Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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vendredi 7 août 2015

La Divorcée - The Divorcee, Robert Z. Leonard (1930)

Après trois années de mariage, une femme découvre que son mari est infidèle. Estimant qu'il était tout à fait normal qu'elle prenne à son tour un amant, elle s'engage sur le chemin de la séparation.

The Divorcee est un Pré-Code qui figure parmi les premiers films hollywoodiens mettant en scène le divorce. Le traitement y sera d'ailleurs assez surprenant, le divorce étant moins une solution en elle-même qu'un moteur de réconciliation qui annonce le sous-genre de la "comédie du remariage" que l'on trouvera souvent dans les comédies américaines des années à venir. Jerry (Norma Shearer) et Ted (Chester Morris) sont un couple new-yorkais fous amoureux et qui vont décider de se marier. En jeunes gens modernes, ils pensent construire leur union sur un pied d'égalité faisant disparaître la notion de sexe fort et faible. L'ouverture du film illustre la dualité et l'impossibilité de cette approche. La fête sur lequel l'intrigue débute nous montre ainsi la liberté de ton et de mœurs de cette jeunesse new yorkaise festoyant en campagne mais, derrière cette insouciance le dépit amoureux ordinaire d'un prétendant éconduit (Conrad Nagel) va conduire à un terrible drame. La modernité dévoilera ainsi ses limites face aux tourments bien humains qui ne pourront s'y soumettre.

Après trois ans de mariage, Jerry va découvrir l'infidélité de Ted. Celui-ci balaie d'un revers de la main sa faute, estimant que c'est un moment d'égarement qui n'a aucune importance. Cet esprit libre en prendra un coup lorsque Jerry fera de même par vengeance avec son meilleur ami Don (Robert Montgomery). Là aussi, envolé le couple libre et retour du machisme ordinaire du mari blessé dans son orgueil qui réclamait la clémence pour lui dans de même circonstances. Les affrontements du couple sont d'ailleurs d'une férocité et cruauté saisissante. Les sentiments et le supposé mode de vie s'opposent, conduisant le couple au divorce. Engoncés dans leur fierté les deux pourtant s'aiment toujours et se manquent. Le récit opère un changement complexe, la modernité opérant dans l'oubli et le pardon tandis que la tradition reprend ses droits avec les retrouvailles du couple. Une approche intéressante et remarquablement portée par la prestation subtile de Norma Shearer tour à tour écorchée vive, suppliante et vindicative. Elle y gagnera d'ailleurs un Oscar.

Malheureusement la prestation (et l'écriture) unidimensionnelle de Chester Morris atténue un peu la bonne impression. Passée sa réaction machiste face à l'adultère, le personnage passe le film à s'autodétruire sans jamais faire un pas volontaire vers la réconciliation même si on comprend qu'il l'espère. A l'inverse on ressentira autant la douleur que l'orgueil blessée chez Norma Shearer qui se trouvera elle face à sa rivale. Même cela s'intègre bien aux thèmes du film, le fait qu'elle reste "fidèle" et repousse tous les aventures après son divorce semble surtout être une caution morale et au final c'est bien elle qui fera l'effort principal pour un retour à l'ordre bien plus douloureux pour un autre couple du récit. Il 'est d'ailleurs sous-entendu que la femme n'aspirerait au bonheur qu'en étant celle d'un seul homme.

L'adultère comme moteur de ravivement du couple sera vu avec bien plus d'audace et de modernité dans le Ange (1937) de Lubitsch et sur une intrigue voisine, Femmes (1939) de Georges Cukor gagnera grandement en finesse en n'adoptant que le seul point de vue de la femme trompée. Intéressant tout de même mais déséquilibré par des choix qui le rendent finalement très moralisateur.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner 

Extrait

samedi 7 juillet 2012

L'île au complot - The Bribe, Robert Z. Leonard (1949)


Un agent fédéral est en mission aux Antilles. Il rencontre une chanteuse et son compagnon, deux suspects dans le trafic de surplus de guerre qu'il tente de démanteler.

The Bribe est un remarquable et assez surprenant film noir qui parvient à apporter une certaines extravagance et des éléments détonants aux archétypes du genre. Tout débute pourtant de manière très classique avec une introduction en flashback tortueuse. Nous découvrons un Robert Taylor seul dans une chambre d'hôtel observant une tempête qui s'annonce au loin tandis que son monologue en voix-off nous fait découvrir son dilemme.

Il s'apprête à envoyer un message à la police locale pour procéder à une arrestation mais quelque chose le freine. Quoi donc ? Robert Z. Leonard fait surgir la réponse comme dans un songe fantasmé lorsque la silhouette d'Ava Gardner se confond en fondu face au reflet de Robert Taylor à sa fenêtre alors qu'un éclair frappe au même moment. Le flashback peut s'amorcer.

Quelques semaines plus tôt Robert Taylor agent fédéral fut envoyé sur une île des Antilles afin de démanteler un réseau de contrebande. La dimension psychologique habituelle s'instaure par les idées visuelles remarquable de Leonard (le cadre de la fenêtre du présent qui demeure pendant le début du flashback lorsqu'on qu'on confie la mission à Taylor avant de disparaître et de nous fondre totalement dans le passé) et une narration épatante. Robert Taylor, détaché et observateur voix ainsi sa neutralité s'estomper lorsqu'entre en scène (littéralement) Ava Gardner, l'assurance de la voix-off contredisant le trouble de son attitude et lui-même revenant avec lucidité sur ses égarements.

La grande originalité du film est de mêler ce cadre exotique au un peu à la manière d'un Gilda. L'ambiance se fait donc poisseuse et oppressante, le pittoresque ambiant dissimulant mille dangers.

En fait, cela anticipe beaucoup l'atmosphère des premiers James Bond et surtout Dr No (voire Opération Tonnerre pour la poursuite finale en plein Mardi-Gras) avec son héros flegmatique détonant avec son environnement et une menace pouvant surgir de partout notamment une paisible scène de pêche qui prend un tour particulièrement menaçant. Robert Taylor est parfait en flic incorruptible aux repères ébranlés par une envoutante Ava Gardner. Encore associée à l'époque à la femme fatale vénéneuse qu'elle incarna dans Les Tueurs, l'actrice dévoile déjà ici un registre plus étendu en épouse fatiguée contrainte de subir l'alcoolisme et les affaires louches de son époux.

Elle est ici au sommet de sa photogénie avec une première apparition saisissante où tout semble s'illuminer soudain lorsqu'elle s'empare du micro dans un night-club et toute résistance est inutile pour Robert Taylor (comme pour le spectateur) lors de cette séquence nocturne à la plage où elle lui susurre Why don't you try to kiss me ?.

Le script tente de la nimber d'une certaine ambiguïté et d'interroger sur sa moralité mais dès le départ elle nous semblera plus victime que comploteuse. Il faut dire que la vilénie est ici monopolisée par un mémorable duo de méchants avec Charles Laughton et Vincent Price. Le premier est une sorte de larve omnisciente à la présence inquiétante bien avant d'être actif dans l'intrigue quand le second sous ses airs avenant un fourbe aux accès de violence terrible (le sort qu'il réserve à John Hodiak).

L'intrigue monte donc lentement en puissance entre la partie d'échec qu'est l'enquête et la romance Taylor/Gardner avant de brutalement s'accélérer pour un final prodigieux.
Robert Z. Leonard lance alors une longue course-poursuite en plein carnaval transcendée par sa mise en scène inventive qui alterne entre ténèbres ( Taylor et Price qui s'empoigne dans une pièce seulement éclairé par des feux d'artifices extérieur) et lumières étincelantes lors du climax où pétards et fusées illuminent jusqu'à l'aveuglement le dernier règlement de compte.

Une conclusion remarquable (hormis une incohérence final où le doute de l'ouverture est contredit par la fin très positive) pour un excellent et très réussi polar dépaysant.

Sorti en dvd zone 1 chez Warner dans la collection Warner Archives et donc sans sous-titres.

Extrait des premières minutes.