance de Sam Wilde, un homme étrange et brutal, qui la séduit malgré elle. Helen, qui ne veut pas renoncer à son mariage, accepte néanmoins de revoir Sam. Après avoir fait la connaissance de la famille de la jeune femme, celui-ci séduit Georgia, la demi-sœur d'Helen...

Born to kill se situe dans la première période de Robert Wise où au sein de la RKO il enchaîne les réussites à l'économie et dans tous les registres, du film fantastique La Malédiction des hommes-chats (1943) au drame en costume (Mademoiselle Fifi (1944) ou le western Ciel Rouge (1948) et dont le sommet sera Nous avons gagné ce soir (1949), classique du film noir qui conclut cet phase. Né pour tuer est donc un objet singulier, définitivement délesté de "l'héroïsme" relatif ou prononcé des criminels dans les polars et film de gangsters des années 30 pour nous montrer des psychopathes en puissance auxquels il est impossible de s'identifier. Sam Wilde (Lawrence Tierney) est de ceux-là, homme taciturne, séduisant et brutal qui s'illustre dans une mémorable introduction. Furieux de voir sa petite amie sortir avec un autre, il s'introduit chez elle et la tue avec une violence froide ainsi que son rival. En fuite vers San Francisco il fait la rencontre de la fraîchement divorcée Helen Brent (Clair Trevor) dans laquelle il semble trouver son égal au féminin.

La mise en scène de Robert Wise, entre élégance et crudité s'adapte ainsi au mélange de séduction et de férocité qui caractérise son personnage principal. Le meurtre initial choque ainsi par son filmage heurté tandis que les plans macabres et stylisés s’illustrent lorsqu’Helen découvrira les cadavres dans la maison, en particulier celui laissant deviner le corps inanimé de la jeune femme dans la pénombre. C'est aussi dans cette dualité que se développent les enjeux du récit. Sam Wilde par sa virilité marquée et le danger qu'il émane offre un attrait différent aux protagonistes féminins. L'oie blanche et richissime Georgia (Audrey Long) est sous le charme sans voir l'attirance intéressée de Sam qui y voit l'occasion de s'élever. Helen voit plus clair dans son jeu mais malheureusement ne se reconnaît que trop en lui puisqu'elle aussi nourrit une même frustration et ambition.

La face noire de Sam est donc aussi séduisante que repoussante, Claire Trevor exprimant bien ce désir coupable à travers les étreintes intense partagée avec Lawrence Tierney. Ce dernier, carrure épaisse, visage fermé taillé en lame de couteau et voix de stentor est sacrément intimidant et imprévisible. La moindre contrariété, le plus infime doute sur l'autre semblent prêts à réveiller la bête en lui par cette personnalité écorchée et paranoïaque.

Il est dommage que l'intrigue soit par moment assez poussive notamment avec l'enquête du détective privé joué par Walter Slezak (qui amène certes un contrepoint plus léger avec ce personnage facétieux) mais dès qu'il s'agit d'instaurer la tension et de zébrer l'ensemble d'éclairs de violence saisissants, Robert Wise excelle. La tentative de meurtre sur la plage ou encore le final particulièrement vicieux - où Sam se perd pour de bon en cédant à ses instincts les plus primaires - offrent des moments sacrément dérangeant. Imparfait mais très intéressant.

Sorti en dvd zone 2 français aux Edtions Montparnasse 

samedi 27 septembre 2014

Hélène de Troie - Helen of Troy, Robert Wise (1956)



Le prince troyen Pâris quitte son royaume pour porter un message de paix au roi Ménélas de Sparte. Mais, lors d'une tempête, le mât de son navire se brise et l'entraîne en tombant dans les flots. Pâris échoue sur une plage de la côte grecque où Hélène, la femme de Ménélas, le trouve à bout de force. Elle le soigne en secret et ils ne tardent pas tomber amoureux. Avant de rencontrer Ménélas, Pâris doit se plier aux coutumes et affronter Ajax dans un combat singulier dont il sort brillamment vainqueur. Ménélas voit aussitôt en lui un dangereux adversaire doublé d'un grand rival et le fait emprisonner. Hélène, surprise alors qu'elle préparait l'évasion de son amant, s'enfuit avec lui à Troie. Sa trahison, outre qu'elle bafoue Ménélas, déclenche immédiatement un énorme mouvement offensif des Grecs qui s'embarquent pour aller attaquer Troie.

La mode du péplum étant à son apogée à Hollywood en ce milieu des années 50, on ne s’étonnera pas de voir l’usine à rêve se pencher sur le poème d’Homère au potentiel romanesque et spectaculaire immense. L’adaptation d'une fidélité très relative au texte va pourtant rester grandement en surface avec un point de vue principalement focalisé sur le couple Hélène/Paris. L'aspect maudit du couple, leur amour innocent totalement dépassé par les enjeux et la culpabilité qu'ils ressentent à provoquer ce conflit monumental, tout cela est introduit avec brio. Avec pareil parti pris, la personnalité de Paris se voit quelque peu modifiée et s'il garde sa dimension romantique on passe du bellâtre peureux du livre à un guerrier redoutable et charismatique qui se voit attribuer des hauts faits dont il n'est pas l'auteur dans l'œuvre d'Homère (le meurtre de Patrocle). Jacques Sernas et Rossana Podesta en Hélène, par leur beauté et leur photogénie incarnent  parfaitement ces icônes romanesques en dépit de leur jeu limité.

Là où le bât blesse c'est que le couple (qui aurait dû être une façade pour des questionnements plus profonds) éclipse totalement les autres personnages mythiques de L'Iliade qui auraient amenés une facette dramatique plus consistante. Les Grecs sont dans l'ensemble de gros méchants bien caricaturaux (hormis Ménélas et Ulysse mais on a trop vu Thorin Hatcher en méchant pour être convaincu par son interprétation d’autant qu’il semble un peu trop vieux pour le rôle) notamment Achille réduit à la grosse brute arrogante par le pourtant doué Stanley Baker et quelques personnages mémorable comme Diomède ou Ajax sont quasiment absents. Les Troyens sont un peu plus fouillé notamment Priam mais Hector est vraiment sous-traité et la scène du fameux duel avec Achille se suit de manière bien plus détachée que dans l'adaptation récente de Petersen où ce même moment était grandiose.

L’autre grand défaut de l'adaptation est son ton vraiment très terre à terre, toute la dimension philosophique et mythologique de la bataille, la quête de gloire et d’immortalité, les hommes tout cela est complètement absent (une des grandes force de la version de Petersen encore sans céder au kitsch) même si la croyance en les Dieux et leurs influences est plutôt bien exploité sans qu’ils apparaissent pour autant à l'écran.

La mise en scène de Robert Wise mettra tout le monde d’accord par contre et aurait mérité un script plus ambitieux.  Cinémascope monumental, décors mastodontes et figurants à perte de vue servent des morceaux de bravoure extraordinaires : le premier assaut des Grecs sur les remparts de Troie est d’une rare puissance et intensité, la fête orgiaque des troyens en honneur du cheval de bois lorgne vers les plus beaux excès de DeMille et l'affrontement final Ménélas/Paris est très efficace et nerveux.
Pas forcément une adaptation réussie donc mais un spectacle impressionnant qui devrait ravir l’amateur de péplum s’il oublie L’Iliade

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner 

vendredi 8 mars 2013

La Tour des ambitieux - Executive suite, Robert Wise (1954)


A la mort de son Président, la Tredway Corporation doit désigner son successeur. S'ensuit une lutte sans pitié entre les actionnaires pour prendre le pouvoir dans la société.

Robert Wise signe un film visionnaire dans sa description des arcanes du fonctionnement des grandes entreprises et des luttes de pouvoir qui s'y jouent. La véracité du cadre dépeint avec brio par Wise tient grandement au roman éponyme de Cameron Hawley qui s'y entendait sur la question puisqu'il fut 24 ans administrateur au sein de la Armstrong Cork Company avant de se consacrer à l'écriture. Tous ses livres s'inspireraient de cette expérience avec des thèmes tournant autour de la pression de la vie moderne et la description du monde des affaires, Executive Suite étant le plus fameux d'entre eux.

Le film s'ouvre sur la vision de ces tours modernes s'élevant à perte de vue, ses occupants étant quasiment associés à des déités inaccessibles aux préoccupations bien éloignées des préoccupations du commun des mortels. La voix off solennelle nous rappelle pourtant bien vite à l'ordre, même à ses hauteur se jouent des passions bien humaine. Wise appuie son propos par un filmage en vue subjective du maître d'une de ces tours, la Tredway Corporation. Tout puissant et craint là-haut, il va pourtant s'écrouler et mourir d'un malaise. Ayant ainsi ramené un des "Dieux" à sa triste fragilité humaine, Wise peut s'appliquer à dépeindre de manière impitoyable les luttes intestines de cette Olympe de la finance.

Plusieurs factions s'y débattent : d'abord le financier ambitieux et plus préoccupés par les chiffres que par les hommes (Fredric March glaçant), un roublard prêt à miser des actions à peine le cadavre du patron entraperçu (Louis Calhern)... A côté de ceux-là uniquement soucieux de leur réussites personnelles les hommes de bonnes volontés que l'ingénieur Walling (William Holden) son entravés dans leur décision et vision à long terme par la quête du profit immédiat et enfin les faibles entre cet éternel numéro 2 condamné à rester dans l'ombre (Walter Pidgeon), un indécis suivant le sens du vent en bon bateleur qu'il est (Paul Douglas) et l'héritière dépressive pour qui tout cela est un immense fardeau (Barbara Stanwyck).

Dès la mort du Président annoncée une captivante partie d'échec s'amorce. Avant d'en arriver là Wise aura montré la toute-puissance du disparu, la soumission de ses employés accrochés à l'autorité de ce fauteuil vide qui les fait quitter précipitamment tout ce qu'ils font pour une réunion improvisée, qui peut d'un mot susciter l'espoir ou vous pousser au suicide. L'entreprise est associée à une cour chaque sujet recherche des faveurs selon ses atouts et une fois le poste vacant tous les coups sont permis pour accéder au sommet. Cela est montré de manière fort subtile avec les anticipations sournoises de Fredrich March usant de la flagornerie, du chantage et de l'espionnage avec u brio machiavélique.

Le film passionne aussi lorsqu'il évoque les sacrifices pouvant se poser dans cette quête de pouvoir même pour des raisons nobles en faisant intervenir le point de vue des épouses, véritable instigatrice de l'ombre des ambitions de leur hommes qu'elles poussent ou font reculer avec notamment une excellente June Allyson n'acceptant pas de voir s'éloigner Holden de sa trajectoire initiale (seul Fredrich March logiquement associé à une froide machine ne sera pas vu en galante compagnie, frivolité inutile pour lui).

Le film anticipe un capitalisme sauvage dédié au seul profit, où le produit réalisé par l'entreprise, la satisfaction du client et la fierté qui en découle passent au second plan d'une rentabilité immédiate servant les profits des actionnaires. On est ici à mi-chemin entre cette modernité et une mentalité encore traditionnelle symbolisée par le personnage de William Holden encore ancré dans la réalité des ouvriers, de l'usine et du souci d'un produit (des meubles dans le film) de qualité. C'est ce qui se joue dans la grandiose joute verbale finale le "bilan" impeccable de Fredrich March s'oppose à la vision plus vaste d'un Holden ne se résumant pas à une calculette humaine.

Si l'issue du film célèbre ces valeurs, la réalité désigne malheureusement un tout autre vainqueur. Porté par un casting de haut vol, Robert Wise rend passionnant tous ces questionnements et fonctionnements complexes par une rigueur narrative sans faille qui ne nous perd jamais dans les enjeux et la multitude d'informations. Executive Suite (bien que précédé par le très bon Marchands d'illusions de Jack Conway) annonce ainsi d'autres visions critique de ce monde des grandes entreprises avec L'homme au complet gris ou Patterns pour les années 50 et au-delà anticipe même le Network de Sidney Lumet.

Sorti en dvd zone 1 chez Warner et disponible dans le coffret zone 1 consacré à Barbara Stanwyck (solution plus pratique le film étant épuisé et assez cher en individuel) et comme zouvent avec Warner c'est multizone et compatible sur tous les lecteurs.

mercredi 19 septembre 2012

Le Mystère Andromède - The Andromeda Strain, Robert Wise (1971)

Un groupe de scientifiques étudie un virus extraterrestre ayant décimé un village isolé avant qu'il ne puisse se propager à la surface du globe.


Robert réalise avec Le Mystère Andromède un des films de SF les plus réussi de la veine hard science, tendance du genre poussant les histoires vers un ton réaliste et scientifiquement rigoureux du moindre détail. Le 2001 de Kubrick est bien sûr l’initiateur de cette veine au cinéma et Le Mystère Andromède un de ses nombreux suiveurs même si elle existe depuis bien longtemps dans la littérature SF, le film étant d’ailleurs adapté d’un roman de Michael Crichton (connu pour la documentation dont il s’entoure pour soigner la véracité de ses écrits).

Hormis l'angoissante ouverture où les deux scientifiques traversent une ville fantôme décimée et le final à suspense sur fond de compte à rebours, Robert Wise propose un pur thriller scientifique où l’approche la plus réaliste possible évoquera la possibilité de l'arrivée d'un organisme extraterrestre sur terre (bien éloigné des créatures et autres petits hommes verts emblématique de la SF des 50’s). Dans un premier temps, Wise nous montre les conséquences de l'évènement dans les plus hautes sphères avant de dévoiler progressivement le projet Wildfire prévu à cet éventualité et dans lequel vont plonger nos quatre héros scientifiques.

Le réalisateur réussi un véritable tour de force en réussissant à créer tension et suspense autour de la recherche anti spectaculaire au possible de nos scientifiques que l'on voit tâtonner dans l’examen et la recherche acharnée d’une solution face à ce virus extraterrestre inconnu.

Claustrophobe et étouffant dans la description de ces décors de laboratoire épuré et fonctionnel, le film instaure l’angoisse de manière progressive par un ton froid et méticuleux (toute la première partie à la précision chirurgicale des différentes étapes du projet Wildfire) où la machine va peu à peu se gripper face à cette menace inconnue. Le film obéit finalement en y ajoutant l’élément SF aux codes du cinéma paranoïaque très en vogue des années 70.

Le film évite d’être trop désincarné malgré son parti pris grâce aux forte personnalités des scientifiques formidablement interprété et au petites touches d'humour (le type incompétent censé transmettre les message) et de tendresse avec l'attention que Karen (Paula Kelly) porte au bébé ou la sollicitude du Docteur Hall (James Olson). Un des grands films de science-fiction des années 70 et une réussite de plus pour Robert Wise. Le brio de son approche ne s’en trouve d’ailleurs que plus renforcée si l’on compare avec la médiocre seconde adaptation du roman de Crichton en 2008 sous forme de téléfilm.
Sorti en dvd zone 2 français chez Opening

mardi 21 août 2012

Mystère à Mexico - Mystery in Mexico, Robert Wise (1948)


nspecteur d'assurances, Steve Hastings est envoyé par sa société à Mexico afin de retrouver la trace d'un agent mystérieusement disparu. La sœur de celui-ci, la séduisante Victoria, aide Steve dans ses recherches, qui le mènent bientôt sur la piste d'un trafic de bijoux.

Mystery in Mexico est un des derniers coups d'éclat de Robert Wise dans la série B qu'il enchaîne au sein de la RKO avant que le succès l'année suivante de son magistral Nous avons gagné ce soir lui ouvre la porte des studios et productions plus prestigieuses. Wise emballe ici un film décontracté et qui file à toute vitesse avec le brio narratif qu'on lui connaît. Le film s'ouvre sur une mystérieuse scène où un homme vole un collier avant d'être poursuivi sous les coups de feu de ceux à qui il a arraché l'objet. Un objet que notre héros agent d'assurance Steve Hastings (William Lundigan) est chargé de retrouver à Mexico ainsi que son collègue disparu alors qu'il menait l'enquête sur place. Pour se faire il va se lier à Victoria, sœur du disparu également en route pour Mexico.

Le script fait merveilleusement cohabiter légèreté et tension. La prestation décontractée de William Lundigan y est pour beaucoup tant il impose excellemment charme et humour. La drague appuyée qu'il fait à une Jacqueline White excédée puis progressivement charmée, les échanges entre eux offrant leur lot de scènes piquantes.

Le suspens naîtra de la description que fait Wise de cette ville de Mexico dont la menace surgira de bien des façons : maisons abandonnées dans des quartiers louches dont surgissent d'étranges agresseurs, autochtones avenant jouant un double jeu... Wise alterne imagerie glamour avec club prestigieux, soirée mondaine et hôtel de luxe avec des descriptions de lieux plus populaire le danger ne venant pas toujours de là d'où l'on pense, à l'image du final rural.

Le rythme faussement nonchalant zèbre cette légèreté de façade d'éclats de violence et de rebondissement inattendus dans une progression narrative limpide pour une intrigue finalement bien dense au vu de ses 66 minutes à peine. Pour chipoter on regrettera uniquement peut-être que la situation formidablement bien mise en place lors du final n'accouche pas d'un suspense plus prononcé. Le maître mot semble donc être le plaisir ici à l'image de la conclusion bien enlevée et qui nous fait quitter l'ensemble sur une note de bonne humeur communicative.

Sorti en dvd zone 2 français aux Editions Montparnasse dans la collection RKO

jeudi 12 avril 2012

Le Coup de l'escalier - Odds Against Tomorrow, Robert Wise (1959)


Dave Burke, ancien policier viré injustement, décide de préparer un casse dont le plan semble facilement réalisable. Pour cela, il a besoin d’Earle Slater, un ancien soldat ne réussissant pas à retrouver sa place dans la société, et Johnny Ingram, un chanteur noir criblé de dettes. Mais Slater est un raciste et Ingram est réticent à l'idée de sombrer dans la criminalité...

Robert Wise signait un de ses tout meilleurs films avec ce Odds Against Tomorrow, véritable fleuron de ce sous-genre du polar qu'est le film de casse dont les réussites étaient nombreuses à l'époque (L'Ultime Razzia, Quand la ville dort...). Wise adapte ici le un roman de John O. Killens dont le chanteur Harry Belafonte avait acheté les droits en vue de le produire et d'y jouer, lui dont la seule prestation marquante se résumait au Carmen Jones de Preminger. Wise s'adjoindra les services du blacklisté Abraham Polonski pour revoir le script avec comme changement le plus notable l'amitié naissante entre les personnages de Robert Ryan et Harry Belafonte disparaissant en conclusion (car trop proche de La Chaîne de Stanley Kramer sorti l'année précédente) pour un final bien plus sombre et sans espoir.

Le casse en lui-même, son organisation et son procédé ne sont pas particulièrement innovant dans l'idée (pour l'exécution le résultat sera mémorable par contre) car ce n'est pas ce qui intéresse Wise en premier lieu. Le réalisateur joue plutôt sur l'attente, la destinée inéluctable qui va entraîner les personnages sur cette voie criminelle qu'on devine fatale. Cela se fait tout d'abord par la caractérisation des personnages, tous aux abois et pour qui le coup est synonyme de dernière chance.

Dernière chance de retrouver son honneur et une existence décente pour le flic retraité déchu Ed Begley. Il est également question d'honneur pour l'ex soldat Slater (Rober Ryan) qui peine à trouver sa place dans la société et est meurtri dans son amour propre d'être entretenu par sa femme (Shelley Winters). Les raisons sont plus terre à terre pour Johnny Ingram (Harry Belafonte) qui doit un paquet à un mafieux local. Cependant son individualisme rompant les liens avec son ex épouse souhaitant s'intégrer et son rapport tendu avec Slater soulève de manière intéressante la question raciale le concernant.

Wise dévoile avec finesse les fêlures et faiblesse de ces personnages lors de courts moments tout en non-dits lourd de sens : la réaction diamétralement opposé de Ryan et Belafonte face au jovial portier d'ascenseur en ouverture, la reconnaissance et la honte se lisant sur le visage de Ryan lorsque son épouse lui donne de l'argent pour sortir ou encore la mine de Belafonte face aux invités blancs de son ex épouse...

Après avoir posé la nature autodestructrice de ses personnages, Wise va instaurer la fatalité de son récit à travers une atmosphère très particulière. Le réalisateur aura usé d'une pellicule très sensible aux infras rouges sur le tournage et qui imprègne les images d'une étrangeté imperceptible et rêvée.

Les paysages ruraux traversés par les héros offrent des visions de désolation (le vert des arbres désaturés qui vire au blanc) qui instaure un ton oppressant de tous les instants. Ce parti pris atteint des sommets lors de la magnifique séquence muette en forme de veillées d'armes ou les personnages séparés admirent la nature environnante sur le score jazzy et minimaliste de John Lewis, plein d'espoir alors que la mise en scène ne leur en laisse aucun.

Le hold-up est un fulgurant morceau de bravoure filmé au cordeau par Wise qui laisse échapper de saisissant éclair de violence (la brutalité de Ryan, le gunfight en pleine rue) et dont l'issue est logique et inéluctable. Après avoir été si longtemps contenues, le dépit, la frustration et les rancœurs peuvent enfin (littéralement) exploser lors d'un final flamboyant lorgnant sur L'Enfer est à lui de Walsh. Grand film noir.


Sorti en dvd zone 2 français chez Wild Side